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La Conférence d’Edimbourg 2010 se conclut par une symphonie des Eglises

08.06.10

Parapluies à la sortie de l'Assembly hallQue vont emporter chez eux les délégués d’Édimbourg ? D’abord… un beau parapluie rouge et blanc, donné à chaque délégué, avec le thème de la conférence : « Témoigner de Christ aujourd’hui ».
Photo: Gary Doak/Edinburgh 2010

Alors qu’en 1910, une assemblée «pâle et mâle», composée de 1200 délégués occidentaux, de quelques 20 asiatiques et d’un africain, chantait des chorals de la culture britannique et victorienne, des chants de tous les continents ont retenti aujourd’hui dans l’«Assembly Hall» de l’Eglise d’Ecosse. Un peuple multicolore et symphonique exprimant l’universalité de l’Evangile et un christianisme devenu mondial.

Une chorale de plusieurs communautés africaines d’Édimbourg, des jeunes indiennes dansant le récit de la rencontre de Jésus avec la Samaritaine, des chants de plus de vingt nations. Depuis la première assemblée, quel impressionnant pèlerinage vers un christianisme de plus en plus multiculturel ! Pour cet événement, un «Pèlerinage œcuménique de la mission», retraçant cent années de mission, a d’ailleurs été réalisé. Lors de cette célébration, il était émouvant de réaliser comment la foi vivante des peuples qui ont reçu la mission, renouvelle celle des Eglises qui leur avaient envoyé leurs missionnaires. Ces peuples maintenant présents en Europe avec leurs églises et qui illustrent cette « mission de partout vers partout », que la Conférence d’Édimbourg a thématisé.

Rose Dowsett, membre du Comité de préparation et déléguée de l’Alliance évangélique mondiale ne cache pas son enthousiasme : « Je pense qu’il n’y a pas eu dans l’histoire de l’Eglise un rassemblement incluant une si grande diversité, où nous avons pu partager notre vision de la mission». Brian Stanley, de l’Université d’Edimbourg et auteur d’une étude sur la Conférence de 1910 remarque : « Si un délégué de 1910 était assis parmi nous il aurait été réjoui par tant de délégués du monde entier, surtout ceux d’Afrique qui n’étaient alors pas représentés. Il aurait été aussi heureux de voir tant de catholiques et d’orthodoxes…mais intrigué par la présence des pentecôtistes, puisque ceux-ci venaient de naître ».

En 1910, pour suivre la conférence, il suffisait de s’assoir et écouter les quelques 300 exposés des délégués. On ne connaissait pas l’audio-visuel, ni les présentations « PowerPoint », ni la retransmission par internet de la célébration. Encore moins « Facebook » et « Twitter », sur lesquels on pouvait   interagir avec la Conférence. La mission s’est aujourd’hui mondialisée. Ces moyens de communication l’illustrent. Pour nous en convaincre au moyen d’une sérieuse étude sociologique et statistique un « Atlas du Christianisme mondial » a été publié et présenté à la conférence.* « Comment aujourd’hui organiser une conférence pour 1200 personnes sans e-mail ? demande avec humour B. Stanley. Pourtant nos prédécesseurs ont pris des décisions radicales pour l’avenir du christianisme mondial, comme celles d’inculturer l’Evangile et de donner des responsabilités aux Eglises du sud ».    

Cependant, une chose n’a pas changé depuis 1910 : la prédominance de la langue de Shakespeare. José Lopez Vazquez, un jeune mexicain, constate que tout se passe en anglais : « nous excluons ainsi ceux qui ne maitrisent pas cette langue. Or nous devons écouter les voix qui ne sont pas représentées. Si nous voulons intégrer vraiment le sud, nous devons y mettre le prix ». De langue maternelle anglaise, Rose Dowsett reconnaît ce problème : « en maitrisant cette langue, j’ai une position de pouvoir et de privilège. Si nous avions les ressources, nous aurions intégré d’autres langues. C’est une vraie barrière et nous devons y être sensibles ».

