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Premier rapport (1e rédaction - pour examen et décision)

14 février 2006

On a demandé au Comité des questions d'actualité (PIC) de travailler sur des projets de propositions concernant cinq déclarations et une note préparés à l'avance a partir d'une série de consultations et de réflexions et adoptés par le Comité exécutif du Conseil oecuménique des Eglises lors de sa réunion du 13 février 2006. Il s'agit des textes suivants :

  1. Déclaration sur l'Amérique latine

  2. Déclaration sur la responsabilité de protéger

  3. Déclaration sur le terrorisme, les droits de la personne et le contre-terrorisme

  4. Déclaration sur la réforme des Nations Unies

  5. Déclaration sur l'eau pour la vie

  6. Note sur l'élimination des armes nucléaires

Dans ce premier rapport, le Comité des questions d'actualité présente à l'Assemblée les projets de déclaration sur l'Amérique latine, la réforme des Nations Unies et l'eau pour la vie, ainsi qu'un projet de note sur l'élimination des armes nucléaires. Les projets de déclaration sur la responsabilité de protéger et sur le terrorisme, les droits de la personne et le contre-terrorisme seront présentés dans le deuxième rapport du Comité.

En outre, le Comité des questions d'actualité a reçu de participants de l'Assemblée, dans le délai réglementaires de 24 heures suivant l'annonce de la proposition au Comité exécutif, sept propositions soutenues par au moins dix Eglises membres. Après examen minutieux de ces propositions, dans le cadre des orientations et conformément aux critères en vigueur pour les décisions que doit prendre l'Assemblée sur les questions d'actualité, le Comité propose :

  • une note sur le respect mutuel, la responsabilité et le dialogue avec les adeptes d'autres religions, qui sera présentée dans le deuxième rapport du Comité des questions d'actualité.

En ce qui concerne les six autres propositions et les questions soulevées, le Comité propose d'agir comme suit, ce qui paraît plus approprié :

1. Trafic des femmes

Le Comité des questions d'actualité a reçu une proposition au sujet de la question du trafic des femmes et une demande de vouer une attention particulière à la prochaine Coupe du monde de football qui aura lieu en juin 2006 en Allemagne et attirera probablement dans ce pays des dizaines de milliers de prostituées venues principalement des pays d'Europe centrale et orientale.

Le Comité des questions d'actualité fait observer que le Comité central du COE, lors de sa réunion du 15 au 22 février 2005, a publié une déclaration sur les personnes déracinées, intitulée : « La pratique de l'hospitalité face à de nouvelles formes de migration ». Cette déclaration souligne que le trafic des êtres humains est l'une des nouvelles tendances de la migration qui « consiste à recruter et/ou à transporter des personnes en faisant usage de violence ou d'autres formes de contrainte, ou encore en leur fournissant des informations fausses pour les exploiter économiquement ou sexuellement (par le biais, par exemple, de la prostitution forcée ou du travail sous contrainte). Les victimes de ces trafics se trouvent souvent pratiquement réduites à l'esclavage, privées de leur liberté de mouvement et de la possibilité de prendre leur sort en mains. Les femmes et les enfants sont particulièrement touchés par ces pratiques ». La déclaration recommande aux Eglises de « lutter contre le trafic d'êtres humains, en particulier de femmes et d'enfants destinés à l'exploitation sexuelle ; collaborer avec les gouvernements, les Eglises et les organisations non gouvernementales intéressées afin de faire en sorte que les victimes des trafiquants reçoivent le traitement et le respect qui leur sont dus ; s'opposer aux efforts des gouvernements qui tentent de faire de ce trafic une excuse pour restreindre l'immigration ».

Des initiatives visant à suivre la question du trafic d'êtres humains ont été lancées dans les régions et reprises par quelques Eglises membres. Le Comité des questions d'actualité recommande au secrétaire général et aux membres du personnel du COE de collaborer avec leurs partenaires de contact régionaux et internationaux pour continuer à soutenir les Eglises membres et à prendre les mesures nécessaires à cet égard.

2. Pauvreté

Le Comité des questions d'actualité a reçu une proposition de déclaration sur la pauvreté. C'est là, assurément, une des grandes questions de notre monde et la lutte contre la pauvreté est une priorité du Conseil oecuménique des Eglises. Réuni pour sa Huitième Assemblée à Harare, le Conseil avait fermement déclaré que « dans les faits, la répartition inégale du pouvoir et de la richesse, de la pauvreté et de l'exclusion contredit toutefois le discours trop facile sur une communauté de partage universelle. » L'absence d'une perspective éthique et morale bien définie pour réagir à la pauvreté est un péché aux yeux de Dieu. Le Comité des questions d'actualité est d'accord sur le fait que cette question de la pauvreté dans le monde est un défi que les Eglises et l'ensemble de la famille oecuménique sont appelés à relever au 21e siècle. Cela doit faire l'objet d'un processus délibéré et permanent.

En prenant sérieusement en considération les conséquences de la pauvreté pour la vie du peuple de Dieu, le Comité des questions d'actualité présente à l'Assemblée trois déclarations dans lesquelles apparaît la question de la pauvreté. Ces déclarations, rédigées avec soin après des consultations étendues et une réflexion intense, appellent les Eglises et les gouvernements à s'attaquer aux diverses causes de la pauvreté dans les monde. Les déclarations sur l'eau pour la vie, sur l'Amérique latine et sur la réforme des Nations Unies s'expriment avec fermeté et de manière spécifique sur les questions de la pauvreté et des moyens de la combattre dans divers contextes.

3. Incarcération de l'archevêque orthodoxe de Skopje, République ex-yougoslave de Macédoine (FYROM)

Le Comité des questions d'actualité a reçu une proposition visant à condamner l'incarcération de l'archevêque Jovan d'Ochrid et métropolite de Skopje (République ex-yougoslave de Macédoine). Le Conseil oecuménique des Eglises s'est préoccupé de la situation de l'archevêque Jovan ; dans une lettre du 31 août 2005 adressée à S.E. Branko Crvenkovski, président de la République ex-yougoslave de Macédoine, il a exprimé sa profonde préoccupation face à cette incarcération et répété qu'à ses yeux, les différends et disputes entre Eglises devraient être résolus par la discussion et le dialogue et que la solution judiciaire ne devrait être envisagée qu'en dernier ressort.

Le Comité recommande que le secrétaire général et les membres du personnel continuent à suivre attentivement la situation et prennent les mesures appropriées selon les nécessités.

4. Protection d'Eglises membres du COE faisant l'objet de discrimination

Le Comité des questions d'actualité a reçu une proposition concernant la protection d'Eglises membres du COE faisant l'objet de discrimination, notamment les Eglises minoritaires de langue hongroise en Europe orientale et centrale (Serbie et Monténégro, Roumanie, Slovaquie, Ukraine).

En ce qui concerne la situation particulière de ces minorités, le Comité des questions d'actualité a pris note du rapport du Comité central de février 2005 où la situation de la Voïvodine, en Serbie et Monténégro, est considérée comme un grand sujet de préoccupation. Plusieurs délégations ecclésiastiques ou gouvernementales ont visité la région ces temps derniers. Le responsable des programmes pour l'Europe au COE s'est rendu en Serbie et Monténégro en avril 2005 et a rencontré les autorités des Eglises minoritaires. En outre, le secrétaire régional et la Commission des Eglises pour les affaires internationales suivent de près la situation générale dans cette région en restant particulièrement attentifs à la condition des minorités à la lumière de la politique du COE consistant à accorder la priorité au respect des droits de la personne pour tous et à l'unité entre les différentes Eglises membres. Lorsqu'il y a lieu, des mesures sont prises avec les institutions gouvernementales. Le Comité des questions d'actualité recommande à la CEAI et au secrétaire chargé de l'Europe, en relation avec la Conférence des Eglises européennes, de suivre l'évolution de la situation et d'envisager s'il y a lieu d'autres mesures.

