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#WCC70 Amsterdam 1948 (3): Faire alliance par l’étude: l’Église universelle selon le dessein de Dieu

#WCC70 Amsterdam 1948 (3): Faire alliance par l’étude: l’Église universelle selon le dessein de Dieu

Une commission du département d’études prépare l’Assemblée du COE d’Amsterdam en 1948: Georges Florovsky, Oliver Tomkins, Floyd Tomkins et Emil Brunner. Photo: archive du COE

27 août 2018

Version française publiée le: 30 août 2018

Par Odair Pedroso Mateus*

Comment pourrait-on aborder sérieusement le thème de cette Assemblée, «Le désordre humain et le dessein de Dieu», quand ce lundi après-midi Karl Barth agite un doigt de Herr Professor à la bâloise, arguant qu’il y avait erreur et que l’ordre devait être inversé: «Le dessein de Dieu» d’abord, puis seulement «le désordre humain»?

Il n’en demeure pas moins que ce thème doit être étudié en profondeur, quel qu’en soit l’ordre. Il semblerait que ce soit le seul moyen pour le travail œcuménique d’être convaincant, et innovant. Une organisation sans autorité législative telle que le COE doit faire preuve d’excellence dans la conduite de ses travaux de programme et d’étude ainsi que dans la composition de son personnel, sous peine d’être qualifiée d’inopportune.

C’est pourquoi, dans son Mémorandum explicatif joint à la lettre de 1938 invitant les Églises à «participer à la création du Conseil œcuménique des Églises», l’archevêque Temple écrit que l’autorité du COE «sera définie par le poids que l’organisation portera, avec les Églises, à la force de sa propre sagesse», en d’autres termes, la qualité, la ponctualité, la pertinence de ses travaux et la compétence élevée de celles et ceux qui les accomplissent.

Joseph Oldham l’a compris plus tôt. En effet, en amont de la conférence du «Christianisme pratique» en 1937, il invita «un groupe exceptionnellement fort» d’orateurs et a édité les «Séries d’Oxford», soit sept volumes dédiés au thème de la conférence, «Église, Communauté et État».

L’Assemblée d’Amsterdam, bien que préparée à la hâte, a repris dans ses étapes préliminaires la quête d’excellence qui a fait de la conférence mondiale du Christianisme pratique de 1937 une étape majeure de la résistance chrétienne au totalitarisme rampant. Rien d’étonnant à ce que quatre volumes m’attendaient au bureau de poste au début du mois de juin. J’ai immédiatement pensé au grand Oldham lorsque j’ai ouvert le premier volume et découvert «Les séries de l’Assemblée d’Amsterdam».

Chacun de ces quatre volumes présente un lien particulier au thème de l’Assemblée (quel qu’en soit l’ordre...), et prépare les personnes participantes à l’étude sérieuse de l’une des quatre sections de l’Assemblée: L’Église universelle selon le dessein de Dieu, Le témoignage de l’Église du dessein de Dieu, L’Église et le désordre de la société, et L’Église et le désordre international.

Ces quatre sections correspondent précisément à quatre domaines de travail du COE: Foi et constitution, Mission, Christianisme pratique (qui deviendra prochainement le département d’études du COE) et Affaires internationales.

Gustaf Aulén, Karl Barth, Georges Florovsky et Edmund Schlink ont contribué au volume correspondant à la Section I. Les trois autres volumes ont été rédigés avec la contribution de Paul Tillich, d’Emil Brunner, de Jacques Ellul, de Reinhold Niebuhr et du célèbre duo de la guerre froide John FosterDulles/Josef Hromadka.

Nombreux sont celles et ceux qui ont assisté à l’Assemblée, au cours de laquelle une personne présente déclara peu ou prou: «toute ma bibliothèque est à Amsterdam».

Alors que j’égrenais la liste des personnes participantes à la Section I, je me pris de sympathie pour Oliver Tomkins, le secrétaire de Foi et constitution et rédacteur du rapport de la Section I. Je l’imagine alors sous les traits de Daniel dans la fosse aux lions.

À vrai dire, à la suite d’une réunion préliminaire tenue à Bossey en février de l’année précédente, je découvre Oliver Tomkins, futur évêque de Bristol, quelque peu préoccupé par les travaux théologiques de la Section 1, qui voient les luthériens et réformés insister sans cesse sur  die Grunddifferenz, soit la différence ou division fondamentale entre les protestants et les catholiques.

Or, selon le futur évêque, trop insister sur cette différence fondamentale entre «protestants» et «catholiques» pourrait faire peser un risque sur les quelque quarante années de travaux théologiques menés avec patience par Foi et constitution sous une direction anglicane, aux côtés des orthodoxes orientaux et des luthériens scandinaves (et, par conséquent, de l’Église romaine et vieille-catholique) au sujet, précisément, de l’Église universelle selon le dessein de Dieu.

