World Council of Churches

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Rapport du secrétaire général

26 août 2009

 Conseil œcuménique des Eglises
Comité central
26 août – 2 septembre 2009
Genève, Suisse

Le courage d’espérer et l’avenir du mouvement œcuménique

Que le Dieu de l’espérance vous comble de joie et de paix dans la foi,
afin que vous débordiez d’espérance
par la puissance de l’Esprit Saint
(Rm 15,13)

Crise financière et récession économique – un moment de vérité

1. « Sully » Sullenberger fut considéré comme un héros national après que, le 15 janvier 2009, il eut posé son avion – le vol 1549 d’US Airways – sur les eaux glacées de l’Hudson. Les 155 passagers purent être sauvés avant que l’avion ne coule.

2. Le turbo-capitalisme n’a pas réussi à se poser en sécurité sur les eaux. En 2008, l’explosion de la bulle financière a eu des conséquences catastrophiques sur une économie réelle et sur des gens réels. Il y a aujourd’hui bien trop de gens qui se débattent dans d’énormes difficultés pour conserver leur maison, leur travail, leur petite entreprise – ou, tout simplement, les moyens élémentaires de survivre, tant pour eux-mêmes que pour leur famille. De l’avis de beaucoup, à l’origine de cette crise, il y a le péché de cupidité (Ep 4,19). La discussion tourne essentiellement autour des taux de profits exorbitants, sur le marché financier, que les dirigeants de grandes banques internationales voulaient voir dépasser 25%. Leurs employés ont pris des risques considérables pour satisfaire à ces attentes et pour en tirer des avantages personnels qui dépassaient et, semble-t-il, dépassent toujours de très, très loin de tout ce que peuvent imaginer les communautés pauvres.

3. Mais nous qui, dans le mouvement œcuménique, nous appuyons sur la riche tradition de l’Eglise et sur plus de trois décennies de réflexion sur des sociétés justes et durables, nous savons que le problème est beaucoup plus profond. Même par le passé, la croissance économique du monde n’a pu se faire qu’aux dépens des communautés pauvres, des générations futures et de la nature. Le mantra du mahatma Gandhi est toujours vrai : la nature produit en suffisance pour les besoins de l’homme, mais pas pour sa cupidité. En 1991, l’Assemblée de Canberra a souligné l’opposition entre la croissance illimitée et donc destructrice de la cellule cancéreuse et la croissance d’un arbre qui mûrit en relation intime et en étroit équilibre avec son environnement. La relation entre terre, travail, capital et information est totalement déséquilibrée : elle penche désormais du côté des systèmes de capitaux et d’information. Après avoir lu l’encyclique Caritas in Veritate du pape, je me félicite de constater qu’un large consensus se dégage entre les grandes traditions ecclésiales : il nous faut nous concentrer sur les besoins des pauvres, sur le rôle du travail et sur les relations avec la création.

4. Avec l’effondrement catastrophique de l’économie de casino, nous sommes pour de bon entrés dans le 21e siècle. Trompés par la massive croissance économique et la rhétorique optimiste des protagonistes de la mondialisation économique, nous étions nombreux à penser que le 21e siècle serait une ère de possibilités nouvelles et illimitées, auxquelles devraient correspondre des changements et ajustements constants au cours victorieux de l’économie mondiale et des technologies sur lesquelles elle s’appuie. On n’appréciait plus guère les connaissances, valeurs et coutumes traditionnelles. Certains se demandaient, même parmi nous, si l’orientation de la critique formulée par le mouvement œcuménique était encore justifiée.

5. Il est vrai que nous avons découvert de nouvelles perspectives et que nous avons décidé de relever, avec un plus grand sentiment d’urgence, certains défis fondamentaux. Je pense en particulier à l’intendance de la création, à la nécessité de la coopération interreligieuse dans un contexte de violence, et à l’appel à la justice transformatrice qu’on entend monter dans tant de parties du monde. L’évolution du paysage ecclésial et la découverte, dans les faits, d’un pluralisme de plus en plus marqué ont, à leur façon, remis en cause une certaine façon de considérer l’œcuménisme. Nous avons réappris que l’œcuménisme doit inclure une vision de la vie dans toute sa plénitude (Jn 10,10 ; Lc 4,16 sqq.)

6. Dans tous ces domaines, nous avons compris que les changements ne se feraient pas facilement ni sans heurts : maintenir la dignité humaine et la durabilité de la vie au cœur du développement de nos sociétés et au centre des relations internationales, entre les peuples et les Etats – c’est un combat dont on a l’impression qu’il ne finira jamais. Certes, des dirigeants d’Eglise ont souligné la nécessité d’une forte dimension morale et spirituelle de la vie en communauté. Il n’en reste pas moins que l’attitude la plus courante était de croire que l’humanité disposait de toute la technologie, de tous les capitaux et de tous les autres moyens nécessaires pour relever et maîtriser ces défis.

7. J’espère que nous nous sommes réveillés. J’espère que nous nous en rendons bien compte : les changements climatiques, la profonde crise économique dans laquelle nous sommes plongés, la violence et la guerre qui font des ravages en tant de lieux, et la transition critique entre un monde dominé par les Etats-Unis et leurs alliés et un système mondial multipolaire qui a pour acteurs importants, entre autres, la Chine, l’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud – tous ces problèmes et bien d’autres encore sont, tout au fond, autant de reflets d’une crise de la vie en communauté. Ils rendent indispensables notre témoignage commun de la mission réconciliatrice et porteuse de guérison du Christ crucifié et ressuscité, et notre engagement d’avancer vers l’unité et d’être prêts à nous rendre mutuellement des comptes (Rm 5,1-11 ; 2 Co 5,17-21). La vraie grâce est coûteuse ; nous ne pouvons espérer la trouver à meilleur marché. Dans le monde actuel, les Eglises ne peuvent plus présenter un témoignage pertinent si elles restent divisées et si elles ne peuvent pas apporter au monde la preuve que la puissance transformatrice de l’Evangile de Jésus Christ est l’élément moteur qui fait de toute l’Eglise un signe et un avant-goût d’une humanité unie dans laquelle chacun se préoccupe de l’autre – et tous de la planète.

8. Pour nous, c’est un moment de vérité (2 Co 13,5-8). Mais nous n’irons pas bien loin si nous nous contentons de juxtaposer unité et vérité, ou unité et diversité (Rm 12,4-8; 1 Co 12,1-31). On ne peut le nier : il y a de graves tensions entre Eglises et même au sein des Eglises elles-mêmes à propos de la doctrine, mais aussi à propos de questions touchant au mode de vie et à l’éthique personnelle. C’est là une réalité que nous ne pouvons contester. Lors de ma récente visite en République démocratique du Congo (RDC), nous avons eu une sérieuse discussion avec les dirigeants de l’une de nos Eglises membres : l’Eglise de Jésus Christ sur la terre par son envoyé spécial Simon Kimbangu (Eglise kimbanguiste) à propos de la doctrine de la Sainte Trinité. Ensemble, le COE, la CETA et l’Organisation des Eglises d’institution africaine (OEIA) ont dialogué de manière exhaustive avec des dirigeants de l’Eglise kimbanguiste. En juillet, nous avons envoyé des représentants qui, outre une rencontre avec le chef spirituel de l’Eglise kimbanguiste, ont assisté à un culte kimbanguiste à Nkamba, rebaptisée Nouvelle Jérusalem par cette Eglise. Après avoir mûrement réfléchi sur ces expériences et étudié les dernières déclarations officielles en date des dirigeants kimbanguistes, nous ne pouvons que conclure que l’Eglise kimbanguiste s’exclut elle-même de la communauté fraternelle tant que ses dirigeants continueront à faire des déclarations et à organiser des cultes sous des formes incompatibles avec la doctrine de la Sainte Trinité. Je demande que le présent Comité central prenne une décision sur les relations futures entre l’Eglise kimbanguiste et le COE, compte tenu de la dernière réponse en date du chef spirituel de cette Eglise, dans laquelle il demande instamment l’accompagnement compréhensif du COE, de la CETA et de l’OEIA.

