World Council of Churches

Une communauté mondiale d'Églises, en quête d'unité, de témoignage commun et de service chrétien

Un contexte social et économique en mutation

Vaincre la menace qui pèse sur la santé de l'humanité dans le contexte du VIH et du sida / La bioéthique et les défis inhérents aux nouvelles technologies / Prendre soin des ressources de la terre / La question du racisme / Tolérance zéro pour la violence à l'encontre des femmes et des enfants

16 février 2006

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Vaincre la menace qui pèse sur la santé de l'humanité dans le contexte du VIH et du sida / La bioéthique et les défis inhérents aux nouvelles technologies / Prendre soin des ressources de la terre / La question du racisme / Tolérance zéro pour la violence à l'encontre des femmes et des enfants

17. Le scandale de la pauvreté et de l'inégalité croissante

La pauvreté représente une menace pour la vie et la dignité humaine. Elle n'est pas une fatalité mais le produit, dans certaines sociétés et à l'échelle mondiale, de méthodes et de structures de création et de distribution des richesses. L'augmentation des inégalités n'est pas le fruit du hasard, mais résulte de la structure et du fonctionnement des processus économiques et politiques. La pauvreté sape le fondement même de la vie de milliards d'enfants, de femmes et d'hommes n'ayant accès ni aux bénéfices d'une richesse croissante ni aux produits de première nécessité pour survivre. A la surconsommation et au surdéveloppement, d'une part, correspondent la faim, la maladie et la souffrance, d'autre part.

La Bible rappelle aux chrétiens l'amour « agape » de Dieu et nous invite à partager nos talents et nos ressources afin que tous aient la vie. Du point de vue de la notion biblique de justice et de l'option préférentielle de Dieu en faveur des pauvres, les inégalités et la pauvreté constituent un scandale. La parole de Dieu par l'intermédiaire du prophète Amos parle de la "rapacité des marchands" en ces termes: "faussant des balances menteuses" et "achetant des indigents pour de l'argent et un pauvre pour une paire de sandales". (Amos 8,5s.). Jésus invite les riches à partager leurs ressources avec les pauvres - il leur demande d'aller au delà de la simple charité qui est pratiquée aujourd'hui. "Tout ce que tu as, vends-le, distribue-le aux pauvres et tu auras un trésor dans les cieux; puis viens, suis-moi." (Luc 18,22b). La justice envers les pauvres est donc le critère biblique qui devrait présider à l'évaluation de tout système économique. Cette conviction reposant sur la foi nous pousse à oeuvrer résolument à l'avénement d'un monde exempt de pauvreté et d'inégalité.

Un certain nombre de réflexions oecuméniques sur le christianisme, la richesse et la pauvreté invitent à se préoccuper davantage du scandale que représentent le fossé grandissant entre riches et pauvres et l'augmentation des inégalités. Il faut nous investir dans ce que nous pouvons entreprendre concrètement pour garantir que ces ressources soient partagées équitablement. Est-il possible de reconsidérer le partage de ressources entre Églises et au sein de nos Églises afin que celui-ci devienne plus juste et plus transparent? Disposons-nous d'un ministère spécial à l'attention des riches pour les encourager vivement à partager leurs ressources? Combien d'exemples pouvons-nous donner de structures évolutives engendrant de la pauvreté? Dans quelle mesure nos Églises peuvent-elles contribuer à mettre au point des alternatives crédibles?

Il n'est pas facile de contribuer à cette transformation. La complexité du contexte implique la mise en oeuvre de processus de discernement soigneusement étudiés, afin d'identifier les principaux acteurs et leur contribution à un tissu d'oppression et d'exclusion, et déterminer les décisions qui doivent être prises par les individus, les communautés et les Églises.

Au cours de la première rencontre, les participants réfléchiront à la question suivante: Comment, aujourd'hui, la création de richesses se traduit-elle par le scandale de la pauvreté? Cette rencontre sera également l'occasion pour eux de cerner les principaux facteurs contribuant à l'accroissement des inégalités et au scandale de la pauvreté au niveau national, régional et international.

