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The moderator of the Commission greeting a youth participant

Du 16 au 21 avril 2026, la Commission de mission et d’évangélisation du Conseil œcuménique des Églises s'est réunie à Kingston, en Jamaïque. Photo : Dennis Duncan/COE

 

Les personnes participantes ont souligné à maintes reprises que la session se déroulait dans un contexte de nombreuses crises convergentes – chocs climatiques dans les Caraïbes, conflits dans le monde, instabilité politique –, ce qui les a amenées à s’interroger sur la manière dont la mission pouvait se comprendre et se pratiquer dans de tels contextes.

Dès le départ, le pasteur Michael Blair, président de la Commission, a placé la rencontre sous le signe de cette réalité: «Notre commission se retrouve dans un pays en crise», a-t-il souligné, rappelant que la session précédente s’était déroulée au Kenya au moment des manifestations politiques des jeunes, et que celle-ci se tenait peu après le passage de l’ouragan Melissa. Dans les deux cas, l’équipe organisatrice s’est demandé s’il était seulement possible de se réunir. Et ce que ces perturbations impliquaient pour la manière dont les Églises conçoivent la mission.

Observant que le contexte faisait lui-même partie intégrante du travail théologique, le pasteur Blair a exhorté les participant-e-s à se plonger dans le texte de la conférence tiré de Zacharie 4: «Que voyez-vous?», qu’il a rapproché du concept de la «remise en récit» (re-storying, en anglais) comme méthode d’interprétation du vécu. Selon lui, cela ne concerne pas seulement les phénomènes météorologiques extrêmes; cela vaut également pour «le changement climatique et ses effets, les politiques et les pratiques des pouvoirs publics, et l’héritage du colonialisme et du commerce transatlantique des esclaves».

Il a également évoqué l’instabilité mondiale générale, mentionnant les guerres à Gaza, au Soudan et en Iran, l’essor du militarisme et les incessantes difficultés auxquelles sont confrontés des pays tels que Cuba, Haïti et la Jamaïque. Cela fait partie du contexte dans lequel l’Église doit discerner «comment l’Esprit œuvre au service de la transformation, du renouveau et de la restauration».

Cadre théologique

Le service d’ouverture était dirigé par l’évêque Christine Gooden-Benguche, qui a offert une prédication sur Job 38,4-11 intitulée «Une remise en récit du monde: Job 38 et l’appel à un réalignement avec l’univers». Elle y a parlé de «la prétention humaine»: la tendance à présumer que l’on connaît parfaitement Dieu et la création.

Pour l’évêque, la «remise en récit» ne renvoie pas à une répétition des discours existants, mais à un «remaniement profond d’un monde chaotique». Elle a avancé quatre arguments théologiques en ce sens: la suprématie divine qui dépasse l’entendement humain, l’intentionnalité cosmique de la création, les limites au chaos posées par Dieu, et les limitations humaines face à une réalité plus vaste. Rejetant par ailleurs les discours hiérarchiques qui bafouent la dignité humaine, elle a appelé à passer du contrôle de la création à une participation à la création.

Diverses allocutions ont été prononcées par l’évêque Garth Minott, président du Conseil d’Églises de la Jamaïque, par le pasteur Michael Blair, président de la Commission, et par la pasteure Merlyn Hyde-Riley, vice-présidente du Comité central du COE. Toutes ont mis l’accent sur le renouveau et la coopération œcuménique.

Changement climatique et vulnérabilité systémique

L’un des grands thèmes de la rencontre était le changement climatique. Dans son exposé, le professeur Michael Taylor a qualifié l’époque que traversent les Caraïbes d’«ère multirisque»: les canicules, les sécheresses, les précipitations irrégulières et l’élévation du niveau de la mer ne sont plus des risques futurs, mais des réalités bien présentes pour les petits États insulaires en développement.

Le professeur a souligné que le niveau de la mer devrait augmenter de près d’un mètre d’ici à 2100 et que les journées de canicule deviendraient de plus en plus fréquentes. Il a également évoqué les répercussions systémiques, notamment des pertes moyennes de PIB pouvant atteindre 17% lors des années à ouragans, une pression accrue sur les infrastructures, et un accroissement des risques sanitaires liés à la chaleur et aux maladies à transmission vectorielle.

Il s’est servi de l’ouragan Melissa (2025) comme étude de cas emblématique: l’ouragan a frappé le sud-ouest de la Jamaïque, dépassant l’ouragan Gilbert (1988) en intensité, avec des vents soufflant à 298 km/h, 61 cm de précipitations et une onde de tempête de 2,7 mètres. En ce qui concerne les causes, les données climatiques présentées ont montré que la probabilité de tels phénomènes augmentait considérablement avec le réchauffement des températures océaniques, tandis que le réchauffement climatique avait un effet aggravant sur la vitesse des vents et l’intensité des précipitations.

L’ouragan Melissa a causé d’importants dégâts aux infrastructures: effondrement des réseaux d’approvisionnement en eau, mise hors service de 75% du réseau électrique, destruction des infrastructures de télécommunications. Les pertes économiques dépasseraient 50% du PIB de la Jamaïque.

