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Prédication à la cathédrale de Lausanne

Dieu de la vie, conduis-nous vers la justice et la paix; Matthieu 25,31-46; Luc 1,78-79; Pour la célébration œcuménique en la cathédrale de Lausanne, 1er septembre 2013, par le pasteur Olav Fykse Tveit.

01 septembre 2013

Dieu de la vie, conduis-nous vers la justice et la paix

Matthieu 25,31-46; Luc 1,78-79
Pour la célébration œcuménique en la cathédrale de Lausanne

par le pasteur Olav Fykse Tveit

Aux responsables de la Communauté des Églises chrétiennes du canton de Vaud.

Aux responsables de la Communauté de travail des Églises chrétiennes en Suisse.

Aux responsables de notre accueil en la cathédrale de Lausanne.

Chers frères et chères sœurs qui avez la vie, le mouvement et l'être en le Dieu de vie,

Nous sommes rassemblés dans cette magnifique église où le mouvement œcuménique s’est réuni à des moments importants de notre cheminement commun.

En permanence, notre Dieu de vie fait toutes choses nouvelles. Nous qui, dans notre pèlerinage, répondons fidèlement à l’appel que nous fait Dieu, nous éprouvons les bienfaits de ce renouveau de la vie, et nous en sommes personnellement renouvelés dans notre cheminement. Ce soir encore, nous entendons les belles paroles de l’Évangile tirées du Cantique de Zacharie qui loue Dieu pour son enfant nouveau-né, avec des mots que nombre d’entre nous prions chaque matin: «C'est l'effet de la bonté profonde de notre Dieu: grâce à elle nous a visités l'astre levant venu d'en haut. Il est apparu à ceux qui se trouvent dans les ténèbres et l'ombre de la mort, afin de guider nos pas sur la route de la paix.» J’aime énormément ce passage! Je constate sans cesse qu’il est pour moi source d’inspiration et de relance au début de chaque journée, m’emplissant d’espérance et de force pour le chemin à venir. La grâce de Dieu est comme le matin nouveau chaque jour. Cette régénération n’a rien pour nous surprendre du fait que le Dieu de Vie est aussi le Dieu de Grâce. Il y a un rapport étroit entre la création et la grâce. Lors de l’Assemblée de Porto Alegre, nous avons prié: «Transforme le monde, Dieu, dans ta grâce». Et, maintenant, nous prions: «Dieu de la vie, conduis-nous vers la justice et la paix». Dieu choisit de transformer le monde en conduisant les personnes qui répondront à l’appel et tiendront compte de la direction que Dieu leur indiquera pour parvenir à la justice et à la paix.

Le mouvement œcuménique a été façonné, d’une manière particulière, par la foi en Dieu, le Créateur – le Dieu de vie. Dieu crée la vie en créant la lumière – et en mettant de l’ordre: en séparant la lumière des ténèbres, le jour de la nuit. Dieu veut la vie et l’ordre, en créant la vie, une vie nouvelle, chaque jour. Nous sommes entraînés dans la Bonne Nouvelle, dans l’Évangile de la création: la Vie est un don de lumière, un don de Dieu. C’est la dimension la plus mystérieuse et pourtant la plus réelle de toutes choses: la vie nous est donnée. Et la vie ne peut être reçue que comme un don – un don à transmettre à d’autres, pour d’autres.

Le mouvement œcuménique est un mouvement de vie. Nous participons à un mouvement qui est appelé à faire parvenir les Églises à une communauté fraternelle où elles verront leur rôle commun: participer au parachèvement de l’œuvre de Dieu. C’est un mouvement aux grandes ambitions: il s’agit non seulement d’être Église ensemble mais encore d’améliorer le témoignage des Églises dans le monde et, en fait, de transformer le monde afin qu’il corresponde plus pleinement aux intentions de Dieu pour la création.

De plus, nous faisons partie du mouvement œcuménique de la croix. En ce dimanche soir, alors que la lumière fait place aux ténèbres, alors que nous réfléchissons sur les paroles que nous trouvons en Luc, qui nous parlent de la promesse de l’aurore, de la lumière et de la direction à suivre pour parvenir à la paix, nous entendons aussi les paroles que nous trouvons en Matthieu, qui nous appellent et nous interpellent dans notre pèlerinage commun vers la justice et la paix: «En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits, qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait!» Comme le passage de Luc, celui-ci nous propose aussi une vision: il expose la manière dont seront jugées nos actions dans la foi et nos non-actions dans la non-foi. Il évoque même la manière dont les pèlerins se voient eux-mêmes: «Quand nous est-il arrivé de te voir et de manifester de la compassion?» Cela nous rappelle que le Jésus qui partage avec nous son corps et son sang dans l’Eucharistie – notre viatique – nous donne la volonté et même l’obligation d’être un avec lui. C’est ce même Jésus que nous rencontrons dans «ces plus petits». Christ s’est identifié à nous de la manière la plus profonde par sa croix et sa résurrection. Nous comprenons que la réconciliation, la guérison et la nécessité de devenir une seule famille humaine sont les pratiques qui nous sont recommandées du fait que nous sommes des disciples de Christ, portant la croix du Christ. Dans la vision du Royaume de Dieu, la vie dans toute sa plénitude est offerte à toutes et à tous; et, ce qui la caractérise, c’est la justice avec la paix.

