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En Argentine, l’aventure agitée des droits de la personne se poursuit

En Argentine, l’aventure agitée des droits de la personne se poursuit

Le pasteur Tveit, secrétaire général du COE, Estela de Carlotto et la secrétaire générale adjointe Isabel Apawo Phiri.

01 September 2017

English version published on: 05 September 2017

Par Annegret Kapp*

«L’Argentine connaît depuis 1983 la plus longue période démocratique de son histoire. C’est un exploit, et c’est pour cela que nous devons en prendre soin.» Fierté à l’égard de la transition pacifique d’une dictature militaire à la démocratie il y a 35 ans et inquiétude face à l’évolution récente de son pays: tels étaient les messages qu’Estela Barnes de Carlotto a amenés avec elle lors d’une rencontre à Genève destinée à donner un nouvel élan à l’amitié entre le Conseil œcuménique des Églises (COE) et l’association Grands-mères de la place de Mai, dont elle est la présidente.

Mme Carlotto a été accueillie au Centre œcuménique de Genève par le pasteur Olav Fykse Tveit, secrétaire général du COE, et par plusieurs responsables. Elle a remercié le COE pour le soutien reçu pendant les années où, avec d’autres femmes, elle a mené des manifestations hebdomadaires sur la place de Mai. Elles avaient choisi cette place symbolique dans le centre de la capitale argentine pour demander justice pour leurs enfants enlevés, ainsi que la restitution de leurs petits-enfants nés dans les centres de détention secrets du régime.

«Dans notre douleur, nous avons décidé de nous unir», a déclaré Mme Carlotto, rappelant la force collective de ces mères et grands-mères.

La vigueur et la détermination de cette dame de 86 ans ont autant impressionné les responsables du COE que l’histoire émouvante qu’elle avait à relater sur les peines qu’a connues sa famille. Pour commencer, en 1977, son mari a été enlevé et emprisonné pendant 25 jours, parce que le régime voulait savoir où se trouvaient les filles du couple, membres d’un mouvement étudiant. Après avoir été témoin et victime de la torture pendant ces 25 jours, il a finalement été libéré.

Mais la famille a eu moins de chance quand, quelques mois plus tard, leur fille Laura, alors enceinte, a été illégalement arrêtée à son tour. Si elle n’a pas été exécutée tout de suite comme son compagnon, elle n’a été épargnée que le temps de donner naissance à un garçon, ce que la famille apprendrait bien plus tard.

À la différence des familles d’autres personnes disparues, «nous avons eu le privilège de recevoir son corps le jour où elle a été exécutée», s’est souvenue Mme Carlotto, avant d’expliquer comment sa douleur s’est transformée en engagement: «J’ai juré sur la tombe de ma fille que je demanderais justice pour elle et que je retrouverais son fils.»

Mme Carlotto a en effet retrouvé son petit-fils Guido en 2014, lorsqu’il a répondu à l’appel des Grands-mères de la place de Mai, qui invitaient les jeunes gens ayant des doutes sur leur identité à se soumettre à un test ADN. La joie de retrouver son petit-fils perdu n’a pas entamé sa détermination: «Je continuerai d’œuvrer pour les grands-mères dont les bras sont encore vides tant que je vivrai et que j’en aurai la force», affirme-t-elle.

L’association maintient son engagement envers les 30'000 personnes qui ont été enlevées entre 1976 et 1983, en réclamant justice auprès du système judiciaire et en recueillant des preuves médico-légales. Elle poursuit également ses efforts pour réunir à leur famille biologique les quelque 500 enfants qui ont été illégalement et secrètement adoptés pendant cette période, parfois même par les assassins de leurs vrais parents. À ce jour, 122 enfants ont pu établir leur véritable identité avec l’aide de ces grands-mères.

Lors de sa rencontre avec des responsables du COE le 31 août, Mme Carlotto a exprimé son inquiétude face au rétrécissement récent, en particulier depuis l’élection d’un nouveau gouvernement en 2015, de l’espace dévolu au débat sur les crimes du passé.

Elle a également cité le cas de Santiago Maldonado, un jeune homme de 28 ans porté disparu depuis le 1ᵉʳ août après avoir participé à une manifestation pour les droits de la population autochtone en Patagonie. Elle partage les préoccupations de la famille du jeune homme, qui s’inquiète que l’État ne prenne pas au sérieux les éléments indiquant l’implication des forces de sécurité dans sa disparition. Des manifestations de solidarité se sont déroulées dans toute l’Argentine le 1ᵉʳ septembre.

Églises membres du COE en Argentine

À lire également:
Les Églises d’Argentine se réjouissent des retrouvailles d’une grand-mère et de son petit-fils né dans un camp de la mort (Communiqué de presse du COE d’août 2014) (en anglais)

Déclarations relatives à la disparition de Santiago Maldonado du Mouvement œcuménique pour les droits humains (MEDH), de l’Église évangélique du Rio de la Plata, de l’Église évangélique luthérienne unie, de l’Église évangélique méthodiste d’Argentine et de l’Église vaudoise (en espagnol)

Des photos de la rencontre et un extrait d’une minute en espagnol peuvent être téléchargés gratuitement pour illustrer cet article.

*Annegret Kapp est chargée de communication pour le Conseil œcuménique des Églises.