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17-11-05 Méditation, par l'évêque Jonas Jonson

17 novembre 2005

Présentation à la célébration du 40e anniversaire du Groupe mixte de travail (GMT) de l'Eglise catholique romaine et du COE

1 Pierre 1,6-9

La première épître de Pierre a sans doute été écrite à Rome, tout de suite après la persécution des chrétiens par l'empereur Néron. Cette lettre déborde d'inspiration et d'enthousiasme, de reconnaissance, d'espérance et de joie, malgré les souffrances de cette époque qui mettaient à l'épreuve la persévérance des fidèles. Au coeur de ce texte, on trouve l'affirmation selon laquelle les croyants, bien qu'ils ne l'aient pas vu, aiment le Christ, et, bien qu'ils ne le voient toujours pas, croient en lui et éprouvent une joie indescriptible et glorieuse à l'idée du salut à venir.

Au moment où nous célébrons le 40e anniversaire de notre travail et de notre vision commune dans le mouvement oecuménique en un temps d'auto-examen en ce qui concerne l'organisation, et de lassitude oecuménique, la condition fondamentale de notre vie chrétienne nous est rappelée. Pour parler de façon empirique, notre conviction ne repose sur aucune preuve, notre confiance sur aucune garantie, notre espérance ne s'appuie sur rien de raisonnable, notre engagement ne correspond à aucune convention de contrat, et notre foi à aucune certitude, car nous ne voyons pas le Christ. Nous partageons une conviction et une attente qui, peut-être, se révéleront vaines et vides. Et pourtant, nous nous réjouissons avec tous ceux et toutes celles qui ont été intégrés au corps du Christ par le baptême et qui, par leur foi, ont vécu un avant-goût du royaume.

En tant que communauté et qu'institution, l'Eglise n'a d'autre fondement que la foi en Dieu par Jésus Christ. Elle vit de l'espérance en ce que nous n'avons pas encore vu. Nous nous organisons et nous travaillons dans ce monde en anticipant sur ce qui vient, selon la promesse de Dieu. Nous y investissons nos vies sans avoir de certitudes, de perspectives de profit et, en définitive, sans disposer de protection pour l'Eglise et pour sa confession. L'espérance, voilà ce qu'on a, une espérance enracinée en Dieu et confirmée par la vie, la mort et la résurrection de Jésus Christ. Il ne saurait y avoir d'autre raison à notre salut que la grâce inconditionnelle de Dieu, ni efforts humains, ni structures ecclésiales, ni doctrines théologiques. Le salut est exclusivement entre les mains de Dieu, c'est là que se trouvent la source et la raison de la joie indescriptible que Pierre évoque dans sa lettre.

Si Christ seul est le fondement de l'Eglise et de notre espérance, il en va certainement de même de la vision oecuménique et des efforts qui l'accompagnent. Pourquoi nous réjouir, si ce n'est à cause de la volonté du Christ, de la façon dont il nous guide, de son intercession et de sa promesse ? Une Eglise divisée est une Eglise imparfaite, mais nous croyons que l'Esprit fait progresser l'unité visible et invisible dans l'Eglise, dans le genre humain et dans toute la création. Aussi nous réjouissons-nous par anticipation du don de Dieu et de la perfection de l'Eglise. Les épreuves du présent ne sont pas pour nous source de déception. La vision oecuménique est authentique, elle ne périra pas.

D'après ce que nous savons, la première Eglise d'Asie mineure à laquelle Pierre s'adresse frémissait d'une joyeuse espérance et était prête à prendre part aux souffrances du Christ pour parvenir au salut. Beaucoup d'entre nous ici présents nous souvenons de temps où le mouvement oecuménique présentait plus d'énergie, de solidarité dans la souffrance, où il espérait avec impatience que l'unité, la justice et la paix allaient se manifester par l'Eglise et dans l'Eglise, localement et dans le monde entier. Au bout de quarante années de collaboration entre l'Eglise catholique romaine et le Conseil oecuménique des Eglises, de partage d'idées et de ressources en vue d'un témoignage commun, cette espérance est quelque peu ternie par le doute et la déception. Nous en sommes arrivés à un point où il est nécessaire de faire une nouvelle évaluation, de réfléchir ensemble et de tracer l'itinéraire à suivre pour avancer. L'obligation qui nous est faite de continuer à prier et à travailler ensemble à la recherche d'une communion toujours plus profonde avec Dieu et les uns avec les autres s'appuie sur une vision qui anticipe ce que nous n'avons pas encore contemplé.

Par le baptême, nous avons été introduits à une vie en Christ, dans son Eglise une, sainte, universelle et apostolique. Cet acte sacramentel du baptême d'eau au nom du Dieu trinitaire est reconnu mutuellement par la plupart des Eglises. C'est formidable ! Par le baptême, nous sommes déjà un en Christ. L'entrée dans le corps du Christ par le baptême est notre identité commune, notre point de départ. Notre vie quotidienne par la grâce baptismale et notre croissance pour devenir semblables au Christ se font dans des communautés séparées, mais l'objectif c'est l'unité avec Dieu et les uns avec les autres, signe pour l'humanité et l'ensemble de la création. Cet objectif ne sera pas atteint uniquement en favorisant l'amitié et la confiance par une culture de dialogue, en participant à des conseils et en faisant des projets et des études en commun. Il faut qu'il y ait un oecuménisme véritablement spirituel, qui se désaltère à des sources non polluées, ainsi qu'une spiritualité oecuménique dans laquelle les diverses traditions liturgiques puissent s'enrichir réciproquement. Et il faut qu'il y ait dans le monde une mission fermement partagée.

Aujourd'hui, le relativisme post-moderne, la diversité et l'éclatement mettent en cause le concept même d'unité visible. Le fait qu'on ait de plus en plus tendance à s'affirmer soi-même sur le plan ecclésial et confessionnel provoque une diminution de l'engagement envers les organisations oecuméniques et contribue à l'impasse dans laquelle se trouve le mouvement oecuménique. Cela est évident aussi dans le domaine des relations entre le Conseil oecuménique et l'Eglise catholique, et il serait bien nécessaire de renforcer la vision commune et de nouvelles initiatives.

En nous référant à la lettre de Pierre, qui insiste sur le fait qu'une espérance ayant des bases solides, ainsi qu'une foi authentique porteront un jour des fruits et que le Christ caché nous sera révélé ainsi qu'au monde, nous nous engageons à nouveau dans notre pèlerinage commun. C'est maintenant le temps où il faut sauvegarder l'amitié et attendre avec patience. Après toutes ces années passées ensemble, nous ne pourrions pas nous permettre une désillusion. Quels que puissent être les soupçons mutuels, les attitudes autosuffisantes, il faut en faire des relations constructives. Les épreuves passagères ne doivent pas éclipser la promesse que Dieu a faite, ni nous pousser à sous-estimer l'importance historique du groupe mixte de travail. Aujourd'hui, il s'agit de se réjouir de tout ce qui a été accompli au cours de ces quarante années, ainsi que de tout ce que Dieu, en Christ, par le Saint Esprit, est en train de nous préparer.

Amen.