9. A l’occasion d’autres déplacements, j’ai vu des Eglises que des conflits touchant à des questions éthiques – à propos notamment de la sexualité humaine – ont amenées au bord de la désintégration. J’ai constaté que des divergences de vues et d’attitudes sur la sexualité humaine provoquaient de plus en plus de tensions entre Eglises membres de la communauté fraternelle du COE. Je me félicite que Foi et constitution ait commencé à s’attaquer à ces problèmes, et les conclusions de ses travaux aideront le Conseil à trouver les meilleures manières d’accompagner nos Eglises membres confrontées à ces problèmes qui menacent de diviser nos Eglises.

10. Et pourtant : notre monde brisé et profondément divisé a besoin du témoignage commun des Eglises, pour lui montrer comment se réconcilier et surmonter les divisions (Jn 17,17-21). La récession économique, avec ses répercussions sur les gens, ainsi que la distribution du pouvoir entre les peuples et les Etats constituent des défis très, très ardus non pas seulement pour les sociétés, mais aussi pour le témoignage commun des Eglises. Ces Eglises doivent nous inciter à nous concentrer une fois encore sur les valeurs et objectifs fondamentaux du mouvement œcuménique. Comme nos prédécesseurs, il nous faut penser en avance sur notre temps ; il nous faut faire preuve d’un discernement prudent dans notre cheminement vers l’unité et améliorer notre témoignage commun malgré les différences théologiques qui demeurent et les nouveaux conflits qui nous opposent à propos de problèmes éthiques.

11. D'ici une dizaine d'années, il faudra que nous puissions voir des résultats tangibles d'une plus grande volonté d'unité. Et nous devrions être en mesure de montrer que les Eglises ont aidé les sociétés auxquelles elles appartiennent ainsi que la communauté internationale des Etats à édifier des relations plus justes et plus pacifiques entre les peuples et avec la nature. J'ai trouvé encourageantes les réactions positives que nous avons reçues à propos des séances plénières sur le programme d'Eglise et société que nous avons prévues à l'ordre du jour de cette session. Les gens et la planète ont besoin d'un tel témoignage décisif de la part de chrétiens engagés, qui soit pour eux source d'espérance et d'encouragement à agir (Rm 8,19). Le mouvement œcuménique n’aura un sens dans le monde que dans la mesure où nous pourrons contribuer à donner aux gens, et en particulier aux jeunes, une solide raison de vivre et d'espérer.

 

Le facteur espérance – trouver un équilibre entre vision inspiratrice et réalisme

12. Je pense qu'il est inutile de souligner que le « courage de l’espérance » a été un thème central de mon cheminement œcuménique personnel.1 Alors qu’ils sont confrontés à la pauvreté, à la pandémie du VIH/sida, à la violence intercommunautaire et interethnique ainsi qu'à la dégradation des sols et de l’eau, des Africains m'ont enseigné l'importance d’une espérance qui a ses racines dans la foi qui est célébrée en communauté. Si beaucoup d’entre eux ont des raisons d'être apathiques et désespérés, leur foi en Dieu et leur confiance en l'ubuntu – la communauté de vie – les ont aidés à survivre et leur ont donné le courage de continuer. J'ai constaté une fois encore ce courage d'espérer lors de ma récente visite en République démocratique du Congo (RDC) ; les gens survivent et affirment leur dignité malgré l'horrible violence et la terreur qui les accablent, tout cela grâce à leur foi en Dieu et à leur capacité à faire survivre l'espérance dans leur communauté.

13. Avec ses racines qui plongent dans le sol africain, et précisément au Kenya, le président des Etats-Unis Barack Obama a incarné « l'audace de l'espérance » pour les nombreuses personnes qui ont voté pour lui et qui avaient toutes les raisons d'être découragées et d'avoir peur. La crise financière la plus grave depuis la « Grande Dépression », au siècle dernier, a pesé sur la campagne électorale. En observant le rôle du facteur espérance dans la politique intérieure et la politique étrangère de ce nouveau président, on constate qu’on voit s'ouvrir graduellement des portes qui étaient fermées et se dégeler des cœurs qui étaient glacés. L'espérance est une force puissante dans la vie des gens. Elle peut transformer les attitudes et les comportements des individus et des communautés, et elle peut les soutenir en des temps difficiles.

14. Mais cela n'est vrai que pour l'espérance authentique ; l'espérance authentique est inscrite dans le cœur et l'esprit des gens, sous la forme des chants qu'ils chantent, des histoires qu'ils racontent à leurs enfants, des fêtes qu'ils célèbrent, des valeurs auxquelles ils sont attachés, de la sagesse collective qu'ils transmettent et des rêves qu’ils ont en commun. L'authentique espérance est enracinée dans la culture et les traditions religieuses. La différence entre illusion et espérance authentique apparaît lorsque des promesses d'un avenir meilleur se révèlent être creuses ou vides. Des illusions fondées sur de fausses promesses s'évanouissent lorsque le rideau chamarré se lève et que les gens se trouvent confrontés aux dures réalités de notre temps. Le message d'espérance affirmé par le président Obama ne restera crédible en des temps difficiles que dans la mesure où il sera enraciné dans l'espérance authentique des gens eux-mêmes et dans la mesure où sa vision novatrice sera doublée de réalisme (Proverbes 11,7 et 13,12).

15. Si la foi chrétienne s'est révélée si forte en des temps de crise et de désespoir profonds, c'est parce que la bonne nouvelle de l'Evangile est marquée du sceau du Christ crucifié et ressuscité. C'est lui qui est notre espérance (1 Tm 1,1 ; Col 1, 27) – Christ qui, sur la croix, s'identifie à ceux qui souffrent, à ceux qui ont le cœur et l’âme brisés, lui qui, dans sa résurrection, est plus fort que le pouvoir de la mort (cf. Ac 2,22 sqq. ; Rm 5,1-5). L'espérance en Christ se renouvelle chaque fois et partout où l'Eglise suit le Christ crucifié et ressuscité et se range aux côtés des gens qui souffrent, partageant leur douleur (2 Co 1,3-7; Mt 25,31-46). Cette espérance en Christ est partagée en communauté, et elle est communiquée au monde (Ep 4,1-6 ; Col 1,20-29 ; 1 P 3,15). Toute la création aspire avec impatience à être réconciliée avec Dieu (Rm 8,18-30). Associant la croix et la résurrection, la réalité du péché dans laquelle nous vivons et la bonne nouvelle de l'Evangile, l'espérance en Christ combine le réalisme avec la vision motivante du Royaume de Dieu à venir. Imprégnée de péché et de mort, la réalité qui nous entoure peut être transformée par le Christ lorsque l'amour de Dieu est communiqué à la fois par les gens qui sont des témoins de l'amour kénotique du Christ et dans toutes les merveilles de la création de Dieu, en permanence renouvelée par l'Esprit Saint. Les Eglises sont appelées à incarner cette espérance dans les temps de joie et dans les temps de crise.

 

Découvrir l'espérance chez ceux qui aspirent à la justice et à la paix

16. Pendant mon mandat de secrétaire général du COE, j'ai toujours souligné la dimension pastorale de ce ministère et j'ai mis l'accent sur la qualité des relations entre les Eglises membres et avec les partenaires œcuméniques. Je voulais tout particulièrement que les Eglises en situation difficile soient assurées du fait qu'elles ne sont pas seules, qu’elles se rendent compte concrètement qu'elles ne sont pas abandonnées mais qu'elles sont accompagnées et que la communauté fraternelle les soutient dans la prière (Ep 3,14-20). Je suis heureux de constater que bon nombre de gens qui ont eu des entretiens avec l'équipe d'évaluation à mi-parcours ont souligné que, chaque fois qu'ils ont vécu sous des formes tangibles cet accompagnement par la communauté fraternelle ou qu'ils ont eux-mêmes participé au soutien apporté à d'autres, ils ont pris conscience de toute l'importance qu’avait pour eux leur appartenance au COE. Ils avaient l'impression d'être en contact vivant avec d'autres Eglises appartenant à la communauté fraternelle. Pour cette raison, l’accent sur le Moyen-Orient ou les « lettres vivantes » de la Décennie « vaincre la violence » ont été mis en évidence en tant que programmes du COE avec lesquels les Eglises et les partenaires œcuméniques se sentaient étroitement associés. Les « lettres vivantes » sont des expressions de la communauté fraternelle dont nous faisons tous partie, de la volonté et de la sollicitude que nous manifestons aux autres et les uns à l'égard des autres. Elles démontrent que notre espérance commune en Christ nous rend capables de nous accompagner mutuellement lorsque les temps sont durs et les situations graves.

