World Council of Churches

Une communauté mondiale d'Églises, en quête d'unité, de témoignage commun et de service chrétien

AGAPE: Appel à l'action

L'économie de la vie, la justice et la paix pour toutes et tous

19 juillet 2012

L'économie de la vie, la justice et la paix pour toutes et tous

Dans le sillage du processus AGAPE (l'altermondialisation en faveur des êtres humains et de la terre), qui s'est conclu par l'Appel AGAPE présenté à la Neuvième Assemblée du Conseil œcuménique des Églises (COE) à Porto Alegre en 2006, le COE a lancé un programme axé sur l'éradication de la pauvreté, la contestation de l'accumulation des richesses et la préservation de l'intégrité écologique, avec pour concept fondamental l'idée selon laquelle pauvreté, richesse et écologie sont intégralement liées. Le programme «pauvreté, richesse et écologie» a engagé un dialogue suivi entre les acteurs religieux, économiques et politiques. Parmi les parties prenantes à ce dialogue figurent des responsables œcuméniques, des représentants et des responsables d'Églises du monde entier, des partenaires interreligieux et des responsables d'agences gouvernementales et d'organismes sociaux, représentant un large échantillon des régions et pays du monde. Des processus régionaux d'étude et de consultation se sont déroulés en Afrique (Dar es Salaam) en 2007, Amérique latine et Caraïbes (Guatemala) en 2008, Asie et Pacifique (Chiang Mai) en 2009, Europe (Budapest) en 2010 et Amérique du Nord (Calgary) en 2011. Le programme s'est conclu par un Forum mondial et une célébration AGAPE à Bogor (Indonésie) en 2012. L'appel à l'action qui suit est le résultat d'un processus de six années de consultations et d'études régionales sur les liens entre pauvreté, richesse et écologie.

Préambule

  1. Le présent appel à l'action intervient en une période de grande nécessité. Les gens et la Terre sont en péril, à cause de la surconsommation de certains, d’inégalités croissantes, comme l'atteste la misère persistante d'un si grand nombre par rapport à l'extravagante opulence d'une minorité, et de crises d'ordre financier, économique et social, écologique et climatique inextricablement liées entre elles. Tout au long de nos discussions dans les consultations et les études régionales, nous, les participants, avons exprimé des points de vue différents et parfois même contrastés. Nous avons par ailleurs développé une conscience commune, celle que la vie sur notre planète, telle que nous la connaissons à l'heure actuelle, va finir par disparaître si nous ne parvenons pas à faire face aux péchés de l'égoïsme, du mépris insensible et de la cupidité qui sont à l'origine de ces crises. Conscients de l'urgence, nous présentons ce dialogue aux Églises en tant qu'appel à l'action. Cette urgence a été générée par notre espérance et nos convictions profondes: Une économie de la vie n'est pas seulement possible, elle est en train de se créer, et la justice de Dieu en est le fondement même!

 

Affirmations théologiques et spirituelles de la vie

  1. Au cœur de la foi biblique repose la conviction selon laquelle les êtres humains ont été créés par Dieu dans le cadre d'un vaste enchevêtrement de vie et qu'il a affirmé la bonté de l'ensemble de la création (cf. Genèse 1). L'ensemble de la communauté effervescente des organismes vivants est une expression de la volonté de Dieu et s'emploie en chœur à extraire la vie de la terre et à donner la vie à la terre, à relier une génération à la suivante et à maintenir l'abondance et la diversité de la maisonnée de Dieu (oikos). Dans la maisonnée de Dieu, l'économie naît du fait que Dieu offre gracieusement la vie en abondance pour toutes et tous (cf. Jean 10,10). Les populations autochtones ont un concept – pour nous source d’inspiration – selon lequel «la terre est la vie» (Macliing Dulag), qui ne perd pas de vue que la vie des gens et la vie de la terre sont indissociables et interdépendantes. Ainsi, nous exprimons notre conviction que «la vie de la création et la vie de Dieu sont indissociables» (Commission de Mission et évangélisation) et que Dieu sera tout en tous (cf. 1 Corinthiens 15,28).

