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La communauté de Céligny, Bossey, et les souvenirs d’Arnold Mobbs

La communauté de Céligny, Bossey, et les souvenirs d’Arnold Mobbs

L’histoire de Céligny par Guillaume Fatio et la monographie d’Arnold Mobbs sur l’Institut œcuménique de Bossey. Photo: Ivars Kupcis/COE

16 octobre 2019

Version française publiée le: 18 octobre 2019

* Par Odair Pedroso Mateus

En ce dimanche ensoleillé, le 13 octobre, alors que le pasteur Marc Gallopin accueille les étudiant-e-s nouvellement arrivé-e-s à la communauté réformée de Céligny, en Suisse, le nom d’un autre pasteur de Céligny me revient en mémoire: Arnold Mobbs.

Je me figure le pasteur Mobbs se tenant devant le réfectoire de Bossey, assis au côté de l’évangéliste américain Billy Graham, en pleine conversation avec le premier secrétaire général du Conseil œcuménique des Églises, l’œcuméniste néerlandais, Visser ‘t Hooft. Billy Graham semble demander à Visser ‘t Hooft ce qu’il a bien voulu dire par l’impératif de rendre visible l’Una sancta, et Visser ‘t Hooft de tenter de comprendre – avec un certain stoïcisme, je dois dire – ce qui pourrait bien amener quelqu’un à ne pas l’envisager.

Arnold Mobbs était le pasteur de la paroisse de Céligny de 1950 à 1975. Il a suivi ses études à l’Union Theological Seminary de New York, sous Reinhold Niebuhr. Au début des années 1980, alors que j’étais moi-même étudiant à Bossey, il a dédié à Bossey une courte monographie assortie d’un titre-fleuve. «The Origins and first years of the Ecumenical Institute of Bossey – A collection of personal memories» (Les origines et les premières années de l’Institut œcuménique de Bossey – une collection de souvenirs personnels) avant de signer: «By Arnold Mobbs –  ancien pasteur de Céligny». Des années durant, cette brochure était exposée à la vente au bureau de la réception de Bossey, de pair avec l’ouvrage précédemment publié: «Bossey – Two vignettes from the early years» (Bossey, deux vignettes des premières années).

C’est le pasteur Mobbs qui a attiré mon attention sur le fait que l’Institut œcuménique, fondé en 1946, est doté de ce qu’il qualifie de «pré-histoire». Ainsi, émue par la vision œcuménique du Suisse Adolf Keller, l’un des pionniers du mouvement Life and Work et de la Fédération des Églises protestantes de Suisse, la faculté de théologie de l’Université de Genève a organisé quatre sessions de son «Séminaire théologique et œcuménique international» entre 1934 et 1938.

Vous reconnaîtrez peut-être les noms de certains théologiens invités au séminaire œcuménique de Genève: Emil Brunner, Visser ‘t Hooft, Martin Dibelius, et Paul Tillich. Karl Barth a donné une conférence en 1935 devant 85 étudiant-e-s sur le thème «L’Église et les Églises». M. Visser ‘t Hooft n’aura probablement pas oublié cette conférence lorsque, onze ans plus tard, il se lance dans la rédaction de ce qui sera connu sous le nom de «Déclaration de Toronto», un document fondateur de la compréhension du COE de lui-même. M. Mobbs, alors pasteur en France, était un membre de l’équipe. Il était responsable de l’organisation des visites d’étude aux organisations internationales, des excursions dans la région et de l’accueil des étudiant-e-s.

Les étudiant-e-s de Bossey aux côtés des membres de la communauté de Céligny. Photo: Lakshman Daniel

Arnold Mobbs voulait que l’an de grâce 1946 soit bien ancré dans nos mémoires.

Alors bénéficiaire d’une bourse de 500 000 dollars reçue l’année précédente du baptiste Nelson Rockefeller, Visser ‘t Hooft cherchait un lieu pour le futur Institut œcuménique, dont la mission serait d’outiller d’un point de vue aussi bien biblique que théologique les personnes laïques engagées dans la reconstruction de l’Europe et le renouvellement et l’unité des Églises.

La bourse de Rockefeller pour Bossey, qui ne sera pas la dernière, me fait penser que le lien entre les professionnel-le-s de la banque et le mouvement œcuménique mériterait bien que l’on s’y intéresse de plus près. Georges Lombard, de Genève, a été le premier trésorier de Bossey et le trésorier de l’Alliance réformée mondiale pendant plus de 20 ans. Georges Hentsch, quant à lui, a contribué aux travaux du COE, et la banque Pictet, également de Genève, a généreusement contribué à la rénovation de la bibliothèque de Bossey ces dernières années. Par ailleurs, en 1910, J. P. Morgan a été le premier trésorier du mouvement pour une Conférence mondiale de Foi et constitution. Lever des fonds ne devrait pas être un problème œcuménique de nos jours.

L’historien de Céligny, Guillaume Fatio, a prêté main-forte à Visser ‘t Hooft dans ses recherches. Il en vient à suggérer le «Château de Bossey», alors propriété du colonel Fernand Chenevi. Visser ‘t Hooft n’est pas vraiment enchanté, tout comme sa première professeure, Suzanne de Dietrich. Des années plus tard, Visser ‘t Hooft confiera par écrit qu’au cours de sa première visite de Bossey, accompagné de Robert Mackie, en une froide après-midi d’hiver baignée de brume, «nous avons trouvé une maison qui nous a paru plutôt mal entretenue et en mauvais état». Ce n’est qu’en imaginant ce à quoi Bossey ressemblerait en «une belle journée d’été», que Robert Mackie et lui-même se sont dits : «nous y sommes».

Vers la fin de son chapitre dédié à l’année 1946, au moment de décrire l’inauguration de Bossey, Arnold Mobbs se pare d’éloquence, allant jusqu’au lyrisme: «et contempler, devant le somptueux panorama d’une nature automnale, ce jour glorieux, le 25 octobre 1946, témoin du couronnement des efforts des pionniers. L’Institut œcuménique est officiellement inauguré...»

Au service de ce matin à Céligny, quatre étudiant-e-s venu-e-s d’Inde, de Cuba, de Madagascar et de Suède ont partagé quelques mots en témoignage de la quête de l’unité chrétienne dans leurs pays. Quatre autres étudiant-e-s du Kenya, d’Italie, de Thaïlande et des États-Unis ont proposé des prières d’intercession.

Le pasteur Gallopin a invité les étudiant-e-s à se présenter en disant leur nom, leur pays d’origine et leur appartenance ecclésiale. Alors que les noms, cultures et traditions chrétiennes s’égrènent, les yeux des membres de la communauté se mettent à briller. S’il avait été parmi nous ce matin-là, Arnold Mobbs s’en serait certainement réjouit: ses paroissien-ne-s ont vécu une expérience «réelle, quoiqu’imparfaite» de ce que, j’imagine, Visser ‘t Hooft prêchait à Billy Graham devant le réfectoire de Bossey: l’impératif de rendre visible l’Una Sancta.

*Odair Pedroso Mateus est le directeur de la Commission Foi et constitution du Conseil œcuménique des Églises (COE).