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A Dubaï, les chrétiens prient côte à côte, mais pas toujours ensemble

20 mai 2008

Annegret Kapp (*)

Le vendredi, le complexe de l'église de la Sainte-Trinité, à Dubaï, grouille de fidèles du matin jusqu'à tard le soir. Environ 10 000 à 11 000 membres de plus de 120 communautés et groupes chrétiens y viennent pendant le jour hebdomadaire de repos aux Emirats.

Des services dans plus d'une douzaine de langues - y compris l'anglais et l'arabe, mais surtout des langues d'Asie du Sud, comme l'ourdou, le tagalog, le tamoul ou le malayam - sont célébrés non seulement dans l'église principale de 6 heures du matin à 23 heures le soir, mais aussi dans les 25 autres halls construits autour d'une cour centrale ornée d'une croix de Cantorbéry.

Une vie d'Eglise animée n'est pas la première chose qui vient à l'esprit lorsqu'on pense à la région du Golfe, qui est principalement musulmane. Mais d'une certaine manière, les trois à quatre millions de chrétiens de la région, qui sont pour la plupart venus des quatre coins du monde chercher du travail, représentent un microcosme du christianisme et des défis de l'unité de l'Eglise.

Au complexe de la Sainte-Trinité, le témoignage chrétien est un témoignage de diversité dans le culte, allant du chant solennel aux joyeux battements de mains. Lorsqu'un service se termine, des fidèles aménagent rapidement ce qui était un lieu de culte protestant en un sanctuaire orthodoxe avec icônes et encens. La gloire à Dieu est proclamée toute la journée par différentes liturgies.

A Dubaï, tout comme dans le reste des Emirats arabes unis (EAU), les chrétiens sont libres de pratiquer leur religion, mais seulement à l'intérieur des limites de leur église ou dans l'intimité de leur foyer. La première pierre de l'église de la Sainte-Trinité a été posée en 1969 par l'émir Rashed bin Said Al Maktoum, qui dirigeait alors Dubaï et qui avait gracieusement offert le terrain aux chrétiens vivant dans sont émirat.

Un aumônier fut nommé pour prendre soin du bien-être spirituel des chrétiens expatriés vivant dans les émirats de Dubaï et de Sharjah et dans les Etats de la Trêve du nord, tels que se nommaient auparavant les EAU. L'année suivante, la Sainte-Trinité a été consacrée comme un bâtiment d'Eglise interconfessionnel.

L'aumônerie de Dubaï et de Sharjah entretient des liens forts avec la tradition anglicane. Mais elle est fidèle à sa vocation interconfessionnelle et à "l'esprit d'hospitalité de l'anglicanisme", comme le souligne John Weir, l'actuel aumônier, en accueillant plus d'une centaine de communautés d'autres traditions dans le complexe de la Sainte-Trinité - qu'elles soient évangéliques, pentecôtistes ou orthodoxes.

Le défi de l'unité chrétienne

La coexistence intime que connaissent dans les Emirats ces Eglises de toutes traditions est à la fois un défi et une chance pour développer un sens plus approfondi d'appartenance à une même communauté oecuménique. "Pour le moment, la première chose que les Eglises construisent lorsqu'on leur offre du terrain dans un nouveau complexe d'Eglise est souvent un mur qui sépare leur espace des paroisses voisines", a déclaré le pasteur Rolf Pearson, l'ancien officier de liaison du Conseil des Eglises du Moyen-Orient (CEMO) pour le Golfe.

"Il est triste que les églises [dans des complexes accordés à plusieurs confessions] soient souvent construites de façon à ne pas être en vis à vis", a déploré John Weir, l'aumônier anglican, "alors qu'en fait, chaque église devrait encourager les autres." Il a ajouté que, lors des réunions de planification pour le prochain complexe à construire, il souhaite travailler avec les autres responsables d'Eglise concernés, pour trouver une approche plus oecuménique.

Puisque les chrétiens représentent une si petite minorité dans le pays, la société des Emirats les considère comme une seule et unique communauté. "Nous avons besoin d'un dialogue entre chrétiens du Golfe sur ce que signifie être l'Eglise ici", a déclaré Catherine Graham, une bénévole travaillant avec la paroisse anglicane et avec la Mission to Seafarers à Dubaï, lors d'une réunion organisé en avril entre une délégation du Conseil oecuménique des Eglises (COE) et les chrétiens de plusieurs pays du Golfe.

Un domaine dans lequel les Eglises peuvent faire du bon travail ensemble est l'aide aux travailleurs migrants. La Mission to Seafarers a prouvé que cela pouvait leur apporter l'appréciation et le soutien de la société.

Cette organisation caritative, qui fait partie d'une organisation chrétienne internationale consacrée aux marins quelles que soient leur race ou leur religion dans plus de 300 ports dans le monde, a réussi à collecter les 3 650 000 dirhams nécessaires (environ 99 000 dollars EU ou 64 000 euros) pour construire un bateau permettant d'effectuer un travail de proximité auprès de l'équipage des navires mouillant au large du port animé de Dubaï.

Au cours de sa première année de service, le Flying Angel (l'ange volant), a proposé aux marins les services et les conseils d'un auxiliaire médical et d'un aumônier. A bord, un café Internet permet aux marins, qui n'ont souvent aucun contact avec leur famille pendant des semaines ou des mois, de communiquer avec leurs proches. Une part importante du financement a été fournie par des Émiratis musulmans, qui ont compris la nécessité d'un tel service et la capacité de l'organisation chrétienne, avec sa longue expérience, à le fournir.

