World Council of Churches

Une communauté mondiale d'Églises, en quête d'unité, de témoignage commun et de service chrétien

Message de la conférence à Doorn

17 juin 2009

Message de la conférence du COE

« Les Eglises face au racisme et aux autres formes de discrimination et d’exclusion »

organisée à l’occasion du 40e anniversaire du Programme de lutte contre le racisme, en coopération avec le Conseil des Eglises des Pays-Bas, ICCO, l’Association des Eglises de migrants aux Pays-Bas (SKIN), Kerk in Actie et la Fondation Oikos à Doorn, Pays-Bas, du 14 au 17 juin 2009

17 juin 2009

Rassemblés à l’appel du Conseil œcuménique des Eglises (COE) à l’occasion du 40e anniversaire du Programme de lutte contre le racisme (PLR), et en nous appuyant sur notre conception des principes fondamentaux de notre foi, nous croyons que tous les chrétiens ont la responsabilité d’œuvrer en faveur de la justice raciale et contre l’exclusion, avec ceux et celles qui souffrent de discrimination raciale et d’exclusion, comme les dalits, les migrants, les personnes d’origine africaine, les Roms, les communautés autochtones, le peuple palestinien.

  1. Nous exhortons le Conseil œcuménique des Eglises à renouveler et à recentrer ses priorités pour prendre l’initiative d’un nouveau mouvement des Eglises chargé de s’occuper du racisme, de l’esprit de caste et d’autres formes d’exclusion dans le contexte nouveau de crise économique et environnementale mondiale et de résurgence du nationalisme. Ce mouvement devra s’appuyer sur l’expérience vécue par les personnes et les groupes directement concernés par ces phénomènes d’exclusion et d’injustice. Il impliquera les groupes qui, au sein de la société civile, sont déjà en quête de justice raciale, économique et environnementale et prendra contact avec d’autres groupes d’Eglises non membres du Conseil œcuménique, en visant spécialement les jeunes et les enfants. C’est pourquoi nous invitons le COE à lancer une Décennie contre le racisme et pour des communautés humaines justes et sans exclusion.

  2. Nous demandons au COE d’insister auprès des Eglises de l’Inde pour qu’elles abordent de manière prioritaire la question de la discrimination de caste.

  3. Le Programme de lutte contre le racisme a joué un rôle historique en fournissant à toute une génération l’inspiration nécessaire à la lutte antiraciste dans les Eglises. L’histoire du PLR est une source inestimable de documentation pour les Eglises dans la poursuite de cette lutte ; nous demandons au COE de recueillir des données sur cette histoire et sur son importance sous une forme facile à communiquer – l’idéal serait une courte vidéo diffusée par DVD et/ou sur Internet. Les actions accomplies sous l’inspiration du PLR ainsi que d’autres initiatives et documents du même genre réalisés par les Eglises dans le monde entier n’ont pas encore été réunis en une documentation commune en vue de l’avenir. Nous demandons que l’on crée un système (si possible par Internet) permettant de réunir cette documentation pour qu’elle soit accessible aux Eglises et à d’autres dans le monde entier.

  4. Nous recommandons que la Journée mondiale contre le racisme et les discriminations (21 mars) devienne une manifestation œcuménique annuelle à l’occasion de laquelle les Eglises élaboreront des liturgies, des prières et d’autres documents appropriés, se les communiqueront et les diffuseront.

  5. Nous estimons nécessaire de mettre au point une nouvelle façon d’exprimer l’engagement œcuménique d’objection à la discrimination et de soutien à la justice raciale et au refus de l’exclusion, par l’utilisation notamment de l’image visuelle/graphique et l’expression culturelle populaire. Nous demandons au COE de se pencher sur cette question.

