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Le pasteur Frank Chikane: travailler ensemble pour guérir les blessures des conflits

Le pasteur Frank Chikane: travailler ensemble pour guérir les blessures des conflits

Le pasteur Frank Chikane, président de la Commission des Églises pour les affaires internationales. Photo: Albin Hillert/COE

27 juin 2018

Version française publiée le: 28 juin 2018

*Par Philippa Hitchen

«Marcher, prier et travailler ensemble» était le thème de la visite du pape François à Genève le 21 juin dernier à l’occasion du 70e anniversaire du Conseil œcuménique des Églises (COE).

En dépit des anciennes divisions et des nouveaux obstacles à franchir sur la voie de l’unité des chrétiens, le pape a déclaré aux responsables du COE que «la crédibilité de l’Évangile est mise à l’épreuve par la manière dont les chrétiens répondent à l’appel de tous ceux qui, partout dans le monde, souffrent injustement» de la pauvreté et des conflits.

Parmi ceux qui écoutaient ses mots se trouvait le pasteur pentecôtiste Frank Chikane, l’un des responsables du mouvement de lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud. Il était à la tête du Conseil des Églises d’Afrique du Sud, avant de devenir conseiller principal du gouvernement du Congrès national africain (ANC) et, désormais, président de la Commission des Églises pour les affaires internationales du COE. En cette qualité, il se déplace vers les zones de conflits dans le monde entier, plaidant pour la paix et la réconciliation, s’inspirant de ses propres expériences dramatiques lorsqu’il fut arrêté, torturé et presque tué sous l’ancien régime d’apartheid de l’Afrique du Sud.

Il se considère lui-même comme un «miracle» puisqu’en 1989, les forces de police ont tenté de l’empoisonner en imbibant ses vêtements de produits chimiques. Des années plus tard, l’ancien ministre des forces de police est venu se confesser et demander pardon, et M. Chikane lui répondit qu’il l’avait déjà pardonné. Le ministre a insisté pour laver ses pieds en signe de repentance, ce qui mena M. Chikane à se rendre compte «qu’il avait besoin d’être guidé» en signe de libération de ses crimes.

En réfléchissant à la manière dont l’expérience de l’Afrique du Sud peut servir d’exemple de réconciliation aux autres peuples en conflit, M. Chikane déclare que «la justice doit être une justice pour tous, nous ne pouvions nous en emparer et infliger le même sort aux blancs». Nous mené notre lutte, ajoute-t-il, comme un effort de libération des blancs également, lesquels étaient prisonniers du système, comme les jeunes soldats israéliens en poste dans les zones occupées sont prisonniers d’un climat de peur permanente. «Vous ne pouvez pas perpétrer de violence à l’encontre d’autrui sans en être vous-mêmes affectés», insiste-t-il, «c’est impossible».

Le COE travaille auprès des mouvements populaires pour la paix et avec les personnes de pouvoir, poursuit M. Chikane, remarquant que cela prend parfois du temps avant de voir quelqu’un changer et appréhender différemment la manière dont le pouvoir est exercé.

Il se souvient d’initiatives de paix auxquelles il a participé en Israël et Palestine, en Colombie, en Irak et dans la péninsule coréenne. Le COE travaille en étroite collaboration avec les femmes et hommes politiques et les groupes chrétiens pacifiques de Corée du Nord et du Sud, déclare-t-il, ajoutant qu’il est important de prendre position et d’élever la voix pour défendre l’intérêt des Coréens eux-mêmes, qui aspirent tous à la paix et à la réunification.

«L’ensemble du corps du Christ doit demeurer uni» dans la poursuite de ces travaux fondamentaux, confie M. Chikane, parce que «nul ne peut le faire seul». Son message adressé au pape François est un message de chaleureuse bienvenue, dans l’espoir que cette visite au siège du COE «raffermira les liens» avec le monde catholique. Il s’agit d’un «message adressé au monde, celui d’une Église unique, et lorsque nous nous exprimons, nous le faisons comme un seul corps», conclut-il.

*Philippa Hitchen est journaliste et vit au Vatican

Écouter l’entrevue avec le pasteur Frank Chikane

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La visite du pape François au Conseil œcuménique des Églises