World Council of Churches

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Organisation Internationale du Travail

Message du directeur général de l'OIT lors de la 9e Assemblée du COE

14 février 2006

Message du directeur général de l'OIT à l'occasion du sommet du Conseil oecuménique des Eglises

Chers Amis,

Permettez-moi de m'adresser à vous en ces termes, tant les liens unissant le Conseil oecuménique des Eglises (COE), et l'Organisation internationale du Travail (OIT) sont anciens et solides.

En effet, dès avant la seconde guerre mondiale, l'OIT entretenait des liens étroits avec ceux qui préparaient la naissance du COE. Ils voulaient, comme vous le savez, donner à l'ensemble des églises chrétiennes, réunies au sein d'une même Maison, une visibilité et un poids plus importants dans les discussions et actions sociales et politiques visant à faire évoluer le monde vers plus de Justice et de Paix.

Ces liens n'ont cessé de se renforcer.

Ainsi, peu après mon arrivée à l'OIT, nous avons très vite compris, Konrad RAISER et moi-même, que nous poursuivions un même objectif: comment pourrions-nous, ensemble, mieux répondre au cri des plus pauvres et délaissés du monde ?

Si l'on prend le temps de les écouter, on constate qu'au-delà des secours de première urgence, ce qu'ils demandent, ce qu'ils réclament, c'est un travail; un travail qui les associe à la création de notre monde ; un travail qui leur donne un juste accès à ses ressources ; un travail qui respecte et fait respecter leur dignité humaine d'hommes et de femmes disposant d'un revenu suffisant pour éduquer dignement leurs enfants; en deux mots un Travail Décent.

Plusieurs des thèmes de votre ordre du jour rejoignent directement les préoccupations de l'OIT.

Le premier d'entre eux est celui de la violence et en particulier de la « jeunesse qui triomphe de la violence ». Pour qu'elle puisse donner toute sa mesure dans cette lutte, encore faut-il qu'elle puisse être bien éduquée. Or, aujourd'hui, trop nombreux sont les enfants prématurément obligés de gagner leur subsistance ou celle de leur famille dans les mines, dans le travail domestique hors de leur foyer, ou dans bien d'autres activités. Toute la puissance créatrice dont ils sont porteurs restera alors à l'état embryonnaire. Plus grave encore, vulnérables et exposés, ils risquent de devenir à leur tour les premiers atteints par la violence qui coexiste très souvent avec la profonde misère.

Le plus important programme de coopération de l'OIT vise l'éradication du travail des enfants. De surcroît, lors du Sommet du Millénaire, les Chefs d'Etat ont insisté sur la nécessité de développer un emploi décent et productif pour les jeunes. L'OIT a, dans ce cadre, été chargée d'être le chef de file d'un Réseau pour l'emploi des jeunes, en étroite coopération avec le secrétariat des Nations unies et la Banque mondiale et déjà 19 pays se sont engagés au plus haut niveau à mettre en oeuvre un plan d'action en faveur du travail des jeunes.

Un second thème que vous aborderez est celui de la Justice économique où vous affirmez, « qu'un monde sans pauvreté est possible ». En 2003, le rapport que j'ai présenté à la Conférence internationale du Travail soutenait les mêmes convictions sous le titre « S'affranchir de la pauvreté par le travail ». L'OIT a depuis déployé bien des efforts au niveau global, régional ou national, afin de montrer comment des communautés entières peuvent sortir de la pauvreté par un travail décent. Les chefs d'Etats, lors du Sommet des Nations unies en septembre 2005 à New York, ont à leur tour reconnu et demandé l'amplification de ces efforts dans leur déclaration finale, insistant sur le lien entre réduction durable de la pauvreté et création d'emplois décents.

Un travail en commun entre nos deux institutions qui fut dirigé par Sam KOBIA au Conseil oecuménique des Eglises, rejoint parfaitement un troisième thème de votre Assemblée sur la diversité religieuse. Nous avons procédé à un examen approfondi de la stratégie du Travail Décent de l'OIT, du point de vue de toutes les grandes traditions philosophiques et spirituelles sous-jacentes aux grandes cultures, qui tentent de donner sens à un développement réellement humain de chacune et de chacun au sein de notre commune humanité. Nous avons constitué un groupe inter culturel très diversifié de femmes et d'hommes du monde entier. Durant une année, ils ont pu avoir des échanges très féconds. Leurs convergences de vues, enrichies par les originalités de telle ou telle tradition, ont pu s'exprimer dans un ouvrage commun édité par l'OIT et le Conseil Oecuménique des Eglises : « Le travail décent : Points de vue philosophiques et spirituels »1. Il montre combien il nous faut développer, au-delà de dialogues inter religieux face à face, parfois d'opposition, un dialogue côte à côte, de collaboration, où l'on essaie, ensemble, de répondre à une question pressante de notre temps. Ce type d'entretiens aboutit à un consensus vigoureux, car éclairé et enrichi par les différences apportées par chacun à répondre à des questions concrètes.

Une fois de plus, dans notre marche commune, nous voyons combien les préoccupations centrales du COE et celles de l'OIT se rejoignent. C'est pourquoi nous avons accepté avec grand plaisir l'invitation que vous nous avez adressée d'être présent à Porto Alegre. Je m'y serais rendu très volontiers personnellement, si l'obligation de notre Conférence Maritime ne m'avait pas retenu impérativement à Genève. Mais j'ai tenu à ce que Dominique PECCOUD représente notre Organisation tout au long de votre Assemblée et que soit édité à l'intention de tous ses participants un Cd-rom contenant quelques documents relatifs à ces trois thèmes de vos débats.

Notre combat pour de plus de justice sociale qui reconnaisse dans les faits la dignité de chacun est aussi légitime que difficile. Notre collaboration a été fructueuse pour nos deux institutions. Ensemble, nous pouvons espérer parvenir à réaliser des objectifs, impossibles à atteindre séparément. L'OIT a besoin aujourd'hui de votre soutien dans notre lutte pour que soient créées davantage d'opportunités de travail synonymes de dignité humaine. En réponse à votre prière pour que « Dieu transforme le monde dans sa grâce », nul doute que le premier don qu'il est prêt à nous accorder est celui de travailler ensemble. De même que vous pouvez compter sur la disponibilité de l'OIT, je compte sur vous pour soutenir l'action de notre Organisation en faveur du Travail Décent.

Je vous remercie.

1 "Philosophical and Spiritual Perspectives on Decent Work"
"El trabajo decente: Puntos de vista filosóficos y espirituales"
"Philosophische und spirituelle Perspektiven zur menschenwürdigen Arbeit"