La proposition souligne, également en termes généraux, les questions relatives à des persécutions, à la discrimination et à l'oppression d'Eglises membres du COE. Le Comité des questions d'actualité déclare que le soutien apporté à des Eglises membres se trouvant dans des situations de ce genre et l'action entreprise au nom de toute la communauté fraternelle du COE sont tout à fait dans le mandat de la Commission des Eglises pour les affaires internationales et que, chaque fois qu'une telle situation se produit, le COE interviendra pour protéger ses membres, pour aborder la question dans ses relations avec les gouvernements et dans les réunions intergouvernementales.

5. Populations autochtones et disparition des langues

Le Comité des questions d'actualité a reçu une proposition concernant l'inscription de la question des populations autochtones et la disparition des langues. Réuni à Genève en février 2005, le Comité central du COE avait fait une déclaration à propos des droits de la personne et des langues des populations autochtones. Dans ce document, le Comité central appelait les Eglises membres à demander avec insistance la création d'une année internationale de l'ONU pour les langues autochtones, en 2006 ou une année suivante, à demander aux gouvernements de leurs pays d'abroger les lois discriminatoires sur les langues autochtones, d'agir pour éliminer les pressions exercées contre ces langues dans le domaine de l'éducation et dans le domaine social, et de chercher sérieusement à se conformer aux conventions et aux traités internationaux sur l'usage des langues traditionnelles considéré comme un doit humain fondamental. Le Comité des questions d'actualité estime que la déclaration du Comité central de février 2005, mentionnée ci-dessus, est importante et pertinente et demande aux Eglises d'envisager la façon dont elles pourraient, sur le plan pratique, réagir à cette crise générale, en attirant l'attention sur cette importante question de la perte des langues et en cherchant à y remédier, dans leur cadre local ainsi qu'au niveau international. Le Comité central rappelle aux Eglises et à la communauté chrétienne que la diversité des langues parlées est le signe de la présence de la plénitude de l'Esprit de Dieu, dans Actes 2, et que la diversité complète des langues fait intégralement partie de la grande célébration de Dieu, dans Apocalypse 7,9. Ces préoccupations ont également été communiquées au Comité d'orientation du programme de l'Assemblée.

6. Réunification pacifique de la péninsule coréenne

Le Comité des questions d'actualité a reçu une proposition de déclaration sur la réunification de la péninsule coréenne. Lors de la guerre de Corée, alors que la péninsule était divisée, le COE avait adopté la position qui était celle de l'ONU, attribuant à la République populaire démocratique de Corée l'entière responsabilité de cette situation qui est à l'origine d'énormes souffrances pour le peuple coréen.

Le Conseil oecuménique des Eglises a continué à suivre de près l'évolution de la situation dans la péninsule coréenne. En octobre 1984, à la requête des Eglises coréennes, le COE a organisé un colloque sur la paix en Asie du Nord-Est. Entre autres sujets, ce colloque a abordé la question de la paix et de la réunification de la péninsule coréenne et de ses habitants. Cette réunion a eu lieu à Tozanso (Japon).

Suite à la rencontre de Tozanso, il y eut une série de visite organisées par la Fédération chrétienne coréenne (KCF) et le Conseil national des Eglises - Corée (NCC-K), à Glion (Suisse). Ces rencontres ont eu des suites à Kyoto et à Macao. En collaboration avec les Eglises de Corée, le COE a préparé un cadre pour l'unification. Au cours des années 1980 et 1990, il y eut des visites et des échanges entre Eglises membres au Canada, aux Etats-Unis et en République populaire démocratique de Corée, ainsi que des rencontres avec des familles séparées.

Le COE continue de suivre de près l'évolution de la situation dans la péninsule coréenne, notamment la réunion à six. L'an dernier, le groupe de travail sur la Corée, composé du NCC-K, du KCF, du Conseil national des Eglises du Japon, de la Conférence chrétienne d'Asie et du COE a redit le soutien qu'il apportait aux conversations de la réunion à six et s'est déclaré prêt à continuer à suivre de près les relations bilatérales entre Nord et Sud ainsi que les propositions faites dans le cadre de la « sunshine policy » (politique du rayon de soleil).

En septembre 2004, le Comité exécutif du COE, réuni à Séoul, a fait une déclaration sur la question de la réunification, ainsi que sur les droits de la personne et sur le nucléaire. Le COE continuera de suivre de près l'évolution de la situation et de prendre les mesures nécessaires en collaboration avec les Eglises membres en Corée.

Déclaration sur l'Amérique latine 

1. Pour la première fois de son histoire, l'Assemblée du COE se réunit en Amérique latine et souhaite tout d'abord exprimer sa profonde reconnaissance aux Eglises latino-américaines qui l'ont accueillie, au Conseil des Eglises d'Amérique latine (CLAI) pour le travail qu'il accomplit en vue de l'édification de l'unité des Eglises chrétiennes, et au Conseil national des Eglises chrétiennes du Brésil (CONIC) qui a généreusement invité le COE à tenir son Assemblée dans ce pays. La présente déclaration se fait l'écho de questions et de préoccupations émanant d'Eglises latino-américaines.

2. Le thème de l'Assemblée, "Transforme le monde, Dieu, dans ta grâce", rappelle les différentes transformations que cette région a connues au cours de son histoire : une histoire où l'espérance, la vie et la joie sont restées, au fil des siècles, des caractéristiques de la région et des signes de la grâce de Dieu, une histoire de transformations qui continuent à se produire jusqu'à nos jours. A la suite d'élections qui ont eu lieu récemment dans divers pays d'Amérique latine, pour la première fois, un autochtone est devenu président de Bolivie, et une femme présidente du Chili. Ces signes de renouveau politique dans la région font suite à d'autres changements qu'il faut interpréter dans le contexte de l'histoire latino-américaine si l'on veut discerner la présence de Dieu qui renouvelle la création tout entière (Apocalypse 21,5).

Rappel de l'histoire de l'Amérique latine

3. Après des millénaires de diverses cultures autochtones qui se sont développées de manière remarquable, comme par exemple les civilisations des Mayas et des Incas, la conquista du XVIe siècle par les couronnes d'Espagne et du Portugal a inauguré dans ce continent une histoire commune récente. Cette histoire a été officiellement rappelée en 1992, lors de la commémoration des cinq cents ans de colonisation par les Européens, au cours de laquelle on a reconnu la réalité du massacre de diverses populations autochtones et l'introduction de l'esclavage par les colonisateurs. Ayant subi les régimes européens, les habitants ont mené au XVIIIe siècle des guerres contre les Espagnols et les Portugais, frayant ainsi la voie à la liberté pour la plupart des Etats latino-américains. La plupart de ces pays ont acquis leur indépendance durant la première moitié du XIXe siècle. Toutefois, cette indépendance politique n'a pas empêché la dépendance économique de certains d'entre eux.

4. Depuis les guerres d'indépendance, de nombreux dirigeants politiques ont appelé à l'unité des différents Etats latino-américains et au cours des deux siècles écoulés, de nombreuses tentatives de créer l'unité de l'Amérique latine ont vu le jour. Aujourd'hui, dans le cadre des tendances politiques mondiales qui viennent appuyer l'intégration régionale, cette unité est essentielle. Les Eglises de la région ont déclaré sans ambiguïté que les efforts faits actuellement pour jeter des ponts entre les Etats ne devraient pas seulement se baser sur des accords commerciaux et économiques, mais chercher à répondre aux besoins et à respecter les droits des personnes, en particulier de celles qui sont faibles et vulnérables. De cette manière, la voie qui mène à l'unité peut devenir un signe de la fraternité et de la sororité auxquelles Dieu appelle tous les êtres humains.

