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À quoi ressemble la « sécurité de Dieu ? »

À quoi ressemble la « sécurité de Dieu ? »

Kjell Magne Bondevik, Christiane Agboton-Johnson et l’archevêque Avak Asadourian

24 mai 2011

Le 6 août 1945 à 8h15, la petite Setsuko Nakamura, âgée de 10 ans, vit tout à coup un brillant éclair bleuâtre par la fenêtre de sa classe. « Je me souviens avoir eu l’impression de planer. Quand j’ai repris conscience, dans le silence complet et les ténèbres totales, je me suis retrouvée dans les gravats. »

Elle commença à entendre les faibles voix de ses camarades de classe : « Maman, au secours ! Papa, au secours ! »

Setsuko Thurlow, née Nakamura, est une hibakusha, une survivante de la bombe atomique d’Hiroshima, l’une des deux qui furent larguées sur le Japon par les États-Unis vers la fin de la seconde guerre mondiale. Toute sa vie, elle a fait la guerre aux armements.

Lundi, ses souvenirs ardents et douloureux ont déferlé sur les participants au Rassemblement œcuménique international pour la Paix (ROIP), réuni à Kingston (Jamaïque) ; ce jour-là, une table-ronde consacrée au thème : Paix entre les peuples étudiait des problèmes critiques posés par les obstacles à la paix au niveau international et s’interrogeait sur ce qu’est une véritable sécurité.

Certes, l’intervention de Mme Thurlow, qui n’avait pas pu venir en personne, était un enregistrement vidéo ; mais elle a vivement rappelé aux participants à quel point l’emploi de la bombe atomique était vraiment récent : cela s’est passé il y a une génération à peine et, depuis, les grandes puissances mondiales ont renforcé et multiplié les arsenaux nucléaires qui, au mieux, garantissent leur destruction mutuelle.

Mme Thurlow explique que, en 1945, les secours lui sont parvenus sous la forme du contact d’une personne étrangère : « Tout à coup, des mains ont commencé à me secouer l’épaule gauche, et une voix m’a dit: "Sors de là le plus vite possible !" »

Tout autour d’elle, raconte-t-elle, il y avait des « silhouettes sanglantes, fantomatiques, noircies, la peau décollée des os. Le silence mortel n’était rompu que par les gémissements des blessés qui réclamaient à boire. »

Lorsque les survivants comme Mme Thurlow racontent leur histoire, ils rappellent l’injustice qui a fait que, après 1945, 260 000 personnes innocentes sont mortes des effets de la chaleur et des radiations.

Les gouvernements ont tendance à vouloir justifier les actions militaires à grande échelle – et, au pire, la guerre nucléaire – au nom de la « sécurité », a fait remarquer Mme Lisa Schirch, professeur d’édification de la paix à l’Université mennonite orientale de Harrisonburg, en Virginie (États-Unis). Elle a traité du sens que les chrétiens devraient donner à ce mot de « sécurité ».

« Jésus ne parle jamais de "sécurité", a-t-elle précisé. L’Église préfère de beaucoup parler de justice et de paix que de sécurité. »

« La sécurité ne débarque pas d’un hélicoptère”

Lorsqu’elle s’en rendue en Irak en 2005, Mme Schirch a travaillé avec des Irakiens qui œuvraient à l’édification de la paix au niveau des communautés. « Ils m’ont dit : "La sécurité ne débarque pas d’un hélicoptère. Elle pousse dans le sol, à la base". »

L’Irak n’est que l’un des nombreux pays évoqués par les participants au ROIP en discutant du thème : La paix entre les peuples, les questions abordées allant du désarmement nucléaire à la fin de toute guerre.

Le modérateur de cette discussion était le pasteur Kjell Magne Bondevik, président du Oslo Center for Peace and Human Right et qui fut deux fois Premier Ministre de Norvège ; il a raconté qu’il se rappelait le jour où, en 2003, George Bush, Président des États-Unis, l’avait appelé pour lui demander de soutenir l’invasion de l’Irak par les États-Unis.

