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Déclaration commune des secrétaires généraux Olav Fykse Tveit (COE) et Jim Winkler (NCCCUSA)

Aucun peuple ne devrait être privé de ses droits et, surtout, aucun peuple ne devrait être privé de ses droits sur plusieurs générations. Le conflit non résolu en Israël et Palestine porte avant tout sur la justice, or tant que l’impératif de justice n’aura pas été atteint, on ne saurait voir la paix s’instaurer. Alors qu’Israël occupe Jérusalem-Est, la Cisjordanie et Gaza depuis bientôt cinquante ans, ce sont plusieurs générations qui ont subi cette réalité. Les possibilités d’une solution viable à deux États – que nous défendons de longue date – sont de plus en plus hors de portée et semblent plus irréalistes que jamais.

15 septembre 2016

Déclaration commune du pasteur Olav Fykse Tveit, secrétaire général du Conseil œcuménique des Églises, et de Jim Winkler, secrétaire général du Conseil national des Églises du Christ aux États-Unis

Colloque du NCCCUSA et du COE sur la Terre Sainte
14 septembre 2016

Aucun peuple ne devrait être privé de ses droits et, surtout, aucun peuple ne devrait être privé de ses droits sur plusieurs générations. Le conflit non résolu en Israël et Palestine porte avant tout sur la justice, or tant que l’impératif de justice n’aura pas été atteint, on ne saurait voir la paix s’instaurer. Alors qu’Israël occupe Jérusalem-Est, la Cisjordanie et Gaza depuis bientôt cinquante ans, ce sont plusieurs générations qui ont subi cette réalité. Les possibilités d’une solution viable à deux États – que nous défendons de longue date – sont de plus en plus hors de portée et semblent plus irréalistes que jamais.

La crise en Israël et Palestine a été le motif d’une réunion de représentantes et représentants du Conseil œcuménique des Églises (COE) et du Conseil national des Églises du Christ aux États-Unis (NCCCUSA) dans le cadre d’un important colloque organisé à Arlington, dans l’État de Virginie (États-Unis), du 12 au 14 septembre 2016. Plus d’une soixantaine de représentantes et représentants d’Églises et d’organisations affiliées à l’Église du monde entier se sont rassemblés parce que nous entendons les cris de celles et ceux qui aspirent à la paix et à la justice sur cette Terre que nous appelons Sainte. Nous avons accordé une importance particulière à la participation des représentantes et représentants palestiniens, amérindiens, sud-africains et israéliens, qui ont fait part de leurs points de vue et de leur vécu.

Bien que ce colloque ait eu pour thème central le conflit israélo-palestinien, nous savons qu’il se déroule dans le contexte d’une région en proie à la guerre et à la violence et nous sommes conscients que le Moyen-Orient connaît des situations diverses.

Cinquante ans, c’est aussi un jalon dans la Bible, une année de jubilé, qui nous rappelle à tous la nécessité de rechercher des moments opportuns pour rétablir la justice afin que les gens puissent vivre. «Vous déclarerez sainte la cinquantième année et vous proclamerez dans le pays la libération pour tous les habitants; ce sera pour vous un jubilé; chacun de vous retournera dans sa propriété, et chacun de vous retournera dans son clan.» (Lévitique 25,10, TOB)

Nous sommes bien conscients que personne, pas un seul groupe d’individus ni aucun gouvernement n’est irréprochable, que beaucoup de gens ont commis des crimes et des déprédations au fil de ces nombreuses années, mais il faut briser le cycle de la violence. Trop souvent, on ignore la violence structurelle et permanente qui est perpétrée à l’encontre d’un peuple tout entier. Mais imposer l’occupation à toute une population, voire même sur un territoire fermé, comme à Gaza, dans des conditions quasi carcérales, crée une situation grave et insoutenable. Nous sommes par ailleurs bien conscients qu’Israël est la puissance occupante et exerce un pouvoir de décision sur le peuple palestinien et, de ce fait, il lui incombe particulièrement de prendre l’initiative.

«Heureux ceux qui font œuvre de paix: ils seront appelés enfants de Dieu.» (Matthieu 5,9, TOB) Ce ne sont pas là des paroles creuses qu’emploie Jésus de Nazareth. De fait, ceux et celles qui suivent le chemin de la paix seront bénis dans le Royaume des cieux et nous nous engageons à soutenir tous ceux et celles qui s’efforcent de mettre fin à ce conflit.