La Section I se met désormais sérieusement au travail. Si M. Tomkins décidait un jour de rédiger ses mémoires, il ferait certainement référence à son «profond sentiment de désespoir» que lui inspirèrent les deux premières séances. Après quelques réunions, il écrira «rien n’était clair, si ce n’est l’abîme de nos divergences».

Cher Oliver… cultivez donc votre optimisme et n’oubliez pas que le suisse Barth s’inspire des versants abrupts qui se font face alors que les anglicans se disent (à tort ou à raison, si l’on en croit les non-conformistes) prédestinés à ériger des ponts (et des chemins de fer...) entre eux. Qui aurait pu prédire que quatre ans plus tard vous seriez l’auteur d’un livre sur Foi et constitution au titre revendicatif «L’Église selon le projet de Dieu»?

Nous voilà enfin en possession du rapport de la Section I. Oliver Tomkins a planché sur ce rapport jusqu’à trois heures du matin et se sent enfin soulagé, sans pour autant céder à l’euphorie. Il confie alors que Karl Barth, après l’avoir lu, lui dit: «Je vois que vous avez pu résoudre la quadrature du cercle».

Permettez-moi de vous donner un aperçu des six étapes du rapport.

1. La première étape porte sur la reconnaissance et l’affirmation que Dieu a fait don de l’unité en Christ par l’Esprit Saint «en dépit de nos divisions». Y réside notre souci commun pour le corps du Christ qui «nous rassemble» et nous envoie «à la découverte de notre unité» avec le Seigneur et le chef de l’Église.

2. Notre unicité en Christ nous permet, dans un deuxième temps, d’affronter «notre plus profonde différence»: de part et d’autre de notre division, «nous percevons la foi et la vie chrétienne comme un ‘tout’ cohérent en soi, mais nos deux conceptions du ‘tout’ sont incohérentes entre elles».

Notre «plus profonde différence» est rendue manifeste par les deux conceptions opposées de la nature et de la mission de l’Église, précisément appelées «catholique» et «protestante». Chacune est composée d’une «tradition sociale complète». La conception catholique prévoit «d’insister avant tout sur la continuité visible de l’Église» alors que la protestante «accentue avant tout l’initiative de la Parole de Dieu et la réponse de la foi».

Par conséquent, «nous n’avons pas réussi à faire voir à l’autre l’unicité de notre croyance d’une manière qui soit mutuellement acceptable».

3. Du fait de notre «plus profonde différence», notre entente élémentaire concernant la nature et la mission de l’Église ouvre la voie aux désaccords lorsque l’on procède à une «analyse approfondie».

4. Dès lors, notre situation œcuménique peut être décrite en trois phases: alors que nous nous rassemblons pour parler d’unité, nous sommes aux prises avec des «difficultés d’entêtement»; puis, nous nous rendons compte que nos désaccords sont ancrés dans notre plus profonde différence; et enfin, au-delà de notre plus profonde différence, «nous trouvons à nouveau une entente dans une unité qui nous a rassemblé-es et ne nous abandonnera pas».

5. La cinquième étape est dédiée à l’Église en pèlerinage: «au sein de nos Églises divisées, nous avons tant à confesser ensemble, en pénitence». L’orgueil, l’obstination et le manque d’amour «ont joué un rôle» dans les divisions existantes. Par nos péchés, «les démons du monde se sont profondément infiltrés dans nos Églises». Des Églises sont séparées et divisées en fonction de la classe, de la race ou de la couleur de peau, ce qui revient à «calomnier le corps du Christ».

6. Ainsi, le Conseil œcuménique des Églises voit le jour «car nous avons déjà reconnu une responsabilité envers les Églises des un-es et des autres en notre Seigneur Jésus Christ. Nous nous lançons dans nos travaux au sein du COE en pénitence pour ce que nous sommes, dans l’espoir de ce que nous serons».

Au cours des discussions en plénière dédiées au rapport, l’indien V. E. Devadutt et son collègue sri-lankais D.T. Niles ont remarqué que le contenu du rapport de la Section I se faisait l’écho de la situation de l’œcuménisme en Europe, et par conséquent sous-tendait le développement œcuménique en Asie où certaines Églises venaient de s’unir et d’autres prenaient part aux négociations d’union. M. Niles reprit cette idée dans une métaphore: alors que les anciennes Églises débattent toujours «des raisons et circonstances qui les ont poussées au divorce», les jeunes Églises d’Asie, elles, «n’en sont qu’à leur mariage».

*Odair Pedroso Mateus est le directeur de la Commission Foi et constitution du Conseil œcuménique des Églises (COE).

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