Après l’Assemblée, nous serons appelés à cheminer ensemble dans un pèlerinage de justice et de paix, à être un mouvement œcuménique de justice et de paix. Notre vocation est si urgente, et le monde a un besoin si désespéré de notre témoignage que je ne veux pas attendre pour vous inviter à participer avec nous à ce pèlerinage: je vous invite dès maintenant, vous les membres fidèles de cette communauté fraternelle à l’échelle du monde, à vous mettre en marche. Bon nombre d’entre vous participent à ce voyage depuis des années et pourront signaler des jalons que nous avons passés pour parvenir où nous en sommes aujourd’hui. D’autres parmi vous, qui n’ont entamé ce voyage que récemment, verront notre horizon avec des yeux neufs et nous indiqueront des directions que nous n’avons pas encore empruntées. L’Évangile nous avertit qu’il n’est pas possible de tout prévoir de ce pèlerinage. Nous rencontrerons des personnes et des situations imprévues, et nous emprunterons des chemins et ferons des pauses que nous n’aurions pas pu imaginer. Au long de ce pèlerinage, nous rencontrons les gens qui ont faim ou soif, les personnes étrangères, nues, malades ou en prison – tout simplement: «ces plus petits». Ce pèlerinage a de profondes répercussions sur la manière dont nous vivons notre foi en tant que paroisses et Églises, individuellement et collectivement, et en relation avec des personnes appartenant à d’autres cultures et religions. Le fait de garder ces plus petits dans notre champ de vision déterminera les chemins de paix que, en fin de compte, nous emprunterons au cours de ce pèlerinage.

En ma qualité de secrétaire général, j’ai le privilège de voyager beaucoup, de rencontrer beaucoup de gens et de faire connaître leur vécu dans toute la communauté fraternelle que nous constituons. Il y a une expérience que j’aime beaucoup raconter parce qu’elle a de profondes implications pour notre façon de concevoir le pèlerinage de justice et de paix et la manière dont nous vivons concrètement notre foi. C’est un incident qui m’est arrivé à un poste de contrôle des passeports à l’entrée d’un pays. Le fonctionnaire a soigneusement vérifié mon passeport, hésitant à lui appliquer un tampon. Au bout d’un moment, il m’a demandé: «Mais Monsieur, pourquoi vous trouvez-vous toujours aux mauvais endroits?». J’ai essayé de lui expliquer la nature de mon ministère et la mission du COE et du mouvement œcuménique. Mais ce que je lui ai dit l’a laissé froid. Finalement, il m’a laissé passer. Mais la question était très bonne et je l’ai conservée dans mon cœur. Un pèlerinage pour la justice et la paix avec les Églises dans le monde va toujours et devrait toujours aller aux «mauvais endroits» – là où des gens luttent contre la violence et l’injustice. Nous savons tous quels sont les «mauvais endroits» car c’est là que, souvent, nous rencontrons «ces plus petits». C’est là que nous chercherons – et trouverons – le Royaume de Dieu et sa justice. Parfois, le chemin de la paix nous mène à ces mauvais endroits ou nous amène à faire ce que nous pouvons pour les personnes qui se trouvent aux mauvais endroits: auprès des familles des enfants et des parents enterrés dans des fosses communes en Syrie – pour appeler à la justice pour les personnes innocentes asphyxiées par des armes chimiques; ou sur les places publiques de l’Égypte – pour appeler à la paix et à la fin de la guerre; ou en Grèce – pour réclamer la justice économique; ou encore en bien d’autres lieux du monde où ces plus petits sont victimes et ne peuvent se faire entendre. Lorsque nous prenons ces chemins de paix qui mènent aux endroits sombres sur lesquels plane l’ombre de la mort, le Dieu de vie, miséricordieusement, fait briller sa lumière sur nous et sur ces plus petits. Pourquoi allons-nous toujours aux mauvais endroits? Parce Dieu nous y appelle. Pourquoi? Parce que nous y trouvons ces plus petits. Pourquoi y allons-nous? Parce que Dieu est là. Que le Dieu de vie guide vos pas sur le chemin de la paix! Dieu de vie, conduis-nous vers la justice et la paix! AMEN.