Au cours de la deuxième rencontre, les participants examineront des exemples spécifiques d'actions de soutien et d'accompagnement menées par l'Église pour vaincre l'inégalité et la pauvreté, soit directement soit en concluant des alliances avec d'autres partenaires, l'objectif étant de mettre en lumière les meilleures pratiques ainsi que les leçons à tirer et à partager avec la communauté oecuménique.

Au cours de la troisième rencontre, on étudiera les diverses façons dont le mouvement oecuménique pourrait s'engager et s'investir de manière plus audacieuse pour favoriser ces transformations afin de remédier au scandale de la pauvreté, et ce d'un point de vue théologique, éthique et politique, sur le plan local et mondial.

18. Vaincre la menace qui pèse sur la santé de l'humanité dans le contexte du VIH et du sida

L'une des caractéristiques du christianisme est l'identification et la pratique de la guérison considérée comme l'un des quatre piliers de la proclamation de la Bonne Nouvelle - avec la prédication, l'enseignement et le fait de donner à manger à ceux qui ont faim. (Matthieu 4,23 et 25,41-45). Cette caractéristique s'enracine dans la vision holistique de la vie en plénitude pour tous. Le peuple de Dieu est appelé à être un instrument efficace du pouvoir de guérison et de transformation de l'amour de Dieu pour l'ensemble de l'humanité.

Le contexte d'inéquité et d'injustice dans lequel nous vivons aujourd'hui rend l'humanité plus vulnérable que jamais face aux menaces qui pèsent sur sa santé. En dépit des grands progrès enregistrés en ce qui concerne les aspects techniques de prévention et de traitement de nombreuses maladies, les soins de santé restent, dans la pratique, inaccessibles à la majeure partie de la population mondiale. Des maladies évitables telles que le VIH et le sida, la malaria et la tuberculose causent encore beaucoup de décès et de souffrance parmi les pauvres et les plus vulnérables (on estime que chaque année 6 millions de gens meurent des suites de ces maladies). Parallèlement, on assiste à une augmentation globale des maladies chroniques souvent liées au mode de vie et au comportement.

Dans un monde en pleine mutation, la pauvreté, l'analphabétisme ou encore des structures sociétales patriarcales oppressantes continuent à asphyxier la santé de notre famille humaine. Il est tragique de constater l'émergence de nombreux nouveaux défis pressant nos Églises de trouver des réponses pertinentes et appropriées, susceptibles de contribuer à surmonter les risques contemporains en matière de santé. Afin de ramener notre réflexion à la réalité concrète et pouvoir ainsi cerner des pistes spécifiques pour aller de l'avant, nous allons nous concentrer sur l'entretien oecuménique portant sur la pandémie du VIH et du sida et aborder certaines des questions fondamentales que nos Églises doivent traiter aujourd'hui.

Comment pouvons-nous, de manière holistique, renouveler nos perspectives théologiques et éthiques en ce qui concerne cette maladie? Nous sommes toujours confrontés à la nécessité de traiter les problèmes de la stigmatisation, la discrimination et la marginalisation avec détermination et courage. Comment les Églises appliquent-elles dans la prédication, la formation théologique qu'elles dispensent ou dans des liturgies renouvelées, l'ensemble de leur expérience et les ressources spirituelles et théologiques qui sont les leurs?

Nous sommes confrontés à la situation suivante: une génération entière a été décimée et des orphelins se retrouvent chefs de famille. Est-ce que nos paroisses sont préparées et aptes à être des communautés à vocation sociale ? Quelle est l'expérience des Églises en matière d'accueil et de promotion d'une participation significative des personnes vivant avec le VIH et le sida dans nos Églises et nos sociétés ?

Notre efficacité en matière de plaidoyer en faveur d'un accès équitable de tous à l'éducation, à la prévention, aux soins et aux traitements sera également examinée - tout comme notre manière d'aborder les inégalités fondamentales entre femmes et hommes ainsi que le problème de la pauvreté.

La première rencontre fournira un aperçu global sur la façon dont la pandémie du VIH et du sida démasque plus que jamais auparavant les points les plus vulnérables de nos sociétés. Les participants réfléchiront aux impacts de la maladie et aux différentes réponses apportées (y compris le déni et le silence) dans leur propre Église et leur contexte sociétal.