17. Lors de mes voyages pastoraux dans différentes régions du monde, j'ai été profondément touché et en même temps enrichi par les signes d'espérance que j'ai découverts chez ceux qui aspiraient à la justice et à la paix malgré la souffrance et dans leur désespoir. J'ai déjà mentionné la visite que j'ai faite récemment en République démocratique du Congo (RDC). Ce pays est, par ses dimensions, le troisième d'Afrique ; il est comparable, par la taille, à l'Europe occidentale. Mais ce pays est devenu l'incarnation de la douleur humaine. Ces cinq dernières années, en RDC, la guerre a fait quelque 4.3 millions de morts – dont beaucoup de faim ou de maladie. La crise humanitaire est inimaginable, en particulier pour ceux qui n'ont pas accès à l'aide internationale, bien que les communautés habitant dans l'est du pays fassent tout leur possible pour accueillir leurs compatriotes victimes de déplacements internes. 40% des morts étaient des femmes et des enfants ; la violence brutale contre les femmes et les enfants est une abomination contre la sainteté de la vie, un outrage manifeste envers Dieu et la communauté humaine.

18. Les Africains plaignent le rhinocéros, une espèce animale en voie de disparition menacée par les braconniers : ces animaux sont victimes de leur corne. Les habitants de la RDC ont la même impression : celle d’être victimes des riches ressources du bassin du Congo. Depuis l'époque coloniale, les diamants, l’or, le coton, l’uranium, etc. sont devenus une malédiction pour les gens qui vivent dans cette région. La violente histoire coloniale, dont on trouve une bonne synthèse dans le livre : King Leopold’s Ghost, continue aujourd'hui à encore à hanter ce peuple. Le Comité exécutif du COE était bien conscient de cette réalité lorsqu'il a écrit très clairement :

« Torturée, la RDC continue d’alimenter des fortunes édifiées au prix du sang et qui viennent gonfler les coffres de certains architectes de la mondialisation et un consortium de criminels internationaux qui fournissent des armes en échange de minéraux. La forêt tropicale de la RDC, la plus grande d'Afrique, offre un refuge aux rebelles de pays voisins. Ces pays ont estimé justifié de franchir leur frontière avec la RDC pour poursuivre les rebelles et pour assurer leur sécurité nationale. » (Statement on the situation in the DRC, Comité exécutif du COE, Bossey, Février 2009)

Toute la région des Grands Lacs aspire encore retrouver la paix après l'horrible crime qu’a constitué le génocide de 1994 au Rwanda. Le premier voyage que j'ai fait en tant que secrétaire général du COE m'a amené à me rendre non pas seulement dans mon pays d'origine, le Kenya, mais aussi au Rwanda, dix ans après la catastrophe. Au début de mon mandat de secrétaire général, j’ai voulu être avec les victimes de cette terrible tragédie humaine. Et si l'on voit encore partout des traces et des cicatrices du génocide et des victimes de mutilation et de viol, on constate aussi cette énorme capacité des gens à s'accrocher à la vie et à croire à l'avenir de leurs communautés en dépit de toutes les atrocités et destructions dont ils ont été victimes et malgré toutes les difficultés auxquelles ils sont encore confrontés – une fantastique capacité de récupération. J'ai perçu, dans les yeux des survivants, des étincelles d'espérance, leur foi en la puissance vivifiante de Dieu alors pourtant que, bien souvent, les églises n'avaient pas été des sanctuaires pour les persécutés.

20. Une telle espérance est apparue comme un signe puissant de l'humanité indomptable des victimes. Cette espérance a rendu les gens capables de tendre la main même aux auteurs des crimes et à œuvrer pour la réconciliation avec leur ancien ennemi. Pour restaurer la dignité des victimes et réédifier les communautés, il a fallu faire preuve de cette justice restauratrice qui doit être au cœur de la transition vers une nouvelle société, où prévaudront la justice et la paix. Les Eglises du Rwanda et le Conseil des Eglises de ce pays, en partenariat avec le gouvernement et la société civile, font un travail remarquable de transformation sociale et spirituelle de cette société ravagée par le génocide. Membres comme eux de la communauté fraternelle, nous sommes appelés à intensifier notre soutien et notre solidarité et même à tirer des leçons de leurs efforts et de leur ingéniosité, notamment l'esprit de kachacha – qui est la conception traditionnelle du pardon et de la réconciliation.

21. J'ai constaté un esprit identique de capacité à se remettre debout et à espérer lors de mes déplacements aux Philippines, où les assassinats extrajudiciaires ne sont pas inhabituels, en Israël-Palestine, où les effets de l'occupation sont évidents et déshumanisent autant les occupés que les occupants, dans les anciennes dictatures militaires d'Amérique latine, et encore dans bien d'autres parties du monde. Dans tous ces pays, les gens avaient cette ferme volonté et cette forte capacité de survivre malgré la gravité des menaces, conservant toujours l'espoir d’une vie dans la dignité et la paix, qui serait le fruit de la justice. Ces expériences ont été pour moi des leçons ainsi qu’une source d’encouragement, et j’ai finalement compris que la « justice transformatrice » était le thème complémentaire du « courage de l’espérance », sur mon cheminement intérieur en tant que secrétaire général.

22. Aujourd'hui, je suis plus que jamais convaincu que, si nous voulons ouvrir des voies qui mènent à la guérison de mémoires blessées et parfois empoisonnées et progresser vers l'objectif de communautés réconciliées, il faut nous concentrer expressément sur la transition. Les processus qui mènent à la justice ne devraient pas être limités ; la transition est indispensable non seulement dans les domaines politique et économique : elle doit aussi comporter une dimension cosmique. Je suis également convaincu que, dans ces grandes transitions, nous, l'humanité qui vivons sur la planète terre, nous devrons avoir à la fois le courage d'espérer et la volonté infrangible d'établir la justice transformatrice – une justice qui a ses racines dans l'amour de Dieu, l'amour de nos frères et sœurs humains et l'amour de toute la création.

23. Chaque fois que j'ouvre la Bible pour en lire un passage – que je commence par le Pentateuque, par les psaumes ou par l'un des prophètes, par l’un des Evangiles ou par l'une des lettres écrites par Paul ou par un autre apôtre –, je me sens toujours attiré par l'amour vivificateur du Dieu trinitaire, qui en Jésus-Christ révèle son visage humain et montre son potentiel pour de justes relations entre nous. Les Eglises divisées redeviendront une si, sous la conduite de l'Esprit Saint, nous faisons nôtre l'amour vivificateur de Dieu et si nous le vivons nous-mêmes pour le salut de ce monde qui en a si désespérément besoin (1 Co 13,13).

 

Edifier des relations entre régions et entre générations

24. Tout comme il est indispensable que les Eglises soient une, les multiples nations des différentes régions du monde, les divers peuples – hommes et femmes, jeunes et vieux – doivent apprendre à dépasser le stade des relations d'oppression qui débouchent nécessairement sur la violence et la guerre et à travailler ensemble dans l'intérêt d'un avenir juste et durable pour toute l'humanité (Ap 22,1-5).

