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5.08.04 15:12

Baptême ? le long chemin de la reconnaissance mutuelle

 

de Mark Woods (*)

Dans tout le monde chrétien, on considère que le baptême est un commandement de Jésus en même temps que le rite initiatique fondamental qui marque l'entrée dans son Eglise. Mais la théologie et la pratique du baptême diffèrent énormément d'une communion à l'autre, et la tâche théologique d'intégrer ces conceptions est gigantesque.

Une jeune femme, âgée peut-être de 18 ans, assiste aux services de son Eglise protestante depuis toujours. Un dimanche, le pasteur prêche avec éloquence sur la nécessité de se repentir et de croire, et la jeune femme éprouve le désir de recevoir le baptême. Après avoir suivi des cours, elle invite sa famille et ses amis à un service matinal. Vêtue de jeans et d'un t-shirt, elle descend dans le bassin baptismal. Le pasteur lui demande si elle se repent de ses péchés, si elle croit que Jésus Christ est son Seigneur et Sauveur et si elle promet de le servir fidèlement dans la communauté de l'Eglise. Après avoir répondu par l'affirmative, la jeune femme est baptisée au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit.

De jeunes parents, qui viennent d'avoir leur premier enfant, souhaitent élever leur petite fille dans la foi de leur Eglise. Ils en parlent au prêtre qui leur explique la portée de leur décision, pour eux et pour leur fille, et fixe la date de la cérémonie. Ils choisissent un parrain et une marraine et, au jour dit, le bébé est revêtu d'une robe blanche et emmené à l'église. Le groupe se rassemble autour des fonts baptismaux, les parents, parrain et marraine déclarent leur foi et font des promesses concernant l'éducation de l'enfant. Celle-ci est alors aspergée d'eau, au nom de la Trinité, et accueillie dans l'Eglise, corps du Christ.

Ces deux baptêmes semblent bien différents. Les personnes baptisées n'y sont pas venues par le même chemin et l'acte revêt pour chacune une signification différente. Ces rites reposent sur des conceptions différentes de l'Eglise, de la conversion, du salut, de la vie chrétienne et des sacrements.

Les Eglises éprouvent parfois de profondes réticences à l'égard des pratiques baptismales des autres, à tel point qu'elles en viennent parfois à refuser de reconnaître la validité de tel ou tel baptême.

Est-ce que c'est important? Si l'on en croit les personnes qui s'occupent de cette question dans le cadre de la Commission de Foi et constitution du Conseil œcuménique des Eglises, cela revêt une importance fondamentale.

Problèmes et chances

«J'estime que cette entreprise est essentielle», déclare le pasteur Peter Donald, de l'Eglise d'Ecosse.

L'une des grandes différences concernant le baptême existe entre les Eglises qui baptisent les enfants et celles pour lesquelles un tel baptême n'est pas valable, étant donné qu'à leurs yeux ce sacrement exige une profession de foi personnelle.

C'est pourquoi si un luthérien ou un catholique, par exemple, adhère à une Eglise baptiste, on pourra exiger qu'il soit baptisé par immersion, même si l'on s'accorde à reconnaître que le baptême ne peut être donné qu'une seule fois dans la vie de quelqu'un.

Tout en admettant que le travail déjà accompli se traduit par plus de compréhension et d'acceptation mutuelles, notamment dans sa propre Eglise, Peter Donald déclare: «Il se pourrait que notre reconnaissance mutuelle du baptême ne soit pas aussi complète que nous l'affirmons, car si elle l'était vraiment, cela aurait des conséquences fondamentales au niveau de la conception que nous nous faisons de l'Eglise.»

Il rappelle que le baptême est «essentiel» en termes de relations œcuméniques. «Avec les catholiques romains, nous avons constitué une commission mixte qui place le baptême en tête de ses préoccupations. Il n'est pas très facile de parvenir à un véritable accord, car ses conséquences sont très grandes.»

Jusqu'où vont ces conséquences? «Il est absolument illogique de reconnaître le baptême sans reconnaître la communion. La communion visible est le Saint Graal et, pour le trouver, il faut commencer par régler la question du baptême.»