 

  1. Le christianisme, comme de nombreuses autres expressions de la spiritualité, nous enseigne que la «bonne vie» ne réside pas dans la course aux possessions, l'accumulation des richesses, l'édification de forteresses, les montagnes d'armements pour assurer notre sécurité ou l'utilisation de notre pouvoir pour l'imposer à d'autres personnes (cf. Jacques 3,13-18). Nous proclamons la «bonne vie» (Sumak Kausay en quechua, et le concept de Waniambi a Tobati Engros en Papouasie occidentale) modelée par la communion de la Trinité dans la mutualité, le partenariat commun, la réciprocité, la justice et la bienveillance dans l'amour.

 

  1. Les gémissements de la création et les cris des populations vivant dans la pauvreté (cf. Jérémie 14,2-7) nous alertent pour nous dire à quel point l'état d'urgence social, politique, économique et écologique actuel va à l'encontre de la vision de Dieu d'une vie en abondance. Nous sommes nombreux à nous laisser trop facilement aller à croire que les désirs des êtres humains sont au centre de l'univers de Dieu. Nous créons des clivages, des barrières et des limites pour nous distancier de notre prochain, de la nature et de la justice de Dieu. Les communautés sont fragmentées et les relations brisées. Notre cupidité et notre égocentrisme mettent en danger les gens et la planète Terre.

 

  1. Nous sommes appelés à nous détourner de ce qui apporte la mort et à nous transformer dans une vie nouvelle (metanoia). Jésus appelle l'humanité à se repentir de ses péchés de cupidité et d'égoïsme, à renouer les liens avec l'autre et avec la création, à restaurer l'image de Dieu et à entamer un nouveau mode de vie en tant que partenaires de la mission vivifiante de Dieu. L'appel des prophètes se fait de nouveau entendre par l'intermédiaire des personnes accablées par la pauvreté dans notre système économique actuel et des personnes les plus touchées par les changements climatiques: il faut faire régner la justice et donner naissance à une Terre nouvelle!

 

  1. Notre vision de la justice est ancrée dans la révélation de Dieu en Jésus Christ, qui a chassé les marchands hors du temple (cf. Matthieu 21,12), a rendu les faibles plus forts et les forts plus faibles (cf. 1 Corinthiens 1,25-28) et a redéfini les visions de la pauvreté et de la richesse (cf. 2 Corinthiens 8,9). Jésus s'identifiait aux personnes marginalisées et exclues non seulement par compassion mais aussi parce que leur vie témoignait du péché inhérent aux systèmes et structures. Notre foi nous oblige à rechercher la justice, à témoigner de la présence de Dieu et à faire partie de la vie et des luttes des personnes rendues faibles et vulnérables par les structures et les cultures: les femmes, les enfants, les personnes vivant dans la pauvreté tant en milieu urbain qu'en milieu rural, les populations autochtones, les communautés subissant l'oppression raciale, les personnes handicapées, les dalits, les migrants contraints au travail forcé, les réfugiés et les minorités ethniques religieuses. Jésus dit: «Ce que tu as fait à l'un de ces plus petits, c'est à moi que tu l'as fait» (cf. Matthieu 25,40).

 

  1. Nous devons incarner une «spiritualité transformatrice» (Commission de Mission et évangélisation) qui renouvelle notre lien aux autres (Ubuntu et Sansaeng), nous motive à servir l'intérêt commun, nous donne le courage de nous opposer à toutes les formes de marginalisation, désire la rédemption de toute la Terre, résiste aux valeurs qui détruisent la vie et nous inspire à découvrir des voies novatrices. Cette spiritualité offre les moyens de découvrir la grâce de se satisfaire du nécessaire, tout en partageant avec toute personne dans le besoin (cf. Actes 4,35).