25. De nos jours, l'interdépendance dans l'espace et le temps est l'un des facteurs les plus puissants de transformation. Le COE relève les défis qu’implique une action interdépendante à l'échelle du monde :

  • en nous focalisant sur les domaines politique et économique de notre vie, nous avons abordé cette réalité dans le contexte de nos travaux sur la mondialisation ; 
  • en nous concentrant sur les mouvements des gens à l'échelle du monde, nous avons mis en lumière l'impact de la migration sur les pays et les Eglises dans toutes les régions du monde ;
  • en nous préoccupant de l'avenir du mouvement œcuménique et de la nécessité de la formation œcuménique des responsables d'aujourd'hui et de demain, nous avons fait des efforts spéciaux pour favoriser la pleine participation des jeunes à la vie du mouvement.

26. Tout en mettant l'accent sur la communauté fraternelle que constituent les Eglises membres, nous avons également, ces dernières années, favorisé la coopération entre régions et entre générations. Là encore, mes visites pastorales aux Eglises membres m’ont aidé à voir l'importance de ces deux approches pour les travaux du COE, les organisations œcuméniques régionales (OOR), les partenaires œcuméniques et les partenaires spécialisés qui, fidèlement, ont continué à fournir aux diverses organisations œcuméniques les ressources financières dont elles ont désespérément besoin.

27. L'an dernier, lors de ma visite au Moyen-Orient, j'étais accompagné par les secrétaires généraux du Conseil des Eglises du Moyen-Orient (CEMO) et de la Conférence chrétienne d'Asie (CCA). Nous avons entamé notre périple par un colloque conjoint sur la migration qui s'est tenu à Beyrouth, Liban, avec la participation de représentants du CEMO, de la CCA, du COE et de la Conférence des Eglises européennes (KEK). Les Eglises du Moyen-Orient s'inquiètent sérieusement de constater que de plus en plus de chrétiens quittent cette région dans laquelle sont nées certaines des plus anciennes Eglises. Vu le contexte de guerre et de violence dans lequel baigne cette région, les gens cherchent désespérément à assurer leur propre sécurité et celle de leurs familles. Nous en avons nous-mêmes été témoins à Damas, où nous avons rencontré les premiers groupes de chrétiens irakiens contraints de quitter leur pays simplement parce qu'ils sont chrétiens et que l'occupation de leur pays est considérée comme une forme de croisade chrétienne moderne. Cette question requiert, à tout le moins, une étroite coopération avec les Eglises des pays d’accueil mais, plus encore, une volonté commune de trouver des solutions pacifiques au conflit dans la région. Nous devons tous participer à la recherche de solutions. Le Moyen-Orient a besoin de paix, et il en a besoin aujourd'hui – car demain il sera trop tard !

28. Pour bien comprendre la gravité de la construction actuelle de colonies israéliennes dans les Territoires palestiniens occupés (TPO), il faut considérer cette situation dans le contexte historique plus large des soulèvements ethniques en Palestine qui ont précédé la création de l'Etat moderne d'Israël. Les Israéliens appellent cela « la guerre d'indépendance » mais, pour les Palestiniens, cette période sera, à tout jamais, la nakba – la « catastrophe » – dont beaucoup se souviennent comme une forme de « purification ethnique » au cours de laquelle a eu lieu la plus importante migration forcée de l'histoire moderne. On estime à pas moins d'un million le nombre de personnes qui ont été expulsées de chez elles à la pointe du fusil – des civils ont été massacrés, des centaines de villages palestiniens ont été délibérément détruits, des mosquées et des églises profanées, et des couvents et des écoles vandalisés.2 Ce que des dirigeants palestiniens appelaient en 1948 « le racisme et la ghettoïsation des Palestiniens à Haïfa » est devenu, en ce début du 21e siècle en Cisjordanie à Jérusalem-Est et à Gaza, un système complet d’apartheid avec son propre système de « bantoustans ».

29. Malgré des signes récents d'espérance au niveau international, les événements dans les TPO démontrent une fois encore la nature inflexible de l'occupation israélienne et de la création incessante de nouveaux obstacles à la paix. La tendance qui exprime le plus clairement les politiques d'occupation est la multiplication et l'expansion de colonies sur des terres prises aux Palestiniens. Même un gel des colonies demandé par le plus puissant allié d'Israël demeure une idée abstraite, tout comme les négociations constructives que ce gel pourrait faciliter. Au contraire, on voit se multiplier les projets de construction de colonies urbaines et de petits projets dans toute la Cisjordanie et à Jérusalem-Est. A l’heure actuelle, à Jérusalem-Est, les expulsions de familles palestiniennes et la démolition de leurs maisons ne font que souligner cette tendance. Des centaines de biens immobiliers appartenant aux Eglises sont menacés. De telles actions font obstacle aux efforts déployés par le nouveau gouvernement des Etats-Unis pour faire bouger les choses dans l'ensemble du Moyen-Orient.

30. L'occupation, associée à l'humiliation de tout un peuple pendant plus de six décennies, n’est pas simplement un crime économique et politique : tout comme l'antisémitisme, c'est un péché contre Dieu. Nous avons dit depuis 1984 que l'antisémitisme était un péché contre Dieu. Sommes-nous prêts à dire que l'occupation est également un péché contre Dieu? Depuis 1967, 200 colonies, comptant quelque 400 000 habitants, ont été créées dans les Territoires palestiniens occupés, y compris à Jérusalem-Est. Je demande instamment à ce Comité central d'adopter la déclaration de politique générale qui traite expressément de cette question, parce que les colonies ont été et restent incompatibles avec une juste paix qui doit être au service tant des Palestiniens que des Israéliens et qui doit assurer, pour ces deux peuples, la création d'Etats viables et mutuellement reconnus.

31. Lors de sa réunion en Crète, peu après la guerre de 1967 qui a marqué le début de l'occupation, le Comité central du COE a condamné tout pays – y compris Israël – qui conserverait ou annexerait le territoire d'un autre. Lors de l'Assemblée de Harare, en 1998, et à bien d'autres reprises, le COE a cité ce problème des colonies. Nous ne cessons d’appeler les gouvernements intéressés à appliquer l'interdiction énoncée par les Conventions de Genève contre les transferts de population et le principe des territoires occupés. Si elle est n'est pas nouvelle, notre volonté que soit mis fin à cette occupation a un caractère d’urgence.

32. Le Moyen-Orient est également une étape importante sur le chemin de l'Europe et de l'Amérique du Nord pour les migrants qui viennent d'Asie et même d'Afrique. Lors de notre visite dans les Etats du Golfe, nous avons constaté la triste situation des nombreux travailleurs migrants venus d'Asie et d'Afrique et leurs efforts pour se rassembler et célébrer leur culte avec d'autres chrétiens. Nous avons eu le plaisir de constater que, à l’occasion de notre visite, la communauté chrétienne, petite mais bien vivante, des Etats du Golfe a créé un forum œcuménique qui, avec le soutien continu que nous lui apportons, ne cesse de gagner en force. Nous avons pensé après coup que nous aurions dû inviter le secrétaire général de la Conférence des Eglises de toute l'Afrique (CETA) à participer à cette entreprise. Je me félicite vivement de l'excellente coopération qui s'est établie entre la Conférence des Eglises européennes (KEK), la Conférence des Eglises d'Asie (CCA), le Conseil des Eglises du Moyen-Orient (CEMO) et la Conférence des Eglises de toute l'Afrique (CETA) sur la question de la migration et d'autres problèmes associés. Le COE continuera à être un lieu, au niveau mondial, pour faciliter la participation d'autres organisations œcuméniques régionales et partenaires œcuméniques dans ce ministère critique et difficile.

