World Council of Churches

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Appelés à être l’Église Une - Sœur Maria Ko Ha Fong

Sister Maria Ko Ha Fong addresses the main theme of the Faith and Order Plenary Commission meeting, Called to be the One Church, from an intercultural perspective.

09 octobre 2009

Le point de vue d’une catholique d’Asie

Présentation par Sœur Maria Ko Ha Fong

1. Redécouvrir les racines asiatiques du christianisme

En Asie, où vivent presque les deux tiers de la population mondiale, les chrétiens ne représentent pas plus de 3 % de la population : c'est vraiment un « petit troupeau » (Lc 12, 32), plongé dans les réalités diverses, contrastées et même conflictuelles de l'Asie. Pourtant, ils sont loin de se considérer comme une minorité fermée et timide : leur foi est vivante et leur nombre augmente régulièrement, en particulier depuis quelques décennies ; mais leur croissance n’est pas seulement numérique : ce qui est plus important, c’est qu’ils ont de plus en plus conscience d'être des disciples de Jésus dans leur identité culturelle asiatique.

L'Asie est le berceau des grandes religions du monde – y compris du christianisme. C'est sur ce continent que le Christ a choisi de naître, de vivre, de mourir et de ressusciter. Tout le drame biblique (à l'exception de certains voyages de Paul) s'est déroulé sur le sol de l'Asie. Dès les premiers siècles, le christianisme a atteint les deux grands pays d'Asie : l’Inde, probablement au ier siècle, et la Chine au vie ou viie siècle.

Depuis, venue de l'Orient, la Bonne Nouvelle du Christ a pénétré toujours plus en profondeur dans la structure culturelle de l'Occident et, de là, elle s’est propagée en Amérique et en Afrique. Pourtant, sur le continent asiatique lui-même, cette progression reste lente et difficile. La majorité des pays d'Asie ne sont entrés en contact avec le christianisme qu'au cours de la deuxième moitié du second millénaire. Mais, à cette époque, la foi chrétienne n'est pas arrivée avec la fraîcheur et l'ouverture de ses origines : elle portait le poids de la doctrine et de l'expérience vécue de l'Occident, avec une structure institutionnelle établie et, malheureusement, avec le soutien ambigu de forces coloniales et avec des signes de division.

Ce qui est donc malheureusement paradoxal, c'est que, quoiqu'il soit né en Asie, le christianisme reste considéré aujourd'hui, dans la plupart des pays d'Asie, comme un « produit d'importation » et que les Églises chrétiennes y sont toujours regardées comme des « Églises bonsaïs », des arbres d'origine étrangère qui y ont été transplantés et continuent à pousser en pots. Consciente du fardeau que constitue le passé mais aussi des ressources dont ce passé est riche, l'Église qui est en Asie essaie maintenant de reconsidérer son histoire non pas dans un esprit de ressentiment ou de polémique mais plutôt dans un esprit de gratitude et de saine critique pour déchiffrer le dessein salvifique de Dieu qui se réalise dans les événements humains. Elle s'efforce de « redécouvrir le visage asiatique de Jésus », de promouvoir les théologies asiatiques contextuelles et de rechercher des « modes asiatiques d'être Église ».

Trois événements qui se sont produits dans l'Église catholique ont marqué la progression vers une nouvelle façon de comprendre les communautés chrétiennes d'Asie et d'être authentiquement de telles communautés.

  • On a dit que le Concile Vatican II avait été l'événement le plus marquant du xxe siècle – et pas seulement pour l'Église catholique. Même si les évêques et les théologiens d'Asie n’y ont joué qu'un rôle mineur, il est facile de discerner l'impact de ce Concile sur les Églises d'Asie, notamment dans les domaines de l'inculturation et du dialogue.
  • Un autre événement important pour les Églises catholiques d'Asie a été la fondation de la Fédération des Conférences épiscopales d'Asie (Federation of Asian Bishops’ Conferences – FABC) en 1970. Depuis maintenant près de 40 ans qu'elle existe, la FABC est devenue un instrument extrêmement précieux et important pour toutes ses Églises membres. Elle sert de trait d’union entre elles et leur permet de créer des liens de connaissance et de compréhension mutuelles, d'amitié et de solidarité. Grâce aux différentes activités entreprises sous les auspices de la FABC, les Églises catholiques d'Asie ont pu élaborer des directives communes pour l'orientation théologique, pour la pastorale et pour le dialogue œcuménique et interreligieux.
  • Les évêques d'Asie ont profité de « l'Assemblée spéciale du synode des évêques pour l'Asie », qui s'est tenue à Rome en 1998, pour faire connaître leurs problèmes et exprimer leurs espoirs, leur reconnaissance à Dieu, leur besoin de conversion ainsi que leurs idées théologiques et leurs conceptions pastorales. C'était la première fois que l'Église d'Asie discutait de son mode d'existence sur une telle échelle. Devant le pape et la Curie romaine, avec humilité mais avec conviction, les évêques d'Asie ont affirmé que les Églises d'Asie non seulement avaient reçu beaucoup mais aussi qu'elles avaient quelque chose à offrir à l'Église universelle.