 

8.         Les Églises doivent être sommées de se souvenir de l'appel du Christ, de l'entendre et d'en tenir compte aujourd'hui: «Le temps est accompli ... Le Règne de Dieu s'est approché: convertissez-vous et croyez à l'Évangile» (Marc 1,15). Nous sommes appelés à être transformés, à poursuivre les actions de guérison et de réconciliation réalisées par le Christ et «à être ce pour quoi nous avons été envoyés: un peuple de Dieu et une communauté du monde» (Pauvreté, richesse et écologie en Afrique). Ainsi l'Église est-elle l'agent de Dieu pour la transformation. L'Église est une communauté de disciples de Jésus Christ qui affirme la plénitude de la vie pour toutes et tous et refuse le déni de la vie.

 

Des crises interdépendantes et urgentes

9.         La réalité crue de notre monde actuel est si émaillée de mort et de destruction que nous n'aurons aucun avenir en perspective tant que la conception prédominante du développement ne connaîtra pas une transformation radicale et que la justice et le développement durable ne deviendront pas la force motrice de l'économie, de la société et de la Terre. Le temps presse.

 

10.       Nous discernons l'interdépendance fatale des crises financière, socio-économique, climatique et écologique, qui s'accompagnent, pour de nombreuses personnes sur terre, d'une souffrance et d'une lutte pour la survie. La libéralisation des marchés poussée à l'extrême, la déréglementation, ainsi que la privatisation effrénée des biens et des services exploitent la création dans son ensemble, démantèlent les programmes et services sociaux et ouvrent les frontières des économies pour permettre une croissance de la production censément sans limites. Les flux financiers débridés déstabilisent les économies d'un nombre croissant de pays à travers le monde. À de nombreux égards, les différentes crises – climatique, écologique, financière et de la dette – sont interdépendantes et se renforcent les unes les autres. On ne peut plus les traiter séparément.

 

11.       Les changements climatiques et les menaces qui pèsent sur l'intégrité de la création constituent désormais le principal enjeu posé par les crises aux multiples aspects auxquelles nous devons faire face. Les changements climatiques ont des répercussions directes sur les moyens de subsistance des populations, ils mettent en péril l'existence même des petits États insulaires, restreignent la disponibilité de l'eau potable et réduisent la biodiversité de la planète. Ils ont des conséquences lourdes sur la sécurité alimentaire, la santé de la population et les modes de vie d'une part toujours plus grande de la population. À cause des changements climatiques, la vie telle que nous la connaissons sous ses nombreuses formes s'est modifiée de façon irréversible en l'espace de quelques décennies. Les changements climatiques entraînent des déplacements de populations, l'accroissement des migrations climatiques forcées, ainsi que des conflits armés. Les difficultés sans précédent que posent les changements climatiques vont de pair avec l'exploitation incontrôlée des ressources naturelles et mènent à la destruction de la Terre et à une modification considérable des habitats. Le réchauffement climatique et la destruction écologique deviennent de plus en plus une question de vie ou de mort.

 

12.      Notre monde n'a jamais été aussi prospère et, en même temps, il n'a jamais été aussi inéquitable qu'aujourd'hui. L'inégalité a atteint un niveau que nous ne pouvons plus nous permettre d'ignorer. Les gens qui ont sombré dans la pauvreté, qui sont écrasés par la dette, marginalisés et déplacés lancent un cri d'alarme plus urgent et plus clair que jamais auparavant. La communauté internationale doit reconnaître que nous devons tous nous donner la main et prôner la justice face aux inégalités catastrophiques et sans équivalent en matière de répartition des richesses.