La deuxième rencontre fournira aux participants de différentes régions l'occasion d'un échange sur leurs expériences, leurs meilleures pratiques ainsi que les modèles de changement et de plaidoyer applicables par leur Église sur le plan local, national et international.

La troisième rencontre permettra de faire des suggestions sur la manière dont la communauté des Églises peut vivre au mieux le ministère de guérison et renforcer la coopération entre Églises et avec la société civile.

19. Témoigner du caractère sacré de la vie: la bioéthique et les défis inhérents aux nouvelles technologies

Que signifie ‘être humain et faire partie de la création de Dieu'? Des réponses qui semblaient depuis des siècles claires et inébranlables se voient sérieusement remises en question par de récents développements scientifiques et technologiques. Le génie génétique, par exemple, a ajouté une nouvelle dimension à la capacité du genre humain à modifier et influencer notre propre développement et celui de notre espèce. Les technologies génétiques touchent à nos convictions les plus profondes sur la valeur de la vie et la dignité humaine. Il n'est pas rare que le langage religieux soit invoqué en public. "Nous apprenons le langage par lequel Dieu créa la vie" était l'argument avancé lorsqu'il s'est agi d'établir le schéma de l'ensemble des gènes humains.

Le mouvement oecuménique s'est intéressé à certaines de ces préoccupations dans le cadre d'un processus d'étude qui a abouti à la Conférence sur la foi, la science et l'avenir en 1979. Depuis lors, les Églises ont été aux prises avec des questions bien souvent délicates et prêtant à controverse en ce qui concerne le début et la fin de la vie humaine; elles ont relevé les défis liés au développement rapide des nouvelles technologies. Des semences génétiquement modifiées sont désormais disponibles. Aujourd'hui, le clonage, la recherche sur les cellules souches et les diagnostics de préimplantation sont tout à fait réalisables.

Confrontés à ces défis, il nous faut continuer à chercher un terrain commun pour le témoignage des Églises face au monde. Comment considérons-nous ces nouvelles possibilités? Comme des occasions à saisir ou comme des risques pesant sur l'avenir de la vie? Comment traitons-nous les questions relatives à la justice qu'elles impliquent, comme p.ex. l'accès inégal aux technologies et l'allocation de ressources à d'autres fins que les besoins les plus urgents?

Dans quelle mesure nos croyances et nos convictions concernant le caractère sacré de la vie alimentent-elles notre réflexion et notre action? Il est important de revenir au témoignage biblique. Quelle est la signification profonde de la tradition selon laquelle les êtres humains sont faits à l'image de Dieu et la vie est un don de Dieu (Genèse 1). Des vies humaines ne doivent pas être à la merci d'objectifs ou de souhaits humains. Nous comprenons ce que veut dire 'être humain' à la lumière de Jésus-Christ, lui qui est l'humain en qui s'est révélée la volonté créatrice de Dieu pour l'humanité et toute la création (Jean 1).

Cet entretien oecuménique offrira l'occasion d'échanger expériences et leçons tirées par les Églises et les partenaires oecuméniques face aux défis des nouvelles technologies: le génie génétique et les développements plus récents dans le domaine de la nanotechnologie moléculaire, les technologies à très petite échelle du domaine nanométrique qui suscitent une grande attention et exigent un financement conséquent pour la recherche en vue d'un grand nombre d'applications possibles - dont certaines intéressent plus particulièrement les personnes handicapées.

La première rencontre invitera à un débat sur les différentes questions avec lesquelles nos Églises se trouvent aux prises et sur les défis éthiques qu'impliquent ces questions pour elles et leurs sociétés respectives. Tout en identifiant certaines de ces questions parmi les plus complexes et prêtant le plus à controverse, on tentera au cours de cette rencontre de cerner un dénominateur commun pour relever les défis posés par les nouvelles technologies. Les personnes handicapées exprimeront leur point de vue sur ces questions.

La deuxième rencontre sera consacrée, d'une part, à des exemples instructifs de réponses apportées par les Églises à ces défis éthiques et, d'autre part, à des modèles de réflexion et de témoignage vis-à-vis du grand public.