Le christianisme dans le Golfe - faits et chiffres

Environ trois à quatre millions de chrétiens vivent au Koweït, au Qatar, aux Emirats arabes unis, au Bahreïn, à Oman et en Arabie saoudite à l'heure actuelle. Bien que de nombreux pays arabes aient une minorité chrétienne historique, la présence chrétienne dans le Golfe est un phénomène très récent, étroitement lié aux énormes besoins en main-d'oeuvre étrangère de ces pays. En effet, avant que des missionnaires d'Amérique du Nord n'arrivent au début du XIXe siècle, pendant tout un millénaire, aucune présence chrétienne n'avait été recensée dans la région, bien que des commerçants chrétiens de l'Inde s'y étaient probablement déjà rendus avant.

Selon la tradition, c'est l'apôtre Barthélemy qui apporta le christianisme en Arabie. Des trouvailles archéologiques et de vieilles annales d'Eglise indiquent que le christianisme était présent dans toute la péninsule arabe à l'époque préislamique, mais il finit par être supplanté par la nouvelle foi dominante.

Depuis que l'augmentation soudaine des revenus du pétrole en 1973 a rapidement hissé ces pays désertiques peu peuplés au rang des plus riches au Moyen-Orient, des millions de travailleurs étrangers répondent à la demande de leurs économies en plein boom. Aujourd'hui, les migrants sont bien plus nombreux que certains des locaux. L'exemple le plus extrême est les EAU, où seul un cinquième de tous les habitants sont des ressortissants locaux, selon le recensement de 2005.

Dans le Golfe, bien qu'une large partie des immigrants soient eux-mêmes musulmans, l'arrivée de travailleurs venant principalement d'Asie du Sud a accru de façon importante la diversité religieuse dans la région. Concernant l'EAU, par exemple, le Rapport sur la liberté religieuse internationale 2007 du Département d'Etat des Etats-Unis indique que les chrétiens représentent officiellement 9 % de la population totale, 15 % seraient hindous, 5 % bouddhistes et 5 % appartiendraient à d'autres groupes religieux, dont les pârsî, les bahá'í et les sikhs.

Seuls le Koweït et le Bahreïn possèdent des communautés chrétiennes ayant une identité nationale. Tous les Etats du Golfe sont régis par le droit islamique. Toutefois, les lois concernant la pratique de la religion varient de pays à pays.

Aux EAU, la constitution garantit la liberté de religion conformément aux traditions établies et les chrétiens peuvent effectivement pratiquer leur religion librement dans l'enceinte des complexes d'Eglise. Le terrain et la permission de construire ces complexes sont accordés par le dirigeant local dans chaque émirat.

Parce qu'une interprétation orthodoxe de l'islam considère les chrétiens comme des "gens du livre" (des monothéistes pratiquant une religion abrahamique), les installations des communautés chrétiennes sont bien plus importantes en nombre et en taille que celles des autres communautés non musulmanes, bien qu'on estime que les chrétiens représentent moins d'un quart de la population non musulmane des EAU. Néanmoins, l'afflux continu de migrants chrétiens, combiné à un boom de la construction immobilière, notamment dans la métropole Dubaï, font que l'offre d'espace de culte en quantité suffisante constitue une préoccupation permanente.

Certaines Eglises jouissent de relations particulièrement bonnes avec la société et les dirigeants locaux. Les catholiques romains, les anglicans - en raison des liens historiques entre les Emirats et la Grande-Bretagne - et les orthodoxes indiens - qui ont été un pilier du développement dans le Golfe - ont réussi à établir la confiance au cours des ans. Tout comme l'Eglise réformée en Amérique, dont les missionnaires ont offert des soins médicaux et un accès à l'éducation dans la région bien avant qu'on y découvre du pétrole. Aux EAU, les complexes d'Eglise sont généralement gérés par ces courants d'Eglise principaux, mais elles accueillent aussi des groupes chrétiens moins établis.

Le service offert par la Mission to Seafarers est un parfait exemple de l'obligation biblique faite aux chrétiens de rechercher le bien-être de la cité où Dieu les a envoyés, ce que le pasteur Samuel Kobia, secrétaire général du COE, avait évoqué dans un sermon prononcé à l'Eglise de la Sainte-Trinité lors de sa visite à Dubaï : "Nous devons apprendre à accueillir l'étranger, chaque étranger, dans un esprit d'amour et de solidarité; à faire s'épanouir les relations, afin de passer du statut d'étranger à celui de voisin".

Les Eglises du Golfe ont encore du chemin à faire pour relever les défis particuliers qu'implique leur situation. Toutefois, les rencontres oecuméniques auxquelles a assisté la délégation du COE témoignaient d'un enthousiasme encourageant et de la bonne volonté à rassembler les forces. Le matin même où la délégation du COE a quitté Dubaï, le groupe oecuménique local qui avait préparé la visite s'est réuni pour mettre en place des groupes de travail pour une meilleure coordination de leurs activités. Le premier fruit de ces efforts serait un programme de formation pour les bénévoles dans une organisation humanitaire chrétienne au Sultanat d'Oman.

(*) Annegret Kapp, rédactrice web au COE, est membre de l'Eglise évangélique du Württemberg, en Allemagne.

Galerie photo de la visite au Moyen-Orient de la délégation du COE

  

Membres de la délégation du COE aux Emirats arabes unis :

  • Pasteur Samuel Kobia, secrétaire général du COE

  • M. Guirguis Saleh, secrétaire général du CEMO

  • M. Prawate Khid-Arn, secrétaire général de la Conférence chrétienne d'Asie

  • Mme Doris Peschke, secrétaire générale de la Commission des Eglises auprès des migrants en Europe

  • M. William Gois, coordinateur régional du Migrant Forum in Asia

  • Pasteur Rolf Pearson, officier de liaison du CEMO dans la région du Golfe (1997-2007), Eglise de Suède

  • Mme Carla Khijoyan, bureau du Moyen-Orient au COE