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Déclaration sur la crise des déplacements forcés

Le Comité central du COE appelle à des mesures internationales plus concertées et mieux coordonnées en vue de résoudre les causes profondes du déplacement forcé des populations.

28 juin 2016

J’étais un étranger et vous m’avez recueilli. Matthieu 25,35

La communauté internationale traverse une crise de déplacements forcés sans précédent: des hommes et des femmes sont contraints de quitter leur foyer, leur communauté et leur pays pour fuir un conflit, des persécutions, la répression, une catastrophe d’origine naturelle ou anthropique, la dégradation de l’environnement ou d’autres situations qui font peser une menace sur leur vie, leur liberté ou leurs moyens de subsistance.

En 2015, les déplacements forcés causés par des conflits et des persécutions ont battu tous les records, avec plus de 65 millions de personnes (soit un être humain sur 113) contraintes de fuir de chez elles par crainte pour leur vie. Les conflits et l’insécurité au Moyen-Orient (en particulier la guerre tragique qui se poursuit en Syrie) et dans certaines régions d’Afrique sont les principales causes de cet exode.

Durant cette même année, plus d’un million de personnes ont traversé la mer Méditerranée pour rejoindre l’Europe en tant que réfugiés et migrants, s’en remettant pour la plupart à des passeurs, dans leur quête de sécurité et d’un lieu où rebâtir leur vie. Plus de 3 770 personnes sont mortes en tentant cette traversée périlleuse en 2015, et il y aurait déjà plus de 2 850 disparus à ce jour en 2016.

Ainsi que l’a observé le Comité exécutif du COE dans sa déclaration de juin 2015 sur les réponses aux crises des migrants, cette crise mondiale se manifeste dans de nombreux contextes différents à travers le monde, comme en témoigne le nombre sans précédent de migrants et de réfugiés cherchant à rejoindre l’Europe par la Méditerranée, mais aussi de migrants rohingyas et bangladais en mer d’Andaman, de personnes remontant l’Amérique latine en direction des États-Unis, etc.

En Amérique centrale, notamment au Guatemala, au Salvador et au Honduras, le problème de la migration forcée est lié à une corruption endémique, aux gangs et, en bout de chaîne, au trafic de drogues et au crime organisé. Dans son dernier rapport sur les tendances mondiales, le Haut-commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a annoncé que le nombre de demandeurs d’asile originaires des pays au nord de l’isthme de l’Amérique centrale (Honduras, Guatemala et Salvador) était passé de 20 900 en 2012 à 109 800 en 2015.

Ces crises démontrent qu’il est impossible, dans le monde actuel, de rester isolés dans sa sécurité et son confort personnels face aux souffrances vécues par un si grand nombre de personnes en quête de protection. Il n’a jamais été acceptable de rester sourds et aveugles au sort des victimes, mais aujourd’hui ce n’est plus du tout possible.

Face à cette crise mondiale des déplacements forcés, les autorités et les sociétés d’Europe, d’Amérique du Nord et d’Australie, entre autres destinations de ces mouvements de population, se sont vues testées dans leur détermination et leur capacité à honorer les obligations et les engagements qui leur incombent en matière de droits humains, d’éthique élémentaire et de moralité en vertu du droit international et des politiques internationale.

Les réactions ont été très variables selon les pays vers lesquels tant de personnes désespérées se sont tournées. Dans certains cas, malgré les difficultés logistiques évidentes et les problèmes politiques, elles ont été accueillies avec compassion. Le Comité central applaudit en particulier les efforts déployés par les communautés et les Églises pour apporter aide et soutien aux personnes qui arrivent dans leur pays ou qui le traversent. Les Églises et les partenaires spécialisés, notamment par l’intermédiaire d’Alliance ACT, ont cherché à fournir une aide humanitaire élémentaire aux personnes concernées dans leur pays d’origine, de transit ou de destination. D’autres institutions ecclésiales, à l’instar de la Commission des Églises auprès des migrants en Europe (CEME), ont plaidé pour des réactions fondées sur des principes et empreintes de compassion de la part des pouvoirs publics, des sociétés et des Églises.

Le COE lui-même a effectué des visites de solidarité dans les pays concernés et dans des camps de réfugiés et de migrants; il a organisé des forums d’échanges et de réflexion théologique entre Églises (à l’image de la Consultation des responsables d’Églises sur la crise des réfugiés en Europe, co-organisée le 29 octobre 2015 à Munich par le COE, l’Église évangélique d’Allemagne et l’Église évangélique luthérienne de Bavière); et il a préparé, en coopération avec ses partenaires des Nations Unies (l’UNICEF, le HCR et le FNUAP), une grande conférence intitulée «La réponse de l’Europe à la crise des réfugiés et des migrants – Départ, transit, accueil et refuge» les 18 et 19 janvier 2016 à Genève. De même, avec la CEME, la Conférence des Églises européennes (KEK) et l’Église protestante des Pays-Bas, le COE a co-organisé du 14 au 16 juin 2016 une conférence à Lunteren, aux Pays-Bas, afin d’examiner l’impact de la crise mondiale des réfugiés en Europe, sur le thème «Soyez sans crainte».