La troisième rencontre se concentrera sur la question suivante: comment les Églises peuvent-elles mieux s'écouter les unes les autres et faire route ensemble dans leur recherche, mettant au point leurs propres réponses en pleine conscience de la manière dont les autres traitent les mêmes sujets, apprenant ainsi les unes des autres et renforçant leurs fondements communs?

20. Coexister au sein de la création de Dieu: prendre soin des ressources de la terre

Un grand nombre des défis auxquels le monde se trouve confronté de nos jours mettent en évidence la nécessité pour les Églises de rechercher activement comment améliorer notre relation avec la terre et trouver un équilibre entre nos besoins humains et le souci de de toute forme de vie. Notre conception de Dieu en tant que créateur et notre vision de son dessein pour la création font également partie intégrante de nos efforts pour être une Église solidaire des luttes pour la vie et "la vie en plénitude pour tous". Le récit de la création (Genèse 1-2), mais aussi les Psaumes (Ps 24, 104) et d'autres livres de la Bible nous rappellent que nous faisons partie de la communauté terrestre, de la maison vivante de Dieu.

Au moment où nous sommes appelés à mettre en question les paradigmes économiques dominants du monde contemporain - qui exploitent à la fois les ressources de la terre, la main d'oeuvre et la créativité humaine - ces questions touchent à certaines préoccupations éthiques majeures auxquelles l'humanité se trouve confrontée. Pour les pauvres et les marginalisés, ces préoccupations sont une question de vie ou de mort dans la mesure où ces personnes sont le plus exposées à la pollution, à des tempêtes plus fréquentes et plus violentes, à de nouveaux schémas de pluviométrie et autres catastrophes. La dégradation de l'environnement et une perte dramatique de biodiversité - voilà l'héritage que nous léguons à nos enfants et aux générations à venir. Prendre soin des ressources de la terre et s'engager en faveur de la justice sont bien deux démarches étroitement liées.

La lutte des populations autochtones pour leur terre et leur identité, l'engagement des fermiers en faveur d'une agriculture durable, les mesures destinées à modérer les changements climatiques, et les initiatives prises pour défendre le droit à l'eau, ne sont que quelques exemples d'engagement pertinent et vital en vue d'une transformation. Au moment où les populations sont aux prises avec ces crises qui menacent leur existence même, une telle transformation revêt un caractère d'urgence. Les Églises et certains mouvements sociaux se sont attaqués à ces préoccupations à l'échelle locale et internationale, en collaboration avec divers partenaires et organisations oecuméniques.

Quel type d'actions souhaitons-nous soutenir et renforcer en matière de lutte pour les ressources vitales pour la vie? Que faisons-nous dans le cadre de nos ministères d'éducation chrétienne pour promouvoir la sauvegarde de la création de Dieu? Avec des personnes d'autres convictions religieuses, comment pouvons-nous le mieux approfondir la discussion sur la relation existant entre l'écojustice et la justice sociale, en reconnaissant que la lutte pour des sources de revenus durables revient à une lutte pour une humanité durable?

La première rencontre dressera le bilan des préoccupations écologiques majeures auxquelles le monde se trouve confronté aujourd'hui et examinera dans quelle mesure nos conceptions de la relation existant entre théologie/spiritualité et écologie/économie alimentent nos actions dans nos contextes locaux respectifs.

La deuxième rencontre offrira aux participants l'occasion d'échanger sur la manière dont les Églises gèrent dans leur contexte local les préoccupations écologiques - partage d'expériences, meilleures pratiques, modèles de changement et de défense des causes.

La troisième rencontre proposera diverses idées et orientations pour un enseignement et une pratique justes et respectueux de l'environnement au sein des communautés religieuses, en mettant l'acccent sur la meilleure manière pour la communauté des Églises de renforcer la coopération en assurant la promotion d'alternatives justes et durables.