  6. Nous pensons que, en tant qu’Eglises et comme chrétiens individuels, nous devrions procéder à une réflexion approfondie sur les façons dont nous perpétuons l’exclusion et la discrimination raciste par un mauvais usage de l’Ecriture ainsi que par des traditions, des attitudes et des pratiques d’exclusion – et voir commencer débarrasser l’Eglise de ces tendances. A cette fin, il sera essentiel de favoriser l’interprétation multiculturelle, intergénérationnelle et pluricontextuelle de passages bibliques traitant de questions relatives au racisme et à l’exclusion fondée sur l’ascendance, et, pour les Eglises, de concevoir de la documentation traitant de ces questions.

  7. Nous avons besoin de trouver, en théologie et en anthropologie, des façons nouvelles et stimulantes d’aborder la question de la justice raciale, en s’inspirant des débats existants du point de vue des exclus et des opprimés, en adoptant un démarche propre aux droits humains et en déconstruisant la position des dominants.

  8. Nous devons tous développer la sensibilité et l’attention au message implicitement raciste contenu dans des expressions habituelles, où noir et blanc sont des métaphores indiquant des valeurs négatives et positives, et chercher à les éliminer de notre usage, notamment pour ceux et celles qui exercent des fonctions de direction et d’influence dans l’Eglise et la société.

Commentaire théologique

Dans un monde qui gémit sous la souffrance provoquée par la division, l’exploitation, le morcellement de l’humanité blessée et exclue, Dieu manifeste son amour en accompagnant cette humanité en ce temps et en ce lieu. En tant que partie intégrante de la création, Dieu a fait les êtres humains, tous différents, avec les mêmes droits et les mêmes responsabilités, pour vivre dans Sa maison (oikos). Des êtres humains vivant en interdépendance manifestent la présence de Dieu. La conception africaine de l’ubuntu nous invite à être pleinement humains en relation directe avec l’autre. L’autre n’est pas un étranger. Il ou elle n’est pas séparé de nous : Je suis parce que tu es. On ne peut être sans l’autre. Nous sommes faits pour être ensemble.

Notre vocation de communautés chrétiennes consiste à vivre une théologie de la solidarité et de l’hospitalité telle qu’incarnée dans la figure prophétique de disciple de Jésus Christ. Cette théologie se caractérise par l’intégrité, l’honnêteté, l’humilité, la compassion, l’amour, la justice, la réconciliation. Nous croyons que la dignité et les droits de la personne sont au cœur de l’Evangile chrétien et que, concrétisés dans les conventions internationales, ils constituent le plus constructif des cadres pour le travail de défense et d’intervention de l’Eglise. Le principe d’antidiscrimination fait intégralement partie de l’équité pour tous.

Le peuple de Dieu est une communauté d’amour et de liberté, une Eglise qui accueille les opprimés, ceux et celles qui ont été privés de leurs droits et victimes de politiques et d’institutions racistes. Il transcende toutes les frontières et rejette les idéologies basées sur des préjugés en vue d’établir des communautés nouvelles, justes et sans exclusive. Nous nous engageons à vivre selon le pouvoir de l’amour et non en fonction de l’amour du pouvoir.

Qui sommes-nous, pourquoi sommes-nous ici, que croyons-nous ?

Nous sommes des femmes et des hommes, jeunes et moins jeunes, laïques et ministres ordonnés, universitaires et théologiens, venus de toutes les parties du monde. Nous nous sommes réunis à cinquante pendant trois journées, à l’invitation du Conseil œcuménique des Eglises, pour le 40e anniversaire du Programme de lutte contre le racisme, ainsi que du 33e anniversaire du soulèvement de Soweto et du 20e anniversaire de la chute du mur de Berlin. Nous avons salué le rôle important du PLR dans la fin de l’apartheid et dans l’encouragement communiqué aux Eglises pour qu’elles s’occupent du racisme. Nous avons dû admettre que nous n’avons pas réussi à éliminer le racisme. Nous avons également contesté le fait que notre débat n’ait comporté l’analyse d’aucune situation adéquate, dont celle du peuple Palestinien.

