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#WCC70: Les Églises, des «agents de la liberté»

#WCC70: Les Églises, des «agents de la liberté»

Photo: Albin Hillert/FLM

12 février 2018

Version française publiée le: 15 février 2018

En 2018, nous célébrons le 70e anniversaire du Conseil œcuménique des Églises. Dans l’objectif d’offrir un témoignage vivant de la fraternité œcuménique et de notre cheminement commun, les Églises membres ont partagé des récits de personnes, d’événements, de réalisations et même d’échecs qui enrichissent notre quête collective de l’unité des chrétiens.

Cette histoire a été écrite par Olle Eriksson, un ressortissant namibien qui a travaillé pendant 35 ans (1968-2003) auprès de l’Église évangélique luthérienne de Namibie, de la Mission évangélique luthérienne finlandaise et de la Fédération luthérienne mondiale.

Les idées ou les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement les politiques du Conseil œcuménique des Églises.

Les minorités blanches ont gouverné trois pays du sud de l’Afrique pendant de nombreuses années, y compris après l’indépendance de la plupart des anciennes colonies africaines. Des guerres sanglantes et acharnées ont fait rage pendant 20 à 30 ans avant que le Zimbabwe (anciennement Rhodésie) et la Namibie (anciennement Sud-Ouest africain) n’obtiennent leur indépendance en 1980 et 1990 respectivement, ainsi qu’avant la prise de pouvoir de la majorité en Afrique du Sud en 1994.

Les mouvements de libération, par exemple l’Organisation du peuple du Sud-Ouest africain (SWAPO) en Namibie, étaient les principales forces manifestant et luttant pour l’indépendance, et il convient de mettre à leur crédit les conquêtes obtenues avant et après leur victoire.

Ces mouvements de libération, qui sont ensuite devenus des partis politiques, n’étaient cependant pas les seuls mouvements et institutions œuvrant pour le changement, la justice, l’indépendance et la paix. Des gouvernements favorables, des personnes sensibilisées et des organisations issues de différentes sphères de la société ont uni leurs efforts avec les opprimés.

Dans cet article, je mets en avant le rôle des Églises, aussi bien à l’échelle locale qu’à l’échelle internationale, en tant que force incontournable pour garantir l’indépendance, la paix, la stabilité et le progrès en Namibie. Nulle part ailleurs les Églises n’ont joué un tel rôle positif dans l’obtention de l’indépendance d’une nation. Les acteurs politiques et militaires eux-mêmes l’admettent et saluent cette intervention.

La tribune offerte par les Églises a pris de l’importance dans un contexte où la société civile n’avait aucune autre plateforme. Les organisations politiques, les syndicats et les autres organismes étaient interdits ou réduits au silence. Les seules entités qui jouissaient d’une certaine liberté, et qui disposaient d’un réseau étendu de communautés locales, de structures nationales et de dirigeants autochtones, étaient les Églises.

La plupart de ces Églises, en particulier l’Église anglicane, l’Église luthérienne et l’Église catholique romaine, s’occupaient depuis longtemps non seulement de spiritualité, mais également d’activités sociales et de développement au sein des communautés noires, défavorisées, oppressées et pauvres. Le pays a été divisé en « foyers nationaux ». Les familles ont été séparées en vertu d'un système de contrats de travail aux termes duquel les hommes restaient loin de leurs familles pendant de longues périodes. La liberté de mouvement était restreinte, les possibilités d’emploi n’étaient pas les mêmes pour tous, le système éducatif était inégalitaire, etc.

Les Églises connaissaient les souffrances et les aspirations du peuple, dont elles avaient gagné la confiance. Voilà pourquoi elles avaient l’autorité nécessaire pour porter la voix des laissés-pour-compte.

Les Églises se sont en outre aperçu que si elles restaient seules et isolées, elles n’obtiendraient que peu de résultats. Elles ont donc été réunies par la situation politique. Les trois Églises luthériennes ont formé des plateformes conjointes, et des organismes interconfessionnels comme le Conseil chrétien puis le Conseil des Églises en Namibie ont vu le jour dans les années 1970. Avant cela, de nombreuses Églises étaient devenues membres d'organismes internationaux et œcuméniques comme la Fédération luthérienne mondiale (FLM) et le Conseil œcuménique des Églises (COE), ce qui leur permettait de faire entendre leur voix dans des tribunes internationales et d’obtenir la solidarité et le soutien dont elles avaient besoin. La liste des personnalités exceptionnelles ayant pris part au processus allait devenir longue.