Cependant, bien trop souvent, les autorités et les sociétés des pays dans lesquels ces personnes en détresse sont venues chercher refuge leur ont opposé des réactions de peur, de rejet et d’exclusion. Bien trop souvent, les acteurs politiques se sont employés à alimenter les inquiétudes de l’opinion publique et à attiser les craintes à des fins politiques. Bien trop souvent, les Églises ont peiné à suivre l’appel chrétien à recueillir l’étranger.

En outre, dans ce contexte, des principes fondamentaux établis du droit international humanitaire ont été remis en cause et battus en brèche, y compris le droit d’asile, ce principe fondamental en vertu duquel toute personne fuyant un conflit ou la persécution a droit à une protection internationale, indépendamment de sa nationalité, de son origine ethnique, de sa religion, de son état de santé et de tout critère autre que celui de la nécessité.

D’origine très ancienne, ce principe est inscrit dans la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 et protégé par la Convention relative au statut des réfugiés de 1951 et par le protocole de 1967 sur la question. Avec la création du Haut-commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, la Convention de 1951 était la réponse collective de la communauté internationale aux souffrances des réfugiés (majoritairement européens) au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale. Les principes et obligations définis par le droit international des réfugiés sont tout aussi valables et nécessaires dans le contexte de la crise mondiale actuelle qu’ils l’étaient à l’époque.

Réuni à Trondheim (Norvège) du 22 au 28 juin 2016, le Comité central:

  • Acknowledges and respects
      the prerogative of sovereign states to define arrangements for the control of their own borders and the conditions of entry and stay, and recognizes the practical and political challenges posed by the numbers of people arriving. But all states must honour the letter and spirit of their obligations under international law, including human rights and refugee law and especially the right of asylum, or risk jeopardizing the very principles and protections defined to respond to such crises and to which all should be entitled. And states receiving refugees should refrain from imposing oppressive and inhumane constraints upon family reunification that cause suffering and impede social integration, such as lengthening waiting periods.
  • Acknowledges and understands
      the fear and uncertainty felt by societies, communities and churches in countries receiving large numbers of new arrivals – the fear of loss of security, of culture, of tradition, of identity and of livelihood. But in the midst of fear and uncertainty, as Christians we are called to remember our common humanity, the shared God-given human dignity of all, the ‘Golden Rule’, the mission of caring for orphans and widows in their affliction (James 1:27) and of welcoming the stranger (Matthew 25:35). We are assured by Jesus Christ who calls us to this ministry that we need not be afraid (John 14:27).
  • Affirms and commends
      to members churches and partners the WCC executive committee June 2015 statement on responses to migrant crises, the communiqué from the Church Leaders’ Consultation on the European Refugee Crisis, Munich, 29 October 2015, and the "Call for Shared Responsibility and Coordinated Action" issued by the WCC-UN conference on Europe’s Response to the Refugee Crisis, From Origin to Transit, Reception and Refuge, Geneva, 18-19 January 2016, and the June 2016 Lunteren conference statement "Have no fear".
  • Reiterates and underlines
      the WCC’s deep concern for the lives of the tens of millions of people forcibly displaced globally who, fleeing from situations of conflict, violence, persecution, oppression, disaster and deprivation, are driven to undertake journeys of desperate risk and danger.
  • Stresses
      its support for the principles of international humanitarian and human rights law and for their application in the context of this crisis.
  • Urges
      states to refrain from measures that undermine and do not respect their relevant obligations under international refugee and human rights law, especially the right of asylum, and not to abdicate their responsibilities for saving lives and providing protection, or to seek to shift such responsibilities to others, but rather to accept and share these responsibilities through international and regional cooperation and reflect on the true spirit of these laws.
  • Calls
      for much greater and more effective international solidarity in responding collectively to this global crisis, especially through the United Nations system and regional bodies, and addressing the entire trajectory of the movement of forcibly displaced refugees and migrants – from points of origin and transit to points of destination.
  • Draws attention to
      the forthcoming UN Summit on Refugees and Migrants, 19 September 2016, as an opportunity for collective governmental and non-governmental reflection and recommitment to a principled and effective response to the current crisis.
  • Especially calls
      for more concerted and coordinated international action to resolve the root causes of forcible displacement of people, especially the conflicts in Syria and elsewhere in the Middle East, in Libya and elsewhere in Africa, and the situations of extreme oppression and deprivation from which so many people are fleeing.
  • Highlights
      the full implementation of the 2030 Agenda for Sustainable Development/Sustainable Development Goals and also welcomes the engagement of the UN International Decade for people of African descent as one key framework for addressing such root causes.
  • Encourages
      churches and specialized ministries of the churches in their diaconal and humanitarian response to people on the move, both locally in their own contexts as well as through the international coordination of ACT Alliance.
  • Invites
      immediate wider ecumenical support for the efforts of churches and related organizations bearing the heaviest burden of numbers of forcibly displaced persons.

APPROVED