Nous croyons qu’il y a ici un moment de kairos pour entreprendre une action engagée des Eglises avec d’autres, c’est un temps particulier de Dieu, un moment marqué par la crise et l’occasion à saisir. Nous croyons qu’il y a ici un moment au cours duquel Dieu nous invite à nous engager à être des instruments de changement dans l’Eglise et dans la société dans son ensemble. Nous croyons que Dieu appelle les membres de l'Eglise à agir, non seulement au nom des marginalisés, des pauvres et des nombreuses personnes confrontées à l'exclusion, mais aussi avec eux. Nous croyons qu’en répondant à cet appel nous aurons la foi et les ressources nécessaires pour changer quelque chose dans la communauté universelle où nous vivons.

Nous croyons que Dieu dit : Maintenant, ça suffit !

Nous avons souillé la planète. Nous nous sommes dérobé mutuellement ce qui nous appartenait. Par avidité, nous avons fabriqué une idéologie à base d’exclusion et de discrimination. La crise économique mondiale, les changements climatiques et l'exclusion systémique, qui génèrent de l'exclusion et intensifient les migrations, constituent une crise en trois volets qui suscite un kairos et nous appelle à la repentance. Nous ne sommes pas parvenus à aimer notre prochain comme nous-mêmes. Il nous faut nous repentir du péché de racisme ainsi que du culte de la consommation et du capitalisme qui tous sont rébellion contre Dieu.

Dieu dit : Maintenant, ça suffit !

Le temps est venu d’une nouvelle évolution. Le temps est venu d’un monde nouveau, une société juste et sans exclusion. Le temps d’une spiritualité nouvelle qui valorise l’ubuntu contre l’individualisme, l’interdépendance contre le nationalisme et la nature du caractère plutôt que la couleur de peau. Cette spiritualité nouvelle nous appelle à recevoir la présence de Dieu dans toute la création en disant : Je suis parce que la création est.

Dieu dit : Maintenant, ça suffit !

Nous disposons de ressources de résistance. De ressources de durabilité. De ressources de foi dans lesquelles s’enracine notre espérance en un avenir qui promet équité et intégrité à l’ensemble du peuple de Dieu.

Confession

En tant que nous sommes l’Eglise, nous appartenons à des communautés guidées par des jugements fondés sur la caste, la race, le genre, la xénophobie et autres formes d’intolérance du même type. En même temps, nous confessons que nous jugeons souvent les autres de façon erronée, que nous sommes coupables et que nous cherchons à défendre nos privilèges en excluant les autres.

Nous reconnaissons que, en tant qu’Eglises, nous avons souvent été entravés par notre tradition, nos institutions et nos structures de pouvoir. Il est arrivé que, en travaillant au service de l’état ou du capital, nous ayons négligé de mettre en cause les lois, les institutions, les structures du pouvoir et de l’oppression. Nous n’avons pas réussi à vivre la vision d’une maison de Dieu, à partager nos conceptions de l’hospitalité, de l’absence d’exclusion et de justice dans le cadre de notre foi et avec d’autres religions.

Nous rêvons de participer à la promesse de Dieu d’un monde réconcilié. Nous confessons que nous sommes à la fois oppresseurs et opprimés et reconnaissons que nous avons besoin de repentance. Nous confessons que la réparation est nécessaire au moment où nous prenons l’engagement de notre intégrité et de notre unité.

Notre engagement

Nous, qui sommes ici rassemblés, nous nous engageons à amplifier notre façon de travailler afin de transformer nos Eglises, les sociétés dans lesquelles nous vivons et le monde, en vue d’un avenir racialement juste.

Nous lançons un appel et invitons à la participation de tous les secteurs du mouvement œcuménique en vue de chercher avec ardeur à rompre le cycle du racisme mondial et à aider les opprimés à obtenir leur autodétermination, selon les termes de la Conférence mondiale du COE contre le racisme, en 2001.