5. Plusieurs voix se sont élevées dans l'Assemblée pour attirer l'attention sur la lutte pour la vie et la dignité qui a été constante au sein des peuples d'Amérique latine. Tout au long de leur histoire ils ont été confrontés à des guerres intestines ou entre Etats, des conflits, des régimes autoritaires et des dictatures, ainsi qu'à des politiques irresponsables mises en oeuvre par des gouvernements et des entreprises multinationales, causant un tort irréparable à l'environnement. Il faut ici rendre hommage au témoignage de milliers de chrétiens et d'autres personnes de bonne volonté qui ont donné leur vie pour les droits et la dignité des êtres humains et la sauvegarde de la création. Monseigneur Romero, d'El Salvador, Mauricio López, d'Argentine, Chico Mendes, du Brésil, Yolanda Céron, de Colombie, sont quelques noms parmi ceux des milliers de personnes, inconnues pour la plupart. Le sang de ces martyrs a irrigué les semailles du Royaume de Dieu, qui ont produit des fruits de solidarité, de vie et de démocratie.

Vaincre la pauvreté et l'injustice

6. La pauvreté affecte la région de manière dramatique. Selon les statistiques de l'ONU, depuis des décennies, plus de 40% de la population vit dans la pauvreté et 20% dans l'extrême pauvreté. On ne peut pas considérer cette situation hors de son cadre, qui est celui des programmes d'ajustement structurel mis en oeuvre par les gouvernements à la demande d'institutions financières internationales comme la Banque mondiale et le Fonds monétaire international. La privatisation d'entreprises d'Etat a produit, dans certains cas, un soulagement et une prospérité économique à court terme, mais nombreux sont ceux qui estiment que, dans le moyen et le long terme, l'application de ce type de politique a provoqué une détérioration de la situation de la région et déclenché dans de nombreux pays d'énormes crises à la fin des années 1990 et au début du XXIe siècle. Malgré le fait que, ces dernières années, la région semble s'être remise de ces crises au niveau macro-économique, la pauvreté demeure un problème pour les gouvernements et les sociétés et un scandale aux yeux des Eglises. Même dans les pays où la pauvreté est relativement moins aiguë, le fossé entre riches et pauvres est immense et la répartition des richesses reste inéquitable.

7. Depuis des décennies, la dette extérieure constitue un lourd fardeau. Les Eglises de la région ont déclaré en toute clarté que cette dette est illégitime et immorale, parce qu'elle a été contractée sous les régimes des dictatures avec la complicité des institutions financières internationales et qu'elle est déjà remboursée. Cependant l'obligation de continuer à payer le service de la dette a empêché la mise en oeuvre de politiques sociales efficaces dans la plupart des pays, ce qui a gravement affecté les domaines de l'éducation, de la santé ainsi que les conditions de travail. En outre, à la suite des crises économiques, l'émigration s'est accrue; des millions de Latino-Américains vivent aujourd'hui aux Etats-Unis ou en Europe et l'argent qu'ils envoient chez eux est devenu l'un des revenus les plus importants de certains pays.

8. Cette situation économique ne cesse d'accentuer l'exclusion de groupes vulnérables tels que les populations autochtones, d'ascendance africaine et rurales. Les populations autochtones continuent à se battre pour voir leurs droits reconnus. Les personnes d'ascendance africaine subissent encore les conséquences de l'esclavage, ce qui les a empêchés d'exercer pleinement leurs droits dans des pays qui continuent à connaître le racisme. Dans une région où la pauvreté est souvent liée à des questions de propriété foncière, les mouvements des sans-terre, dans différents pays, notamment au Brésil, ont revendiqué l'accès à la propriété foncière. Les Eglises et le mouvement oecuménique ne sauraient rester sourds à l'appel des pauvres de ce continent. La pauvreté est inacceptable dans une région qui est extrêmement riche en ressources naturelles, mais ce qui est tragique, c'est que celles-ci ont été exploitées d'une façon qui a détruit l'environnement et perpétué une répartition injuste des richesses, notamment par la contamination des fleuves dans de vastes secteurs. En fait, c'est toute la planète qui est menacée par le déboisement de l'Amazonie.

Guérir les blessures de la violence

9. La violence reste l'un des problèmes majeurs de la région. Certains pays sont encore confrontés aux conséquences de la violence politique. C'est notamment le cas de la Colombie où la confrontation entre les acteurs politiques a grandement affecté la société civile. Ce conflit a causé la mort de milliers de personnes, pour la plupart innocentes, et plus de trois millions d'autres sont déplacées à l'intérieur du pays. Le conflit a franchi les frontières et les pays voisins en ont subi le contrecoup. Les Eglises colombiennes ont intensifié leur travail auprès des victimes, et demandé en termes clairs au gouvernement et aux groupes armés de rechercher une solution négociée au conflit, afin de parvenir à la paix dans la justice.

10. Proche de la région et des préoccupations des Eglises d'Amérique latine, Haïti aussi a connu des violences très dures au cours de ces dernières années et a passé par une crise politique causée par des facteurs internes et externes. Malgré la présence d'une force de stabilisation intérimaire de l'ONU, la violence continue à se déchaîner, en particulier à Port-au-Prince. Les élections récentes, qui se sont déroulées après de nombreux délais, bien qu'importantes pour le très nécessaire rétablissement de la démocratie dans le pays n'ont pas amené la paix. Il est urgent d'engager un dialogue national à une large échelle et de lancer un processus de réconciliation pour guérir les blessures du pays.

11. Les situations dramatiques que vivent ces pays ne sauraient être considérées comme des cas isolés. Elles sont le reflet d'un phénomène plus vaste qui affecte toute la région. Le risque existe que la nouvelle dynamique du militarisme créée ces dernières années dans la région par l'établissement de bases militaires des Etats-Unis dans divers pays devienne plus visible. Cependant l'influence des Etats-Unis n'est pas récente. Durant des décennies, ils ont influencé la politique, l'économie et la culture du continent, et ont formé ses militaires dans la perspective de la sécurité au niveau de l'hémisphère.

12. Cuba a constitué une cible particulière du programme des Etats-Unis pour la région. Le blocus imposé par le gouvernement américain au cours des années 1960 n'a cessé d'affecter gravement la population de Cuba. Le gouvernement actuel a durci le blocus. Cuba, néanmoins, a réussi à élaborer des politiques efficaces dans les domaines de la santé, de l'éducation et de la culture. Le respect des droits civils et politiques doit encore faire l'objet d'une amélioration sérieuse dans ce pays, afin de correspondre au processus de transformation économique dans lequel il se trouve engagé. Des espaces de dialogue entre les différents secteurs de la société et le gouvernement sont extrêmement nécessaires.

13. La violence est aussi un phénomène quotidien en Amérique latine, dans les zones urbaines, les familles, les relations entre hommes et femmes et parmi les jeunes. Des bandes de jeunes (maras) existent dans la plupart des pays d'Amérique centrale. La prolifération des armes de petit calibre est un problème majeur auquel les Eglises se sont attaquées. Ainsi, l'accent spécial de la Décennie ‘vaincre la violence', qui porte en 2006 sur cette région, offre l'occasion de traiter certains des aspects de la violence et d'unir les efforts des Eglises visant à édifier une culture de la paix.

