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Dénoncer l'inégalité entre les genres pour promouvoir la santé des femmes

Dénoncer l'inégalité entre les genres pour promouvoir la santé des femmes

Sarojini Nadar lors d'un débat sur les formes d'engagement missionnaire © Gary Doak/Edinburgh 2010

07 novembre 2011

Sarojini Nadar est une théologienne et universitaire sud-africaine qui travaille sur les questions de genre, de religion et de santé depuis de nombreuses années. Elle est actuellement chargée d'enseignement et directrice du programme Genre et religion à l'École de religion et de théologie de l'Université de KwaZulu-Natal. Mme Nadar collabore activement avec les Églises pour sensibiliser les communautés à la question de la santé des femmes, en remettant en question les valeurs patriarcales et en travaillant en faveur de la justice hommes-femmes.

Dans le cadre de l'initiative du Conseil œcuménique des Eglises (COE) invitant les paroisses et les chrétiens à faire du mois de novembre un mois dédié à la santé et à la guérison autour de méditations bibliques sur le genre et la santé reproductive et sexuelle, Sarojini Nadar a été interviewée par le département de la Communication du COE sur le thème de "L'inégalité entre les genres et ses répercussions sur la santé: créé(e)s à l'image de Dieu".

Quelles sont les principales difficultés dues aux inégalités entre les genres auxquelles les femmes sont confrontées pour ce qui est de leur santé et de leur bien-être?

Il est important de souligner que la santé n'est pas nécessairement l'absence de maladie; c'est un état de bien-être global dans tous les aspects de la vie d'une personne, aux niveaux physique, émotionnel, mental, social et, bien sûr, spirituel. L'inégalité entre les genres a malheureusement des répercussions sur chacun de ces aspects du bien-être. Elle crée non seulement un déséquilibre au sein de la société mais peut aussi conduire à la mort physique. L'exemple le plus frappant en est la pandémie de VIH et SIDA en Afrique du Sud. L'inégalité entre les sexes est un facteur crucial dans la transmission sexuelle du VIH et elle a une influence sur le traitement, les soins et le soutien. Le VIH est devenu une pandémie sexospécifique, à cause des contextes politique et social de nos sociétés.

Quelles solutions les Églises peuvent-elles apporter pour veiller à la bonne santé des femmes dans les communautés?

Plusieurs espaces existent déjà et peuvent être créés afin que les femmes puissent assurer leur bien-être au moyen d'options plus saines. Ces espaces ne permettent pas de discuter toutes les options, mais je crois que l'un des espaces les plus efficaces est celui des organisations féminines d'Église.

Ces organisations peuvent offrir l'espace nécessaire aux femmes pour qu'elles deviennent des agents du changement et remettent en question le status quo patriarcal. Malheureusement, ces organisations sont devenues des "portes-paroles du patriarcat" au lieu d'espaces de transformation. La seule façon de se réapproprier ces espaces, c'est de faire en sorte que les femmes elles-mêmes soient conscientes de la nécessité de la justice et de l'équité entre les genres.

De plus, les pratiques culturelles pernicieuses – comme la "purification des veuves" (pratique traditionnelle consistant à ce que la veuve ait des relations sexuelles avec un membre de la famille de son mari décédé afin de garantir la conservation des biens au sein de la famille), les mutilations génitales féminines, la préparation des femmes à une relation conjugale inégale entre les deux époux – toutes continuent à alimenter la pandémie de VIH. Souvent, ce sont les femmes qui entretiennent ces pratiques.

Quel rôle les Églises peuvent-elles jouer pour soutenir les femmes dans leur quête d'équité et de bonne santé?

Un certain nombre d'études sur les inégalités entre les genres et la violence hommes-femmes démontrent que, malgré un dispositif national impressionnant, ces problématiques se perpétuent à une échelle inacceptable. C'est pourquoi le rôle des Églises est plus important que jamais.

Il existe une façon efficace de parler aux gens, au moyen du texte sacré, la Bible. La Bible est remplie de ressources permettant de dénoncer l'inégalité entre les genres et de montrer en quoi les inégalités de genre entraînent la maladie et la mort. Ces textes bibliques sont beaucoup trop nombreux pour être tous mentionnés mais peut-être qu'au cœur de cette problématique se trouve la question de la dignité humaine, c'est-à-dire prendre conscience de ce que signifie être créé(e) à l'image de Dieu.

Comment comprenez-vous cette idée biblique: "Créé à l'image de Dieu"?

Le mythe moyen-oriental des origines de la création qu'on trouve dans la Bible hébraïque s'est ancré dans des cultures du monde entier et il sert à établir et à légitimer une hiérarchie des relations hommes-femmes dans la société, simplement sur la base de l'idée qu'une femme a été créée à partir de la côte d'un homme.

Comme l'a souligné Phyllis Trible, "à travers les âges, des gens se sont servis de ce texte pour légitimer le patriarcat comme étant la volonté de Dieu. Ils affirmaient que ce texte place la femme sous l'homme dans la création, la désigne comme la séductrice de l'homme, la maudit et autorise l'homme à exercer son autorité sur elle." Une étude biblique qui remet en question le concept de la femme créée à partir d'une côte au lieu d'être la moitié du premier terrien adama peut grandement contribuer à faire accepter l'idée selon laquelle la femme a été intégralement créée à l'image de Dieu et à sa ressemblance et que, par conséquent, la violence faite aux femmes est synonyme de "violence faite à Dieu".

À lire également:

Mois du COE pour la santé et la guérison, novembre 2011

Réflexions – L’inégalité et l’injustice entre les genres: Créé(e)s à l’image de Dieu

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