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Redevabilité des dirigeants internationaux

Pour le pasteur Olav Fykse Tveit, secrétaire général du COE.

18 janvier 2017

Pour le pasteur Olav Fykse Tveit, secrétaire général du COE.

De nouvelles expressions de populisme conduisent actuellement à une plus grande division du monde et des sociétés. Le tribalisme, le nationalisme, le racisme et la violence sont en hausse. Les causes profondes de ces tendances se trouvent souvent dans les revers négatifs de la mondialisation économique – ou de son exact contraire: le protectionnisme, l’inégalité et l’exclusion économiques – qui marginalise et abandonne de plus en plus de monde, creusant encore les disparités entre riches et pauvres. Certains laissés pour compte s’expriment et votent, d’autres sont jeunes et chômeurs, beaucoup vivent en situation de marginalité sans aucune voix publique, d’autres enfin sont sans abri.

Apaiser les peurs d’un groupe en aggravant celles d’un autre n’est pas une solution. Il faut, pour relever ces défis, que les dirigeants rendent des comptes à l’humanité dans son ensemble, au profit de la justice et de la paix pour toutes et tous. Des relations véritablement justes et transparentes, non seulement vis-à-vis des patrons, mais aussi vis-à-vis des employés, sont nécessaires pour qu’une entreprise soit saine. L’exercice responsable de responsabilités internationales implique aujourd’hui une perspective beaucoup plus large de la redevabilité – une attitude, une conscience critique des effets négatifs qu’entraînent l’intérêt étroit et l’exclusion de tant de personnes de la croissance et du développement dont quelques-uns jouissent. Les gains économiques doivent fournir les ressources nécessaires à l’éducation, à l’emploi, au système de santé et à un environnement sain – pour toutes et tous. Les impôts alimentent les ressources communes nécessaires au développement durable d’une société et ne devraient pas être fuis ou évités. Dans une perspective plus large de responsabilité mutuelle vis-à-vis de l’humanité et de l’avenir de la planète Terre, nous pouvons trouver de bien meilleures solutions ensemble plutôt que séparément.

Un grand nombre d’hommes et de femmes puissants et éminents rejoindront bientôt Davos pour la réunion annuelle du Forum économique mondial. Ils discuteront des tenants et des aboutissants d’un leadership international responsable pour notre temps. S’il est adapté à n’importe quel contexte historique, ce thème semble capital à l’heure actuelle. Tous les dirigeants dans tous les secteurs doivent définir et incarner un leadership axé sur la responsabilité mutuelle entre eux afin de relever les défis d’aujourd’hui et de demain. Un leadership responsable ne peut être établi sur des demi-vérités ou une approche post-vérité.

Il est temps pour tous les dirigeants responsables d’aborder ensemble et d’un regard neuf ce que notre époque exige de nous. Cela concerne aussi les chefs religieux, qui doivent prendre l’initiative de rendre compte de nos valeurs morales et spirituelles auprès de ceux qui ont les plus grands besoins. Ceci repose sur notre conviction que l’obligation de rendre des comptes à Dieu entraîne l’obligation de rendre des comptes à tous ceux qui sont créés à son image. Permettez-moi de citer quelques exemples urgents:

Il est évident que nous devons lutter partout contre les changements climatiques, problème mondial et problème local, en rendant des comptes au sujet des engagements communs pris à Paris en 2015 et à Marrakech en 2016, y compris à l’égard des victimes présentes et à venir des changements climatiques. Nous ne devons jamais oublier que les plus vulnérables subissent déjà les conséquences les plus graves des émissions de gaz à effet de serre. Le développement économique, qui nous est nécessaire à tous, est responsable et solidaire quand il favorise les sources d’énergie et les moyens de production et de transport durables. Ce «virage vert» est possible. Il exige une motivation morale, des décisions politiques et de nouvelles orientations en matière d’investissement et d’affaires. Cette Terre est notre seule et unique demeure; c’est aussi celle de nos enfants et petits-enfants.

De fait, ce sont les enfants qui souffrent souvent le plus de l’injustice économique et des nouvelles formes de division, de conflits locaux et de violence. Nous sommes conscients que la religion est parfois utilisée à mauvais escient, pour légitimer ou justifier la violence envers les enfants, et ce même dans leur propre foyer. Les enfants ont le droit de grandir à l’abri de la violence et en sécurité. Ceux qui ne reçoivent pas ce dont ils ont besoin pour leur développement en termes de nutrition, de sécurité, de santé, d’éducation et d’attention affectueuse sont en souffrance et porteront ces blessures toute leur vie. Il n’est pas de meilleur investissement pour un monde de paix et de justice que l’attention et l’éducation pour tous les enfants – garçons et filles. Les dirigeants responsables de tous les secteurs doivent accorder beaucoup plus d’attention aux besoins des enfants, qui sont l’espoir de l’humanité.

Des formes nouvelles et diverses de violence et de terrorisme apparaissent dans de nombreuses régions du monde. La violence surgit dans les foyers, envers les femmes, dans les communautés, envers des minorités de toutes sortes, entre tribus, communautés et nations; elle est perpétrée par des individus, par des groupes, et par des États sous forme d’oppression et de violence structurelle ou de recours aux armes. Dans certains cas, la religion est invoquée pour justification. Mais la violence perpétrée au nom de la religion est une violence faite au véritable sens de la religion. Les chefs religieux et ceux qui croient et pratiquent leur foi doivent assumer leur responsabilité en luttant ensemble contre le détournement des religions pour motiver directement ou légitimer indirectement la violence. Il est de notre devoir de chefs religieux aujourd’hui de définir la manière dont la foi et les pratiques religieuses peuvent instaurer plus de justice et de paix, pour toute la Création.

Un vrai dirigeant sait que nous avons besoin de la sagesse des uns et des autres, fruit du dialogue ouvert et même critique, par-delà les intérêts et les frontières. S’engager dans une vision d’inclusivité et de responsabilité mutuelle est un défi pour tout le monde, quel que soit notre secteur. Néanmoins, voilà ce que l’on attend des dirigeants internationaux à notre époque. Nous devons favoriser l’espérance de toutes et tous, pas uniquement dans notre propre intérêt ou dans celui d’entreprises, de groupes spécifiques ou de nations. Sans cela, l’espérance ne saurait être réelle.