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Prier pour l’unité avec les Sœurs de Grandchamp en 2021

Prier pour l’unité avec les Sœurs de Grandchamp en 2021

Photo: Odair Pedroso Mateus/COE

20 septembre 2019

Version française publiée le: 25 septembre 2019

 

*Par Odair Pedroso Mateus

Vous pouvez manquer le cri du Christ torturé sur la croix, sculpté par l’artiste brésilien Guido Rocha, si vous ne regardez pas attentivement sur votre droite en entrant dans la chapelle en bois sombre de la Communauté monastique de Grandchamp, un hameau proche du lac de Neuchâtel, en Suisse.

Rocha a été emprisonné et torturé par les dictatures militaires du Brésil et plus tard du Chili. Méditant sur l’image dérangeante de ses «Christs torturés», Hans-Ruedi Weber notait dans son livre On a Friday Noon: Meditations under the Cross (Un vendredi à midi: méditations sous la croix) que Guido Rocha avait réalisé, alors qu’il traversait de cruelles souffrances, que le cri de Jésus sur la croix était devenu pour lui «une grande promesse: il y avait là un homme qui avait subi les plus grandes souffrances et qui était cependant resté pleinement humain, remplissant sa mission d’amour, étant un homme pour les autres, jusqu’à l’ultime heure de vérité».

Le cri du Christ torturé de Grandchamp ne se trouve pas dans la chapelle de la communauté par hasard. Alors que les Églises évangéliques brésiliennes choisissaient de garder le silence devant les violations des droits de la personne au Brésil, Guido Rocha, alors en exil à Genève, a trouvé du soutien à Grandchamp, et il a offert une de ses sculptures du «cri», sous forme de crucifixion, à la communauté, en signe de gratitude.

Photo: Odair Pedroso Mateus/COE

Rocha ne fut pas le seul. Grandchamp a aussi été le refuge de la défunte poétesse et théologienne guatémaltèque Julia Esquivel, qui a également été persécutée dans son pays et qui a écrit They threatened us with Resurrection (Ils nous ont menacé de Résurrection).

Lorsque notre groupe Rome-Genève s’est joint aux sœurs de Grandchamp pour la liturgie des heures, alors que nous préparions récemment la Semaine de prière pour l’unité des Chrétiens de 2021, il m’est apparu que la spiritualité de leur livre de prière ordinaire puise à la source du renouveau spirituel, biblique et œcuménique qui a marqué le christianisme européen entre les deux guerres mondiales et après.

C’est ce même renouveau qui a été la sève du mouvement œcuménique moderne. C’est ce même renouveau qui a été la sève de la Communauté de Taizé: la vision du dessein de Dieu pour le cosmos, rendue pleinement manifeste en Jésus de Nazareth le Christ et attestée dans les Écritures, nous appelle à une vie en communauté et en communion qui unit la prière à l’action, une prière au cœur d’une action de compassion en et pour le monde que Dieu aime; elle nous appelle à manifester visiblement l’Église Une, en dépassant le scandale des divisions coupables, en tant que signes et serviteurs – ou si vous préférez en tant que «sacrements» – du triomphe promis sur la fragmentation et la haine, de la récapitulation promise de toutes choses dans la tête du corps unique.

Cette vision devient un appel à prier pour, et parfois à accueillir, ceux dont l’humanité est défigurée par la violence; ceux qui s’engagent dans des formes soutenables d’agriculture au nom des générations futures; ceux qui sont persécutés pour leur foi; ou ceux qui se mettent au service du dialogue œcuménique.

Les sœurs de Grandchamp viennent de différentes origines culturelles et confessionnelles. Depuis les débuts de la communauté, dans les années 1940, elles ont été confrontées aux difficultés que présentent la vie et la prière ensemble dans la diversité et parfois les divisions. Cela les a rapprochées de pionniers de l’œcuménisme spirituel du 20e siècle tels que le Père Paul Couturier, qui a renouvelé l’Octave de la prière pour l’unité des chrétiens, et Frère Roger de Taizé. Dans une lettre de 1940 à Mère Geneviève, la première prieure de Grandchamp, Paul Couturier écrivait que «… aucune retraite spirituelle ne devrait se terminer sans que les chrétiens n’en partent avec un sentiment aigu de souffrance devant les divisions, et avec la détermination de travailler à l’unité par une prière fervente et une purification progressive». Et il concluait: «pour moi, le problème de l’unité est d’abord et fondamentalement un problème d’orientation de sa vie intérieure».

Fermement attachées à l’œcuménisme spirituel, les sœurs de Grandchamp ont accepté l’invitation à préparer les documents de référence pour la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens de 2021, année de la 11e assemblée du Conseil œcuménique des Églises. On ne leur avait pas encore communiqué le thème de la prochaine assemblée du COE – «L’amour du Christ mène le monde vers la réconciliation et l’unité» – quand, inspirées par l’image donnée par Jésus de la vigne et du travail de la vigne pour décrire la condition de disciple (Jean 15), elles ont choisi le thème suivant pour la semaine de prière de 2021: «Demeurez en moi et vous porterez du fruit en abondance» (Jean 15,5-9).

 

*Odair Pedroso Mateus est directeur de la Commission de Foi et constitution du Conseil œcuménique des Églises (COE).

Communauté de Grandchamp

Semaine de prière pour l’unité des chrétiens