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21-03-99 Sommet de "Jubile 2000" sur la dette en Afrique australe

Declaration du Sommet de la Dette, Afrique australe à Johannesburg, le 21 mars 1999: Les coalitions de Jubile 2000 d'Afrique australe Déclaration commune des délégués de l'Angola, du Lesotho, du Malawi, du Mozambique, de l'Afrique du Sud, du Swaziland, de la Tanzanie, de l'Ouganda, de la Zambie, du Zimbabwe, de Jubile 2000 Afrika et des Coalitions de Jubile 2000 de l'Amérique Latine et des Philippines.

21 mars 1999

Sommet de "Jubile 2000" sur la dette en Afrique australe

Libération de la dette = libération de la domination

A la veille du nouveau millénaire, dans toute la région, on assiste au développement rapide de structures Jubile 2000 et de coalitions contre la dette pour s'attaquer aux problèmes auxquels nous sommes confrontés et pour avancer vers un nouveau millénaire d'espoir et de changement.

La vaste majorité des peuples de l'Afrique sub-saharienne vit dans la pauvreté généralisée. En Afrique australe, des dizaines de millions de gens sont sous-alimentés, sans abri, sans emploi, sans éducation formelle et meurent de maladies qu'on peut soigner. Pourtant l'Afrique australe n'est pas une région intrinsèquement pauvre. Au contraire, elle est riche en ressources naturelles et humaines. L'asservissement à la dette, ce système qui exclut 80% de la population mondiale du développement économique et social, est partie intégrante de ce cauchemar.

L'Afrique australe est entravée par des dettes dues aux mêmes puissances qui ont initié, appliqué, sanctionné et maintenu les systèmes d'esclavage et du colonialisme. Aujourd'hui, cette dette est à la fois la manifestation et l'instrument d'un ordre économique international injuste où le Nord domine le Sud et dont les élites de nos pays sont complices et bénéficiaires. Les pays d'Afrique australe payent jusqu'à 40% de leur revenu d'exportation pour le service de la dette. Les ressources ainsi perdues et les dividendes versés aux actionnaires sont la cause d'une grande misère humaine.

Non seulement le fardeau de la dette écrase le potentiel humain de l'Afrique australe, mais il impose aux nations endettées d'accepter des conditions paralysantes pour obtenir des emprunts pour rembourser la dette, créant ainsi une spirale croissante d'endettement. Les Programmes d'Ajustement Structurel (PAS) ont comme résultat l'augmentation du taux de chômage, des prix de l'alimentation et autres produits de première nécessité, la réduction des services gouvernementaux et l'intensification de la pauvreté. Ils imposent une croissance dépendant de l'exportation, la libéralisation financière et commerciale, l'austérité fiscale, la privatisation et la déréglementation.

Ainsi nos économies restent-elles fournisseurs de matières premières et de main d'oeuvre bon marché servant les intérêts du Nord industrialisé. Les PAS obligent nos gouvernements à répondre aux élites du Nord plutôt qu'à leurs propres peuples. On nous refuse le droit de participer activement dans les structures décisionnelles qui régissent notre propre développement. C'est dans ce sens qu'on voit que la dette est devenue un instrument de contrôle et de domination.

La domination du Nord sur le Sud produit des conditions qui engendrent guerres et conflits dans notre région, exacerbant les problèmes de pauvreté, de souffrance humaine et d'asservissement à la dette.

L'héritage de l'apartheid aggrave cette situation. Toute la région de l'Afrique australe ressent les effets des dettes causées par l'apartheid. Les guerres et la déstabilisation économique sponsorisées par le régime de l'apartheid ont obligé les nations à emprunter des milliards de dollars, car la communauté internationale a failli à son devoir d'application du droit international violé par l'apartheid.

Plus de deux millions de personnes ont été tuées en Afrique australe dans des guerres liées à l'apartheid, et des millions d'autres ont été mutilées. Des milliers d'écoles, de cliniques, de ponts et de routes ont été détruits. Aujourd'hui les nations de l'Afrique australe payent des millions de dollars chaque année pour le service de dettes encourues par l'apartheid à des créditeurs qui pour la plupart soutenaient le régime de l'apartheid. Le coût total de la déstabilisation due à l'apartheid en Afrique australe est bien plus important que les seules dettes encourues par l'apartheid. Le coût estimé de la première dépasse les 115 milliards de dollars tandis que la dette en question est d'environ 27 milliards de dollars.

L'escalade actuelle des guerres obligent les Etats de la région à emprunter encore plus (...).

Dans de telles conditions la dette de l'Afrique australe est illégitime et immorale. De plus, nous constatons l'existence d'une dette à notre encontre - une dette morale, celle-ci. Il s'agit de la dette que nous doivent nos gouvernements, les gouvernements du G7/8, les multinationales et les banques commerciales internationales pour les écoles non construites ou délabrées, pour les femmes et les filles qui continuent à porter le fardeau de la misère, et pour les emplois, les maisons, l'eau potable et tous les droits humains fondamentaux dont nous sommes privés.

