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Les Maîtres et Témoins de l’Eglise ancienne, une chance pour l’oecuménisme

Les Maîtres et Témoins de l’Eglise ancienne, une chance pour l’oecuménisme

Susan Durber, de l’Eglise réformée unie de Grande-Bretagne et Cyril Hovorun, de l’Eglise orthodoxe russe. © Juan Michel/COE Photo en haute résolution

12 octobre 2009

Par Martin Hoegger (*)

Toutes les Eglises reconnaissent dans les Ecritures la source prééminente de leur foi commune. Mais quelle place accorder aux maîtres et témoins de l’Eglise ancienne? La commission plénière de Foi et Constitution, réunie à Kolympari (Crête), du 7 au 13 octobre, a cherché à définir les conditions permettant aux "Pères et Mères" de l’Eglise ancienne de devenir un espace de convergence oecuménique.

Cette réflexion s’inscrit dans le cadre de l’évolution de notre société, où l’on constate deux types de réactions: d’un côté la montée en puissance des approches fondamentalistes à l’égard des traditions religieuses, de l’autre, le rejet de notre histoire et passé commun, en une sorte de tragique amnésie. Notre société mondialisée provoque une insécurité, qui conduit à la recherche des sources sûres. On se tourne alors vers les Ecritures et vers ces témoins, qui ont été de grands lecteurs de la Bible. Mais pourquoi leur accorder une autorité et de quelle nature est-elle?

Susan Durber, de l’Eglise réformée unie de Grande-Bretagne, a redécouvert avec une grande joie la lecture des Pères. Elle constate que l’idée de la continuation de la foi est de plus en plus ressentie comme une richesse pour les Eglises protestantes: "Lire la Bible avec une communauté vivante qui me précède, me réjouit et m’encourage". Cette théologienne a participé à un colloque sur ce thème, en décembre 2008 à Cambridge, où elle a vécu un retournement intérieur en lisant de manière oecuménique les textes de ces premiers témoins: "la qualité de l’écoute, de la réflexion et du respect mutuel était remarquable et je ne suis pas la seule à affirmer qu’il s’est agi là de l’une de plus belles expériences que nous ayons vécues, l’une des plus authentiques et des plus chargées d’espérance".

Une autorité venant de la vie en Christ

Pour Susan Durber, la véritable autorité n’a pas besoin de s’imposer par la force: elle se révèle de l’intérieur, s’impose à nous et nous attire. Jésus a enseigné en "homme qui a autorité" (Mt 7,29) et les Ecritures qui témoignent de sa Parole vivante sont l’autorité ultime, que les Eglises membres du Conseil oecuménique des Eglises reconnaissent comme leur base spirituelle. Le genre d’autorité que peuvent avoir les docteurs et témoins de l’Eglise ancienne est analogue: une autorité qui s’enracine dans l’intégrité et l’authenticité.

Leur autorité vient de plusieurs facteurs. D’abord leur enseignement est fidèle à la foi des Apôtres, non pas seulement dans leurs écrits mais aussi par la sainteté de leur vie. Puis les Pères ont une profonde intimité avec les Ecritures. Cyril Hovorun, de l’Eglise orthodoxe russe remarque qu’ "il est impensable de les étudier sans s’immerger dans l’Ecriture sainte … Une analyse linguistique de leurs textes fait apparaître qu’ils utilisaient le langage de la Bible comme un tissu dans lequel ils confectionnaient leurs propres textes. Ils vivaient et respiraient l’Ecriture". De plus ils sont en contact étroit avec la vie des Eglises locales en tant que pasteurs et les témoins des premiers temps de l’Eglise. Enfin, ils ont souvent donné leur vie pour leur foi. "Ce qui donne tant d’autorité à leurs écrits, remarque Susan Durber, c’est le fait que ces gens étaient capables de se consacrer au Christ jusqu’à la mort, renonçant à leur individualité pour le suivre et transmettre une tradition qui leur était plus chère que leurs propres vies …Ces témoins luttaient pour la foi lorsqu’ils se cachaient dans des cavernes ou des mines, et non pas dans des bibliothèques, et il proclamèrent leur foi dans les arènes des cirques aussi souvent que du haut de la chaire".

Le président de Foi et Constitution, le métropolite chypriote Vasilios, renchérit: "Leur autorité est spirituelle, reliée à la sainteté. Quand nous les écoutons, nous vénérons la sainteté du Christ, à laquelle ils ont eu part. Les lire ne nous plonge pas dans un passé révolu, mais nous relie au présent et au futur, au Christ, le seul saint, qui était, qui est et qui vient".

Les lire avec discernement, dans une perspective oecuménique

Susan Durber, qui se situe dans le courant de la théologie féministe, est consciente des nombreuses objections, parfois justifiées, à la lecture des Pères et Mères:"D’aucuns décrivent l’Eglise ancienne comme le lieu où l’Evangile originel et profondément transformateur de Jésus a été modifié et où les forces du patriarcat n’ont pas tardé à reprendre le dessus". Marie-Christine Michau, représentant les Eglises réformée et luthérienne de France en voie d’union, et engagée dans le dialogue judéo-chrétien, remarque que les Pères étaient de culture grecque ou latine. Ils ont progressivement perdu le lien avec le peuple juif. Leur théologie de la substitution témoigne d’un certain antijudaïsme. Il y a donc un certain nombre de précautions à prendre quand nous les lisons. Le père Hovorun avertit également qu’il ne faut pas les utiliser comme des moyens de propagande confessionnelle: "Il n’est pas honnête d’imposer aux premiers enseignants nos propres idées, on doit les lire dans une perspective oecuménique, dans un esprit de kénose(d’humilité)".

Les témoins de la foi et de la vie en Christ, une chance pour l’oecuménisme? Oui, répond Frans Bowen, Père blanc vivant à Jérusalem: "Ils appartiennent à tous les chrétiens et consolident notre foi commune, dans la mesure où on ne les lit non pour défendre nos positions, mais pour découvrir leur spiritualité". Il faut également étudier les Pères avec une approche académique, en utilisant la méthode critique et historique. D’ailleurs à notre époque, l’académie est souvent un centre de rapprochement oecuménique. Malgré les questions légitimes qu’on peut leur poser, Susan Durber reste confiante; en elle s’est forgée "la conviction profonde que les maîtres et les témoins de l’ancienne Eglise doivent être honorés comme nos parents communs … Les critiques et les soupçons que nous avons appris à écouter ont leur place, mais il y a aussi place pour une interprétation basée sur la confiance. J’ai aussi appris que les trésors du Saint Esprit peuvent vraiment nous parvenir dans des vases de terre, peut-être même ébréchés".

(*) Martin Hoegger est pasteur de l'Eglise évangélique réformée du canton de Vaud (Suisse), où il est responsable de l'oecuménisme. Il préside le Conseil des Eglises chrétiennes de ce canton.

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