33. La présence de migrants et d’Eglises de migrants a un profond impact sur les communautés et les Eglises, notamment en Europe et en Amérique du Nord. Dans les grandes villes de ces régions, le visage de l'Eglise locale s'est considérablement transformé avec la présence de communautés de migrants venus du monde entier. Alors que, en Europe occidentale et en Amérique du Nord, le nombre de membres des Eglises traditionnelles continue à se réduire, la vie cultuelle et communautaire des communautés de migrants façonne de plus en plus le visage du christianisme dans ces régions. Quelles sont les implications missiologiques de ce phénomène, considérant que le mouvement missionnaire est né dans ces régions et qu’il y revient maintenant sous la forme de communautés chrétiennes de migrants ? Pour réagir de façon appropriée à cette évolution, il faut adopter une nouvelle conception de l'Eglise locale ainsi que le type de coopération interrégionale que nous sommes justement en train d'élaborer avec d’autres partenaires. J'ai été frappé par ce que fait la petite Fraternité/Sororité remonstrante des Pays-Bas qui s'est ouverte aux communautés migrantes, bien consciente qu’elle était une communauté vieillissante et qu’elle devait envisager un nouvel avenir. Je me félicite aussi que l'Assemblée de la KEK, qui a eu lieu le mois dernier à Lyon, ait réaffirmé la volonté des Eglises d'Europe de considérer la migration non plus seulement comme un problème social mais aussi comme un problème ecclésial.

34. La visite faite en 2008 dans la région du Pacifique a tourné essentiellement autour du changement climatique, des essais nucléaires français à Mururoa et de leurs effets à long terme, ainsi que des réfugiés climatiques qu'il va falloir évacuer de leurs îles. Ce phénomène des changements climatiques est tout autant le résultat d'une approche anthropocentrique égoïste du développement que d'une crise morale alimentée par la cupidité d'une minorité qui veut préserver un niveau élevé de consommation aux dépens de l’environnement et de la majorité qui vit dans une pauvreté extrême. C'est donc aussi une question de justice, et c'est ainsi qu'il faut l’aborder. Notre visite a été considérée comme une assurance de la volonté du COE d'être en solidarité avec les peuples et les Eglises de la région du Pacifique dans leur lutte contre les effets des changements climatiques, le pire étant une éventuelle disparition de certaines îles en raison de l'élévation du niveau des mers. Nous devons être prêts à accompagner les Eglises et la Conférence des Eglises du Pacifique dans leurs initiatives en vue de l'évacuation des habitants d’îles qui vont disparaître à tout jamais. Pour ces gens, cette réalité a et aura des implications sans précédent dans les domaines affectif, psychologique, culturel, spirituel et économique. Mais l'éventuelle évacuation de communautés entières a aussi des retombées ecclésiales et ecclésiologiques. La forte présence des chrétiens du Pacifique, dont la pratique est très active, aura un impact énorme sur le visage du christianisme dans des régions telles que l'Australie et l'Aotearoa – Nouvelle-Zélande, deux des pays dont les communautés vont probablement recevoir une bonne partie de ces migrants.

35. Le COE a également soutenu et encouragé la coopération interrégionale sur des questions autres que la migration, notamment sur le commerce international, les changements climatiques ainsi que le dialogue et la coopération entre religions. Nous avons appris à distinguer clairement les rôles : celui des organisations œcuméniques régionales qui interviennent dans ce secteur, et celui du COE en tant qu'acteur global, avec d'autres partenaires œcuméniques, du fait de notre interdépendance dans l'espace. Mais, tenant compte aussi de l’interdépendance dans le temps, nous avons encore plus délibérément fait porter nos efforts sur la formation œcuménique et la participation des jeunes. Certains d'entre nous pourraient être tentés d'envier aux Eglises pentecôtistes et post-dénominationnelles leur présence dans les médias, qui attire de nombreux jeunes. Nous continuons à faire des efforts pour atteindre les jeunes au travers des médias électroniques et par d'autres moyens. Mais peut-être n'est-ce pas là, pour nous, la meilleure manière d'interagir avec les jeunes. J'ai vu d'autres modèles, qui marchent très bien, de participation de jeunes chrétiens. En décembre 2007, plus de 40 000 jeunes chrétiens, d'Europe et d'ailleurs, ont envahi Genève dans le cadre des activités organisées, en fin d'année, par la communauté de Taizé. Pendant plusieurs jours, nous avons vu les jeunes vivre leur foi chrétienne plus pleinement : chantant, priant, réfléchissant sur les problèmes socio-économiques critiques de notre temps et essayant de discerner le rôle qu'ils peuvent jouer pour essayer de les résoudre. Ce fut là un signe très encourageant d'espoir pour le rajeunissement de l'Eglise en Europe.

36. Lors de mes visites au Kirchentag allemand et au Rassemblement de Maramon, dans l'Etat du Kerala, en Inde, j'ai découvert d'autres exemples frappants. Dans les deux cas, il s'agissait de rassemblements de plus de 100 000 chrétiens, dont une majorité de jeunes. Tant au Kirchentag qu'à Maramon, les jeunes sont vraiment présents, et leur présence et leur participation sont source d'espoir tant chez les vieux que chez les jeunes. Il y a interaction entre les générations et aussi avec les dirigeants des Eglises sous des formes plus vivantes. Lorsque j’ai vu de nombreux jeunes patiemment accroupis sous un pandal de feuilles de cocotiers, dans le lit à sec de la Pampa, près du village de Maramon, j'ai laissé de côté le sermon que j'avais préparé, me rendant compte que cette foule attendait un message pastoral et voulait se considérer dans le contexte de la mission du Christ aujourd'hui. Alors, dans mon intervention, j'ai parlé de la rencontre avec Jésus et de l'urgence de la présence des chrétiens dans la société. « Le monde est en flammes, ai-je dit, et Dieu cherche des gens pour le sauver. » Et ce ministère : sauver ceux qui sont menacés de mort et ceux qui meurent, et s’opposer aux principautés et puissances – c’est quelque chose qui a été confié aux jeunes.

5. Les rôles et fonctions du COE

37. « Le monde est en flammes, et Dieu cherche des gens pour le sauver », des gens prêts à participer avec Dieu au grand projet consistant à sauver le monde. Dieu a tant aimé ce monde qu'il a envoyé son Fils unique pour le sauver des conséquences destructrices du péché humain et le réconcilier avec Dieu (1 Jn 3, 16). Ce monde ne sera pas détruit mais sauvé – tel est le motif qui m'a fait avancer dans mon cheminement œcuménique. Car, pour moi, l'expiation est l'action la plus décisive que Dieu ait faite depuis la création d'Adam et Eve. Et Dieu se réconcilie non pas seulement avec les êtres humains mais avec toute la création.

38. Lorsque, en tant que Conseil œcuménique des Eglises, nous nous efforçons de vivre concrètement la communauté fraternelle des Eglises en tissant des liens relationnels de solidarité et d'accompagnement entre Eglises membres, l’unité de l'Eglise n’est pas quelque chose que nous recherchons comme une fin en soi : nous voulons assurer l'avenir de l'humanité et de toute la création de Dieu (Rm 8, Ep 1,10, Col 1,15-20, Ap 21-22). L’œcuménisme nous fait entrer dans l'horizon plus large de l'économie divine du salut, et il ne nous permet pas de nous contenter d'horizons plus étroits tels que ceux de la communauté ou de l'appartenance ethnique ou nationale. Nous sommes appelés à nous libérer de toutes nos attaches traditionnelles et de tous nos liens humains qui nous empêchent de vivre pour cette vision plus large. Cela est certes difficile, mais notre seul choix viable est d'accepter cette vocation ambitieuse.

39. Tout en réaffirmant clairement l’orientation que nous donne le document Vers une conception et une vision communes (CVC), qui a pour point focal la communauté fraternelle des Eglises membres, je veux néanmoins souligner que cette communauté fraternelle n'est pas sans objet ultime : cette communauté fraternelle est appelée à restaurer l'unité de l'Eglise afin que le monde croie (Jn 17, 21). Dialogue théologique et témoignage et service communs au monde sont indissociables sur le chemin qui nous mène à une unité plus profonde entre Eglises, qui reste notre objectif primordial.

40. Constituant une communauté fraternelle d'Eglises et favorisant la vie de cette communauté, le COE est, avant tout et surtout, l'espace œcuménique dans lequel les Eglises membres progressent ensemble vers l'unité visible et se soutiennent mutuellement dans leur vie et dans leur témoignage au monde. Plus qu'une simple organisation, le Conseil est le lieu où les Eglises sont rendues capables de vivre cette communauté fraternelle entre Eglises dans la mesure où elles s’appellent mutuellement à rendre compte de l'unité visible que nous recherchons. Le COE est aussi le lieu où les Eglises membres et les partenaires œcuméniques peuvent se rencontrer, partager leurs espoirs et soucis, faire preuve de solidarité les uns à l'égard des autres, s'interpeller mutuellement, interpréter des tendances globales, discerner les tâches que nous devons assumer ensemble, faciliter des actions communes et trouver une voix commune en écoutant ensemble l'Evangile du Christ ainsi que les expériences des uns et des autres dans notre vie et notre foi.