 

13.       La cupidité et l'injustice, la recherche du profit facile, les privilèges injustes et les avantages à court terme aux dépens des objectifs durables à long terme sont les causes fondamentales de toutes ces crises interdépendantes; on ne peut plus les passer sous silence. Ces valeurs destructrices de la vie se sont lentement immiscées dans les structures, elles les dominent aujourd'hui et conduisent à des styles de vie qui font fi des limites régénératrices de la Terre et des droits des êtres humains et des autres formes de vie. Ainsi, cette crise revêt des aspects profonds, d'ordre moral et existentiel. Les défis à relever ne sont pas d’ordre technologique et financier mais avant tout éthiques et spirituels.

 

14.       Le fondamentalisme de marché est davantage qu'un paradigme économique, c'est une philosophie sociale et morale. Au cours des trente dernières années, la foi dans le marché fondée sur une concurrence débridée et exprimée par l'évaluation et la monétisation de tous les aspects de la vie a défini l'orientation de nos systèmes de connaissances, de sciences, de technologies, d'opinion publique, de médias et même d'enseignement. Cette approche dominante a canalisé les richesses essentiellement vers ceux qui sont déjà riches et a permis à des êtres humains de piller les ressources du monde naturel bien au-delà de ses limites afin d'accroître leur propre richesse. Le paradigme néolibéral est dépourvu de mécanismes d'autorégulation permettant d'endiguer le chaos aux conséquences dramatiques qu'il crée, en particulier pour les personnes pauvres et marginalisées.

 

15.       Cette idéologie pénètre dans tous les aspects de la vie et la détruit de l'intérieur et de l'extérieur en s'infiltrant dans la vie des familles et des collectivités, elle dévaste l'environnement naturel et les formes de vie et cultures traditionnelles, et elle met en péril l'avenir de la Terre. Ainsi, le système économique mondial dominant menace de mettre fin non seulement aux conditions d'une coexistence pacifique, mais aussi à la vie telle que nous la connaissons.

 

16.       La croyance univoque selon laquelle la croissance économique (PIB) procure automatiquement des avantages sociaux est erronée. La croissance économique sans contraintes entrave l'épanouissement de notre propre habitat naturel: changements climatiques, déforestation, acidification des océans, réduction de la biodiversité et ainsi de suite. L'élite politique et économique a détérioré le patrimoine écologique commun et se l'est arrogé en recourant à la force armée. La surconsommation fondée sur le coût des dettes non recouvrées génère un endettement social et écologique massif dont les pays développés du Nord sont redevables envers les pays du Sud, ainsi qu'un endettement vis-à-vis de la Terre; elle est injuste et crée une pression énorme sur les générations futures. L'idée selon laquelle la Terre et tout ce qu'elle contient sont au Seigneur (cf. Psaume 24,1 et 1 Corinthiens 10,26) a été balayée d'un revers de main.

 

Sources de justice

17.       Nous confessons que les Églises et les membres des Églises sont complices des systèmes injustes en adoptant des styles de vie et des modèles de consommation non viables et en restant empêtrés dans l'économie de la cupidité. Certaines Églises continuent de prêcher des théologies de prospérité, d'arrogance, de domination, d'individualisme et de commodité. Certaines soutiennent des théologies de charité et non pas de justice à l'égard des pauvres. D'autres ne remettent pas en question et même légitiment les systèmes et idéologies fondés sur la croissance et l'accumulation, ignorant la réalité de la destruction écologique et des souffrances des victimes de la mondialisation. Certaines privilégient les résultats quantitatifs à court terme au détriment des changements qualitatifs profonds. Néanmoins, nous sommes aussi conscients du fait que, même si nombreuses sont les Églises qui n'ont pas entamé une réflexion en vue de modifier leur comportement de production, de consommation et d'investissement, sur tous les continents, un nombre croissant d'Églises intensifient leurs efforts et expriment leur conviction que la transformation est possible.

 

18.       Au bout du compte, notre espérance jaillit de la résurrection du Christ et de sa promesse de vie pour toutes et tous. Nous voyons des preuves de cette espérance de résurrection parmi les Églises et les mouvements attachés à créer un monde meilleur. Ce sont la lumière et le sel de la Terre. De nombreux exemples de transformations nous inspirent profondément au sein même de la famille des Églises, ainsi que dans de plus en plus de mouvements de femmes, de personnes vivant dans la pauvreté, de jeunes, de personnes handicapées et de populations autochtones cherchant à édifier une économie de la vie et œuvrant en faveur d'une écologie florissante.