21. La question du racisme: une priorité pour les Églises?

En dépit du fait que nous appartenons tous à la race humaine, le racisme en tant que construction sociale est une triste réalité. Des incidents teintés de violence raciale ont lieu tous les jours, partout dans le monde. Les médias en font largement état. Récemment, une augmentation alarmante des pratiques et attitudes racistes a été enregistrée, plus particulièrement en Europe. Mais ce problème concerne tous les continents. Existe-t-il un seul pays exempt de racisme, de discrimination raciale et de xénophobie? La violence raciale n'est que la pointe de l'iceberg - le racisme se manifeste sous de nombreuses formes - apparentes ou cachées.

La victoire remportée sur la forme institutionnelle de racisme qu'était l'apartheid en Afrique du Sud ne signifie pas que le racisme ait été vaincu dans le reste du monde. Des formes systémiques et structurelles d'un racisme profondément intégré dans la société persistent. Citons par exemple la discrimination et l'oppression dont sont victimes les Dalits, les Roms, les peuples autochtones et les populations d'ascendance africaine. Le racisme se fait sentir partout, avec toujours plus d'intensité et de complexité. Il est de plus en plus lié au phénomène très répandu de la migration et à bien d'autres facteurs économiques, politiques, sociaux et idéologiques. Il augmente et s'intensifie dans des situations de tension et de conflit et va de pair avec la polarisation des extrémismes - qu'ils soient de nature religieuse, nationaliste ou ethnocentrique. Ces facteurs expliquent la résurgence de l'anti-sémitisme en Europe, plus de 50 ans après la fin de la deuxième guerre mondiale.

Certes, le racisme reste une question cruciale de notre temps. Mais est-il encore une priorité inscrite à l'ordre du jour des Églises? Il y a quelques décennies le mouvement oecuménique a condamné le racisme et l'a qualifié de péché. Nos nombreuses traditions chrétiennes ont sans cesse affirmé que « tous les êtres humans - indépendamment de leur religion, appartenance raciale, nationalité, couleur de peau, croyance et de leur sexe féminin ou masculin - sont, par essence, des icônes vivantes, dignes de respect et de dignité. Chaque fois que des êtres humains ne traitent pas les autres ni la création avec le respect qui leur est dû, ils insultent Dieu, le Créateur » (Déclaration de Sa Toute Sainteté le patriarche oecuménique Bartholomée). Et pourtant, la situation est plus critique que jamais pour les Églises qui se voient confrontées à un certain nombre de questions graves:

Comment, nous et nos Églises, vivons-nous cet engagement? Comment pouvons-nous, nous et nos Églises, continuer à encourager et à exprimer une solidarité concrète avec ceux qui sont victimes du racisme et de politiques d'immigration racistes? Avons-nous été capables de traiter correctement le problème du racisme dans nos propres structures et institutions ecclésiales? Comment, nous et nos Églises, pouvons-nous gérer les mémoires de discrimination raciale dont certaines missions et certains pouvoirs ex-coloniaux se sont rendus coupables?

La première rencontre s'attachera à discerner les tendances actuelles au racisme dans le monde contemporain. Les participants partageront expériences et réflexions sur la base de leur propre contexte et entendront des témoignages d'espoir et de lutte, ainsi que les revendications de réparations, de la part de ceux qui sont victimes de discrimination aujourd'hui.

La deuxième rencontre traitera la question de l'engagement des Églises dans la lutte contre le racisme. Elle abordera des témoignages de bonne pratique et évoquera les difficultés auxquelles nos Églises se trouvent confrontées. Elle donnera une visibilité aux actions prises par nos Églises pour vivre la justice transformatrice et s'intéresser aux torts qui leur ont été infligés au cours de l'histoire. Cette rencontre comportera aussi une réflexion théologique sur un monde juste et sans exclusive sur le plan racial.

La troisième rencontre réfléchira à la question suivante: Comment devrions et pouvons-nous nous préparer, ainsi que nos Églises, à poursuivre l'action engagée pour vaincre le racisme sous toutes ses formes.

22. Tolérance zéro pour la violence à l'encontre des femmes et des enfants

Chaque jour de nouveaux témoignages de violence à l'encontre de femmes et d'enfants font la une des médias. L'Organisation mondiale de la santé a publié un Rapport mondial sur la violence et la santé mettant en évidence que la violence entre partenaires intimes est chose commune dans tous les pays, quel que soit le contexte social, économique, religieux ou culturel. Les statistiques sont pour le moins saisissantes - dans 48 études portant sur la population 10% à 69% des femmes interrogées affirmaient avoir été victimes de violence physique de la part d'un partenaire masculin intime, à un moment ou à un autre de leur vie. La question des abus sexuels commis par des membres du clergé et celle de la pédophilie au sein de l'Église ne peuvent être cachées plus longtemps et des témoignages nous parviennent de différentes régions du monde.

