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Message de l'Epiphanie 2007

Message du pasteur Samuel Kobia, secrétaire général du COE

15 janvier 2007

En ce temps de l'Epiphanie, ce message est adressé aux Eglises membres et aux partenaires oecuméniques du Conseil oecuménique des Eglises afin de marquer le début d'une nouvelle période pour notre communauté fraternelle. Nous vous invitons à le communiquer aux membres de vos Eglises et à vos partenaires spécialisés.

C'EST ENSEMBLE QUE NOUS TROUVONS NOTRE PLACE DANS LE MONDE

Chacun de nous sait ce que cela signifie que d'être soutenu par les autres. Nous savons aussi chez nous, à notre travail et dans nos Eglises que nous sommes plus forts ensemble que nous pouvons jamais l'être individuellement.

Cela étant, comment allons-nous vivre la promesse de l'unité dans une communauté chrétienne qui embrasse le monde entier ? Comment allons-nous utiliser les dons généreux que Dieu nous a faits ?

Pour les années à venir, j'espère que nous qui faisons partie du COE, nous découvrirons la force qui vient de l'unité (psaume 133) et que nous l'utiliserons selon la volonté de Dieu. C'est là une espérance qui se ranime chaque jour dans le culte célébré avec les autres. C'est une espérance qui était palpable l'année dernière à l'Assemblée du COE au Brésil, lorsque les participants ont formulé des confessions, demandé pardon et cherché le renouveau, et lorsque nous avons dit la prière qui servait de thème à l'Assemblée : « Transforme le monde, Dieu, dans ta grâce ». C'est aussi une espérance pour notre avenir. Ce message de l'Epiphanie est une invitation à prendre connaissance des plans pour les années 2007-2013 et à participer à ce travail qui ira jusqu'à la prochaine Assemblée.

Assurément, c'est ensemble que nous trouvons notre place dans le monde, et c'est dans l'unité que nous entendons l'appel de Dieu à cette communion fraternelle (Ephésiens 4,2-16).

Le christianisme oecuménique pour le 21e siècle s'appuie sur les deux piliers de l'expérience commune du Christ et de la compréhension commune d'un monde partagé avec toute l'humanité. C'est sur ces piliers que nous devons construire le Conseil oecuménique des Eglises dont on a besoin pour les années à venir.

« Dès le début, mon expérience oecuménique m'a appris que je ne puis être un chrétien sans être oecuménique », disait récemment une collègue qui terminait son service au secrétariat du COE. Les oecuménistes pour le 21e siècle vont dans le même sens. Ils fondent notre avenir sur l'expérience commune que les Eglises font du Christ, en osant vivre pour Dieu dans le monde. Cette compréhension nouvelle de notre identité chrétienne ne se développe pas dans le vide, mais dans la participation au monde et, parfois, la confrontation à ce monde. Il est clair, par exemple, qu'aujourd'hui nous avons besoin de relations nouvelles et plus saines avec la mosaïque religieuse et laïque des sociétés.

Notre vocation est d'être un peuple dont les membres recherchent et servent le Christ ensemble, d'être des Eglises qui vivent dans la promesse de l'amour de Dieu transformateur du monde (Romains 8,35-39). Nous vivons dans la diversité des cultures et il se peut que nous répondions aux défis de manières différentes, mais c'est l'union de nos coeurs qui fait notre force. La dernière Assemblée du 20e siècle, tenue à Harare, Zimbabwe, appelait cela l'oecuménisme du coeur. Cette Assemblée a eu lieu en Afrique, où les gens affirment l'importance de la vie en communauté en disant : je suis parce que nous sommes. Grâce aux progrès réalisés dans notre communauté mondiale, la mission et le service oecuméniques se rapprochent aujourd'hui des gens qui sont les premiers concernés. Des secteurs entiers d'action commune ont été transférés des organisations internationales aux organisations nationales et locales.

Mais la décentralisation n'est pas appropriée ou possible dans tous les domaines. Une terre mondialisée est confrontée à des défis mondiaux. Nous constatons avec inquiétude que l'injustice, la haine, la cupidité et l'idolâtrie se développent sous des formes nouvelles et à une échelle nouvelle. Le règne de la crainte et les campagnes de terreur et de représailles semblent dominer la scène géopolitique.

L'Eglise doit répondre au mieux de ses capacités. Prenez un domaine où l'expérience oecuménique est longue - les efforts pour servir les gens et les nations par des normes et lois et internationales. Pouvons-nous, femmes et hommes de foi, arriver à une compréhension nouvelle du bien commun ? Si la moralité est faible, par quelles actions internationales des Eglises pourrait-on la restaurer ?  Si tous les êtres humains sont créés à l'image de Dieu, les Eglises peuvent-elles faire plus pour réaliser l'égalité de tous selon la loi ?

Les possibilités qui s'offrent doivent nous stimuler, dans ce domaine et dans d'autres. Imaginez que l'opinion publique dans le monde en vienne à considérer les Eglises locales comme des institutions qui se soucient activement de la terre, de son eau et de son atmosphère ? Les réseaux d'Eglises qui touchent aujourd'hui tous les coins de la terre peuvent établir des liens plus systématiques avec les paroisses locales, et vice versa. En cette ère d'angoisse existentielle dans le monde, imaginez que les paroisses locales soient des lieux où les gens puissent entrevoir la plénitude de l'amour de Dieu pour le monde.