 

19.       Des croyants et des responsables chrétiens, musulmans et autochtones des Philippines ont consacré leur vie à maintenir leur lien avec la terre qui les accueille et à continuer à en tirer leurs moyens de subsistance. En Amérique du Sud, en Afrique et en Asie, des Églises procèdent à des audits de la dette extérieure et mettent en demeure les sociétés minières et d'extraction de rendre des comptes en matière de violations des droits de la personne et de dommages environnementaux. En Amérique latine et en Europe, des Églises partagent leurs diverses expériences face à la mondialisation pour en tirer des enseignements et elles travaillent à la définition de responsabilités communes mais différenciées, en développant la solidarité et les alliances stratégiques. Des chrétiens mettent au point des indicateurs de cupidité et mènent des discussions résolues avec des bouddhistes et des musulmans, ce qui leur permet de trouver un terrain d'entente dans la lutte contre la cupidité. En partenariat avec la société civile, des Églises jouent un rôle dans la définition des paramètres d'une nouvelle architecture financière et économique mondiale en œuvrant en faveur d’une agriculture pourvoyeuse de vie et en élaborant des économies solidaires.

 

20.       Des femmes mettent au point des théologies féministes qui remettent en question les systèmes patriarcaux de domination, ainsi que des paradigmes économiques féministes qui intègrent l'économie dans la société et la société dans l'écologie. Des jeunes sont en première ligne de campagnes prônant une vie simple et des styles de vie différents. Des populations autochtones réclament des dédommagements globaux et la reconnaissance des droits de la Terre pour remédier à la dette sociale et écologique.

 

Engagements et appel

21.       La Dixième Assemblée du COE se réunit à un moment où la vie pleine d'effervescence de la création de Dieu tout entière risque d'être éradiquée par les méthodes humaines de création de richesses. Dieu nous appelle à une transformation radicale. La transformation ne sera pas sans sacrifice ni risque mais notre foi en Christ exige que nous nous engagions à être des Églises et des paroisses qui se transforment. Nous devons cultiver le courage moral nécessaire pour témoigner d'une spiritualité de la justice et du développement durable et pour construire un mouvement prophétique en vue d'une économie de vie pour toutes et tous. Cela nécessite de mobiliser les individus et les collectivités, de fournir les ressources nécessaires (fonds, temps et capacités) et d'élaborer des programmes plus intégrés et coordonnés visant à transformer les systèmes économiques, la production et la distribution ainsi que les modèles, cultures et valeurs de consommation.

 

22.       Le processus de transformation doit veiller au respect des droits de la personne, de la dignité humaine et de la responsabilité de l'être humain vis-à-vis de la création de Dieu. Nous avons une responsabilité qui s'étend au-delà de nos individualités propres et de nos intérêts nationaux, celle de créer des structures durables qui permettront aux générations futures d'avoir suffisamment. La transformation doit englober celles et ceux qui souffrent le plus de la marginalisation induite par les systèmes, comme les personnes vivant dans la pauvreté, les femmes, les populations autochtones et les personnes handicapées. Rien de ce qui a été décidé sans eux ne saurait leur être imposé. Nous devons nous remettre en question et venir à bout des structures et cultures de domination et d'autodestruction qui déchirent le tissu social et écologique de la vie. La transformation doit être guidée par la mission de guérir et renouveler l'ensemble de la création.