Déjà pendant les années 1960, et encore plus pendant les années 1970 et 1980, la FLM et le COE ainsi que leurs Églises membres ont apporté un soutien, financier et autre, à de nombreux projets et programmes de développement et de nature ecclésiale. Ces organisations œcuméniques ont également été sollicitées pour appuyer la SWAPO sur le plan humanitaire et du développement. Cela a bien entendu éveillé des soupçons sur l’utilisation de cette aide pour acheter des armes.

Cette situation a suscité la colère du gouvernement blanc d’Afrique du Sud, dont dépendait le Sud-Ouest africain. Les Églises, les personnalités ecclésiales et les employés des Églises ont été intimidés et harcelés. Des bâtiments ont été bombardés, par exemple l’imprimerie luthérienne d’Oniipa. Des employés des Églises ont été arrêtés et torturés, certains ont été emprisonnés à Robben Island ou ailleurs, d’autres ont été tués et d’autres encore sont morts dans l’explosion de mines antipersonnel. Des travailleurs expatriés ont été expulsés ou se sont vus refuser visas et permis de travail pour certaines zones.

Il n’en reste pas moins que les Églises ont joui d’une certaine immunité et liberté, et qu’elles ont été écoutées dans une certaine mesure, car le gouvernement s’est rendu compte qu’elles constituaient une force qui ne pouvait pas être ignorée.

Le gouvernement sud-africain a bien évidemment tenté d’orchestrer des campagnes publiques contre les Églises. Les mouvements d’indépendance comme les Églises et leurs employés ont été taxés d’agents du communisme et du marxisme, ainsi que de l’Union soviétique et de ses alliés. Les gens ordinaires ne savaient pas grand-chose sur le communisme. Étant donnée la virulence du discours tenu par le gouvernement sud-africain contre cette doctrine, les gens ont commencé à penser que le communisme devait en fait être une bonne chose. Il a fallu un peu de temps au gouvernement sud-africain pour se rendre compte de son erreur.

La suite est rentrée dans l’histoire. En bref, l’Afrique du Sud a dû renoncer au Sud-Ouest africain/à la Namibie et accepter un processus d’indépendance sous supervision de l’ONU. Pour le Groupe d’assistance des Nations Unies pour la période de transition, dirigé par le représentant spécial Martti Ahtisaari, les Églises devaient faire partie du processus. À la suite des affrontements armés et de la crise qui ont éclaté dès le début de la présence de l’ONU le 1er avril 1989, les Églises ont été sollicitées pour s’occuper des combattants de la SWAPO capturés et blessés et pour les mettre en sécurité. Le processus de rapatriement de plus de 42 000 Namibiens exilés a été mené en grande partie par le Comité des Églises pour le rapatriement, la réinstallation et la reconstruction, sous la houlette du Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés. Un quatrième mot commençant par « R » aurait pu être ajouté, à savoir « réconciliation ». La réconciliation a été choisie comme thème central du processus de construction nationale par le nouveau gouvernement. Cela est patent, par exemple, dans l’intégration réussie des combattants de la guérilla et des anciens soldats de l’armée sud-africaine au sein de la nouvelle armée.

Néanmoins, les Églises ne sont pas parvenues à pousser le gouvernement à créer une Commission de la vérité et de la réconciliation comme en Afrique du Sud et à traiter de façon satisfaisante les atrocités commises par la SWAPO dans ceux qu’on appelle les « donjons » de Lubango et ailleurs.

Nombreux ont été les hommes et les femmes d’Église et appartenant à la société, en Namibie et ailleurs, à faire preuve de courage et de clairvoyance. Nous pouvons également dire sans trop nous avancer que c'est la première fois dans l’histoire que les chrétiens se sont unis avec une telle force pour œuvrer à l’indépendance d’une nation. N’oublions pas toutes les prières adressées au Seigneur tout-puissant. Ces prières ont été entendues.

Plus d’informations concernant le 70e anniversaire du COE

Si vous avez une histoire à nous raconter concernant le COE, n’hésitez pas à nous l’envoyer!

fellowship@wcc-coe.org