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#WCC70: Agnes Abuom: «Je rêve d'un monde où la dignité de chaque homme et de chaque femme serait respectée»

#WCC70: Agnes Abuom: «Je rêve d'un monde où la dignité de chaque homme et de chaque femme serait respectée»

Agnes Abuom lors d'une réunion du Comité exécutif du COE en Chine, en 2016. Photo: Conseil chrétien de Chine

17 janvier 2018

Version française publiée le: 19 janvier 2018

Il y a 70 ans, le 23 août à Amsterdam, était fondé le Conseil œcuménique des Églises. Outre la célébration d'un office de commémoration le 23 août prochain à Amsterdam, le COE, ses Églises membres et ses partenaires prévoient d'organiser de nombreuses manifestations. Objectifs: poursuivre notre Pèlerinage de justice et de paix et, dans le même temps, honorer et tirer des leçons de ces 70 années d'efforts œcuméniques.

La Semaine de prière pour l'unité des chrétiens, la Conférence mondiale sur la mission et l'évangélisation, la réunion du Comité central du COE à Genève en juin, un colloque sur le développement durable organisé conjointement avec l'Alliance ACT à Uppsala, là où s'est tenue l'Assemblée du COE il y a exactement 50 ans: l'année 2018 offrira de nombreuses occasions de définir notre vision de l'avenir; un avenir commun, unis dans la foi, désireux de témoigner et déterminés dans la quête de justice et de paix.

Agnes Abuom, membre de l'Église anglicane du Kenya, est présidente du Comité central du COE. Elle est titulaire d'un doctorat portant sur le rôle des ONG dans le travail de développement. Elle a d'abord étudié à l'Université de Nairobi. Puis, à la suite de persécutions politiques, elle s'est rendue en Suède, où elle a obtenu son doctorat en missiologie à l'Université d'Uppsala avec la thèse «Le rôle des agences non gouvernementales dans les avancées».

Lors de la 10e Assemblée du COE, Agnes Abuom a été élue à l'unanimité présidente du Comité central du COE. Elle est la première femme et la première Africaine à occuper ce poste dans l'histoire du COE.

La VID Specialized University, l'une des plus grandes universités privées de Norvège, lui a récemment décerné un doctorat honoris causa.

Q: Que pensez-vous de l'évolution du COE ces 70 dernières années?

Agnes Abuom: Ce voyage, entamé il y a 70 ans, est un voyage de commémoration, de célébration et de développement qui s'appuie sur les étapes et les leçons acquises pour construire l'avenir. Le mouvement œcuménique a pris une dimension véritablement mondiale. Depuis 1961, les questions d'unité, de mission et de justice sont davantage intégrées. La communauté juste de femmes et d'hommes est de plus en plus visible dans la vie de l'Église, les femmes assumant désormais des rôles de premier plan. Le Programme de lutte contre le racisme (les Églises accompagnent les populations d'Afrique australe dans leurs luttes pour la liberté) a sans doute eu le plus grand impact sur les questions de justice sociale. Un autre exemple concerne la défense des droits de l'homme en Amérique latine.

En tant qu'organisme rassembleur, le COE a permis aux Églises issues des anciens pays communistes et socialistes d'être reliées au reste du monde. Le document de Foi et constitution, adopté à Lima et plus connu sous le nom de «Baptême, Eucharistie, Ministère», a marqué l'histoire.

Il nous faut également évoquer le travail humanitaire mené en Europe et les efforts de réconciliation qui ont été déployés. Le COE a fait et continue de faire entendre sa voix dans l'espace public, et ce, en matière de développement socio-économique. Les travaux sur l'Église des pauvres ont servi de base au développement participatif et axé sur l'être humain. Ainsi, le COE a su veiller à ce que les agences multilatérales, y compris les Nations unies, rendent des comptes.

Q: Quels sont vos souhaits pour les 40 prochaines années?

Agnes Abuom: Au cours des 40 prochaines années, nous devons démystifier le modèle dominant du consumérisme, qui a relégué notre «Mère la Terre» au rang d'instrument d'exploitation entre les mains de quelques individus motivés par l'appât du gain. Nous devons intégrer la dimension mondiale de la citoyenneté et de la communauté, et nous devons prendre soin de notre prochain et de la Terre pour la postérité. Au cours des 40 prochaines années, je souhaite que l'humanité reconnaisse la nature pèlerine de la vie, mais également que la spiritualité soit le fondement des générations futures, et non le matérialisme.

Q: Que souhaitez-vous pour l'avenir?

Agnes Abuom: Je rêve également d'un monde où la dignité de chaque homme et de chaque femme serait respectée. Un monde où les besoins élémentaires de chaque personne seraient satisfaits. Je rêve d'un monde exempt de toute discrimination raciale, de toute ethnicité négative et de toute xénophobie, mais aussi de toute violence qui y est associée. Un monde exempt de toute violence sexuelle et sexiste.