Mission, éthique et responsabilité publique

Pour le professeur Taylor, les changements climatiques soulèvent des questions aussi bien théologiques que scientifiques. Il a affirmé que le déni du changement climatique relevait de l’incompétence et de l’irresponsabilité morale, et présenté la bonne intendance comme une responsabilité à l’égard des générations futures. Citant Ézéchiel 33,6, il a qualifié les scientifiques et les responsables d’Église de «guetteurs et guetteuses» à qui il incombe de prévenir des dangers en approche.

Le débat qui a suivi l’exposé a porté sur les pertes non économiques, notamment les traumatismes psychologiques, les vies de famille bouleversées et la vulnérabilité sociale. Les personnes participantes ont également soulevé la question des inégalités mondiales, faisant observer que les États des Caraïbes subissent de manière disproportionnée les effets d’un changement climatique lié aux émissions de longue date des pays les plus riches. Les pratiques environnementales locales et la gouvernance ont également été identifiées comme des domaines nécessitant une attention particulière.

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Sunday service, women praying

Lors d'un culte dominical, la Commission de mission et d'évangélisation du Conseil œcuménique des Eglises s'est réunie à Kingston, en Jamaïque, du 16 au 21 avril 2026. Photo : Dennis Duncan/COE

 

Réflexion institutionnelle et priorités missionnelles

Dans son rapport d’activité, la directrice par intérim de la Commission de mission et d’évangélisation, Mme Anjeline Okola, a présenté les avancées des travaux du programme depuis la dernière rencontre. Elle a indiqué que la collaboration s’était renforcée entre les différentes instances du COE, notamment la Commission de Foi et constitution et les programmes consacrés à la justice climatique, à la justice de genre, à l’engagement des jeunes et à l’inclusion des personnes handicapées.

Elle a rapporté que les travaux de la Commission se resserraient sur le thème «Vivre la foi apostolique aujourd’hui», et plus particulièrement sur la décolonisation de la mission, l’inclusion et le leadership intergénérationnel. La priorité actuelle, «La mission depuis la périphérie», sert de cadre directeur aux consultations, aux recherches et à l’élaboration des programmes.

Mme Okola a également rendu compte des préparatifs de la Conférence mondiale sur la mission et l’évangélisation de 2028, un «processus participatif pluriannuel» qui donnera lieu, dans un premier temps, à des consultations mondiales et à des réunions d’information-débat régionales, avant l’organisation d’une conférence dans la région Pacifique.

Parmi les principales réalisations mises en avant figurent le renforcement des efforts en faveur de l’inclusion des personnes handicapées (par l’intermédiaire du Réseau œcuménique de défense des personnes handicapées, le réseau EDAN), plusieurs initiatives visant à mobiliser les peuples autochtones et à mener des recherches à leur sujet, ainsi que des programmes d’évangélisation et de formation au leadership à destination des jeunes. L’engagement interreligieux se développe, de même que la collaboration avec les agences de l’ONU et les partenaires de la société civile.

Conflits, justice et mission prophétique

Mgr Kenneth Richards, archevêque catholique romain de Kingston, a évoqué le contexte géopolitique de la mission. Il a décrit les réalités du monde d’aujourd’hui comme étant façonnées par des injustices structurelles et des fractures. Selon lui, la mission doit se comprendre comme une participation à la Missio Dei et comme un «contre-témoignage» face aux systèmes d’oppression.

Il a également associé la mission à la justice réparatrice, estimant que l’Église doit ouvrir des espaces d’expression pour les personnes lésées, et s’atteler intelligemment aux blessures du passé.

La remise en récit en tant que défi ecclésial

Pendant trois jours, les personnes participantes sont revenues à maintes reprises sur le concept de la «remise en récit» comme moyen d’interroger l’histoire, la théologie et les pratiques. Cela a notamment donné lieu à des réflexions sur l’héritage colonialiste de la mission, sur la marginalisation des spiritualités locales et autochtones, et sur la réforme nécessaire des discours ecclésiaux ayant conduit à l’exclusion de certaines communautés humaines.

Les préparatifs de la conférence de 2028 s’inscrivent dans cette démarche, par l’importance qu’ils accordent à une conception participative, aux voix marginalisées et à une théologie contextuelle ancrée dans le vécu.

La session s’est terminée sur un constat partagé: la redéfinition actuelle de la mission est une réponse aux inégalités structurelles et aux bouleversements mondiaux. Bien qu’aucun cadre de référence ne se soit dessiné, les personnes participantes n’ont cessé de réaffirmer la nécessité d’une écoute plus attentive, d’une responsabilité éthique et d’une réflexion théologique fondée sur le contexte.

Ainsi que l’a observé le pasteur Blair, la tâche principale de la Commission reste inchangée: comprendre comment l’Esprit opère dans un monde marqué par la crise, et quelles réponses l’Église est appelée à apporter.

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The World Council of Churches Commission on World Mission and Evangelism opened its meeting in Kingston, Jamaica, 17 April 2026, Photo: Dennis Duncan/WCC

La Commission de mission et d'évangélisation du Conseil œcuménique des Eglises a ouvert sa réunion à Kingston, en Jamaïque, le 17 avril 2026. Photo : Dennis Duncan/COE