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L’attitude des Nations Unies envers les organisations d’inspiration religieuse a évolué ces dernières années, déclare une conseillère de l’ONU

L’attitude des Nations Unies envers les organisations d’inspiration religieuse a évolué ces dernières années, déclare une conseillère de l’ONU

Azza Karam, conseillère principale pour le développement social et culturel du Fonds des Nations Unies pour la population. Photo: Peter Kenny/COE

13 juin 2019

Version française publiée le: 14 juin 2019

Azza Karam connaît les liens existant entre les organisations d’inspiration religieuse et les agences des Nations Unies, le secteur des organisations non gouvernementales et les gouvernements, déclarant qu’ils ont évolué au cours des dix dernières années en faveur d’une intensification des interactions.

Mme Karam exerce en tant que conseillère principale pour le développement social et culturel du Fonds des Nations Unies pour la population à New York. Elle enseigne également à la Vrije Universiteit d’Amsterdam.

Intervenant dans le cadre de deux présentations de lancement du séminaire de cinq jours «Jeter des ponts» au Conseil œcuménique des Églises (COE) à Genève le 11 juin, Azza Karam a remis en question certaines approches du secteur intergouvernemental et non gouvernemental envers les organisations d’inspiration religieuse.

Dans un entretien avec le COE, Mme Karam se dit de confession musulmane et indique que les rencontres interreligieuses ne sont pas l’objet de ses critiques, mais bien «les travaux d’engagement religieux entrepris bien souvent au sein d’un contexte gouvernemental et intergouvernemental.

«Je critique certains travaux relatifs à l’engagement religieux entrepris au sein d’organisations non gouvernementales d’inspiration religieuse, sans pour autant critiquer les rencontres interreligieuses en tant que telles, car ces dernières revêtent différentes formes, et ce n’est pas là un espace qui me préoccupe particulièrement.»

«Préoccupée par le fait de “faire de la religion” »

«Je suis préoccupée par le fait de “faire de la religion”, qui s’apparente à faire des affaires», indique-t-elle.

Il y a près de vingt ans, Mme Karam entrait aux Nations Unies et travaillait en collaboration avec les organisations d’inspiration religieuse, lorsque les agences onusiennes semblaient se tenir à l’écart de toute interaction avec lesdites organisations.

«Nous avons débuté ce travail en 2000, mais il a véritablement décollé en 2007. C’est pourquoi je m’exprime en tant que témoin des effets de balancier.

«Nous avons maintenant versé dans l’autre extrême... Nous en avons fait un marché.»

Telle était sa réponse à la présentation «Jeter des ponts» faite au COE par les professeures Rosalee Velloso Ewell du Redcliffe College au Royaume-Uni et Tuba Işik de l’Université de Paderborn en Allemagne. Mme Isik n’ayant pas pu être présente, sa présentation a été lue par Muna Tatari, de la même université et s’exprimant sur le sujet.

Le séminaire dont le thème est: «Liberté: les perspectives musulmanes et chrétiennes», est parrainé et organisé par l’Université Georgetown, le plus vieil établissement d’éducation supérieure d’affiliation catholique romaine et jésuite aux États-Unis.

Il y a quelques années, Mme Karam est devenue «membre de l’aventure “Jeter des ponts”, puisque c’est précisément de cela qu’il s’agit. Ce n’est pas un événement, mais bien un processus».

«Les Écritures comme fondement»

«Ce processus est ancré dans l’apprentissage. “Jeter des ponts” offre une interface aux personnes qui sont en quête. Je les appelle ainsi, car ce sont des personnes qui tentent de trouver Dieu dans ce que nous faisons. J’aime profondément ce processus, car il a les Écritures comme fondement.

«Nous sélectionnons des Écritures de textes à la fois musulmans et chrétiens, nous nous asseyons et nous les étudions ensemble», explique Mme Karam.

En dépit de ses critiques envers certaines interactions avec les organisations d’inspiration religieuse, Mme Karam déclare qu’il faut prendre soin des rencontres interreligieuses, elles doivent «être appréciées de manière particulière, pas uniquement pour leur caractère religieux, mais également pour leur participation à l’engagement civique.»

«Nous devons tenir compte de l’engagement civique, car c’est là que réside la quintessence de la responsabilité de la gouvernance. Auprès des citoyens. Il est important de garantir un espace civique fort», espace dans lequel doivent se trouver les organisations d’inspiration religieuse.

Par le passé, la plupart des interactions avec les gouvernements avaient tendance à se concentrer sur les acteurs laïcs.

«Nous devons prendre soin de notre capacité à percevoir les acteurs religieux comme partie intégrante de cet espace, et il est essentiel de continuer à cultiver cet espace», dit-elle, «et nous devons être présent-e-s dans cet espace civique».

«Responsabilité mutuelle»

«C’est une responsabilité mutuelle... réserver la religion à certaines sphères morales n’est pas une bonne idée. L’histoire compte de nombreux exemples, car les acteurs religieux sont aussi des êtres humains et peuvent faire toute sorte d’erreurs au nom du divin.

«Je ne veux pas que cela se reproduise... le fait de se retrouver intouchable et irréprochable. J’aimerais que les religions rendent des comptes comme toute autre entité civique, et pas en tant que juges moraux.»

La réunion «Jeter des ponts» proposait de réfléchir à ce qu’est la liberté, pour qui est-elle et qui la donne, ce qui est «fondamentalement une question de responsabilité».

Les parties prenantes se sont exprimées sur la relation à Dieu comme l’une des manières de trouver la liberté. «Nous avons entendu que la liberté recèle une dynamique relationnelle, sur la question de savoir si la liberté musulmane ou chrétienne recèle une dynamique relationnelle avec Dieu et ce que les liens avec Dieu impliquent», poursuit Mme Karam.

«Si tel est le cœur, cela appelle à questionner nos liens les un-e-s avec les autres en tant qu’être humain, que l’on soit de tradition religieuse différente ou que l’on n’adhère à aucune tradition religieuse monothéiste.

«Cela remet en question nos liens les un-e-s avec les autres, en tant qu’homme et femme pour aboutir, par là même, aux questions de genre et de féminisme telles qu’elles sont abordées aujourd’hui. Si nous pensons que la liberté est relationnelle, alors tous les liens ont de l’importance, y compris les liens entre les différentes traditions.»

Pour les universitaires musulman-e-s et chrétien-ne-s, «Jeter des ponts» est un processus (communiqué de presse du COE du 12 juin 2019, en anglais)

Travail du COE pour renforcer le respect et la confiance entre les religions