41. Le COE assume une série de rôles clés dans la quête de l'unité visible, ainsi que cela a été de plus en plus clairement précisé au cours de ces dernières années :

42. Le concile a un rôle de convocateur, qui consiste à rassembler des partenaires œcuméniques, des Eglises membres et d'autres Eglises dans le contexte d'un « espace œcuménique » consacré à la discussion et à la fixation de programmes de travail.

43. Le Conseil offre la possibilité de parler d’une voix commune, qui permet aux Eglises de communiquer au monde une vision claire et prophétique.

44. Le Conseil œcuménique des Eglises possède des mécanismes qui permettent de se rendre mutuellement des comptes, d'élargir la solidarité et, dans des circonstances difficiles, de proposer, à des Eglises et à d'autres, un accompagnement.

45. Le COE est aussi appelé à favoriser une plus grande cohérence du seul mouvement œcuménique.

46. Chacun de ces rôles clés est une partie constitutive d'un tout et ne saurait être séparé des autres quand on considère la vocation unique en son genre du Conseil œcuménique des Eglises.

47. L’évaluation à mi-parcours qui est soumise à la présente session du Comité central souligne que, pour l’avenir, il est décisif de traduire cette conception des rôles et fonctions du COE en une approche dans laquelle seront intégrées les différentes dimensions de la vie et du travail de la communauté fraternelle. Cela implique aussi des méthodologies fondées sur la participation, ce qui nous amènera à partager les travaux relevant des différents programmes avec les Eglises membres et les partenaires. Leur intervention et leur participation sont d'une importance cruciale : ainsi, le COE ne sera pas considéré comme une organisation « ailleurs » mais comme l'espace commun et la voix commune que nous façonnons et promouvons ensemble. Nous accordons une très grande importance au rôle de « convocateur » du COE parce que, si nous sommes rassemblés d'une manière crédible, cela nous permettra de mieux faire entendre notre voix commune et cela renforcera la cohérence du mouvement œcuménique. L'importance de ce rôle a été soulignée par le Comité de continuation sur l'œcuménisme au 21e siècle lors de la réunion qu'il a récemment tenue à Belém, Brésil, et de façon très semblable par le Comité de discernement de l'assemblée (CDA).

48. Pour assumer ces rôles et ces fonctions, les Eglises et les partenaires œcuméniques doivent prendre des engagements communs et avoir la volonté de se rendre mutuellement des comptes. Le rapport du CDA souligne que, dans le mouvement œcuménique en général, nous devons distinguer différents niveaux d'engagement. Il est très important que cela se reflète dans nos approches et nos méthodologies. Cette réflexion est tout particulièrement importante à l'égard du Forum chrétien mondial (FCM), qui est une plate-forme œcuménique nouvelle et largement ouverte dans la mesure où des Eglises et communautés pentecôtistes et charismatiques y participent. Nous allons continuer à réfléchir ensemble sur la manière dont le FCM peut favoriser une plus grande unité entre chrétiens de toutes les traditions. Nous allons aussi cultiver des relations avec ceux qui préfèrent encore garder leurs distances vis-à-vis du mouvement œcuménique conciliaire, en cherchant à collaborer avec eux sur un certain nombre de problèmes d'intérêt commun tels que la conception de la mission, le code de conduite sur la conversion et toute une série de problèmes sociaux et écologiques.

49. Nous avons la volonté de poursuivre ces nouvelles formes de coopération tout en admettant que d'importantes différences demeurent, qu'il nous faut aborder dans le dialogue. A l'heure actuelle, le Forum chrétien mondial ne saurait remplacer le COE pour ce qui est des fonctions qu’il assume et des services qu'il rend vis-à-vis des Eglises membres et du mouvement œcuménique dans son ensemble. En fait, pour assurer sa stabilité et sa croissance propres, le FCM a besoin du COE. Les Eglises membres du COE ont en commun la profonde volonté de servir de façon responsable la communauté fraternelle qu’ils constituent, et c'est là un élément trop important et précieux – pour l'avenir du mouvement œcuménique – pour qu'il soit cédé à quiconque d'autre.

Le moment présent – lieu de naissance de l'avenir

50. Je me félicite vivement de constater l'ébauche d'un consensus qui se dégage à propos du rôle et des fonctions fondamentales du COE – pour les Eglises membres, les partenaires œcuméniques et le mouvement œcuménique dans son ensemble – à la fois dans le rapport du Comité de continuation sur l’œcuménisme au 21e siècle et dans celui du Comité de discernement de l'Assemblée. Je suis convaincu que nous nous dirigeons vers une plus grande clarté sur la manière dont ces intentions peuvent se traduire en projets et activités dans les travaux du COE. A bien des égards, la présente session du Comité central est cruciale pour l'avenir du COE et du mouvement œcuménique, non seulement parce que vous allez élire le nouveau secrétaire général du COE, mais aussi en raison des décisions que vous allez prendre à propos de la prochaine Assemblée, de la gouvernance et de la gestion du COE ainsi que des ajustements nécessaires à apporter aux activités de programme.

51. Un rapport global sur nos activités de programme depuis le dernier Comité central vous sera présenté ; il fera l’objet d’une discussion de fond dans le Comité du programme, dont tous les commentaires et propositions seront soumis à la décision du Comité central. Je voudrais faire une brève réflexion sur l'expérience que nous avons faite de cette approche intégrée et formuler quelques remarques sur certaines leçons à en tirer.

52. L'Assemblée de 2006 avait appelé à mettre en place, pour le COE, une structure de programme intégrée et interactive qui soulignerait bien que toutes les activités du COE sont structurellement liées entre elles, ce qui signifiait qu’on abandonnerait le concept de programmes et projets indépendants pour adopter le concept d’un « programme unique du COE » qui, délibérément, intégrerait les programmes et les relations. Depuis 2006, on s'est efforcé de travailler à un plan de programme plus cohérent, inspiré de la triple vision des transformations à réaliser qu'on peut déduire du message de l'Assemblée.

53. L'objectif fixé pour ce nouveau modèle, depuis lors, a été d’« améliorer la qualité et l'impact du travail entrepris par le COE en tant que communauté fraternelle d’Eglises du monde entier… C’est un modèle qui met l’accent sur l’intégration et l'interaction, la souplesse et la réceptivité, et sur un style de travail axé sur la coopération et le partenariat avec d’autres au sein du mouvement œcuménique. »3. Selon l’évaluation du programme à mi-parcours, « la méthodologie consistant à travailler de nouvelles manières et dans de nouvelles structures est actuellement en place et commence à devenir visible et à se concrétiser dans les secteurs de programmes. Si cette approche peut réduire au minimum l'isolement et l'habitude de travailler en "silos" et contribuer à l'intégration des programmes, il reste encore à faire une évaluation de ses répercussions sur le temps et la charge de travail du personnel. Par exemple, si on a bien essayé de mettre en place une collaboration entre programmes au sein du personnel en créant des équipes interactives, auxquelles participent des membres du personnel de plusieurs unités de tous les programmes, les résultats obtenus ne sont pas très satisfaisants, et il va falloir poursuivre les travaux et les discussions sur l'efficacité et l'efficience de ce système. »4

54. Cela dit, la tendance délibérée vers l'intégration a contribué à mieux définir les rôles spécifiques du COE dans un mouvement œcuménique complexe et parmi les multiples organisations et organismes œcuméniques qui sont à l’œuvre dans le monde. Cela a permis de mieux préciser le rôle de convocateur du COE dans le mouvement œcuménique dans son ensemble, en interprétant les tendances globales et en offrant aux Eglises et aux partenaires œcuméniques des possibilités d'agir ensemble en apportant des réponses appropriées à des problèmes et contextes de portée mondiale, tout en essayant de maintenir la cohérence du mouvement œcuménique.

