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Dr Mathews George
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Rétrospectivement, de quelle réalisation de votre mandat êtes-vous le plus fier, et pour quelles raisons pensez-vous qu’elle aura un impact durable sur les Églises et les communautés desservies par la CCA?

Chunakara: Je me suis efforcé d’introduire plusieurs initiatives nouvelles dans différents domaines de programme afin de garantir des actions œcuméniques dans plusieurs contextes asiatiques émergents. Quand je faisais partie du personnel administratif de la CCA dans les années 1990, j’ai pris conscience qu’il fallait que la CCA repense ses activités, qu’elle les réinvente de façon plus adaptée, plus contextuelle, au lieu de répéter des priorités programmatiques dépassées. Partant de là, j’ai lancé une refonte des programmes, et les nouvelles priorités des programmes mis sur pied ont été établies à partir des retours que m’ont faits les Églises et les communautés membres de la CCA. Mes échanges directs avec les intéressé-e-s à tous les stades de la mise en œuvre m’ont permis de comprendre l’intérêt de ces initiatives et la réceptivité des personnes concernées, ce qui m’a ensuite aidé à établir nos priorités. 

Quels sont les plus grands défis auxquels les Églises d’Asie ont été confrontées durant votre mandat, et comment la Conférence chrétienne d’Asie y a-t-elle répondu?

Chunakara: L’identité, l’existence et l’intégrité des communautés chrétiennes asiatiques sont menacées face aux problèmes complexes qui se posent dans des contextes socioéconomiques, géopolitiques et culturels en pleine évolution. Les Églises sont confrontées à toute une série de défis qui impactent leur mission et leur témoignage: les violations des droits des minorités chrétiennes, notamment les persécutions, les agressions incessantes d’Églises, d’institutions et de personnes chrétiennes, ainsi que la marginalisation des chrétien-ne-s, contribuent à la vulnérabilité et à l’isolement de nombreuses communautés chrétiennes locales.

Quelles seront, selon vous, les grandes tendances de la mission et du témoignage des Églises de la région au cours des dix prochaines années?

Chunakara: Le rôle des Églises traditionnelles et leur témoignage dans plusieurs régions d’Asie connaissent des changements radicaux, et ce, pour plusieurs raisons. Les membres des Églises traditionnelles se laissent attirer par une tendance toujours plus marquée à l’évangélisation agressive, promue par les Églises de nouvelle génération et par des groupes paraecclésiaux qui manifestent un formidable zèle missionnaire. Dans un contexte asiatique en mutation, cette tendance à laisser la place à des expressions non institutionnelles de la mission chrétienne et de l’évangélisation prend de l’ampleur dans plusieurs pays. Une autre tendance se renforce en parallèle: les mouvements charismatiques et les nouvelles formes indépendantes de pentecôtisme et d’évangélisme, qui prennent également de l’ampleur. 

Vous avez souvent parlé d’un «œcuménisme de proximité, centré sur les personnes». Pouvez-vous donner des exemples d’application réussie de ce modèle? Quelles mesures les congrégations locales peuvent-elles prendre pour intégrer l’œcuménisme dans leur vie ecclésiale quotidienne?

Chunakara: Nous avons tendance à ne considérer la collaboration entre Églises au niveau local ou sur le terrain que face à une crise locale, ce qui est souvent présenté comme un bon exemple d’œcuménisme. Or, l’intention est en réalité de résoudre des crises locales ou de faire face à une menace ou à un ennemi commun. À d’autres occasions, les Églises locales organisent des célébrations de Noël ou de Pâques qui sont également présentées comme des événements œcuméniques. Mais il existe de nombreux autres contextes dans lesquels elles s’unissent et œuvrent ensemble au niveau local, ce qui fait ressortir clairement leurs manifestations visibles de l’unité ecclésiale et leurs efforts sincères pour promouvoir et entretenir un témoignage commun. Certaines Églises ont mis en place des plateformes locales. Elles s’associent à des organisations d’inspiration religieuse pour mener des initiatives conjointes visant à promouvoir le vivre-ensemble, à sensibiliser au VIH/sida, à lutter contre les violences faites aux femmes, ou à mener à bien des campagnes pour apporter une aide humanitaire en cas d’urgence. Il s’agit d’initiatives et d’actions spontanées, portées par des membres laïques ou ordonné-e-s de ces congrégations.

Quelles nouvelles méthodes faut-il adopter pour impliquer les jeunes chrétien-ne-s dans le mouvement œcuménique et préparer la prochaine génération de responsables œcuméniques en Asie?

Chunakara: L’œcuménisme en tant que mouvement fédérateur respectueux de la diversité n’a guère d’influence sur les nouvelles générations de chrétien-ne-s, qualifiées de «Génération Z» (ou «Gen Z») et de «Millenials» (ou «Génération Y»), qui vivent aujourd’hui dans un village mondial. C’est une réalité: la jeunesse d’aujourd’hui s’est dans une large mesure éloignée du courant dominant du mouvement œcuménique, et en particulier du mouvement œcuménique «institutionnalisé». Les jeunes étaient imprégné-e-s autrefois de l’esprit œcuménique, mais la jeune génération actuelle n’est plus ancrée dans un contexte géographique ou confessionnel particulier. Aujourd’hui, leur vision du monde, notamment en ce qui concerne la religion, la tradition, les sources d’autorité, ainsi que les questions de ségrégation et de discrimination, est en pleine mutation. La jeunesse chrétienne fait également preuve d’une certaine mentalité «nomade», car elle ne peut tout simplement pas accepter de rester dans une même Église du baptême jusqu’à la mort. Il lui manque en réalité un sentiment d’appartenance.

Christian Conference of Asia