Lutter pour la vie et pour la dignité

14. Les populations d'Amérique latine ont fait de grands efforts pour édifier la paix dans la justice et pour se donner des régimes démocratiques. Des organisations de victimes et de militants des droits humains, ainsi que les Eglises de nombreux pays, ont été à l'avant-garde de ce combat. Le système interaméricain a contribué à renforcer l'état de droit et à traiter avec efficacité les cas de violations des droits de la personne et l'impunité dans divers pays.

15. En outre, ces dernières années, de nombreux pays ont opéré des changements notables grâce à des élections présidentielles, expression de la démocratie participative. Les candidats et les partis qui ont manifesté le plus de sensibilité pour les besoins et les droits des populations ont été élus bien souvent. Les gouvernements nouvellement élus se sont montré plus fermes face aux institutions financières internationales, aux accords commerciaux et aux subsides agricoles dans les pays du Nord; ils ont aussi mis en place des politiques intérieures plus respectueuses des droits de la personne, et pris des mesures de lutte contre la pauvreté et la faim, tout en répondant à d'autres besoins dans le domaine social. Ces gouvernements ont suscité de grands espoirs dans la région et au delà, bien qu'il ne faille pas ignorer les limites importantes auxquelles ils se trouvent confrontés, ni les contradictions et la corruption qui menacent certains d'entre eux.

Les Eglises accompagnent les populations d'Amérique latine

16. Le christianisme est arrivé dans la région avec les colonisateurs au cours du XVIe siècle et des suivants, et cela ne s'est pas passé sans heurts. Bien souvent, les persécutions menées contre ceux qui refusaient la foi chrétienne ont fait des milliers de morts. Cependant, au fil de l'histoire, la foi vécue par les descendants des autochtones, des Africains, des mestizos et des descendants d'Européens a façonné le visage latino-américain du christianisme.

17. Pendant longtemps, l'Amérique latine a passé pour être le continent catholique romain par excellence. Mais la composition de cette chrétienté s'est modifiée au cours des siècles. Au 19e siècle par exemple, des missionnaires d'Eglises protestantes et anglicanes sont venus travailler sur le continent et l'Eglise orthodoxe s'y est établie et a contribué à la création du tissu social de diverses communautés. Au cours des dernières décennies, des Eglises évangéliques, pour la plupart pentecôtistes, ont connu une croissance régulière et constituent dans certains pays un important pourcentage de la population. Pour répondre à la nécessité de traiter toutes les religions sur pied d'égalité, question soulevée par de nombreuses Eglises membres du COE, des améliorations sont intervenues dans quelques législations nationales visant à reconnaître leurs droits.

18. L'oecuménisme a apporté des contributions importantes à l'histoire de l'Amérique latine, notamment au cours de la période récente. Les Eglises et les organisations oecuméniques de la région ont joué un rôle clé dans la lutte contre les régimes dictatoriaux et autoritaires et dans la défense des droits de la personne. Par divers programmes, et notamment grâce à son Bureau des droits de l'homme en Amérique latine, le COE a accompagné et soutenu les Eglises, les organisations oecuméniques, celles de militants des droits de l'homme et de victimes dans leur action de lutte contre l'impunité, à conclure des accords de paix après des guerres civiles, à renforcer la démocratie et construire la réconciliation.

19. On peut faire remonter le combat que livrent les Eglises en faveur de la dignité humaine à celui des ardents défenseurs des populations autochtones que furent des chrétiens tels que Fray Bartolomé de las Casas au XVIe siècle. Depuis cette époque, la lutte pour la dignité humaine est restée un pilier de la théologie latino-américaine. Le souci spécial des pauvres, des marginalisés, des exclus dans les diverses sociétés, au cours de l'histoire, est à l'origine de la manière particulière de faire de la théologie que l'on connaît sous le nom de théologie de la libération. Fortement incarnée dans les luttes sociales des années 1960 et 1970, elle a élargi récemment ses objectifs pour inclure les dimensions de l'économie, de l'écologie, du genre et des relations interreligieuses. C'est pourquoi, nourrie de cette analyse théologique qui s'enracine dans une profonde expérience spirituelle, la chrétienté latino-américaine s'est engagée dans la défense, la protection et la célébration de la vie dans ses multiples manifestations, en reconnaissant la présence de Dieu dans toutes les expressions de la vie et notamment de la vie humaine. Cette expérience est un don que Dieu fait à toute l'Eglise.

Propositions

La Neuvième Assemblée du Conseil oecuménique des Eglises, réunie à Porto Alegre, Brésil, du 14 au 23 février 2006 :

  1. adopte la déclaration sur l'Amérique latine ;

  1. fait l'éloge des Eglises latino-américaines et de leur combat pour vaincre la pauvreté et l'injustice , pour guérir les blessures dues à la violence, pour promouvoir la vie et la dignité, pour garantir un traitement égal à toutes les religions dans les législations nationales; elle leur demande poursuivre leur action et leur réflexion sur des questions telles que la grâce, l'économie, le genre, la jeunesse, le handicap, l'appartenance ethnique, l'écologie et la violence, ce qui constitue une partie de leur contribution au mouvement oecuménique et une préparation à l'Assemblée du CLAI de 2007;

  1. invite les Eglises, les organisations oecuméniques et les autres groupes de la société civile à participer activement à la Décennie 'vaincre la violence' : les Eglises en quête de réconciliation et de paix, dont l'accent spécial porte cette année sur l'Amérique latine ;

  1. appelle les Eglises membres et le personnel du COE à renforcer les échanges avec les Eglises et les organisations oecuméniques d'Amérique latine et à chercher de nouvelles manières de coopérer avec les Eglises et les peuples de cette région ;

  1. encourage les populations d'Amérique latine à poursuivre leur lutte visant à édifier des sociétés nouvelles qui respectent la dignité de l'ensemble de la création et accordent une attention particulière aux plus vulnérables et aux exclus, et à partager leurs visions, leurs préoccupations et les enseignements appris avec les peuples d'autres régions ;

  1. appelle les gouvernements d'Amérique latine à renforcer leur action en vue d'une meilleure intégration de la région, afin de faire face aux défis du monde actuel; à rechercher des politiques efficaces pour vaincre la pauvreté, l'injustice et la dégradation de l'environnement, à renforcer l'état de droit, ainsi que le respect et la promotion des droits et de la dignité des êtres humains, et à continuer à rechercher les moyens de renforcer la démocratie dans leurs pays respectifs ;

  1. prie instamment la communauté internationale, les Etats et les institutions financières internationales de revoir l'héritage de la dette extérieure qui pèse lourdement sur la région, ainsi que la logique des accords de libre échange, afin de répondre efficacement aux besoins de la population et aux préoccupations que les Eglises ont exprimées récemment, concernant les conséquences que ces accords entraînent pour les droits des paysans, des travailleurs et des communautés, sur l'environnement et la participation des citoyens.  

Déclaration sur la réforme des Nations Unies 

1. A de nombreuses reprises, les instances dirigeantes du Conseil oecuménique des Eglises ont souligné le rôle unique des Nations Unies et la noblesse des idéaux exprimés dans leur Charte. Le 60e anniversaire des Nations Unies et le processus de réforme lancé avant la récente réunion au sommet offrent à la présente Assemblée du Conseil oecuménique des Eglises l'occasion d'examiner l'état actuel de l'ordre international et d'appeler les Eglises membres à réaffirmer et à renforcer leur soutien aux Nations Unies et leur engagement en leur faveur, au moment où cette institution vit un moment critique de son histoire. Les Eglises, tout comme l'ensemble de la société civile, ont la responsabilité de contribuer à la formation de l'opinion publique et de susciter la volonté politique de prendre, dans un esprit de coopération multilatéral, les décisions nécessaires pour permettre aux Nations Unies d'accomplir leur mission.

