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VII Note sur la réconciliation et le rétablissement de la paix au Myanmar

04 septembre 2012

Réunion du Comité Central, août / septembre 2012

Traduction de l’anglais
Service linguistique, COE

1.        À la suite des élections générales de 2011, le Myanmar est entré dans une ère nouvelle de changements et de réformes de son paysage politique. Les réformes mises en place jusqu’ici par le nouveau gouvernement sont susceptibles d’accroître la liberté dans ce pays. Cela est surtout visible dans le fait qu’Aung San Suu Kyi n’est plus en résidence surveillée et qu’elle a été élue au Parlement, à l’instar de plus d’une quarantaine d’autres membres de la Ligue nationale pour la démocratie, lors d’une élection partielle. Le nouveau gouvernement a instauré plusieurs changements positifs. Toutefois, la préoccupation principale des communautés ethniques dans les zones de conflit est que les réformes décidées par le pouvoir central n’ont pas eu beaucoup d’effet sur la vie des gens ordinaires, notamment dans les campagnes en proie aux troubles.

2.        Dans un pays comme le Myanmar, où plus de 30% de la population est constituée de communautés ethniques, on ne peut réaliser de réformes politiques authentiques sans tenir compte des griefs de ces minorités qui exigent d’avoir des droits. Depuis plus de cinquante ans, différents groupes ethniques armés luttent contre la «birmanisation» et le contrôle exercé par le gouvernement militaire. Pour parvenir à une paix durable, il faut que les cessez-le-feu conclus entre le gouvernement et les groupes ethniques armés impliquent tout un éventail de parties prenantes.

3.        Au Myanmar, pays à majorité bouddhiste, les chrétiens sont souvent accusés d’être des agents de guerre contre le gouvernement. Le nouveau climat politique et les perspectives de changement leur offrent désormais des possibilités de participer de façon positive à la construction du pays ainsi qu’à la paix et à la réconciliation. Aujourd’hui, il est généralement admis que les chrétiens du Myanmar peuvent continuer de jouer un rôle actif dans la consolidation de la paix, notamment en facilitant le dialogue entre minorités ethniques et gouvernement et en prenant des initiatives de paix au sein des populations locales. Les responsables chrétiens, et en particulier ceux qui se trouvent dans les États de Karen et de Kachin, ont bon espoir en ce qui concerne les nouvelles tentatives de négociations de paix.

4.        La Convention baptiste kachin (KBC), qui représente la confession chrétienne la plus importante de l’État de Kachin, est depuis longtemps impliquée dans la consolidation de la paix au niveau des populations locales. Ses dirigeants ont participé aux négociations de paix entre l’armée de l’indépendance kachin (KIA) et le gouvernement. L’État de Kachin a connu une certaine période de paix après que la KIA a passé un accord de cessez-le-feu avec le gouvernement central en 1994. Mais cet accord n’a pas permis d’aboutir à une solution politique par rapport aux exigences d’autonomie et d’autres droits de la part du groupe ethnique kachin. L’élément encourageant est que le nouveau gouvernement mène actuellement des négociations avec douze groupes armés ethniques et qu’il a déjà signé des accords de cessez-le-feu avec quelques-uns d’entre eux. Les négociations de paix avec l’Union nationale karen (KNU), qui est impliquée dans la révolte la plus ancienne du pays, ont obtenu certains résultats positifs. Ce qui est inquiétant, c’est que la violence intercommunautaire, qui a éclaté en juin de cette année entre le groupe ethnique des musulmans Rohingyas et les bouddhistes de l’État de Rakhine, a pris l’aspect d’une flambée de violence à grande échelle soutenue par l’État et dirigée contre les Rohingyas. Dans l’État de Rakhine, les Rohingyas vivent en apatrides car on ne les considère pas comme faisant partie des nationalités ethniques et on ne leur a pas accordé la citoyenneté.

5.        Par l’intermédiaire de sa Commission des Églises pour les affaires internationales (CEAI), le Conseil œcuménique plaide en faveur de la démocratisation, des droits humains, de la paix et de la réconciliation au Myanmar. Le Comité exécutif du COE a fait en février 2010 une déclaration demandant des élections libres et équitables au Myanmar. La CEAI a organisé récemment, conjointement avec la Conférence chrétienne d’Asie et le Conseil des Églises du Myanmar (MCC), un colloque sur «la paix, la sécurité et la réconciliation au Myanmar» au cours duquel Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix, qui fut assignée à résidence pendant 15 ans, a pris la parole. Au cours de ce colloque, on a cherché à discerner le rôle des Églises et des organisations œcuméniques au Myanmar, ainsi que le rôle des chrétiens dans la consolidation de la paix.

6.        Le MCC est désormais engagé dans une réflexion portant sur le chemin de la réconciliation, d’une paix et d’une sécurité durables dans ce pays, ainsi que sur le rôle des Églises au service de la justice et de la paix. Tout en disant sa «préoccupation quant à l’implication des milieux d’affaires dans les efforts actuels de consolidation de la paix, ce qui serait susceptible de gêner ces efforts», le MCC, dans une récente déclaration, a insisté sur «la nécessité pour toutes les parties de veiller à ce qu’un cessez-le-feu fragile n’aboutisse pas à un échec mais à des accords de paix solides et durables.» La déclaration ajoutait également que «pour une paix authentique, il est essentiel d’écouter la voix des Églises et des autres communautés religieuses enracinées dans les populations locales.»

En conséquence, le Comité central du Conseil œcuménique des Églises, réuni du 28 août au 5 septembre à Kolympari, Crète (Grèce):

A.       accueille avec reconnaissance les initiatives des Églises du Myanmar en faveur de la paix dans ce pays;

B.       encourage les Églises membres du COE et les partenaires spécialisés à accompagner et à soutenir ces initiatives des Églises du Myanmar dans l’instauration de la paix au niveau de la base;

C.       apporte son soutien aux Églises du Myanmar dans leurs efforts de médiation visant à encourager les négociations de paix entre les insurrections ethniques et le gouvernement du Myanmar;

D.      encourage les Églises du Myanmar à prendre position en faveur de l’arrêt des violences dirigées contre les Rohingyas musulmans et du retour sains et saufs chez eux de Rohingyas déplacés;

E.       recommande à la CEAI de continuer à suivre la situation et à plaider dans les forums internationaux en faveur de la paix, de la sécurité et de la réconciliation au Myanmar, ainsi que de soutenir le Conseil des Églises du Myanmar dans sa mission et son témoignage consistant à coordonner les initiatives de paix et de réconciliation.

APPROUVÉ