55. Il n’en reste pas moins un certain nombre de problèmes importants à affronter. Le premier est qu'une telle intégration implique des « processus » persévérants, qui requièrent du temps et où les résultats du travail ne peuvent pas s'observer dans un temps limité. Parfois, lorsqu’elles sont réalisées avec d'autres partenaires, des activités du COE y ont intégré des objectifs à long terme pour lesquels il faudrait prévoir des activités et du personnel pour qu’on puisse atteindre le même résultat final, et cela n'est pas toujours facile à quantifier ou à reconnaître.

56. Le second problème de fond est la nature du travail qu’entreprend le COE. Le personnel exécutif a fait beaucoup d'efforts pour préparer une planification détaillée sur la base d’un cycle triennal. C'est là quelque chose qui se fait en équipes, tant au Secrétariat qu’avec des partenaires dans le monde entier. Cela dit, lorsque, dans le cas d'un pays ou d'un conflit particulier, une crise exige une réaction œcuménique urgente, c'est quelque chose qu'on ne peut pas planifier à l'avance et qui, généralement, exige une forte dose de coordination avec d'autres partenaires œcuméniques. Des événements inattendus font qu'on est obligé de mettre en réserve des ressources en personnel et en finances en plus des plans bien élaborés déjà établis par chaque programme pour l'année.

57. Si chaque programme et chaque activité peuvent avoir un impact particulier sur les Eglises et la famille œcuménique, notre travail avec les Eglises nous permet de tirer des leçons communes qui sont valables pour tous les programmes.

58. La volonté de rechercher l'unité visible de l'Eglise et de donner un témoignage commun au monde est une conviction que partagent les Eglises de toutes les traditions ; mais, de nos jours, cette perspective est remise en cause pour tenir compte de l'évolution du paysage ecclésial, d'une conscience plus profonde de la relation de Dieu à la création, ainsi que de nos relations avec d'autres traditions religieuses et religions dans des sociétés de plus en plus souvent pluralistes.

59. Certes, la diversité que connaît notre communauté fraternelle est fascinante, mais elle ne suffit pas à elle seule. Notre diversité nous enrichit lorsque nous éprouvons le sentiment d'appartenir les uns aux autres et d'avoir quelque chose en commun avec cet éventail de traditions et de cultures. C'est en favorisant une interaction plus délibérée entre les Eglises membres et les partenaires œcuméniques que nous pourrons assurer la plus grande cohérence à laquelle le processus CVC a appelé le mouvement œcuménique.

60. La diminution des ressources, tant humaines que financières, pousse le COE ainsi que le mouvement œcuménique mondial vers une méthode de travail et un mode d’expression monolingues (en l'occurrence en anglais). Pourtant, de nouvelles configurations ecclésiales exigent une approche plus large et non pas plus étroite, incluant un certain nombre de langues importantes parlées dans le Sud du monde. C'est quelque chose qui relève de notre responsabilité à tous – Eglises membres, partenaires œcuméniques et Secrétariat du COE –, mais il faudra peut-être définir une approche globale au niveau du COE et des partenaires œcuméniques associés.

61. Je tiens à exprimer ma profonde reconnaissance aux membres du Groupe de travail sur la gouvernance, la transparence et le personnel et les féliciter très cordialement pour les conclusions du rapport soumis au Comité central pour adoption. On y trouve des recommandations à court terme qui visent à relancer et renforcer l'esprit de la communauté fraternelle, tout simplement en apportant de la clarté et de la transparence à une pratique et une tradition institutionnelles longues et riches, mais aussi très complexes. Quant aux recommandations à moyen terme et à long terme, elles méritent toute notre attention dans la mesure où elles visent à donner au Conseil œcuménique des Eglises des structures de gouvernance et de gestion adaptées à un monde en mutation rapide, ce qui inclut un paysage œcuménique en profonde transformation.

62. Le Groupe de travail fait remarquer que la structure de gouvernance du Conseil a très peu évolué depuis sa conception dans les années 1930, et cette remarque est tout à fait fondée et éloquente. La prémisse sous-jacente de ce rapport, à savoir que les changements profonds proposés doivent s’enraciner dans l'esprit de l’orientation générale définie dans le document Vers une conception et une vision communes du COE, est tout à fait convaincante. Les propositions que présente ce rapport concernant la bonne pratique dans différents domaines, conformément à des normes généralement reconnues, sont très précieuses. C'est pourquoi je suis fermement convaincu que nous devrions considérer ce processus extrêmement important qui nous est suggéré par le rapport du Groupe de travail comme une extension naturelle – sinon même comme une partie intégrante – de tous nos efforts visant à transformer le Conseil de façon que cette communauté fraternelle mondiale d'Eglises, unique en son genre, puisse jouer le rôle qui lui revient dans le mouvement œcuménique du 21e siècle.

63. Comme je l'ai indiqué précédemment, outre le Groupe de travail sur la gouvernance, il y a plusieurs processus dont les conclusions et recommandations sont présentées au Comité central lors de cette session. Je suis convaincu que les décisions qui vont être prises sur la base de ces recommandations auront un impact positif sur l'avenir du COE. Et puis, concurremment à ces processus, il y a des processus internes dont les résultats apporteront une contribution importante à la viabilité à long terme du Conseil. Je saisis l'occasion qui m'est donnée ici d'introduire la présentation suivante en exprimant notre profonde gratitude aux Eglises membres et aux partenaires spécialisés qui ont accordé un soutien financier au Conseil. Et, plus précisément encore, je me félicite du soutien qui a permis d'assurer la stabilité financière du Conseil au cours de mon mandat de secrétaire général.

64. La préparation des plans du programme 2010 et du projet de budget 2010 a dû tenir compte des effets de la crise économique mondiale. Ces nouvelles contraintes financières ont de sérieuses conséquences pour le budget du COE dans la mesure où un certain nombre d'Eglises et d’organisations partenaires ont annoncé qu'elles réduiraient leur soutien financier en 2009 et en 2010. Il a fallu intégrer cette diminution des recettes en réduisant les coûts directs des activités, en fusionnant certaines activités, en en reportant quelques-unes et en redéployant certains membres du personnel pour occuper des postes vacants. Par rapport à la situation au début de 2008, le projet de budget 2010 prévoit une réduction de plus de 25 membres du personnel.

65. Le projet de budget 2010 présenté à l'approbation du Comité central prévoit une augmentation des fonds non assortis de conditions de CHF 350 000 contre les CHF 700 000 prévus. Les demandes de financement pour 2010 seront confirmées par des engagements à l'automne prochain. Il est fort possible que les contraintes financières imposées aux bailleurs de fonds ne permettent pas de couvrir à complètement certaines demandes.

66. Il faudra réviser le projet de budget 2010 pour atteindre la croissance prévue de fonds non assortis de conditions. Lors de sa réunion de février 2009, le Comité exécutif a approuvé la proposition faite par le sous-comité des finances de « préparer un scénario de remplacement comportant CHF 1 million de fonds non assortis de conditions afin de prévoir une marge pour les développements ou besoins inattendus en 2010 ».5

67. En préparant ce scénario de remplacement, le Groupe de direction du personnel a noté que, d'une part, dans de nombreux cas, des réductions des coûts directs ont réduit au niveau minimal viable le budget de certains projets et activités. Cela signifie qu’on ne peut diminuer plus encore les coûts directs, sauf à mettre complètement fin à un certain nombre de projets. D'autre part, si on prévoit une réduction supplémentaire du personnel, il faut aussi prévoir de mettre fin à certains projets et activités.