2. Nombreux sont les «peuples des Nations Unies» qui continuent d'appeler de leurs voeux la justice et la paix. Ce cri est lancé notamment par les populations qui subissent l'occupation étrangère et des régimes d'oppression, par les victimes des guerres et des conflits civils, par des millions de personnes déracinées, par des populations autochtones déplacées de leurs terres ancestrales et par ceux et celles qui souffrent du VIH/sida et d'autres pandémies, de la faim, du manque de travail, d'eau potable et de terres cultivables. Nombreux sont ceux qui sont déçus par la capacité limitée des Nations Unies de réagir à leurs cris. Lors des sécheresses, des inondations et des ouragans et face aux graves changements climatiques, nous entendons aussi le cri de la terre qui gémit sous l'impact de la cupidité humaine et de l'exploitation effrénée des ressources de la nature.

3. Nous qui sommes chrétiens, nous vivons dans la promesse et l'espoir que Dieu entendra les cris des humains et les délivrera de leurs souffrances. Quand nous prions: «Transforme le monde, Dieu, dans ta grâce», nous sommes confiants que le Seigneur, par son Esprit porteur de vie, nous offre constamment la vie dans sa plénitude. Lorsque nous prions, nous devons être prêts à agir pour devenir les collaborateurs de Dieu, pour nous transformer et transformer nos communautés et l'ordre international et édifier une culture de la vie dans la dignité dans des communautés justes et durables.

4. Lorsque l'Organisation des Nations Unies a été créée en 1945, elle était inspirée par le désir d'épargner aux générations futures le fléau de la guerre, d'affirmer sa foi dans les droits humains fondamentaux, de créer les conditions permettant le règne de la justice et du droit et d'encourager le progrès social et la réalisation de meilleures conditions de vie dans une plus grande liberté. Cette vision, inspirée par des gens de foi, a constitué la base du soutien sans faille que le COE a apporté aux Nations Unies pendant leurs 60 années d'existence, à leurs activités et à leurs aspirations ainsi qu'au principe du multilatéralisme.

5. Avec la fin de la Guerre froide et les progrès de la mondialisation, les Nations Unies se trouvent à un moment critique. D'une part, il faut donner aux problèmes mondiaux complexes une réponse inspirée par la coopération et le multilatéralisme. Jamais encore il n'a été si manifeste que les défis des maladies contagieuses et de la dégradation de l'environnement, de la corruption et de la criminalité organisée, de la prolifération des armes et des menaces du terrorisme ne peuvent être relevés par l'action individuelle des pays. D'autre part, cette situation suscite de nouvelles craintes, des soupçons réciproques, voire des actes de violence aveugle conduisant certains à se retrancher derrière les murs de l'exclusion ou à se lancer dans des opérations unilatérales supposées plus efficaces.

6. Les Nations Unies reposent sur l'engagement des gouvernements à agir ensemble et de manière solidaire. Malgré leurs faiblesses et les réticences des gouvernements à coopérer dans leur cadre, elles demeurent le meilleur instrument que nous ayons pour relever les défis actuels. Au cours de leurs 60 années d'existence, les Nations Unies et leurs institutions spécialisées ont pu faire respecter le droit, résoudre de nombreux conflits (par ex. au Cambodge, au Timor oriental, en Namibie et au Libéria), faire rentrer chez eux des millions de réfugiés, faire reculer l'analphabétisme, promouvoir l'éducation pour tous, mettre en place des soins de santé primaires, lutter contre la pauvreté et faire face à d'innombrables situations d'urgence ainsi qu'à des catastrophes naturelles et provoquées par l'homme. L'adoption des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), les contributions financières au développement et les récents accords concernant la remise des dettes impossibles à rembourser et illégitimes sont autant d'éléments qui attestent la vigueur de l'engagement en faveur des actions multilatérales.

7. Cependant, l'évolution de la situation mondiale oblige les Nations Unies et leurs Etats membres à se lancer dans un sérieux processus de réforme pour conserver leur capacité d'accomplir leur mandat fondamental et de répondre aux aspirations des peuples. Ce processus de réforme doit dépasser le cadre de l'Organisation des Nations Unies pour viser à améliorer la conduite des affaires mondiales en se fondant sur le principe du multilatéralisme.

8. Au nombre des résultats positifs du Sommet figure la prise de conscience que la réalisation de la paix et de la sécurité, du développement et de la justice sociale et économique et l'application des droits humains sont indissolublement liées. Cette constatation devrait servir de cadre et d'orientation au processus permanent de réforme. En fait, il a toujours été évident pour les gens sur le terrain qu'il ne peut pas y avoir de sécurité dans une situation de grand dénuement, que le développement économique acquis au prix de violations des droits humains, notamment de ceux des marginalisés, des femmes, des enfants, des autochtones et des personnes aux aptitudes différentes, ne sert pas la cause de la justice sociale et que si la sécurité élémentaire et la satisfaction des besoins humains ne sont pas assurées, les grandes déclarations en faveur des droits humains perdent toute signification.

9. Le fait d'admettre que la sécurité, le développement et les droits humains sont liés a des répercussions sur notre manière de concevoir nos activités dans ces domaines. Nous réaffirmons la déclaration publiée par l'Assemblée du COE à Vancouver (1983): «Aucune nation ne peut prétendre être en sécurité tant que les droits légitimes à la souveraineté et à la sécurité d'autres nations sont ignorés ou refusés. La sécurité ne peut donc résulter que d'une commune entreprise des nations. Mais la sécurité est également indissociable de la justice. Tout concept de ‘sécurité commune' des nations doit se doubler de celui de ‘sécurité des individus'. La sécurité d'un peuple passe par le respect des droits humains, y compris de ses droits à l'autodétermination, et par la justice sociale et économique que chaque nation doit garantir par son propre système politique.» (Rassemblés pour la vie, pp. 187-188) Cette position a été réaffirmée lors de la dernière Assemblée de Harare (1998) dans les déclarations consacrées aux droits de la personne humaine et à la mondialisation: «Les droits de la personne humaine sont la base essentielle d'une paix juste et durable. Leur violation débouche souvent sur les affrontements et la guerre [...] . Il est urgent de tirer les leçons du passé et de mettre en place des mécanismes d'intervention rapide dès l'apparition des premiers signes de danger.» (Faisons route ensemble, p. 165)

10. Le fait que le document émanant du Sommet mondial de 2005 reconnaisse les liens étroits existant entre les trois piliers de la sécurité, du développement et des droits de la personne témoigne des efforts délibérés en vue de renforcer la cohésion administrative et programmatique du système des Nations Unies par-delà les frontières et entre les institutions spécialisées, les domaines d'intérêt et les milieux concernés.

11. Par rapport aux attentes suscitées et aux besoins recensés, le résultat du Sommet mondial de septembre 2005 a été décevant. Bien qu'on ait fait des progrès considérables dans le domaine de la sécurité avec l'acceptation du principe de «la responsabilité de protéger» qui constitue une obligation et l'engagement en faveur d'une approche plus cohérente en matière de prévention des conflits et d'édification de la paix grâce à la création d'une Commission de consolidation de la paix, on n'a pas pu se mettre d'accord sur le désarmement et la non-prolifération des armes, Au sujet du terrorisme, le Sommet n'est pas parvenu à un accord sur une définition internationale claire condamnant une fois pour toutes les attaques contre les civils à des fins politiques et il n'a pas non plus pu aller au delà de la collaboration au niveau des services secrets, de la police et de l'armée pour parvenir à une coopération qui viserait les causes premières du terrorisme. Enfin, les propositions de réforme et de restructuration du Conseil de sécurité, sujet éminemment politique, ont également débouché sur une impasse.

