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Le vent du changement souffle sur les Caraïbes

Le vent du changement souffle sur les Caraïbes

Le secrétaire général de la CCC, Gerard Granado. Photo: Marcelo Schneider/COE

24 juillet 2019

Version française publiée le: 09 septembre 2019

Par Claus Grue*

Troubles au Venezuela, réchauffement climatique et restrictions budgétaires: tels sont les principaux défis auxquels est confrontée la Conférence des Églises des Caraïbes (CCC). Couvrant une zone qui s’étend du Panama et du Costa Rica à l’ouest jusqu’aux Petites Antilles à l’est, et des Bahamas au nord jusqu’au Guyana, au Suriname et à la Guyane (française) sur le continent sud-américain au sud, la CCC est composée de 33 Églises membres représentant une région variée où quatre langues officielles sont parlées: l’anglais, l’espagnol, le français et le néerlandais. Il existe en outre un certain nombre de langues autochtones, ou «créoles», comme le papiamento à Aruba et Curaçao, le sranan au Suriname et le créole en Dominique, en Guadeloupe, en Haïti, en Martinique et à Sainte-Lucie.

La crise économique et politique qui a récemment frappé le Venezuela tout proche est vite devenue un sujet de préoccupation majeur pour la CCC, en raison du flux migratoire qui s’est majoritairement porté vers la Trinité, une île située à 11 kilomètres à peine des côtes vénézuéliennes. Le gouvernement de la République de Trinité-et-Tobago a pris il y a peu une initiative extraordinaire: il a autorisé quelque 16 000 Vénézuéliennes et Vénézuéliens à s’enregistrer en tant que migrant-e-s, leur conférant ainsi un statut légal et la garantie de pouvoir rester et travailler pendant un an dans le pays.

«En tant que communauté d’Églises, il nous appartient de mobiliser les Églises membres pour qu’elles s’occupent de ces personnes, peu importe le nom qu’on leur donne, migrantes ou réfugiées, a expliqué Gerard Granado, secrétaire général de la CCC. Il s’agit d’une action humanitaire fondée sur des motifs théologiques.»

La crise au Venezuela a plongé son pays natal voisin dans une partie de géopolitique dont les enjeux sont des intérêts pétroliers. Une délégation réunissant des chefs d’État, des ministres et d’autres hauts fonctionnaires des États membres de la Communauté des Caraïbes, la CARICOM, a rendu visite en janvier dernier au secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, pour exprimer sa profonde inquiétude quant à la situation au Venezuela et à ses incidences sur les pays limitrophes. Leur appel à une solution interne pacifique pour la population vénézuélienne a conduit Guterres à offrir «d’utiliser ses bons offices pour faciliter le dialogue et les négociations entre les parties concernées». C’est le Gouvernement norvégien qui assure actuellement la médiation des pourparlers entre les groupes qui s’opposent.

«Comme pour les autres affaires régionales, le Secrétariat de la CCC est en communication constante avec le Secrétariat de la CARICOM à ce sujet, et il suit de très près l’évolution de la situation», a ajouté Granado.

Instaurer des dialogues pour la justice et la paix

La CCC et ses Églises membres peuvent faire bouger les lignes pour les populations marginalisées et inaudibles de la région de diverses manières, par exemple en soutenant activement les initiatives de consolidation de la paix et, dans certains cas, en entamant un dialogue direct avec les gouvernements. Il y a quelques années, à la demande des Églises de République dominicaine et d’Haïti, la CCC s’était directement impliquée dans les discussions avec de hauts fonctionnaires de République dominicaine, contestant la dimension éthique et les incidences de la décision relative à la nationalité rendue par la Cour Constitutionnelle.

«En conséquence de cette décision, beaucoup de personnes d’ascendance haïtienne qui étaient nées en République dominicaine se seraient retrouvées apatrides, ce qui aurait provoqué une crise humanitaire de grande ampleur dans la région, souligne le secrétaire général. Bien entendu, une telle situation aurait été totalement inacceptable et contraire à toute décence humaine – sans parler du respect des conventions internationales dans ces circonstances.»

Par la suite, une table ronde réunissant des porte-parole des Églises et le président de la République dominicaine a été créée pour traiter la question de façon continue.

«Bien que le problème n’ait pas été totalement réglé, la situation montre que les Églises sont souvent en position de s’opposer aux injustices pour des questions morales.»

Un nouveau paradigme opérationnel

La CCC, qui connaît une douloureuse transition en raison de restrictions budgétaires, a été obligée de réduire sa présence dans les Caraïbes et de se lancer à la recherche de ce que Granado décrit comme «un nouveau paradigme opérationnel, inspiré par une nouvelle façon pour les Églises de se concevoir en tant que communauté».

Il y a quelques années, le siège de la CCC a déménagé de Bridgetown (Barbade) à Port of Spain (Trinité), où la vie coûte beaucoup moins cher.

«Nous devons continuer à trouver des solutions pour réduire les coûts tout en continuant de servir les peuples des Caraïbes, explique Granado. Renforcer la collaboration dans la région constitue une étape vers plus de rentabilité.»

Le secrétaire général est actuellement en discussion constante avec les équipes dirigeantes des Églises membres sur les méthodes et les processus les plus utiles aux Églises dans leur recherche de ce nouveau paradigme.

Avec la saison des ouragans qui approche, les besoins se font pressants. Le réchauffement climatique a aggravé la situation: des ouragans plus puissants et plus dévastateurs se sont abattus sur la région ces dernières années.

«Certaines îles ont été presque totalement dévastées par les ouragans Irma et Maria, il y a deux ans, indique-t-il. L’île de Barbuda a dû être entièrement évacuée par les autorités d’Antigua-et-Barbuda, car il était devenu impossible de vivre sur l’île après le passage des deux ouragans.» Et d’ajouter: «Il faut que l’Église continue d’être là pour ces personnes.»

La collaboration s’est également accrue à l’échelle mondiale entre les Églises. Début juillet, une réunion de quatre jours rassemblant des organisations œcuméniques régionales au Conseil œcuménique des Églises (COE) à Genève s’est achevée sur un engagement réciproque à resserrer la collaboration mondiale.

«Nous formons une communauté internationale de chrétiennes et de chrétiens, et nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour nous entraider et pour améliorer la situation des personnes vulnérables et marginalisées», a conclu Granado.

 

*Claus Grue est consultant en communication pour le Conseil œcuménique des Églises.


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