Le colloque sur la nouvelle architecture financière et économique internationale (NIFEA) organisé du 27 au 29 août derniers par le Conseil œcuménique des Églises (COE) et divers partenaires œcuméniques a présenté les communautés de foi comme des porte-parole essentielles dans la lutte contre des problèmes tels que l’exploitation des enfants ou la destruction de l’environnement dans notre monde connecté.
Des théologien-ne-s, des universitaires et des responsables religieux originaires de toute l’Asie se sont réuni-e-s pour étudier l’impact de la quatrième révolution industrielle sur les inégalités mondiales et pour produire des solutions d’inspiration religieuse. Le pasteur Kenneth Mtata, directeur du programme «Vie, justice et paix» du COE, a travaillé avec des spécialistes du monde entier sur les questions pressantes que suscite la place de la technologie dans l’épanouissement humain.
«Dans un monde divisé par la fracture numérique, nous devons prier et œuvrer non seulement concernant l’hyperconnexion de nos appareils, mais aussi pour une pleine communion entre Dieu, l’humanité et la création, a déclaré M. Chang Yoon-Jae, doyen de l’école de théologie de l’Université pour femmes d’Ehwa. À mon sens, voilà ce que les chrétiens et les chrétiennes doivent annoncer: une cinquième révolution, la Révolution spirituelle, à l’ère de la quatrième révolution industrielle.»
Les intervenant-e-s ont mis en lumière de graves problèmes d’accès à la technologie. Ainsi que l’a souligné la pasteure Tracy Trothen, de l’Université Queen’s, «51% environ des populations rurales n’ont pas l’accès internet à haut débit que nécessitent la plupart des services d’IA. Quelque 2,6 milliards de personnes n’ont pas de réseau, dont la plupart en Afrique subsaharienne, en contradiction avec les principes chrétiens d’intendance et d’engagement en faveur de l’épanouissement humain.»
Les personnes participantes ont mis en garde contre l’impact de l’IA sur les populations vulnérables, en particulier les enfants. La pasteure Lizette Pearl Tapia, de l’Union Theological Seminary des Philippines, a décrit l’exploitation et les abus sexuels en ligne comme un «harcèlement numérique mondialisé et immortalisé des enfants» que les outils basés sur l’IA peuvent sophistiquer grâce aux images de synthèse et aux systèmes automatisés de grooming (piégeage pédophile).
M. Katleho Mokoena, de l’Université de Witwatersrand, attend des Églises qu’elles dépassent les déclarations théologiques pour se mobiliser à ce sujet: «Dans le monde de l’IA et des politiques numériques, on ne discute pas de l’impact de la technologie sur la religion et la spiritualité, et la voix de l’Église est presque inexistante, a-t-il regretté. C’est le moment ou jamais, pour l’Église, de se montrer prophétique en dévoilant les inconnues de la technologie, en disant la vérité aux pouvoirs établis et en plaidant en faveur de la justice.»
Mme Lin Wan-Jou, de l’Université normale nationale de Taïwan, a remis en question les promesses écologiques entourant l’IA: «Quels que soient les progrès que l’IA peut promettre en matière d’environnement, ils sont largement neutralisés par les émissions et les extractions nécessaires pour la faire exister.»
Pour le pasteur Park Seong Won, de l’École supérieure de théologie de Gyeongan, «s’ils persistent, l’“illectronisme” concernant l’IA et le chômage de masse pourraient provoquer de brusques montées de haine, de clivages et de violences».
Le colloque NIFEA s’est tenu au Kwanglim Seminar House de Pocheon-si, en Corée, où il a rassemblé une diversité de points de vue dans le but de concevoir des actions théologiques concrètes en réponse aux transformations technologiques. L’événement était notamment coorganisé par la Communion mondiale d’Églises réformées, la Fédération luthérienne mondiale, le Conseil méthodiste mondial, le Conseil pour la mission mondiale et la Société unie des partenaires dans l’Évangile.