Une mission qui se ressource dans la prière et l’amitié

« Même si le programme était chargé, les délégués de 1910 avaient su ne pas tomber dans l’activisme. Ils prenaient des temps de silence durant la conférence pour se mettre à l’écoute de ce que l’Esprit voulait leur dire », précise encore B. Stanley. Ceci reste d’actualité. Au cœur de la mission, il faut le temps de la prière pour écouter la voix de l’Esprit, qui la renouvelle. John Sentamu, l’archevêque anglican de York, invité à prêcher durant cette célébration insista sur ce point : « La relation à l’Esprit est essentielle pour notre compréhension de la mission. C’est lui le directeur de toutes nos entreprises. Si Jésus a marché dans l’Esprit saint, ses disciples ne peuvent prendre un autre chemin. Chaque jour, nous avons besoin d’être remplis de l’Esprit pour que nos corps et nos âmes soient guéris, nos fautes pardonnées, nos ministères vivifiés ».

Durant la célébration, le successeur dans le diocèse de l’évêque Azariah, en Inde, a rappelé l’ardent appel à la fraternité de ce dernier, lors de la conférence de 1910 : « L’amitié est plus qu’un amour de bienfaisance, avait dit Azariah... L’image parfaite du Christ se révèle lorsque nous, si divers, sommes tous ensemble. Cela est possible uniquement grâce à l’amitié spirituelle entre nous... Donnez-nous des amis » ! Un des discours les plus forts d’alors... et qui garde toute son actualité, tant notre monde actuel souffre d’absence de relations amicales, alors que, paradoxalement, les moyens de communication l’ont envahi.

Cette veine personnaliste, on a pu la percevoir dans les fortes paroles de John Sentamu, suite à la célébration. Un homme venu lui aussi du Sud, puisqu’avant de devenir un responsable éminent de l’Eglise d’Angleterre,  il a dû fuir le régime inique de l’Ouganda des années 70 : « Le but de la mission c’est un monde guéri, où règne la justice et où le pauvre est protégé. "La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant", disait Irénée de Lyon. Chaque être humain a une dignité. Il faut reconnaître le Christ en lui, enlever ses souliers devant lui, car on marche sur un sol sacré. Le mépriser, c’est cracher à la face du Christ. Le défi est de redécouvrir notre humanité commune, d’humaniser notre foi ».  Un point que la Conférence a particulièrement souligné : s’il y a une mission possible, c’est uniquement en cohérence avec le message de l’Evangile, « qui construit l’amitié, recherche la réconciliation et pratique l’hospitalité », dit l’ « Appel commun » final.

Un apprivoisement réciproque.

Que vont emporter chez eux les délégués d’Édimbourg ? D’abord… un beau parapluie rouge et blanc,  donné à chaque délégué, avec le thème de la conférence : « Témoigner de Christ aujourd’hui ». En l’ouvrant, on annoncera la couleur, en quelque sorte ! Puis cet « Appel commun » invitant à renouveler la passion pour la mission. Aucune structure de continuation ne va être mise sur pied. La responsabilité des délégués est de partager ce qui a été vécu ici.

« Pour mon Eglise, dit Mgr Mario Conti, archevêque catholique de Glasgow, il existe une communion réelle (mais imparfaite) entre tous les chrétiens, par notre baptême et notre participation à l’Esprit saint. Je le rappelle toujours ». Puis il souhaite que la communion vécue à Édimbourg entre les Eglises historiques et les Eglises évangéliques et pentecôtistes puisse s’approfondir. Un désir également exprimé par plusieurs délégués lors de l’ultime rencontre plénière. Mais aussi un apprivoisement pas toujours facile, comme le dit Anastasia Vassiliadis, une jeune théologienne de l’Eglise orthodoxe grecque : « Personnellement je suis inconfortable avec le mot évangélisation, avec les grandes Eglises pentecôtistes, avec les Eglises instituées en Afrique... comme vous l’êtes probablement avec l’orthodoxie. Nous avons tous à nous interpeller mutuellement, en étant hospitaliers, humbles et en apprenant des autres. C’est ce que j’ai découvert ces jours, dans l’espérance d’être tous UN au prochain centenaire, pour la mission de Dieu et celle de l’Eglise ».

 

*Atlas of Global Christianity. Edinburgh University Press, 2010

Texte de l'appel commun (en anglais, traduction bientôt disponible)

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