Ainsi revendiquons-nous:

  • l'annulation immédiate et totale de la dette
  • l'interruption immédiate des conditions attachées à tous les mécanismes d'allégement de la dette et vouées à l'imposition de plus d'ajustement économique
  • l'abolition de l'initiative « HIPC » lancée par la Banque mondiale et le FMI

Les seules conditions que nous accepterons sont celles développées par les organismes populaires et représentatifs de la société civile. Nous estimons que l'annulation de la dette ne profitera à nos populations que si elle s'accompagne de processus radicaux de démocratisation, de la défense des droits humains - y compris des droits des travailleurs - de transparence, de responsabilisation et de l'installation des services sociaux de base.

Nous faisons nôtre la demande de la Déclaration d'Abuja de 1993, pour une indemnisation couvrant la totalité des dommages quantifiables ou non encourus. L'indemnisation devra compenser les dommages économiques et sociaux subis par nos populations, pour financer la reconstruction de notre propre infrastructure et de notre propre société, pour restaurer notre dignité. Nous considérons de telles réparations comme indispensables pour nous permettre de prendre en main notre destin et prévenir toute répétition de l'holocauste africain. De ce fait, nous considérons qu'elles se font par trop attendre.

Nous appelons à la construction d'un nouvel ordre mondial démocratique après l'éradication de l'ordre actuel qui continue à nous ligoter à la dette par le commerce libéral, par les mouvements d'exploitation et d'extraction de l'investissement des corporations transnationales, par les flux d'argent volatiles et spéculatifs ... tout cela à l'intérieur d'une idéologie concoctée par une minorité infime basée aux Etats-Unis, le soi-disant "Consensus de Washington".

Nous considérons le rassemblement des coalitions de Jubile 2000 et d'autres mouvements populaires à Cologne au mois de juin comme un pas important vers la réalisation des objectifs qui nous unifient. Nous exigeons du G7 et des Institutions de Bretton Woods qu'ils nous rendent justice mais nous n'entretenons pas l'illusion que cela pourrait se passer sans une intensification de la pression populaire. C'est pourquoi nous estimons nécessaire de galvaniser nos forces ici au Sommet Sud-Sud, pour former une forte coalition Sud-Sud et mettre en avant notre propre agenda pour une libération totale.

Nous réaffirmons notre appui aux Déclarations d'Accra, de Rome et de Tegucigalpa ainsi que la Déclaration sur la dette du Conseil mondial des églises réuni à Harare, et nous accueillons avec enthousiasme le Sommet Asie-Pacifique prochain de Jubile 2000, en tant que partie du processus Sud-Sud de Jubile.

Nous appelons nos alliés de l'Eglise et d'autres associations civiles dans le Nord à soutenir notre lutte et le processus qui a mené à cette déclaration et aux précédentes. Ainsi deviendraient-ils vecteurs d'une solidarité authentique au sein du mouvement mondial de Jubile 2000 mené par le Sud pour un nouveau monde dans le nouveau millénaire.

De notre côté, nous poursuivrons la construction des coalitions dans le cadre de Jubile 2000 afin d'apporter aux populations les moyens de répondre efficacement aux défis posés par la crise de la dette et au clairon de Jubile pour un nouveau millénaire. Par là, nous entendons des campagnes menées par et entre les peuples pour construire nos propres réseaux de pouvoir, de capacité et de "mondialisation de la solidarité", pour arriver à nos objectifs. Nous construisons notre campagne de telle sorte qu'elle obtienne l'annulation de la dette par tous les moyens, y compris la pression sur tous ceux concernés ou par des actions collectives des masses unies du Sud pour le refus de la dette.

Nous vous appelons tous à agir en ce sens, et ainsi à participer à la réalisation des objectifs cités. Surtout, soutenons-nous mutuellement et augmentons notre confiance dans notre capacité collective à atteindre ces objectifs par l'unité organisée, Sud-Sud et Sud-Nord.

Enfin, nous nous engageons dans l'auto-détermination en travaillant pour l'annulation de la dette dans une conception plus large de Jubile. Celle-ci comprend l'assertion de notre souveraineté face à la domination du Nord et une dynamique vers un système économique mondiale alternatif.

Sommet de la Dette, Afrique australe à Johannesburg, le 21 mars 1999: Les coalitions de Jubile 2000 d'Afrique australe Déclaration commune des délégués de l'Angola, du Lesotho, du Malawi, du Mozambique, de l'Afrique du Sud, du Swaziland, de la Tanzanie, de l'Ouganda, de la Zambie, du Zimbabwe, de Jubile 2000 Afrika et des Coalitions de Jubile 2000 de l'Amérique Latine et des Philippines.