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Pour le métropolite Vasilios de l’Église de Chypre, le chemin de la réconciliation n’est «pas facile», mais néanmoins «indispensable»

Pour le métropolite Vasilios de l’Église de Chypre, le chemin de la réconciliation n’est «pas facile», mais néanmoins «indispensable»

Photo: Marianne Ejdersten/COE

18 janvier 2019

Version française publiée le: 23 janvier 2019

La division de Chypre depuis 1974 est l’une des plus anciennes questions soumises à l’ONU. Bien que les récents pourparlers de paix aient échoué, l’espoir demeure que l’on puisse sortir de l’impasse concernant l’unification de cette île de la Méditerranée. L’Église de Chypre, membre fondateur du Conseil œcuménique des Églises (COE), œuvre en faveur de l’unité de l’île avec le concours d’autres Églises présentes dans le pays. Elle reconnaît cependant que la première difficulté réside dans la guérison des blessures provoquées par l’invasion turque il y a 44 ans.

Le métropolite Vasilios, responsable du diocèse de Constantia-Ammochostos à Chypre, a servi de guide dans la partie de l’île occupée par les Turcs pour un groupe venu assister à la réunion de planification de l’Assemblée du COE. Ils se sont rendus au monastère et musée Saint-Barnabé, puis à l’église Aghios Georgios Exorinos de Famagouste, dans l’est de l’île.

Le métropolite Vasilios a accueilli la session du Comité de planification de l’Assemblée du COE qui s’est tenue du 9 au 16 janvier à Chypre. Selon lui, si les politiques ont échoué à résoudre la question chypriote, les Églises et les responsables religieux pourraient jouer un rôle moteur de paix et de réconciliation.

Le métropolite a perdu des proches pendant l’invasion turque de 1974. Pourtant, son espérance en une île apaisée réunissant les Chypriotes grecs et turcs et d’autres communautés ne faiblit pas.

L’invasion turque a entraîné la partition de l’île: le tiers nord est peuplé de Chypriotes turcs, et les deux tiers sud, de Chypriotes grecs dont le gouvernement est reconnu par la communauté internationale. La ligne du cessez-le-feu d’août 1974, qui est devenue une zone tampon de l’ONU, continue de diviser Chypre. Conséquence du conflit et de la partition, quelque 200 000 Chypriotes grecs et 65 000 Chypriotes turcs ont été déplacés.

L’invasion turque, qui a fait suite à un coup d’État d’inspiration grecque de courte durée, a provoqué des destructions massives, et 6 000 soldats et civils y ont laissé la vie (soit 2% de la population masculine en 1974). De plus, 1 619 hommes et femmes (1 536 Chypriotes grecs et 83 de nationalité grecque) n’ont jamais regagné leur foyer et sont portés disparus.

Depuis 1983, la zone sous domination turque a pris le nom de République turque de Chypre du Nord. Elle est reconnue uniquement par la Turquie, qui y stationne plus de 30 000 soldats.

Identité culturelle et guérison des blessures

Le métropolite Vasilios a expliqué que l’invasion turque avait causé du tort au patrimoine culturel et religieux de Chypre. Des sites archéologiques, des monastères, des églises antiques, des cimetières et des monuments importants ont été détruits.

«Ces lieux de culte sont extrêmement précieux pour les fidèles, car c’est là que sont célébrés les événements de leur vie, a-t-il précisé au cours d’un entretien. On sait que plus de 500 églises de la zone occupée ont été profanées, de même que des icônes, des fresques et des mosaïques.»

«Il ne sera pas facile de guérir ces blessures, a-t-il ajouté. Dans n’importe quelle famille de Chypre, vous pouvez trouver des blessures datant de l’époque de l’invasion turque. […] Nous connaissons tous des gens qui ont disparu, des gens qui ont été tués. J’ai perdu cinq membres de ma famille, dont un oncle et des cousins. C’est pourquoi je dois répéter qu’il n’est pas facile de prendre le chemin de la réconciliation. Pourtant, c’est indispensable. Nous devons œuvrer en faveur de la réconciliation, de la paix et de la justice pour assurer l’unité de notre pays.»

Le métropolite Vasilios estime que de «réelles mesures» sont nécessaires pour ouvrir la voie à une solution politique. Les deux camps ne sont cependant pas parvenus à trouver une solution. La première étape pour faire disparaître la frontière consiste, selon lui, à rétablir des relations entre personnes ordinaires. Pour consolider ces relations, les responsables religieux doivent aider à créer un environnement propice à l’unité des Chypriotes.

La séparation de l’île a profondément chagriné le métropolite Vasilios, qui a passé sa jeunesse dans la zone aujourd’hui sous domination turque. Il ne s’est toujours pas habitué à franchir la frontière chaque fois qu’il veut assister à des événements ecclésiaux. «En tant qu’évêque de l’Église de Chypre, j’assiste à de nombreuses célébrations en Chypre du Nord, a-t-il confié. C’est extrêmement douloureux pour moi de m’entendre dire que je ne suis pas chez moi dans cette partie de l’île et que j’ai besoin d’une autorisation pour y entrer.»

Le processus de paix chypriote

En octobre 2018, les dirigeants rivaux des deux parties de Chypre ont accepté d’ouvrir plus de points de contrôle le long de la frontière militarisée qui les sépare.

Les pourparlers de paix entre les deux camps, menés en juillet 2017 à Genève (Suisse) sous l’égide de l’ONU, avaient échoué – un échec qui serait dû, selon les agences de presse, à un désaccord sur le rôle que la Turquie pourrait jouer à Chypre après l’accord, et qui a entraîné dans une impasse les solutions pour l’île.

Le journal turc Hurriyet Daily News a rapporté le 11 janvier que le président chypriote turc Mustafa Akıncı avait déclaré qu’aucune négociation sur la question chypriote n’était prévue avant le milieu de cette année.

Tous les responsables religieux de Chypre œuvrent inlassablement en faveur de l’unité de l’île. Depuis 2011, leur travail s’inscrit dans le cadre du Volet religieux du processus de paix chypriote, placé sous les auspices de l’ambassade de Suède à Nicosie. Ce dispositif réunit des responsables chrétiens et musulmans attachés à la liberté de religion sur l’île qui préparent également des mesures de confiance en vue du processus d’unification de Chypre.

Marianne Ejdersten, directrice de la Communication du COE

Églises membres du COE à Chypre

Comité de planification du COE: Onzième Assemblée en 2021 «L’amour du Christ mène le monde à la réconciliation et à l’unité» (communiqué de presse du COE du 16 janvier 2019)

Des photos de Chypre sont mises à disposition ici

Volet religieux du processus de paix chypriote (en anglais)