12. Concernant le développement, si le document final du Sommet réaffirme les engagements en faveur des Objectifs du millénaire, ainsi que du plein emploi et du travail décent tels que visés, il ne contient pas de nouveaux engagements relatifs à l'aide, au désendettement ou au commerce. Ces lacunes montrent que les responsables des pays n'ont pas reconnu la nécessité d'une action urgente dans ces domaines. Le COE a été la première organisation à proposer une cible d'aide au développement officielle représentant 2% du revenu national. Il est essentiel que les Eglises membres des pays donateurs continuent à insister auprès de leurs gouvernements et des citoyens pour que l'aide aux Nations Unies soit maintenue au niveau de 0.7% du PNB ou augmentée pour atteindre cette cible, sans être assortie de conditions défavorables. Si on ajoute à cette mesure des politiques commerciales plus équitables et une réduction plus rapide et plus radicale de la dette, il est possible d'encourager le développement et de réduire la pauvreté pour atteindre les Objectifs du millénaire - importante mais limités -, ou même pour les dépasser.

13. La décision de doubler les ressources du haut-commissaire aux droits de l'homme et d'approuver un nouveau plan d'action constitue une étape importante. S'il joue un rôle crucial au sein des Nations Unies et s'il est doté des outils nécessaire, le nouveau Conseil des droits de l'homme permettra d'améliorer le fonctionnement des mécanismes de défense de ces droits. Si la Commission des droits de l'homme a joué un rôle considérable en définissant des critères de base, elle a largement échoué à les faire appliquer, échec aggravé par le contexte actuel de «la guerre contre le terrorisme» qui a gravement porté atteinte à la primauté du droit au niveau international et plus particulièrement au respect des droits humains. La réticence de certains pays à ratifier le Statut de Rome de la Cour pénale internationale constitue un autre exemple de la tendance actuelle à entraver les progrès de la primauté du droit.

14. Les organisations non gouvernementales jouent un rôle essentiel aux Nations Unies en apportant des informations capitales, en suivant les processus de prise de décisions, en donnant aux voix de la base - qui sont souvent celles des victimes de la politique internationale - l'occasion de se faire entendre et en invitant à dépasser la perspective réductrice des intérêts immédiats pour encourager un esprit de multilatéralisme. Les Eglises continuent à jouer un rôle dans ce processus en rappelant aux Nations Unis et à leurs membres leur responsabilité face à leurs décisions et à leurs politiques. Le rôle spécifique que les religions ou les organisations religieuses peuvent jouer en intervenant dans les conflits et en oeuvrant en faveur de la paix, des droits humains et de la lutte contre la pauvreté représente un potentiel qui n'est pas encore entièrement réalisé. Il est absolument nécessaire que les Nations Unies et leurs Etats membres s'intéressent de plus près aux interactions croissantes entre la religion et la politique.

15. Le véritable test de ce processus de réforme sera la mesure dans laquelle il favorisera les chances des gens de la base de vivre dans la dignité, au sein de communautés durables. Tel est le contexte privilégié dans lequel les Eglises doivent agir et témoigner. Elles sont détentrices d'un message de vie et d'espérance qui peut dissiper les soupçons et les craintes paralysantes et libérer les gens pour qu'ils prennent courage et aient confiance en leurs capacités de transformer leurs vies dans la communauté.

Propositions

La 9e Assemblée du COE, réunie à Porto Alegre du 14 au 23 février 2006, est invitée à:

  1. adopter la déclaration sur la réforme des Nations Unies, pour assurer une plus grande efficacité aux efforts des Nations Unies en faveur de la paix mondiale dans la justice ;

  1. réaffirmer l'engagement du Conseil oecuménique des Eglises et de ses Eglises membres en faveur des principes et objectifs des Nations Unies, de leur Charte et de leurs efforts pour faire respecter la primauté du droit et formuler des normes et critères de comportement des Etats qui favorisent la sécurité et le bien-être de tous les peuples. L'efficacité des Nations Unies dépend de processus de prise de décisions démocratiques, responsables et inclusifs, qui ne tiennent pas à l'écart les pays membres plus petits, moins puissants et moins favorisés économiquement, et le succès de la réforme des Nations Unies sera jugé en fonction de la capacité de l'institution de changer la situation des gens de la base et d'améliorer généralement et concrètement leur bien-être ;

  1. encourager les Eglises à demander instamment aux Etats membres de collaborer avec les Nations Unies et de demeurer fidèles à leurs engagements financiers en leur faveur, afin que cette organisation et ses institutions disposent des ressources humaines et financières nécessaires à l'accomplissement de leurs mandats ;

Sécurité

  1. soutenir une modification de la composition du Conseil de sécurité de l'ONU qui le rendrait plus représentatif du monde actuel, d'un point de vue géographique, politique et culturel, et qui favoriserait des méthodes de travail et des processus de prise de décisions permettant de répondre de manière équitable, efficace et rapide aux besoins des personnes vulnérables et de prévenir le déclenchement de conflits violents. Tous les membres du Conseil de sécurité, actuels et candidats, devraient satisfaire entièrement aux exigences du Traité de non-prolifération ;

  1. saluer la création de la Commission de la consolidation de la paix, qui devrait permettre de mettre en place de nouvelles manières adéquates de réagir aux guerres civiles. La Commission de la consolidation de la paix devrait adopter et approuver des principes et des pratiques en faveur de la paix qui mettent l'accent sur l'appropriation par les populations locales des mesures nécessaires à son maintien et qui devraient encourager la participation de plein droit des femmes (conformément à la résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations Unies), des groupes marginalisés, des populations autochtones, des personnes aux aptitudes différentes et des jeunes. Simultanément, il convient de renforcer les instances et mécanismes de désarmement et de les rendre plus efficaces pour progresser en vue des objectifs mondiaux approuvés en matière d'élimination des armes nucléaires et de contrôle des armes conventionnelles et des transferts d'armes ;

Développement

  1. souligner l'importance des forums de discussion démocratiques, ouverts et responsables consacrés aux questions économiques, sociales et écologiques mondiales et souhaite que leur poids augmente par rapport à celui de lieux de discussion fermés, partiaux et secrets. Le Conseil économique et social des Nations Unies devrait avoir la possibilité de convoquer des réunions des ministres des finances consacrées à la gestion macro-économique mondiale, de se soucier davantage des questions écologiques liées aux questions sociales et économiques et de demander des comptes aux institutions financières internationales. Les engagements pris par les gouvernements en matière de financement du développement pour atteindre les Objectifs du millénaire, de remise de la dette et de développement durable devraient être considérés comme contraignants, et les Nations Unies devraient disposer des instruments nécessaires à leur application ;

  1. encourager les Eglises à collaborer avec les Etats membres pour que les Nations Unies mettent en place et effectuent un contrôle mondial de la gestion des ressources naturelles et des biens publics et pour qu'elles renforcent les mécanismes qui assurent que les compagnies transnationales respectent les normes mondiales ;

Droits de la personne

  1. souligner que la réforme des structures des Nations Unies en matière de droits humains doit déboucher sur le renforcement de la capacité de celles-ci d'améliorer au niveau pratique les conditions de vie des victimes de l'injustice, de la discrimination et de l'oppression dans le monde entier. Les systèmes mis au point par la Commission des droits de l'homme - procédures spéciales, surveillance de l'application des traités, haut-commissaire et son bureau - doivent recevoir un soutien actif; leur indépendance doit être respectée et leurs possibilités d'action considérablement renforcées ;

