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Qu’implique le dialogue avec le judaïsme pour l’identité chrétienne? Des experts débattent

09/06/2015

Version française publiée le: 15/06/2015

Le dialogue avec le judaïsme incite les chrétiens à mener une réflexion plus approfondie sur leur propre identité et leur propre religion, selon des experts réunis lors d’un débat organisé pendant le Kirchentag, convention des Églises protestantes allemandes, qui a rassemblé près de 100 000 personnes à Stuttgart, dans le sud du pays.

Le débat qui s’est tenu le 5 juin avait pour thème «Qui est le peuple?», référence au fait que les peuples juif et chrétien se considèrent tous deux comme le peuple de Dieu.

À l’ouverture du débat, l’universitaire juif américain Mark Nanos a appelé les chrétiens à réévaluer leur perspective sur le rôle de saint Paul, qui, selon le Nouveau Testament, a commencé à répandre le message de Jésus après une expérience sur la route de Damas.

On considère généralement que Paul «s’est converti du judaïsme pour adhérer à une nouvelle religion, le christianisme, et devenir son missionnaire le plus emblématique», a rappelé Mark Nanos, de l’Université du Kansas. Mais pour l’universitaire, Paul est resté dans le judaïsme et il a écrit à partir de ce point de vue.

«Non seulement son origine ethnique et religieuse était juive, mais, selon moi, il continuait à pratiquer le judaïsme et, qui plus est, à le promouvoir», a déclaré Mark Nanos, étayant son propos à l’aide d’exemples tirés des lettres de Paul dans le Nouveau Testament.

Mark Nanos reconnaît toutefois que, pour certaines personnes, une telle affirmation est inconcevable. Cependant, a-t-il ajouté, beaucoup de spécialistes du Nouveau Testament acceptent aujourd’hui que les termes «chrétien» et «christianisme» n’existaient pas à l’époque de Paul mais sont apparus ultérieurement.

Petit à petit, des différences se sont fait jour, ce qui a conduit le judaïsme et le christianisme à se définir comme deux religions différentes. Ces différences ont souvent été utilisées comme des «mandats de discrimination», a affirmé Mark Nanos.

Dans ce contexte, les valeurs fondamentales propagées par Paul dans ses épîtres ont commencé à être perçues comme étant chrétiennes et en opposition à la pensée et la pratique juives.

Cependant, «l’idée de vivre gracieusement en étant tournés vers ceux et celles qui sont différents de nous, d’être accueillants, de vivre pour eux et non pas en opposition à eux sont des principes qui sont au cœur du judaïsme», a expliqué Mark Nanos. «Quand on lit Paul dans une perspective juive, n’y voit-on pas des principes applicables dont chacun de nous peut tirer des leçons et auxquels nous pouvont tous adhérer?»

Une autre intervenante, Claudia Janssen, professeure de Nouveau Testament à l’Université de Marbourg, a averti que quand les chrétiens affirment être le «peuple de Dieu», ils prennent le risque d’exclure les juifs.

Pour Clare Amos, responsable de programme pour le dialogue interreligieux au Conseil œcuménique des Églises (COE), la relation entre chrétiens et juifs est «un genre de prisme» qui pourrait offrir aux chrétiens des perspectives plus larges d’interactions interreligieuses.

Elle a évoqué une récente étude du COE intitulée «Qui disons-nous que nous sommes? L’identité chrétienne dans un monde multireligieux», qui s’intéresse à la façon dont le dialogue avec des fidèles d’autres religions peut bousculer, modifier ou approfondir la foi et l’identité des chrétiens.

L’étude insiste sur le fait que «c’est dans le dialogue et le questionnement mutuel avec des fidèles d’autres religions, dont le judaïsme, que nous parvenons à comprendre pleinement qui nous sommes», a expliqué Clare Amos.

L’étude pose en outre que «les relations avec le peuple juif constituent une dimension très spéciale et particulière de la démarche interreligieuse des chrétiens».

La réévaluation et la nouvelle identité du christianisme dans ses relations avec le judaïsme, en particulier depuis le milieu du 20e siècle, peut offrir aux chrétiens des perspectives pour voir leur propre identité vis-à-vis des autres religions, suggère l’étude.

Yohanna Katanacho, doyen du Bethlehem Bible College, a déclaré qu’en tant que Palestinien, considéré à ce titre comme un citoyen de seconde zone, son approche de la question est différente de celle des autres experts présents au débat.

«Le judaïsme est une religion aux multiples facettes», a-t-il affirmé. «Je trouve triste que de nombreux juifs israéliens discriminent les chrétiens palestiniens.»

Mark Nanos affirme que les chrétiens doivent avoir une relation nouvelle et meilleure à l’égard des juifs, a rappelé Yohanna Katanacho, mais, demande-t-il, «cette nouvelle interprétation de Paul peut-elle aider les Palestiniens et les juifs israéliens à construire la paix pour moi?»