Il y a deux décennies environ la question de la violence commise à l'encontre des femmes et des enfants a été portée à l'ordre du jour des Églises. D'un point de vue théologique et éthique, la violence sexuelle est considérée comme un "péché". Une telle conviction a présidé à l'engagement de nombreuses Églises dans leur lutte contre la violence manifestée à l'encontre des femmes et des enfants. Et pourtant, de nos jours, les femmes dans l'Église doivent encore et toujours se poser la question suivante: "Combien de temps encore devrons-nous soulever ce point? Quand serons nous enfin entendues?"

Au coeur du problème se trouve l'abus du pouvoir patriarcal qui conduit à un comportement violent correspondant à un mécanisme de contrôle des femmes. La théologie, la Bible, les enseignements et les pratiques de l'Église ont tous fait l'objet d'abus de la part de personnes souhaitant légitimer un comportement violent. Le psalmiste nous rappelle que "Ce n'est pas un ennemi qui m'insulte … Mais c'est toi, un homme de mon rang, mon familier, mon intime. Nous échangions de douces confidences." (Ps 55). Les femmes sont particulièrement blessées lorsque la personne qui les trahit est quelqu'un en qui elles avaient confiance. Si la violence était une pulsion biologique propre aux hommes, tous les hommes devraient être violents. Or, tel n'est pas le cas. Un grand nombre d'hommes font désormais partie de mouvements revendiquant une image positive de la masculinité - des hommes décents, aimants, responsables et respectueux, ne faisant pas de mal aux femmes et désireux de collaborer avec d'autres hommes pour réparer les torts causés par le passé.

Cet entretien oecuménique abordera quelques-unes de ces questions.

Quels sont les obstacles qui subsistent dans nos Églises et nos sociétés et font que ces tendances à une violence largement répandue envers les femmes et les enfants continuent à se faire sentir ? Par leur théologie et leur pratique nos Églises ne contribuent-elles pas, d'une manière ou d'une autre, à favoriser ou à banaliser la violence à l'encontre des femmes et des enfants? Jésus a donné l'exemple d'une nouvelle conception du pouvoir: Comment l'Église peut-elle, au quotidien, en faire autant? Dans quelle mesure l'enseignement, la prédication, les différentes formes d'encadrement de l'Église et ses réponses pastorales et pratiques, peuvent-ils être transformés de manière à ce que les femmes et les enfants puissent y trouver soutien, assistance et refuge?

La première rencontre évaluera les tendances actuelles de la violence exercée à l'encontre des femmes et des enfants dans nos Églises et nos sociétés. Les participants échangeront leurs expériences et réflexions, sur la base de leur contexte respectif et identifieront les préoccupations majeures que les Églises devraient traiter plus avant au niveau local, national et international.

La deuxième rencontre réfléchira à la question suivante: Comment nos Églises abordent - ou n'abordent pas - ces questions? Nous nous pencherons sur l'impératif théologique visant à vaincre la violence à l'égard des femmes et des enfants et nous écouterons des exposés sur des actions menées par des femmes pour lutter contre cette violence. Nous prendrons également connaissance de quelques exemples intéressants d'initiatives prises par des hommes pour vaincre la violence qui touche les femmes et relever les défis qu'ils rencontrent au sein de l'Église. L'espace sera ouvert à un partage sur les bonnes pratiques des Églises dans le cadre de la réponse qu'elles apportent à ce problème.

La troisième rencontre s'attachera à définir comment nos Églises peuvent intensifier leurs efforts pour vaincre la violence exercée à l'encontre des femmes et des enfants, se transformer par un engagement renouvelé face aux impératifs de l'Evangile et être des agents de la transformation à opérer dans leurs sociétés.

Download : pb13f-ec-socoecon.pdf