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La situation des droits de la personne et la liberté religieuse en Papouasie, objet de la visite d’une délégation du COE en Indonésie

La situation des droits de la personne et la liberté religieuse en Papouasie, objet de la visite d’une délégation du COE en Indonésie

Accueil de la délégation du COE à Kaliki, un village près de Merauke, dans la province de Papouasie. Photo: Jimmy Sormin/COE

25 février 2019

Version française publiée le: 26 février 2019

Une délégation œcuménique coordonnée par le Conseil œcuménique des Églises (COE) s’est rendue en Indonésie du 15 au 22 février, visitant notamment les provinces de la Papouasie et de la Papouasie occidentale, où, selon une déclaration commune récente de cinq mandataires des Nations Unies travaillant dans le domaine des droits de la personne, les violences et les discriminations à l’encontre des populations papoues autochtones se multiplient.

Organisée dans le cadre du Pèlerinage de justice et de paix du COE, la visite de la délégation œcuménique avait pour but d’exprimer sa solidarité et d’encourager les Églises membres et les organisations affiliées dans leurs initiatives de justice et de paix en Indonésie. La délégation s’est intéressée aux questions de liberté religieuse et d’harmonie entre les religions en Indonésie, ainsi qu’à la situation des droits de la personne en Papouasie. Elle était accueillie par la Communion des Églises d’Indonésie (PGI) et l’Église chrétienne évangélique de Papouasie occidentale (GKI-TP).

Les membres de la délégation ont visité des églises et des partenaires de la communauté musulmane à Surabaya, une ville touchée par des attentats suicides en mai 2018, et la délégation s’est félicitée de l’extraordinaire solidarité qu’elle a pu y observer entre les communautés et les religions. Toutefois, lors d’une rencontre avec le ministre des Affaires religieuses Lukman Hakim Saifuddin, elle a également fait part de sa préoccupation devant le nombre encore élevé de poursuites judiciaires engagées au titre de la loi indonésienne contre le blasphème et devant l’usage qui est fait de la loi sur l’harmonie religieuse de 2006, employée pour marginaliser les minorités religieuses.

Durant leur visite dans les provinces de la Papouasie et de la Papouasie occidentale, les membres de la délégation ont rencontré des personnalités ecclésiastiques locales, des victimes d’atteintes aux droits de la personne et de conflits, des chefs traditionnels, les gouverneurs des deux provinces, des élus locaux et des fonctionnaires de l’armée et de la police indonésiennes à Jayapura, Manokwari, Merauke et Wamena. «L’accès à la Papouasie a été sévèrement restreint par le passé, a regretté Peter Prove, directeur des Affaires internationales du COE. Nous apprécions le fait que les autorités indonésiennes ont permis à notre délégation de mener à bien sa visite, et nous espérons que ce sera le début d’une plus grande ouverture et d’un meilleur accès à ce territoire et à sa population.»

La délégation s’est néanmoins alarmée d’entendre presque toute la population papoue qu’elle a rencontrée évoquer la gravité des problèmes qu’elle continue d’affronter. «Pour quelqu’un qui a eu la chance de participer à la visite d’équipe du COE en 1999, a ainsi déclaré Jochen Motte, secrétaire général adjoint de la Mission évangélique unie, il est triste de constater que les problèmes signalés dans le rapport de l’époque n’ont pratiquement pas changé aujourd’hui et que le statut d’autonomie spéciale […] n’a pas su répondre aux attentes de la population papoue ni mettre un terme aux discriminations et aux violations des droits de la personne.» La loi sur l’autonomie spéciale a été promulguée en 2001 pour permettre aux populations papoues de jouer un rôle dans leur développement politique, social, culturel et économique au sein de la République d’Indonésie. Cependant, presque tous les Papous que la délégation a rencontrés, y compris des élus locaux, considèrent que l’autonomie spéciale est un échec et que ses éléments les plus importants n’ont pas été mis en œuvre.

La délégation s’est inquiétée d’apprendre qu’en raison des migrations et de l’évolution démographique, la population papoue autochtone représente aujourd’hui une minorité sur ses propres terres. L’accaparement des terres, la dégradation de l’environnement et l’accélération de la destruction des ressources forestières et fluviales qui assuraient traditionnellement la subsistance des peuples papous sont fréquemment revenus dans les plaintes entendues par la délégation. D’après la délégation papoue, le modèle de développement dominant sur le territoire est «pour les autres, pas pour nous». Ainsi que l’a d’ailleurs observé Emily Welty, vice-présidente de la Commission des Églises pour les affaires internationales du COE, «la population papoue semble être systématiquement marginalisée et exclue de tous les domaines de la vie».

À Wamena et Jayapura, la délégation a rencontré des personnes déplacées à l’intérieur du pays qui ont fui les conflits et les opérations militaires et policières dans la région de Nduga à la suite d’un incident. Le 2 décembre 2018, en effet, 21 ouvriers de la construction routière auraient été tués par un groupe armé. On ignore le nombre total de personnes déplacées, mais beaucoup continueraient de se réfugier sans assistance dans la forêt. Pour l’évêque Abednago Keshomshahara de l’Église évangélique luthérienne de Tanzanie, «il est douloureux de voir autant d’enfants victimes de cette violence qui redoutent de rentrer chez eux en raison de la présence de l’armée et de la police, alors que ce sont elles qui devraient les protéger dans leurs villages et leurs écoles».

Pendant sa visite en Papouasie, la délégation a reçu un appel commun des responsables de quatre Églises de Papouasie (la GKI-TP, l’Église KINGMI de Papouasie occidentale, l’Église évangélique de Papouasie occidentale [GIDI] et la Communion d’Églises baptistes en Papouasie) qui demandent une aide œcuménique internationale pour instaurer un dialogue politique complet visant à résoudre la situation en Papouasie. Pour le pasteur James Bhagwan, secrétaire général de la Conférence des Églises du Pacifique, «il est clair qu’un dialogue sans condition préalable est le seul moyen d’avancer dans une situation comme celle que nous avons rencontrée en Papouasie.»

Pèlerinage de justice et de paix du COE

Commission des Églises pour les affaires internationales