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#WCC70 Amsterdam 1948 (2) : Faire alliance par le travail : qu’est-ce donc que le Conseil œcuménique des Églises ?

#WCC70 Amsterdam 1948 (2) : Faire alliance par le travail : qu’est-ce donc que le Conseil œcuménique des Églises ?

1re assemblée du Conseil œcuménique des Églises à Amsterdam, Pays-Bas, 1948. Photo: archives du COE

24 août 2018

Version française publiée le: 30 août 2018

Par Odair Pedroso Mateus*

Salle de concert d’Amsterdam, le 23 août 1948 à 10 h. Après le culte dominical vient le lundi de travail. Aussi, en pénétrant dans la salle de concert, ne laissez pas votre imagination esthète se perdre dans l’admiration du buste du sublime Jean-Sébastien Bach.

Et n’oubliez pas de prendre votre écouteur IBM si vous avez besoin de l’interprétation simultanée vers l’anglais (canal 5), le français (6) ou l’allemand (7). Vous pouvez également entendre l’orateur sur le canal 4. On croirait assister à une réunion des Nations Unies.

Le président de la première séance plénière est l’archevêque de Cantorbéry, Geoffrey Fisher. À la fin de son futur mandat de président du COE (ils sont sept à ce jour), M. Fisher remarquera, non sans humour, qu’il fut nommé pour ne rien faire, et qu’il le fit bien.

Le premier orateur n’est autre que Samuel McCrea Cavert, presbytérien de New York. Onze ans plus tôt, en 1937, lors d’une réunion organisée à Londres au sujet de la création du COE, le futur « architecte en chef » du Conseil des Églises national des États-Unis a proposé le nom de « Conseil œcuménique des Églises » à la question posée par l’archevêque William Temple « quel nom donnerons-nous à l’enfant ?» L’archevêque a approuvé la suggestion du pasteur Cavert: «Le Conseil œcuménique des Églises, pourquoi pas? C’est justement ce dont nous avons réellement besoin et ce que nous voulons. »

Sur le canal 5, le pasteur Cavert met en garde les délégués : il ne s’agit pas « d’une conférence œcuménique comme les autres », mais d’une assemblée visant à créer « un instrument permanent de communauté fraternelle et de coopération à l’échelle mondiale ». Et d’expliquer que l’assemblée est articulée autour de trois piliers : le culte, le travail et l’étude. Robert Bilheimer, alors assis derrière le président, écrira en 1988 que «de nombreuses années après, je me suis étonné du caractère bénédictin de ce triumvirat ».

L’heure est venue.

Le pasteur Marc Boegner, symbole de la résistance protestante pendant la récente occupation allemande en France, a introduit une résolution en français dont les derniers mots sont : « … et que la création du Conseil œcuménique des Églises soit déclarée aboutie et par la présente entérinée ».

La résolution est adoptée par consensus ou, comme le secrétaire général du COE, Willem Visser’t Hooft, aime à le dire, nemine contradicente (sans contradiction).

L’archevêque Fisher se lève alors et déclare à l’assemblée : « Par le vote que vous avez soumis, le Conseil œcuménique des Églises est constitué et établi ». Salve d’applaudissements. Puis vient un silence étrange : de toute évidence, rien n’a été prévu pour célébrer l’événement. Le président appelle alors à une prière en silence. « Par cette étrange simplicité, écrira M. Bilheimer, l’événement s’est imposé de lui-même ».

Mais qu’est-ce qui vient d’être « constitué et établi » au juste ?

Le COE est-il l’embryon d’une Église mondiale gouvernée depuis Genève et qui rassemble orthodoxes, anglicans et protestants contre l’Église de Rome et son pape ? Est-il vrai qu’en devenant membre du COE, mon Église réformée devra rétablir la charge d’évêque et adopter la vénération orthodoxe des icônes, des reliques et des saints ? Le COE est-il le nouveau bras mondial des puissances capitalistes occidentales lancées dans leur guerre froide contre l’oikoumene croissant des prolétaires de toutes les nations ?