L'importance du problème se manifeste dans le fait que l'un des principaux documents discutés lors de la réunion de Foi et constitution, tenue du 28 juillet au 6 août à Kuala Lumpur, Malaisie, a pour titre Un seul baptême: vers la reconnaissance mutuelle de l'initiation chrétienne.

La reconnaissance mutuelle du baptême soulève en effet la question de la reconnaissance mutuelle des Eglises. Celle-ci est fondée sur le fait que l'on «reconnaît» le statut d'égalité de l'autre au lieu de lui «accorder» ce statut, comme le ferait une instance supérieure; cette reconnaissance implique que l'on respecte les autres Eglises sur la base des «convictions et des valeurs partagées».

En d'autres termes, la reconnaissance mutuelle découle de la prise de conscience par les Eglises qu'il existe déjà entre elles une koinonia, une communauté. Mais si tel est le cas, n'est-ce pas là une raison suffisante pour affirmer que le baptême conféré par une Eglise est exactement le même que celui qui l'est par une autre? Le baptême n'est-il pas tout simplement le baptême?

Pas tout à fait, d'après le père Jorge Scampini, catholique romain argentin, professeur à l’Université. Dans un exposé présenté lors de cette réunion, il soulève certains problèmes: comment peut-on parler d'un seul baptême si ce terme a des significations différentes dans les diverses communions? Peut-on ignorer les conséquences ecclésiologiques? Est-il possible d'extraire le baptême de son contexte théologique?

Il reconnaît cependant que pour l'Eglise catholique romaine, les baptêmes par l'eau au nom de la Trinité, administrés «avec l'intention de faire ce que fait l'Eglise» sont valables, quelle que soit l'Eglise qui les a célébrés. On a là un «élan» qui pourrait conduire sur la voie de la communauté totale entre les communions.

Cependant, pour le baptême comme pour les autres sacrements, il faut aussi prendre en compte la dimension du contenu de la foi, c'est-à-dire ce que la personne baptisée et l'Eglise qui la baptise croient réellement et comment elles vivent leur foi. C'est pourquoi, bien qu’il y ait une «unicité de la grâce», cela n'implique pas forcément «la restauration de l'unité visible» qui s'exprime dans la communion eucharistique.

Mais «les efforts en vue de la reconnaissance mutuelle du baptême sont une étape sur la voie de la reconnaissance et de la communion totales», déclare le père Scampini.

Le père Michael Tita, de l'Eglise orthodoxe roumaine, estime que le baptême n'est qu'un aspect de la question. «Ce n'est pas seulement la reconnaissance du baptême qui conduit à la Sainte Communion, déclare-t-il. Cela peut être un premier pas sur cette voie, mais il s'agit d'abord d'avoir une foi toujours plus grande et plus profonde qui passe par différents stades.»

Cette conception est à la base de la manière dont l'initiation se fait dans l'Eglise orthodoxe, et qui comporte trois éléments. Le baptême (immersion au nom de la Trinité), la chrismation (au moyen de l'huile, symbole du sceau du Saint Esprit) et la Sainte Communion. «Une fois qu'il a 7 ans accomplis, le fidèle se confesse chaque fois qu'il reçoit la Sainte Communion, » explique le père Tita. «Il s'agit d'un acte purificateur de pénitence et de confession des péchés. La vie chrétienne est un processus par lequel nous sommes toujours sur la voie d'une plus grande union et d'une relation plus profonde avec le Christ.» Conformément à cette doctrine, une personne qui se convertit à l'orthodoxie venant d'une autre religion ne sera pas forcément baptisée mais devra recevoir la chrismation avant d'être admise à la communion.

Cela signifie que le fait d'accepter le baptême d'une autre Eglise ne signifie pas automatiquement que son ministère soit valide ni que l'on puisse partager l'eucharistie avec elle. Le baptême, l'ecclésiologie et le ministère «sont autant de thèmes qui doivent être rattachés les uns aux autres», déclare le père Tita.

