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Allocution de l'Archevêque Christodoulos au repas officiel à Berne

01 mai 2006

1 juin 2006

Eminences,

Mesdames et Messieurs, 

Je voudrais tout d'abord vous remercier de la part de l'Eglise de Grèce ainsi que de la part des membres de sa délégation officielle en visite à votre pays pour l'occasion que vous nous offrez d'entrer en communication avec vous. La visite à votre pays est l'expression de notre désir le plus profond et de notre détermination constante d'être ouverts à un dialogue en accord avec notre vision de l'homme en tant que personne dans une perspective européenne. Cet être humain a aussi une conscience de soi enrichie par les éléments particuliers de son identité. Nous emmenons avec nous la tradition que nous avons héritée et aimée et nous sommes convaincus qu'elle est utile pour nos soeurs et nos frères se trouvant en Europe ainsi que pour l'humanité toute entière.

Le but de notre visite est de parler de notre vision commune, de travailler pour promouvoir l'unité et la coopération entre les chrétiens en premier lieu qui se trouvent en Europe et d'encourager tous ceux qui partagent avec nous avec bonne foi cette vision. Cette vision s'articule autour de la protection et de la promotion de la dignité humaine qui constitue le noyau dur des valeurs fondamentales de l'Union européenne et des Nations Unies. C'est autour de ce noyau que tous les peuples, indépendamment de leur origine, couleur ou croyances peuvent se rencontrer et établir un langage commun.

Nous pensons que notre vision trouve son fondement historique dans la vie de l'Apôtre Paul, qui selon les Actes des Apôtres (16:9) a été invité par un jeune Macédonien de passer dans le territoire européen avec l'invocation: "passes en Macédoine, viens à notre secours!". De la même manière que l'Apôtre des Nations Paul a découvert dans l'évangile l'élément d'Unité des civilisations et des cultures en prononçant la fameuse phrase, "vous n'êtes qu'un en Jésus Christ" (Gal 3:28), nous aussi nous trouvons dans les valeurs évangéliques que nous prêchons et nous essayons de pratiquer, l'élément d'unité qui peut régénérer notre vie en Europe; ces valeurs pleines d'un esprit de force et de sagesse.

Il me vient à l'esprit Paul Valery, qui en faisant écho de la pensée de l'Apôtre Paul, fondateur en Christ de notre Eglise, a soutenu devant les étudiants de l'Université de Zurich que l'homme européen n'est pas déterminé par l'origine, la nationalité ou la langue, l'Europe étant la mère des plusieurs langues, nations et traditions. L'homme européen est celui qui a embrassé le droit romain, a fait sienne la Pedia grecque et a respecté l'enseignement chrétien. Le philosophe de l'histoire d'origine anglaise, Christopher Dawson, a aussi souligné le rôle de ciment joué par l'Eglise chrétienne pour la création d'une conscience européenne malgré l'existence des nations, origines langues et coutumes différentes.

La quête de l'unité, est selon l'Eglise de Grèce, l'antidote à tout esprit de régionalisme, qui après le siècle des lumières a cédé sa place au nationalisme. Tous les deux phénomènes - le régionalisme ou communément appelé en français aussi "esprit de clocher" et le nationalisme - ont donné lieu en Europe à des conflits qui ont fait couler beaucoup de sang. Les différentes langues, les différentes identités culturelles et mentalités diverses au lieu d'enrichir l'unité interne de notre maison européenne commune, nous ont conduit à nous regrouper de manière antagoniste et à nous opposer dans des conflits douloureux.

Notre Eglise, est toujours restée près du peuple dans des moments difficiles, en donnant toujours des conseils de modération loin de toute ambition politique et en luttant contre toute discrimination se fondant sur le sexe, la race, la religion, l'origine ethnique et sociale. L'Eglise est de cette manière restée près du peuple en maintenant, dans la mesure du possible, le dialogue avec les autorités politiques dans un esprit de paix, de compréhension et d'humilité en ayant comme seul objectif celui de servir.

Nous sommes heureux de pouvoir partager aujourd'hui avec vous notre conviction de préserver un élément qui soude notre unité et que nous avons reçu en héritage, c'est-à-dire l'Evangile en tant que source de foi religieuse et de culture. L'Eglise est le facteur essentiel du processus de perception et rayonnement de l'Evangile et de ses valeurs. Toutefois, l'Eglise, ne peut pas entreprendre son voyage dans le monde en solitaire. Elle est en quête des collaborateurs, des amis, qui seront en mesure de partager son idéal, des partenaires qui pourront soutenir les éléments essentiels de l'identité européenne qui sont les valeurs essentielles de la construction de l'Europe. Ceci est la quête de l'être humain en tant que personne et non pas en tant que chiffre ou appendice d'un mécanisme froid contemporain. Nous travaillons pour une société des personnes humaines et non pas pour une société informatique. L'informatique comme la technologie, sont des instruments utiles, mais notre objectif ultime est l'être humain en tant que personne, qui jouit come d'une bénédiction des biens offerts par la vie et croit aux valeurs de la famille, de la patrie, de la foi et de l'espérance. Si les choses ne ses passent pas de cette manière, la liberté politique de l'homme est en danger. L'homme peut ainsi devenir victime de l'exploitation des intérêts organisés des opportunistes qui font noyer la vérité et la civilisation. Nous sommes convaincus que le succès de cette entreprise dépend de la qualité de la coopération du plus grand nombre possible et de l'intensité de la détermination de ceux qui partagent l'idéal d'une maison commune européenne.

Le défi est grand. Nous sommes invités à apporter des réponses à une série des problèmes graves tels que: la fracture grandissante entre les riches et les pauvres, le chômage, la violence, la xénophobie, le spectre du totalitarisme, le fondamentalisme, l'immoralité, la dégradation de l'environnement, et tant d'autres questions qui constituent des menaces pour notre civilisation et sèment la confusion dans les esprits de nos contemporains. Nous pensons que la civilisation doit être en accord avec le développement des infrastructures publiques, avec les technologies et avec les politiques de l'Etat providence. Les bases de cette civilisation seront très fragiles si elles ne sont pas soutenues par ce que nous appelons par le mot Pedia à notre langue, terme qui embrasse l'éducation et la culture en même temps. Cette Pedia est pour nous - pendant les vingts derniers siècles - une pedia en Christ. Cette Pedia est pour nous une source d'inspiration pour une civilisation oecuménique fondée sur la solidarité, l'amour envers tous et l'humilité. C'est en effet la culture de «paix, patience, bonté, bienveillance, foi, douceur, maîtrise de soi ; contre de telles choses il n'y a pas de loi » comme l'Apôtre Paul disait (Gal 5:22).

Avec ses réflexions nous levons notre verre en amitié et en amour à la santé de nos convives et du people de ce pays et en exprimant le voeu que notre coopération sera complète et substantielle la où ceci est possible et utile.

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