Formation inédite dans l’histoire de l’Église, et indissociable de sa triste histoire jalonnée de schismes, d’anathèmes et de violences, le COE consacrera une partie de l’assemblée d’Amsterdam, et les quinze années qui suivront, à essayer d’expliquer (et avant tout à essayer de comprendre) ce qu’il représente.

Le pasteur Visser’t Hooft est le premier à le faire, à la fin de la séance de ce lundi matin. Il a d’ailleurs publié un article à ce sujet il y a deux ans. Selon lui, nous sommes une communauté fraternelle (ou koinonia) d’Églises au sein de laquelle « un témoignage commun est livré à la Seigneurie du Christ ». Il pense très certainement à la base théologique du COE, le premier article de sa nouvelle constitution : « Le Conseil œcuménique des Églises est une communauté fraternelle d’Églises qui confessent le Seigneur Jésus Christ comme Dieu et Sauveur ». Trouvant ses racines dans le travail interconfessionnel des jeunes au XIXe siècle, la base du COE a pris un sens prophétique nouveau lors de la lutte de l’Église confessante contre le nazisme en Allemagne.

Cette confession centrée sur le Christ renvoie au don de l’unité accordé par Dieu et rassemble les Églises au sein du COE. Fort bien. Mais les Églises ne vivent toujours pas la pleine unité visible qui leur ferait rompre le pain ensemble. C’est pourquoi il poursuit en disant « nous sommes un Conseil d’Églises, pas le Conseil de l’Église indivise ». C’est-à-dire ?

Nous sommes un « conseil » œcuménique, pas un « concile » œcuménique : en tant qu’Églises qui acceptent le Seigneur Jésus Christ, nous faisons alliance afin de former une communauté fraternelle d’Églises qui se « conseillent » les unes aux autres. En d’autres termes, le COE n’est pas au-dessus des Églises, il en est seulement composé.

Enfin, le pasteur Visser’t Hooft conclut en disant que le mot « Églises » contenu dans le nom même du COE « confesse nos faiblesses et notre honte devant Dieu, puisqu’il ne peut y avoir, et qu’il n’y a en fin de compte, qu’une seule Église du Christ ».

Bien que cela permette de clarifier l’autorité du COE, cela ne semble pas suffire. Le Comité II apportera d’autres éclaircissements tout au long de l’assemblée. Le COE ne désire en aucun cas « usurper toute fonction déjà assumée par les Églises membres », ni légiférer contre elles, et il renie « toute velléité de devenir une structure d’Église unifiée indépendante des Églises… »

Si le spectre d’une Église mondiale gouvernée depuis Genève semble s’éloigner, il est urgent de clarifier le sens de l’adhésion au COE concernant la manière dont chaque Église se conçoit elle-même et conçoit les autres Églises par rapport à l’Église Une, sainte, catholique et apostolique. Ce qui s’apparente à un sujet de thèse de doctorat se résume finalement à une question très concrète et délicate : l’avenir même de la participation des orthodoxes au COE est en jeu.

Fait étrange, ou providentiel : c’est une réunion confidentielle au Centre Istina à Paris, en 1949, à laquelle participent le COE et des théologiens catholiques romains tels que le dominicain Yves Congar et le jésuite Jean Danielou, qui jettera les bases d’une clarification durable sur la nature des relations entre les Églises du COE. Cette clarification sera par la suite ajoutée au document du Comité central de 1950 intitulé « L’Église, les Églises et le Conseil œcuménique des Églises », plus communément appelé la « Déclaration de Toronto ». La participation des orthodoxes sera garantie. Les discussions se poursuivront au moins jusqu’à la Conférence mondiale de Foi et constitution en 1963.

Mais nous avons quitté la salle de concert d’Amsterdam, où l’assemblée de prière et de travail deviendra dans les jours qui suivent une assemblée d’études sérieuses sur « Le désordre humain et le dessein de Dieu ».

*Odair Pedroso Mateus est le directeur de la Commission Foi et constitution du Conseil œcuménique des Églises (COE).

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