« Et j’ai dit non, se rappelle le pasteur Bondevik – et les quelque 1 000 participants au ROIP ont chaleureusement applaudi. Je ne peux pas. D’abord, vous n’avez pas de mandat des Nations Unies ; et puis, selon ma perspective chrétienne, le recours à la force militaire doit vraiment être la dernière des dernières solutions, lorsqu’on a essayé tous les autres moyens pacifiques. »

Il a précisé que les Églises ont joué un rôle spécifique et décisif dans sa décision : « Les Églises de Norvège ont fait campagne contre une éventuelle guerre en Irak. »

Après l’avoir écouté, l’archevêque Avak Asadourian, archevêque orthodoxe arménien de Bagdad, a déclaré qu’il voudrait que le message de paix chrétienne du pasteur Bondevik soit communiqué au monde entier : « Je regrette, a-t-il dit, que d’autres dirigeants n’écoutent pas. Depuis 32 ans, l’Irak a connu trois guerres et un embargo. Par définition, un embargo est aussi un acte de guerre. Les Irakiens ont eu la vie vraiment très, très difficile. »

L’archevêque Asadourian refuse que l’on affirme, comme on le fait maintenant, que les chrétiens d’Irak ne constituent qu’un groupe minoritaire : « En Irak, les chrétiens ne sont pas des minorités. Les chrétiens d’Irak sont une partie importante de la société irakienne. Nous faisons tout ce que nous pouvons pour la paix. Et ici, lorsque je parle de paix, je ne veux pas dire simplement l’absence de guerre : pour moi, la paix, c’est l’égalité. »

Lors de cette session, les participants au ROIP ont réfléchi en groupes sur l’idée qu’on pourrait créer une version chrétienne de la sécurité si les Églises participaient à une forme de « pré-alerte » : en d’autres termes, il s’agirait d’envoyer des messages émis depuis la base à propos de conflits potentiels qui se présentent sous des formes que les gouvernements ne perçoivent pas.

« Ici, a dit le Dr Patricia Lewis, directrice adjointe et conseillère scientifique à l’Institut d’études internationales de Monterey en Californie et l’une des principales intervenantes au ROIP, les femmes ont un rôle très particulier à jouer. Si on n’interroge pas les femmes, on ne sait pas ce qui se passe. »

Elle a exprimé sa profonde conviction que les choses allaient changer : « Les militaires et les politiques vont finir par comprendre que les armes nucléaires n’ont quasiment aucune utilité du point de vue militaire. Ils vont aussi se rendre compte que, avec les armes nucléaires, on ne peut pas se permettre faire des petites erreurs. »

Si les Églises pensent pouvoir contribuer à mettre fin à la guerre et à la prolifération des armes nucléaires, elles ne doivent pas se contenter de documents déclaratifs mais doivent descendre dans l’arène, a déclaré Christiane Agboton-Johnson, directrice adjointe de l’Institut des Nations Unies pour la recherche sur le désarmement à Genève (Suisse).

« Bien souvent, ce sont les femmes qui souffrent le plus dans un conflit malgré leur volonté d’y mettre fin. Peut-on considérer qu’un document ou un règlement suffirait à résoudre ce genre de problème ? Je n’en suis pas convaincue. L’ONU est-elle prête à passer des mots aux actes ? Elle ferait mieux de faire appliquer ce qui est écrit. »

Entre-temps, Mme Thurlow et d’autres survivants de la bombe nucléaire continueront à appeler l’humanité à tirer les leçons des erreurs du passé. « Aucun être humain, a-t-elle affirmé, ne devrait être obligé de vivre à son tour l’expérience que nous avons faite de l’inhumanité, de l’illégalité, de l’immoralité et de la cruauté de la guerre atomique. »

Site web du ROIP:
www.vaincrelaviolence.org

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