68. Les contraintes présentées dans le scénario de remplacement ne pourront être supportées sans réviser en profondeur la manière dont le Conseil met en œuvre ses activités de programme. En conséquence, il ne sera possible d'atteindre l'objectif fixé par le dernier Comité exécutif qu'en réétudiant sérieusement et soigneusement :

(a) la modification des structures internes de gestion et des programmes. Cela impliquera peut-être de fusionner plusieurs programmes ou de regrouper plusieurs secteurs de programmes sous une direction unique. Cela impliquera peut-être aussi de mettre fin à certains projets ou activités;

(b) les changements structurels dans la méthode de travail du Conseil. Ces changements doivent être examinés dès maintenant et devront être mis en place dans les années à venir, avant l'Assemblée de 2013. Cela pourrait impliquer, pour ne donner que quelques exemples : (i) de trouver et d’établir de nouveaux équilibres entre « la communauté fraternelle » et « l'organisation » (pour reprendre des concepts qu'on trouve tant dans le document CVC que dans le rapport du Groupe de travail sur la gouvernance, la transparence et le personnel) ; (ii) d’encourager une participation plus intense de la communauté fraternelle à la planification et à l’exécution des activités du Conseil ; (iii) de promouvoir le travail des Eglises membres dans certains domaines ; et (iv) d’identifier et de promouvoir des activités qui seront coordonnées et mises en œuvre, au nom du COE en tant que communauté fraternelle d'Eglises, par deux ou plusieurs Eglises ou partenaires œcuméniques qui ont des connaissances particulières ou de bonnes raisons de participer à ces activités.

69. Pour renforcer l'efficacité ainsi que l'impact du Conseil, celui-ci a besoin de ces deux dimensions de l'adaptation de ses activités.

70. Où en sommes-nous aujourd'hui ?

71. Les principaux responsables et le personnel ont déjà entamé un processus de recentrage des activités selon le principe : « Faire moins, faire mieux ». Les préparatifs des plans du programme 2010 ont commencé par une retraite du Groupe exécutif du personnel au cours de laquelle celui-ci a passé en revue les principaux objectifs planifiés du Conseil et les points focaux de son travail. Au cours de cet exercice et des travaux qui ont suivi, il est apparu nécessaire de créer des équipes élargies qui se concentreraient sur un plus petit nombre de projets afin d'assurer un mode de travail plus intégré. C'est ce principe qui a servi de base au projet de budget et de plans pour 2010. Cette restructuration des projets et des activités a été entreprise sans tenir compte des ajustements qui pourraient être apportés à la structure actuelle des programmes. Nous sommes convaincus que les travaux entrepris se poursuivront et donneront des résultats concrets.

72. Cela dit, nous savons très bien que ce travail ne devrait pas être exclusivement déterminé par les exigences imposées par la nouvelle situation financière, mais qu’il devrait tenir compte des conclusions de l’évaluation du programme a mi-parcours pour la période 2006-2008. Dans ce sens, je peux vous donner l'assurance que la perspective que j'ai présentée dans ce document à propos des rôles du Conseil dans le mouvement œcuménique constituera le fondement principal sur lequel devra être édifié le nouveau scénario.

73. Enfin, je peux aussi faire remarquer à ce stade que des travaux préliminaires sur d’éventuels changements à apporter à la structure interne de la gestion, visant à accroître l'efficacité de celle-ci, ont fait apparaître qu’un tel exercice pourrait entraîner une augmentation de près de CHF 1 million de fonds non assortis de conditions comme budget de remplacement pour 2010.

74. C'est pourquoi, ayant la certitude que nous avons déjà fait la moitié du chemin proposé par le Comité exécutif, et conscients du fait qu'il nous faut prendre une décision politique pour continuer à nous attaquer aux questions qui sont d'une importance capitale pour l'avenir du Conseil, je demande au Comité central d'affirmer le principe de cette orientation afin que le scénario de remplacement puisse être ensuite développé dans ce sens, soumis au Bureau en décembre 2009 et présenté au Comité exécutif, pour décision finale, en février 2010.

75. Il est indubitable que ce sont là des décisions importantes qui auront de graves implications sur l'avenir du COE. Cependant, je vous demande instamment de ne pas perdre de vue le tableau global ni de vous enliser dans les préoccupations d’ordre institutionnel. L'objectif ultime de l'unité de l'Eglise et les multiples crises auxquelles nous sommes confrontés dépassent de loin les besoins et problèmes institutionnels immédiats COE. N'oublions jamais la vision plus large dans laquelle se trouve la clé de l'avenir de l'humanité et de ce monde. Cet avenir a pris forme parmi nous en Christ, dans sa mort sur la croix et dans sa résurrection. Nous souvenant de l'histoire de Christ, nous savons que le moment présent est toujours le lieu de naissance de l'avenir que Dieu nous réserve.

76. Notre préoccupation pour l'avenir du mouvement œcuménique s'exprime dans notre volonté d'atteindre les jeunes ainsi que dans nos efforts pour renforcer la formation œcuménique à tous les niveaux de l'Eglise. Nous avions réuni en un seul programme l'Institut œcuménique de Bossey et le Réseau de formation théologique œcuménique (FTO), de façon qu'on puisse découvrir des synergies et que ces deux dimensions se soutiennent mutuellement. Je sais bien que cette intégration du remarquable travail réalisé au niveau local par l'Institut œcuménique et, au niveau mondial, par le Réseau a été plus difficile que prévu. Si je suis convaincu de l'importance d'une coordination centrale de l'éducation et de la formation œcuméniques dans le cadre d'un programme unique, j'ai néanmoins jugé souhaitable que les travaux actuels du Réseau FTO se poursuivent et soient coordonnés de façon distincte ; cela permettra à Bossey de fonctionner spécifiquement en tant qu'Institut œcuménique, avec des éléments de formation des laïcs. Le scénario de remplacement que j'ai mentionné ci-dessus tiendra compte des applications de ce changement. Cependant, lorsque nous tentons de résoudre les problèmes auxquels nous sommes confrontés, il ne faudrait pas que le passé nous interdise des solutions qui nous permettraient d'améliorer ce que nous faisons dans le domaine de la formation œcuménique. C'est ce que méritent et sont en droit d’attendre les jeunes et les générations futures.

77. Discerner cet avenir qui s’incarne toujours dans le présent n'est jamais la tâche d'une personne unique ou d'une seule organisation, mais plutôt celle de la communauté des croyants collaborant avec ceux à qui est confiée la responsabilité de la direction et du discernement spirituel. Ma propre expérience m’a convaincu que les jeunes doivent jouer un rôle essentiel dans ces processus de discernement. Pour les jeunes, cela constitue à la fois un défi et un privilège : un défi, parce qu'ils ne doivent pas se satisfaire du statu quo ; un privilège, parce qu'ils peuvent participer et contribuer aux choix que nous faisons aujourd'hui et qui pourraient affecter leur participation à la vie et au travail du mouvement œcuménique.

78. Je rends grâce à Dieu d'avoir pu soutenir la création de la Commission Echos, un nouvel instrument qui va amplifier la voix des jeunes au COE et dans le mouvement œcuménique. Je propose qu’à la suite de mon rapport on permette aux représentants de la Commission Echos et aux plus jeunes de nos membres de prendre la parole devant ce Comité central.

79. Enfin, je tiens à remercier le COE et le mouvement œcuménique des occasions qui m'ont été offertes d'exercer mon ministère dans la plénitude du corps du Christ. Au cours de cette session du Comité central, il y aura d'autres occasions de réfléchir sur nos expériences communes et sur les nombreuses choses bonnes – et quelques moins bonnes – que nous avons vécues ensemble au cours de ces années... En attendant, je vous remercie, et rendons gloire à Dieu !

1 - Samuel Kobia : Le courage de l’espérance, Editions du Cerf, Collection “Conseil œcuménique des Eglises”, mars 2006.

2 - Ilan Pappe : The Ethnic Cleansing of Palestine, p. 208. One World Publications Ltd., Oxford 2006.

3 - Structure organisationnelle des activités du COE, Comité central 2006, doc. n° GEN 04.

4 - Report on the WCC Mid-Term Programme Evaluation for the Period 2006-2008, Comité central 2009, doc. n° GEN/PRO 03.

5 - Minutes of the Meeting of the Executive Committee, p.31