  1. inviter instamment les Etats membres à accorder au Conseil des droits de l'homme dans les structures des Nations Unies un statut qui reflète l'importance de ces droits, qui constituent l'un des trois piliers du système. Les membres du Conseil des droits de l'homme des Nations Unies doivent manifester par leurs orientations, leurs décisions et leur respect des droits humains au niveau national et international un engagement authentique en faveur de la promotion et de la protection de ces droits, y compris dans le domaine économique, social et culturel. Le fait d'être membre des Nations Unies ou même membre permanent du Conseil de sécurité ne constitue pas la preuve que ces critères sont remplis ;

Participation de la société civile

  1. demander à tous les Etats de veiller à assurer la participation permanente des organisations de la société civile et des communautés de foi aux travaux de l'ONU, aux niveaux local et international; cette participation représente un moyen d'encourager la transparence et la responsabilité et permet d'avoir accès à des sources de connaissances et d'information importantes. Cet aspect doit être particulièrement souligné dans la perspective du rôle des religions et des organisations religieuses face aux problèmes de la sécurité, des droits humains, du développement et de l'interaction croissante entre la religion et la politique.

Déclaration sur l'eau pour la vie 

1. Pour les chrétiens, l'eau est symbole de vie. La Bible déclare que l'eau est le berceau de la vie, signe à perpétuité de la grâce de Dieu envers l'ensemble de la création (Gn 2,5ss). C'est une condition essentielle de toute vie sur terre (Gn 1, 2ss), il convient de la protéger et de la partager au profit de toutes les créatures et de l'ensemble de la création. L'eau est source de santé et de bien-être, elle requiert une action responsable de la part des êtres humains, partenaires et prêtres de la Création (Rm 8,19ss, Ap 22). En tant qu'Eglises, nous sommes appelés à prendre part à la mission de Dieu qui consiste à susciter une nouvelle création où la vie en abondance sera garantie à tous (Jn 10,10 ; Am 5,24). Par conséquent, il est juste de s'exprimer et d'agir lorsque l'eau génératrice de vie se trouve de plus en plus et systématiquement menacée.

2. L'accès à l'eau douce est une question qui devient urgente sur l'ensemble de la planète. La survie d'un milliard deux cent millions de personnes est actuellement menacée par le manque d'eau potable et d'assainissement. Le fait qu'il existe des inégalités dans l'accès à l'eau est à l'origine de conflits entre personnes, groupes humains, régions et nations. La biodiversité elle aussi se trouve menacée en raison de la raréfaction et de la pollution des ressources en eau douce, ou par les effets dus aux grands barrages, aux grandes exploitations minières et aux cultures intensives qui supposent souvent le déplacement forcé de populations et le bouleversement des écosystèmes. L'intégrité et l'équilibre de l'écosystème sont indispensables pour accéder à l'eau. Les forêts, qui constituent un élément essentiel de l'écosystème, doivent être protégées. La crise est encore aggravée par les changements climatiques et accrue du fait d'importants intérêts économiques. De plus en plus, l'eau est traitée en bien commercial soumis aux conditions du marché.

3. Le manque d'eau est aussi de plus en plus source de conflits. Il faut rendre plus concrets les accords sur les cours d'eau internationaux et les bassins fluviaux, en prenant des mesures pour faire respecter les traités et en y incorporant des mécanismes précis de résolution des conflits en cas de controverse.

4. Que ce soit localement ou au niveau international, il existe des réponses positives et novatrices permettant de définir le profil d'un témoignage chrétien sur les questions concernant l'eau :

5. Par exemple, les Eglises du Brésil et de Suisse ont publié une déclaration oecuménique commune sur l'eau comme droit humain et bien public - ce qui, en soi, est un excellent exemple de coopération oecuménique. Le patriarche oecuménique déclare qu'on ne peut jamais considérer ou traiter l'eau comme une propriété privée et qu'elle ne saurait devenir le moyen et la fin de l'intérêt individuel. Il souligne que l'indifférence à l'égard du caractère essentiel de l'eau est à la fois un blasphème envers le Dieu créateur et un crime contre l'humanité. Des Eglises de divers pays, avec leurs ministères spécialisés, se sont regroupées en un Réseau oecuménique de l'eau pour travailler en faveur de l'approvisionnement en eau douce et d'un assainissement convenable, ainsi que pour défendre le droit à l'eau, dont l'accès est sans conteste un droit fondamental de la personne humaine. Les Nations Unies ont appelé à une Décennie internationale d'action ‘l'eau, source de vie' pour la période 2005 à 2015.

6. Il est donc essentiel que les Eglises et les organisations chrétiennes collaborent et cherchent à coopérer avec d'autres partenaires, y compris avec d'autres religions et traditions, ainsi qu'avec des ONG, en particulier celles qui s'occupent des populations vulnérables et marginalisées, qui partagent leurs convictions éthiques. Il faut se lancer dans la discussion et dans l'action au sujet de la politique de l'eau, notamment dans le dialogue avec les gouvernements, les institutions multilatérales, les entreprises. Cela est essentiel pour faire valoir la signification du droit à l'eau et pour signaler d'autres façons de vivre qui soient davantage respectueuses des processus écologiques et plus viables à long terme.

Propositions 

La Neuvième Assemblée du Conseil oecuménique des Eglises, réunie à Porto Alegre (Brésil), du 14 au 23 février 2006, est invitée à :

  1. adopter la déclaration sur l'eau pour la vie et à demander aux Eglises et aux partenaires oecuméniques d'oeuvrer ensemble en vue de :

  1. sensibiliser et prendre toutes les mesures nécessaires en faveur de la préservation et de la protection des ressources en eau contre la surconsommation et la pollution, car cela fait intégralement partie du droit à la vie;

  1. s'efforcer d'appuyer la création d'instruments juridiques et de mécanismes garantissant l'application du droit à l'eau en tant que droit humain fondamental, aux niveaux local, national, régional et international;

  1. favoriser la coopération des Eglises et des partenaires oecuméniques sur les questions relatives à l'eau, au moyen de la participation au Réseau oecuménique de l'eau;

  1. appuyer des initiatives locales dont les objectifs consistent à permettre aux gens d'exercer leur contrôle, de gérer et d'assurer la régulation des ressources en eau, ainsi que d'en empêcher l'exploitation à des fins commerciales;

  1. prier instamment les gouvernements et les organisations humanitaires internationales de considérer comme prioritaires les programmes destinés à permettre l'accès à l'eau pour les collectivités locales et de développer des systèmes et des projets adéquats d'assainissement, et les inciter à y consacrer des budgets et d'autres ressources à un niveau suffisant, compte tenu du besoin pour les personnes handicapées d'avoir accès aux réseaux d'adduction d'eau et d'assainissement;

  1. observer les différends et les accords relatifs aux ressources en eau et aux bassins fluviaux pour s'assurer que ces accords comportent des dispositions précises, concrètes et sans ambiguïté sur la résolution des conflits ;

  1. participer à la Décennie internationale d'action ‘l'eau, source de vie', 2005-2015, en étudiant et en mettant en lumière la dimension éthique et spirituelle de la crise de l'eau. 

Note sur l'élimination des armes nucléaires 

1. Par amour pour le monde et pour obéir au Dieu de toute vie, nous élevons aujourd'hui de nouveau la voix, animés par des convictions qui sont celles de l'Eglise depuis la première utilisation des armes nucléaires, il y a soixante ans.