 

23.       C'est pourquoi nous appelons la Dixième Assemblée du COE à Busan à s'engager à renforcer le rôle que joue le COE pour rassembler les Églises, élaborer une voix commune, favoriser la coopération œcuménique et assurer une plus grande cohérence dans la réalisation d'une économie de vie pour toutes et tous. Le travail crucial qui vise à édifier une nouvelle architecture financière et économique mondiale (Déclaration du COE sur les finances justes et l'économie de la vie), à remettre en cause l'accumulation des richesses et la cupidité des systèmes et promouvoir des mesures anti-cupidité (Rapport du Groupe d'étude sur le seuil de l'excès) et à rééquilibrer la dette écologique et faire progresser l'éco-justice (Déclaration sur l'éco-justice et la dette écologique) doit devenir une priorité et être approfondi dans les prochaines années.

 

24.       Nous appelons en outre l'Assemblée de Busan à consacrer du temps entre aujourd'hui et la prochaine Assemblée pour que les Églises puissent porter leur attention sur les engagements de foi envers une «économie de la vie – vivre pour la justice de Dieu dans la création [justice et paix pour toutes et tous].» Le processus permettra à la communauté fraternelle d'Églises de tirer de la force morale et de l'espoir les unes des autres, de renforcer l'unité et d'approfondir le témoignage commun sur les problématiques clés qui reposent au plus profond de notre foi.

 

25.       La déclaration sur les «finances juste et l'économie de la vie» plaide en faveur d'un régime financier international qui soit éthique, juste et démocratique, fondé «sur un ensemble de valeurs communes: l'honnêteté, la justice sociale, la dignité humaine, la responsabilité mutuelle et la viabilité écologique» (Déclaration du COE sur les finances justes et l'économie de la vie). Nous pouvons et devons définir une économie de la vie qui permette la participation de toutes et tous dans les processus de prise de décisions ayant des répercussions sur les vies, qui pourvoie aux besoins fondamentaux des individus en favorisant des moyens de subsistance justes, qui valorise et soutienne le travail de reproduction sociale et d'accompagnement réalisé essentiellement par les femmes, et qui protège et préserve l'air, l'eau, la terre et les sources d'énergie qui sont nécessaires pour maintenir la vie (Pauvreté, richesse et écologie en Asie et dans le Pacifique). La réalisation d'une économie de la vie nécessitera un arsenal de stratégies et de méthodologies comprenant, entre autres, une réflexion critique sur soi et un renouveau spirituel radical; des approches axées sur les droits; la création et la multiplication d'espaces permettant aux personnes marginalisées de se faire entendre dans le plus grand nombre de forums possibles; un dialogue ouvert entre les pays du Nord et les pays du Sud, entre les Églises, la société civile et les États, et parmi les diverses disciplines et religions mondiales pour développer des synergies afin de résister aux structures et cultures qui privent un si grand nombre de gens d'une vie dans la dignité; la justice fiscale; et la mise en place d'une vaste plateforme commune de témoignage et de défense de causes.

 

26.       Le processus est envisagé comme un espace bouillonnant où les Églises peuvent, en interagissant les unes des autres et avec les autres traditions religieuses et mouvements sociaux, apprendre comment une spiritualité transformatrice peut s'opposer et résister aux valeurs destructrices de vie et surmonter leur complicité dans l'économie de la cupidité. Il s'agira d'un espace où l'on pourra apprendre ce que signifie l'économie de la vie, tant sur le plan théologique que pratique, en réfléchissant ensemble aux changements concrets qui sont nécessaires suivant les contextes. Il s'agira d'un espace pour mettre au point conjointement des campagnes et des activités de défense des causes aux niveaux national, régional et mondial, de façon à provoquer des changements dans les politiques et systèmes dans la perspective d'une éradication de la pauvreté, d'une redistribution des richesses, d'une production, une consommation et une distribution respectueuses de l'environnement et de l'avènement de sociétés saines, équitables, débarrassée des énergies fossiles et éprises de paix.

 

Le Dieu de la vie nous appelle à la justice et la paix.

Venez à la table du partage de Dieu!

Venez à la table de vie de Dieu!

Venez à la table d'amour de Dieu!

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Bogor, 18-22 juin 2012