À l'instar d'Abraham et du peuple de jadis, les frontières ne refuseront à personne le droit de circuler librement sans faire l'objet d'un profilage racial. Au contraire, les systèmes et l'État de droit permettront de lutter efficacement contre la criminalité. Je rêve d'un monde global sans frontières et, dans le même temps, que les personnes qui veulent ou doivent se déplacer puissent le faire en toute sécurité.

Q: Lors de vos voyages, lorsque vous rencontrez et dialoguez avec des jeunes, constatez-vous des différences notables entre les intérêts des uns et des autres?

Agnes Abuom: La réalité est que je rencontre une jeunesse en quête d'espoir et qui souhaite être maître de son destin. Il existe quelques différences, comme les niveaux de chômage et de désespoir. Dans l'ensemble, toutefois, les jeunes que je rencontre à travers le monde luttent pour se faire une place au sein de nos instances ecclésiales et de l'espace public, mais aussi pour prendre leur destin en main. La différence réside dans leur réponse aux défis auxquels ils sont confrontés.

Q: Qu'attendez-vous des rassemblements de jeunes en 2018?

Agnes Abuom: Premièrement, nous devons permettre aux jeunes de célébrer les icônes du mouvement œcuménique qui, dans leur jeunesse, ont laissé des repères et sur les épaules de qui nous nous appuyons aujourd'hui. Ces icônes ne doivent pas seulement être célébrées. Elles doivent également servir de base pour inspirer la jeunesse. Deuxièmement, les jeunes, qui font de plus en plus partie d'un réseau mondial sans toutefois être connectés de façon active, doivent pouvoir restaurer une solidarité incarnée entre eux. Troisièmement, nous devons clarifier le rôle que les jeunes peuvent jouer à l'ère de la technologie et dans la lutte contre le nationalisme et la xénophobie.

Q: Quelles influences vous ont façonnée lorsque vous aviez une vingtaine d'années?

Agnes Abuom: La lutte de libération de l'Afrique australe m'a aidée lors des manifestations organisées par le Conseil national des Églises du Kenya. Ma scolarité dans un lycée multiracial a également eu une influence. L'établissement pour filles de Limuru m'a ouvert les yeux et ainsi permis d'apprécier les personnes de couleur blanche, indiennes et kenyanes d'autres langues et cultures. Enfin, mon expérience à la tête d'un mouvement étudiant luttant contre les injustices au Kenya m'a empêchée de terminer mes études universitaires. Naturellement, mon incarcération en 1989 a renforcé ma quête, mon engagement et mon respect vis-à-vis de la dignité humaine.

Une brève prière pour l'avenir du monde,
par Agnes Abuom

Dieu tout-puissant, merci de nous avoir tous créés à ton image, au Sud, au Nord, à l'Est et à l'Ouest. Pourtant, Dieu, quand je regarde autour de moi, je vois des blessures, des communautés brisées, des murs de séparation. Mes yeux me font mal lorsque la création que tu aimes et chéris tant est maltraitée et exploitée. J'entends les cris des hommes et des femmes, des garçons et des filles sur les marchés aux esclaves, fuyant la violence et s'écriant: «Où est Dieu?»

Dieu tout-puissant, pardonne-nous d'avoir refusé de te voir au travers de nos prochains, sur les visages des étrangers. Dieu tout-puissant, aide-nous à ouvrir nos cœurs et nos portes pour partager matériellement ton amour avec les pauvres, à dire la vérité avec humilité aux pauvres riches, à être présents aux côtés des personnes âgées et des personnes seules. Dieu, notre créateur, entends notre prière et aie pitié de nous.

Dieu d'amour, nous te remercions pour ton Église et la communauté fraternelle à laquelle nous appartenons au sein du mouvement œcuménique. Nous te remercions pour le courage et la sagesse que tu as donnés aux mères et aux pères fondateurs. Accorde-nous l'inspiration et les connaissances qui nous permettront de parvenir à l'unité de ton Église en accord avec ta prière «Que tous soient un, pour que le monde croie». Pardonne-nous de commercialiser ta Parole, et transforme et renouvelle nos esprits afin que nous soyons des agents et serviteurs de la Bonne Nouvelle dans un monde plein de douleur et de souffrance. Guide-nous pour apporter l'espoir au milieu du désespoir, l'amour au lieu de la haine et la paix au lieu du conflit. Fais tomber les murs et exorcise les démons de la cupidité et de la division. Que ta lumière brille!

[NDLR: le document ci-dessus a été initialement élaboré pour le Conseil des Églises des Pays-Bas afin de promouvoir la célébration de son jubilé de 2018, dont une partie est consacrée à la reconnaissance des espoirs et des aspirations des jeunes. Le service Communication du COE a transformé ledit document en un entretien, dans l'objectif de le partager à l'échelle mondiale.]

Pour plus d'informations concernant le 70e anniversaire du COE: http://www.oikoumene.org/fr/wcc70