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IV Déclaration sur le massacre de la mine Lonmin de Marikana, en Afrique du Sud

04 septembre 2012

Réunion du Comité Central, août / septembre 2012

Traduction de l’anglais
Service linguistique, COE

1.        C’est avec consternation que le Conseil œcuménique des Églises a appris la nouvelle du massacre de la mine Lonmin, à Marikana, Afrique du Sud, le 16 août. À la suite de l’affrontement entre les mineurs manifestants, les responsables de la mine et la police, 34 manifestants sont morts ce jour-là à la mine Lonmin de Marikana; de toutes les manifestations violentes depuis 1994, c’est l’une de celles qui ont connu le plus grand nombre de victimes. Au total, 44 personnes ont perdu la vie, dont dix (huit mineurs et 2 policiers) au cours d’affrontements dans les semaines précédant le 16 août. En outre, 78 personnes ont été blessées. À l’heure actuelle, la population, les familles des victimes, les policiers et les mineurs sont tous traumatisés par les violences et les coups de feu de Marikana.

2.        De bien des manières, les Églises membres du COE en de nombreux endroits du monde se sont senties inspirées et ont éprouvé de l’espoir en raison de la façon pacifique dont l’Afrique du Sud a su sortir de l’apartheid. Pour nous, la population sud-africaine a donné un exemple fantastique au reste du monde en réparant l’histoire catastrophique de l’apartheid en se fondant sur la vérité, la réconciliation, le pardon et la non-violence. Le COE reste persuadé que les situations actuelles de conflit et de contestation peuvent et doivent être traitées par des moyens ne recourant pas à l’usage et/ou à la menace d’une violence aussi destructrice que celle qui s’est manifestée à Marikana. 

3.        Pendant très longtemps, la terrible situation des mineurs d’Afrique du Sud se caractérisait par la faiblesse des salaires, par des conditions de travail marquées par l’exploitation, par de mauvaises conditions de logement. Il s’agit là d’une préoccupation sérieuse dont il convient de s’occuper de toute urgence. Alors que les mineurs continuent de vivre dans des conditions inhumaines et dans la misère, les dirigeants de ces mines amassent d’énormes profits. Au cours de ces 18 années, le gouvernement sud-africain n’a pas réussi à redistribuer efficacement la richesse et les ressources naturelles du pays lors du passage de l’apartheid à la démocratie. Ce qui a accru les tensions dues à de profondes divisions sociales et raciales, avec pour effet la méfiance, la criminalité et la violence de la société. Il en résulte de la frustration et de l’aliénation conduisant à des situations telles que les troubles de Marikana. Il est également très préoccupant que la violence continue de faire partie du vécu quotidien de nombreux Sud-Africains.

4.        Dans une récente déclaration, en août 2012, le Conseil des Églises d’Afrique du Sud (SACC) faisait remarquer que les habitants de la terre avaient le droit fondamental de participer à la richesse de leur pays et d’en jouir. Le Conseil œcuménique des Églises s’associe à cette déclaration et réaffirme sa position en demandant qu’un effort plus sérieux soit entrepris pour traiter la question du fossé séparant les riches des pauvres. Selon un certain nombre d’indicateurs économiques et sociaux, l’Afrique du Sud serait aujourd’hui l’un des pays comportant le plus d’inégalité sociale dans le monde et, si on ne trouve pas de solution à cette disparité entre riches et pauvres, il est probable que les dissensions sociales vont se poursuivre. Le Comité central du COE s’associe en particulier au SACC et aux Églises d’Afrique australe dans leur demande que soient étudiées les conditions de vie et les salaires des ouvriers en comparaison avec les bénéfices des compagnies minières de ce pays.

5.        Le Comité central du Conseil œcuménique des Églises est consterné d’apprendre que tous les ouvriers qui manifestaient contre la faiblesse de leurs salaires sont collectivement poursuivis pour meurtre. Nous réprouvons la violence exercée par certains des ouvriers dans cette situation, mais le Comité central est scandalisé de voir que l’on utilise une loi du temps de l’apartheid dans un cas comme celui-ci. Cette loi, qui traite en criminel toute personne ayant pris part à une manifestation de protestation, indépendamment de ce qu’elle a pu faire, est injuste et mauvaise pour la démocratie.

6.        Le COE est solidaire des Églises d’Afrique du Sud qui exercent leur ministère d’apaisement auprès des familles qui ont perdu un être cher lors de ce massacre, ainsi que de tous ceux qui ont été atteints par cette situation tragique. Avec les Églises et la population de cette région, nous prions en disant: «Dieu de la vie, conduis-nous vers la justice et vers la paix.»

En conséquence, le Comité central du Conseil œcuménique des Églises, réuni du 28 août au 5 septembre à Kolympari, Crète (Grèce):

A.       déplore les événements tragiques de Marikana et prie pour que toutes les personnes qui en ont subi les conséquences dans leur vie trouvent réconfort, consolation et paix;

B.       encourage toutes les parties concernées à reprendre les négociations afin de sortir de l’impasse et de permettre aux manifestants de reprendre le travail;

C.       appuie la création d’une commission d’enquête pour répondre à cette situation tragique et espère qu’elle permettra d’établir les causes de ce conflit, de traduire en justice les responsables et de mettre en place des méthodes justes et non violentes de résolution des conflits dans des situations explosives de ce genre;

D.      invite le gouvernement sud-africain à se pencher sur les injustices historiques dans les domaines économique et social qui concernent aujourd’hui encore les populations et les ouvriers des mines en Afrique du Sud et dans l’ensemble de cette région;

E.       est préoccupé par le fait que la loi de «Common Purpose» (c'est-à-dire d’intention commune) soit utilisée en relation avec cette situation, et insiste auprès des autorités civiles pour qu’elles ne poursuivent que les personnes directement responsables des décès;

F.       exprime sa solidarité avec les Églises d’Afrique australe qui s’efforcent d’apaiser et d’accompagner la population de Marikana ainsi que toutes les personnes qui ont été affectées par ces récents événements.

APPROUVÉ