Ou demandez-vous si les Eglises qui s'identifiaient historiquement à la « guerre juste » pourraient se faire connaître maintenant par quelque chose d'aussi éloigné de la guerre que le concept de la « paix juste ». Le fardeau d'un siècle de guerres et de conflits mondiaux ne nous laisse guère le choix : nous devons rechercher une vision nouvelle.

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Un nouveau chapitre de notre histoire commence en ce moment où nous donnons vie au mandat de l'Assemblée de Porto Alegre. Pour cela, dans bien des cas, les Eglises devront trouver de nouveaux moyens de témoigner dans le monde. Nous devrons prier pour l'unité et la rechercher, notamment en oeuvrant en faveur de la justice et de la réconciliation et en mettant en place des partenariats interreligieux pour agir ensemble sur les questions difficiles. Vos représentants aux réunions du COE sont convaincus que la communauté oecuménique est appelée, dans les années à venir, à centrer son action plus directement sur la collaboration et le rayonnement et moins sur les questions institutionnelles.

S'appuyant sur le travail accompli ici et dans les Eglises membres, la communauté du COE est prête à relever les défis actuels. Des priorités nouvelles et plus ciblées nous guideront. Le secrétariat du COE est bien placé pour servir de point focal pour les Eglises et les partenaires oecuméniques qui sont à l'oeuvre dans le réseau mondial et qui agissent ensemble. Il est temps de regarder vers l'extérieur, et non vers l'intérieur. Nous devons saisir les occasions nouvelles que suscite le changement, tout en conservant les valeurs durables.

En tant qu'instrument mondial de cette communauté fraternelle, le COE doit jouer un rôle moteur pour encourager la cohérence et la collaboration entre les Eglises et les partenaires oecuméniques. Guidé par les organes directeurs du COE, le secrétariat invite les membres à favoriser la coopération entre personnes de religions différentes, à lutter contre la violence sous ses diverses formes, à plaider pour la paix et la justice auprès des gouvernements et des organisations multilatérales, à s'attaquer à l'inégalité dans la société et à la destruction de la création de Dieu, et à contribuer à la guérison du VIH et du sida, et d'autres pandémies.

Ces défis se reflètent dans les nouveaux programmes définis dans la perspective de nos mandants :

  • L'oecuménisme au 21e siècle accomplit un travail de base pour le mouvement oecuménique de demain.

  • Unité, mission, évangélisation et spiritualité est centré sur les Eglises devenant l'Eglise d'aujourd'hui.

  • Témoignage public se préoccupe de la violence structurelle, de l'inégalité et de la répartition injuste des richesses, demande des comptes à ceux qui sont au pouvoir, offre une plate-forme de promotion de la paix au Moyen-Orient et définit le profil du COE dans les affaires internationales.

  • Justice, diaconie et responsabilité pour la création propose des réponses crédibles aux menaces systémiques qui pèsent sur la vie.

  • Formation oecuménique et initiation à la foi prépare les femmes et les hommes au pèlerinage oecuménique.

  • Coopération et dialogue interreligieux travaille sur une question centrale pour l'avenir de l'humanité.

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Nous puisons dans l'héritage oecuménique un nouveau potentiel qui nous donne les moyens de nous engager dans le monde. Au coeur de notre foi se trouve Jésus Christ, le chemin vers le salut. Pourtant, nous comprenons que ce n'est pas à nous de fixer des limites au pouvoir salvateur de Dieu et nous savons que Dieu peut accomplir plus que ce que nous pouvons demander ou imaginer. Nous gardons la foi en tant que corps global des témoins du Créateur, Rédempteur et Dispensateur de vie, Dieu trinitaire, Père, Fils et Saint Esprit. Nous cherchons à vivre des relations de justice et d'amour avec les autres et nous prenons le risque de compter sur la présence de Dieu en toutes circonstances. Nous voyons l'oikoumene, toute la terre habitée, comme le foyer commun de l'humanité et de toutes les communautés de foi.

Il ne serait pas pensable de remettre simplement à une organisation lointaine le soin de répondre à ces espérances partagées et à ces besoins communs. Nous ne réussirons à relever les défis des années à venir que si nous agissons ensemble. Si, dans notre monde, beaucoup de choses nous éloignent les uns des autres, les occasions de trouver notre force dans l'unité sont peut-être plus grandes aujourd'hui que jamais.

L'horizon de Dieu est notre point de référence. La koinonia de l'Esprit Saint prend vie dans des perspectives et des convictions qui vont bien au delà la logique dominante de notre temps. La vie nous est donnée non pas pour que nous adoptions un comportement dominateur ou égocentrique, mais pour que nous favorisions le partage, la reconnaissance, la convivialité et la joie. Nous devons trouver ensemble notre place dans le monde, inspirés par notre foi en Dieu et soucieux de notre tâche d'Eglises au service du monde.

Sous l'inspiration des paroles de saint Paul dans Ephésiens (passage cité plus haut), je prie pour que dans notre croissance commune le don de la grâce de Dieu nous transforme et nous donne le courage d'espérer et la capacité de nous comprendre et de nous aider les uns les autres. Puissions-nous croître ensemble vers cette lumière que l'Epiphanie fait briller dans nos coeurs et dans nos vies.

Sincèrement à vous en Christ,

Pasteur Samuel Kobia
Secrétaire général