2. A l'âge atomique, Dieu, qui est lent à la colère et riche en miséricorde, a accordé à l'humanité de nombreux jours de grâce. Tout au long des années tumultueuses de la Guerre froide et jusqu'à nos jours, il est devenu évident que Dieu nous a sauvés de nous-mêmes. Bien que de nombreuses personnes se soient fait et se fassent encore des illusions, on ne se moque pas de Dieu. Les humains n'ont pas le droit de déclencher l'holocauste nucléaire. Notre rôle est de travailler avec Dieu pour la vie.

3. Les Eglises ne sont pas seules à défendre la sainteté de la vie. Il existe un principe commun à toutes les religions du monde, plus grand que toutes les armes de destruction massive et plus puissant que tout "équilibre de la terreur": nous devons faire aux autres ce que nous aimerions qu'ils fassent pour nous. Puisque nous ne voulons pas que l'on use des armes nucléaires contre nous, notre nation ne saurait s'en servir contre d'autres. Depuis Hiroshima et Nagasaki, l'uranium est compris dans la règle d'or.

4. En fait, les gouvernements, en 2000, ont pris "l'engagement sans équivoque" d'honorer leurs obligations et d'éliminer toutes les armes nucléaires aux termes du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP).

5. Pourtant, loin d'avoir progressé, la situation est en crise. Le compromis fondamental et incontournable, qui est au coeur du traité, est en train de se rompre. Les cinq Etats reconnus pour être en possession de l'arme atomique, qui se sont engagés en vertu du traité à assurer « l'élimination des armes nucléaires et de leurs vecteurs des arsenaux nationaux », recherchent de nouveaux usages militaires et politiques de celle-ci. Les 184 autres Etats parties au traité ont pris l'engagement de ne jamais détenir d'armes nucléaires. Si le compromis visant à éliminer les armes nucléaires est rompu, ces Etats pourraient être incités à leur tour à acquérir l'arme atomique. Si les Etats qui possèdent les arsenaux conventionnels les plus fournis tiennent à avoir aussi des armes nucléaires pour assurer leur sécurité, ceux dont les arsenaux sont plus réduits auront l'impression que leur sécurité est moindre et feront de même. En outre, les pressions externes, tant politiques que militaires, peuvent inciter des pays à acquérir des armements nucléaires. Pour résumer, la prolifération nucléaire existe aujourd'hui, malgré le TNP.

6. Plus le nombre d'Etats qui acquièrent ce type d'armement s'accroît, plus le risque est grand que de telles armes tombent aux mains d'acteurs non étatiques, et cela précisément au moment où il est impératif, au niveau international, de faire preuve de sagesse dans la lutte contre la violence terroriste. Les armements nucléaires ne dissuadent pas les acteurs non étatiques et une attaque nucléaire menée contre eux causerait d'horribles massacres et détruirait le droit et la moralité au niveau international. Ce sont des scénarios que les Etats parties au TNP ont l'obligation de prévenir.

7. En ce qui concerne la question morale, il est indispensable aujourd'hui que les croyants de toutes les religions démasquent le mensonge de la doctrine nucléaire. Les tenants de cette doctrine soutiennent par exemple que les armes de destruction massive sont des agents de stabilité, que les gouvernements ont des armements nucléaires afin de ne jamais avoir à s'en servir et que, dans les affaires humaines de cette petite planète, il y a place pour une bombe plus puissante que toutes celles que l'on a utilisées jusqu'à présent. Avec nos soeurs et nos frères, aujourd'hui âgés, qui ont survécu tant aux bombes atomiques au Japon qu'aux essais nucléaires dans le Pacifique et dans l'ancienne Union soviétique, et en tant que populations sortant d'un siècle qui a connu des génocides et des guerres mondiales, nous devons impérativement nous opposer à ces folies avant qu'il ne soit trop tard.

8. Les Eglises doivent persuader les gouvernements de l'immoralité indéniable des armements nucléaires.

9. Dès sa création en tant que communauté fraternelle d'Eglises chrétiennes, le COE a condamné l'usage des armes nucléaires dans la guerre moderne, en raison de la "destruction étendue et sans discernement" qu'elles causent, parce qu'elles constituent "un péché contre Dieu" (Première Assemblée du COE, 1948). Il a reconnu très tôt que la seule défense sûre contre les armes nucléaires consiste à les interdire, à les éliminer et à vérifier la mise en oeuvre de ces mesures (Deuxième Assemblée, 1954). Il a notamment invité les citoyens à "faire pression sur leurs gouvernements afin qu'ils assurent la sécurité nationale sans recourir aux armes de destruction massive" (Cinquième Assemblée, 1975).

10. Le COE, conformément à la ligne qu'il s'est donnée, prie instamment tous les Etats de respecter leurs obligations découlant du traité en réduisant puis en détruisant leurs arsenaux nucléaires, sous une surveillance appropriée. Notre position est d'en appeler aux cinq premières puissances nucléaires (dans l'ordre alphabétique : Chine, Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Russie) pour qu'elles s'engagent à ne jamais être les premières à utiliser l'arme atomique, ni à menacer d'en user, à réduire le niveau d'alerte de leurs armements et à les retirer du territoire d'Etats non nucléarisés. Le COE, dans la même ligne, demande instamment aux trois Etats qui n'ont pas signé le TNP (Inde, Israël, Pakistan), à celui qui s'en est retiré (Corée du Nord) et à celui qui menace de s'en retirer (Iran) d'y adhérer comme Etats non nucléarisés ou d'effectuer un retour pleinement vérifiable. (Déclaration du Comité exécutif du COE sur le Traité de non-prolifération nucléaire, 19.02.2004 ; Déclaration du Comité central du COE sur le désarmement nucléaire, la politique de l'OTAN et les Eglises, 05.02.2001.) Bien que ces mesures jouissent d'un large appui au sein de la communauté internationale, elles ne sont pas appliquées.

Propositions

La Neuvième Assemblée du Conseil oecuménique des Eglises, réunie à Porto Alegre, Brésil, du 14 au 23 février 2006 est invitée à:

  1. adopter la note sur l'élimination des armes nucléaires ;

  1. appeler chaque Eglise membre à inviter instamment son gouvernement à rechercher sans équivoque l'élimination des armes nucléaires aux termes du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires ; les gouvernements qui ont décidé de s'abstenir de produire des armes nucléaires seront félicités; on fera pression sur les Etats non signataires du TNP pour qu'ils le signent ;

  1. prier instamment les Eglises d'agir en vue de vaincre l'ignorance et les illusions répandues dans la société à propos de la menace nucléaire, et en particulier de sensibiliser les générations qui n'ont pas le souvenir des effets que produisent ces armes ;

  1. recommander vivement que, jusqu'à ce que ce but soit atteint, les Eglises persuadent leurs gouvernements d'assumer la responsabilité collective de mettre en oeuvre les mécanismes internationaux de désarmement, y compris les mécanismes de contrôle, de s'assurer que les armes nucléaires et les matériaux servant à les fabriquer ne tombent pas aux mains des acteurs non étatiques, et de soutenir l'Agence internationale pour l'énergie atomique et son mandat capital consistant à surveiller les matériaux fissiles et l'usage pacifique de l'énergie nucléaire ;

  1. appeler les Eglises membres et leurs paroisses à mobiliser leurs membres afin qu'ils soutiennent et renforcent les zones exemptes d'armes nucléaires établies en Amérique latine et dans les Caraïbes, dans le Pacifique sud, en Asie du Sud-est, en Afrique, ainsi que celles que l'on se propose de créer dans d'autres régions habitées de la terre ; et recommander particulièrement aux Eglises d'engager les croyants d'autres religions à plaider en faveur de ces zones pendant la Décennie 'vaincre la violence': les Eglises en quête de réconciliation et de paix.