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«Si c’est le mouvement œcuménique dans lequel je veux être!»

«Si c’est le mouvement œcuménique dans lequel je veux être!»

Photo:WCC

11 octobre 2018

Version française publiée le: 18 octobre 2018

La pasteure Ofelia Ortega Suárez est une professeure à la retraite de théologie et de genre, et d’éthique chrétienne pour l’Église réformée presbytérienne de Cuba.

Mme Ortega Suárez est née à Cuba. Après ses études universitaires en théologie et en éducation chrétienne au séminaire de théologie évangélique de Matanzas, elle a achevé ses études de troisième cycle en théologie œcuménique à l’Institut œcuménique de Bossey du Conseil œcuménique des Églises (COE). Elle est ensuite retournée à Cuba et a obtenu son master en divinité et éducation.

Mme Ortega Suárez a été ordonnée pasteure de l’Église réformée presbytérienne à Cuba en janvier 1967, devenant ainsi la première femme à être ordonnée au ministère de l’Église presbytérienne de Cuba. Elle a également servi les paroisses locales comme pasteure jusqu’en 1985.

Elle commença à enseigner à l’Institut œcuménique en 1985. De 1988 à 1997, elle fut membre du personnel du COE en tant que secrétaire exécutive de la formation théologique. En 2006, elle est nommée présidente du COE, fonction qu’elle occupera jusqu’à la 10e Assemblée du COE en 2013.

Le service de communication du COE a accordé une entrevue à Mme Ortega Suárez à l’occasion du récent colloque international sur la Décennie œcuménique des Églises solidaires des femmes en Jamaïque.

Q: Quels sont les défis auxquels vous devez faire face sur le chemin de l’œcuménisme mondial?

Mme Ortega Suárez: Mes défis ont débuté dès le plus jeune âge, depuis le tout début, issue d’une famille très pauvre, je comprenais très bien à quel point il était difficile pour les femmes pauvres de se frayer un chemin et d’obtenir une place dans la société et même dans l’Église. Au début, je sentais que Dieu m’appelait à être disciple, bien plus que pasteure. Être disciple du Christ, voilà ma première vocation.

Lorsque j’ai obtenu ma licence universitaire, c’était l’année de la révolution: 1959. J’avais 23 ans. J’ai commencé à enseigner au séminaire en 1959, il y a bien longtemps de ça, et j’adorais enseigner. J’ai continué à enseigner là-bas pendant de nombreuses années. En 1967, j’étais la première femme à être ordonnée dans mon Église puis je me suis rendue à l’Institut œcuménique de Bossey. Il y avait des étudiants de nombreuses Églises là-bas. Pour la première fois, j’avais un sentiment de communion, un sentiment de communauté qui était central pour moi. Puis, en 1968, j’ai assisté à ma première Assemblée du COE, et c’était quelque chose d’unique! À cette époque, je me suis dit: «si c’est bien le mouvement œcuménique dans lequel je veux être!» J’étais vraiment impressionnée par la communauté. Elle a structuré mes réflexions.

Q: Cuba a une tradition et une culture uniques, mais également de nombreux enjeux socio-économiques. Comment décririez-vous la situation des femmes, hier et aujourd’hui?

Mme Ortega Suárez: Après la révolution, dans les années 1960, une fédération des femmes a vu le jour pour s’occuper des femmes, leur donner le droit aux études, à avoir un lieu de travail et à poursuivre une vie épanouie. J’ai également constaté que cela enrichissait réellement la vie des Églises. Nous comprenions que si une société faisait tout pour instruire les femmes, nous devions le faire au sein des Églises également. J’ai beaucoup appris du COE sur «la théologie populaire». J’ai appris du COE que la théologie doit venir de la base. J’ai également découvert que les Églises envoyaient les femmes dans les écoles d’éducation chrétienne et les hommes dans les écoles de théologie. Les Églises envoyaient les hommes, et avaient besoin d’envoyer les femmes étudier les langues classiques et la théologie, donc d’être avec les hommes dans la même classe de théologie, et ainsi de suite. Et c’est ainsi que les femmes et les hommes se retrouvaient ensemble, à suivre le programme. Chaque été, j’organisais à Bossey un séminaire pour les femmes en utilisant la Décennie des Églises solidaires des femmes, et à la fin de la Décennie nous avons publié un ouvrage, édité par mes soins, intitulé «Femmes évêques». C’est un résultat de la Décennie.

Q: Quelle est votre vision des femmes et des jeunes filles à l’avenir? Comment aimeriez-vous voir la prochaine génération?

Mme Ortega Suárez: Tout d’abord, j’aimerais dire que cette semaine était merveilleuse. Je dois le souligner. Cette réunion fut formidable. Comprenez-vous pourquoi? Parce que nous avons des jeunes présents. Le COE fait tout pour que des jeunes soient présents à chaque réunion. Nous avons des jeunes filles et des jeunes hommes présents ici, et ils sont merveilleux.

Je souhaite également poser la question de la dignité humaine. Nous apprenons de l’Évangile, nous apprenons du ministère de Jésus Christ que nous avons l’image de Dieu en nous. Lorsque vous faites preuve de violence à l’encontre d’une autre personne, vous le faites à l’encontre de Dieu, car l’image de Dieu est en cette personne. Puisque chaque personne a l’image de Dieu en elle, nous devons en prendre soin. C’est important pour le mouvement œcuménique. Soyez œcuménique; ne soyez jamais uniquement confessionnel. Pour moi, si vous êtes œcuménique, vous êtes international.

Q: La violence faite aux femmes est un phénomène mondial. Quelles sont les étapes et les activités concrètes que votre Église peut prendre et mener?

Mme Ortega Suárez: Je pense que nous devons vraiment utiliser la Bible, car le message de la Bible est très clair. Nous devons également garder le contact avec toutes les organisations sociales, avec les Nations Unies, pour les droits des personnes, et travailler avec elles, et travailler avec les gouvernements également. Il y a de nombreux gouvernements qui défendent les droits des personnes.

 

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