Nous appelons à la fin de l’occupation et de la colonisation des territoires occupés, avec tous les problèmes et la détérioration des conditions de vie qu’elles génèrent non seulement pour le peuple palestinien mais aussi pour Israël et l’ensemble de la région. Nous demandons que soient pleinement respectés et protégés les défenseurs des droits de la personne et exigeons le droit à dire la vérité, à exprimer notre inquiétude et à prendre des mesures démocratiques et non violentes en faveur de la justice et de la paix. Nous sommes profondément préoccupés par les mesures législatives et autres prises par Israël pour entraver le travail des organisations palestiniennes et israéliennes de développement et de défense des droits humains, ainsi que par le manque de transparence concernant les enquêtes visant des organisations humanitaires internationales (dont des organisations d’inspiration religieuse) œuvrant dans la bande de Gaza et leurs conséquences potentiellement négatives sur la fourniture de l’aide dont ce territoire assiégé a absolument besoin.

Au cours de ce colloque, nous nous sommes particulièrement intéressés aux conséquences désastreuses sur les enfants et les jeunes et notamment à l’utilisation de la détention administrative et au recours inacceptable à la réclusion cellulaire d’enfants palestiniens.

Nous sommes réunis ici dans la capitale des États-Unis d’Amérique et c’est pourquoi nous appelons ce pays à:

  • cesser ses pratiques consistant à armer divers acteurs étatiques et non étatiques au Moyen-Orient et, en particulier, à revenir sur sa décision d’offrir une aide militaire de 38 milliards de dollars É.-U. à Israël, car les armes sont la dernière chose dont nous avons besoin à l’heure actuelle.
  • mettre un terme à la série actuelle de mesures législatives visant à pénaliser le recours à des mesures économiques non violentes pour influencer les décisions politiques en Israël.

Les Églises emploient des stratégies de ce type pour promouvoir les droits des individus et défendre la cause de la justice aux plans national et international depuis de nombreuses années, notamment avec le boycott des bus de Montgomery, la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud et, actuellement, aux côtés de l’Association des ouvriers d’Immokalee.

Nous nous sommes réunis aux États-Unis d’Amérique et avons rencontré des représentants du gouvernement de ce pays ici, parce que les États-Unis disposent d’un pouvoir énorme pour maintenir le statu quo ou prendre des mesures audacieuses en faveur de la paix. De même, les Églises des États-Unis disposent d’un potentiel immense, qui doit être mobilisé afin d’appeler le gouvernement des États-Unis à en faire bien plus pour instaurer une paix juste et durable pour Israël et la Palestine.

En effet, la religion sert trop souvent à justifier l’occupation. Trop souvent, les chrétiens, les juifs et les musulmans se servent de la religion pour alimenter la haine et la violence. Nous avons vu la religion ainsi être utilisée à mauvais escient dans d’innombrables circonstances et nous pouvons établir des parallèles entre la crise en Israël et Palestine et les combats pour la justice raciale aux États-Unis et la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud.

Le Conseil œcuménique des Églises est une communauté fraternelle mondiale d’Églises qui suivent l’appel du Prince de la Paix à œuvrer pour la paix juste dans divers contextes à travers le monde. La plupart du temps, cela signifie être solidaire des personnes qui, dans le monde entier, subissent l’oppression et la violence. Le Conseil national des Églises du Christ aux États-Unis, www.nationalcouncilofchurches.us, continue de faire partie de ce mouvement œcuménique pour l’unité, la justice et la paix.

La situation actuelle en Israël et Palestine exige d’agir de toute urgence. On ne peut pas faire subir à tout un peuple la pression et la violence pendant tant d’années sans s’attendre à une réaction violente. Nous ne cautionnons pas la violence mais nous savons que les gens perdent l’espoir et la foi en l’efficacité des solutions non violentes.

Nous encourageons nos Églises à observer la Semaine mondiale pour la paix en Palestine et Israël du 18 au 24 septembre (www.oikoumene.org) et à prendre part à des actions en faveur d’une paix juste l’an prochain, année de jubilé.

En tant que disciples du Christ et fidèles de la tradition abrahamique, nous sommes spirituellement blessés par la haine et l’animosité que continuent de se vouer juifs, chrétiens et musulmans et nous souhaitons l’avènement d’une ère nouvelle de paix, d’harmonie et de coopération, afin que tous ceux et celles qui vivent sur la Terre que nous considérons tous comme sainte sachent partager cette Terre et en prendre soin. «Espérant contre toute espérance, il (Abraham) crut et devint ainsi "le père d’un grand nombre de peuples", selon la parole: "Telle sera ta descendance"» (Romains 4,18, TOB).

– Pasteur Olav Fykse Tveit, secrétaire général, Conseil œcuménique des Églises

– Jim Winkler, président et secrétaire général, Conseil national des Églises du Christ aux États-Unis