Il est convaincu que la reconnaissance mutuelle est un objectif souhaitable, mais «on peut se demander si elle s'accomplira dans un avenir prévisible; je n'en sais rien, et nul ne peut le savoir, excepté le Saint Esprit.»

Où est le problème?

S’il est évident que la reconnaissance mutuelle du baptême est un élément central des efforts œcuméniques et constitue une priorité théologique pour la Commission de foi et constitution, il faut aussi dire que cette préoccupation semble fort étrangère à certains.

Comme le déclare Madame Hranthan Chhungi, membre de l’Eglise évangélique luthérienne de l’Inde, qui compte parmi les jeunes théologiens et théologiennes présents à Kuala Lumpur, «la question ne se pose pas vraiment dans mon contexte.»

Les Indiens ne s’intéressent pas principalement aux positions théologiques des différentes Eglises, mais plutôt aux conséquences sociales et économiques du baptême. Le système hindou des castes joue un rôle considérable dans la société indienne. Le christianisme attire surtout les dalits, membres d’une caste inférieure, qui constituent 80% des chrétiens, mais un dalit converti au christianisme, baptisé et portant désormais un autre nom se voit privé des privilèges attachés à sa caste. Par exemple, il ou elle ne pourra plus bénéficier du traitement préférentiel accordé par le gouvernement, qui réserve à cette caste un certains nombre de places dans les écoles et établissements de formation supérieure.

«Dans ces circonstances, explique Mme Chhungi, beaucoup deviennent chrétiens sans souhaiter recevoir le baptême.»

Les conséquences sont encore plus graves pour les brahmanes, membres d’une caste supérieure. «Une fois baptisés, ils perdent leur position dans la société. Le baptême entraîne donc des désavantages, tant pour les dalits que pour les brahmanes. En Inde, et en Asie d’une manière générale, nous avons des relations étroites avec nos voisins. Si vous changez de caste ou de nom, vous perdez votre identité sociale.»

Dans ces conditions, explique la théologienne, pour la plupart des Eglises indiennes, les passages d’une confession à une autre ne constituent pas un problème sérieux. On se préoccupe beaucoup plus des castes, qui jouent aussi un grand rôle dans la vie des Eglises chrétiennes, situation due au fait que les premiers missionnaires occidentaux n’ont pas pris en compte cette question.

Un autre point de vue indien est celui du pasteur James Massey, de l’Eglise de l’Inde du Nord, issue de l’union de six dénominations, dont une Eglise baptiste.

Il cite le cas d’un pasteur baptiste de l’Eglise de l’Inde du Nord à qui sa conscience ne permettait pas de baptiser les enfants, mais qui l’invitait régulièrement à accomplir ce rite. «Ce qui était beau, c’est que même lui, qui était baptiste, portait la robe et pendant que je baptisais l’enfant, il gardait l’eau dans ses mains, ce qui signifie qu’il me ‘reconnaissait’.»

Pour le pasteur Massey, il n’y a pas de doute que la reconnaissance mutuelle devrait se faire sans tarder: «Il ne faut pas attendre que l’on soit d’accord à 100%. Le consensus doit reposer sur le respect.»

«Si l’on tient compte de tout cela, il n’y a plus de raison de continuer à s’affronter au sein de Foi et constitution. Pour la jeune génération des pasteurs de l’Eglise de l’Inde du Nord, ce genre de controverse n’a aucun sens. Nous devrions écouter les jeunes théologiens.»

Pour une autre participante à la réunion également, le problème du baptême est simple. En réponse à l’exposé du père Scampini, Miriam Baar Bush, pasteure de l’Eglise réformée d’Amérique, est revenue sur la notion du «double oui» – le «oui» universel à la foi, exprimé par le baptême, qui fait de nous les membres de l’unique Eglise du Christ, et le «oui» qui exprime l’adhésion à des confessions, des doctrines ou des traditions particulières.

«Pourrions-nous, en tant que chrétiens, nous rassembler comme des enfants en nous attachant en priorité au ‘oui’ de Dieu, fondé sur le simple fait que le Christ accepte chacun de nous?», a-t-elle demandé. «Si le Christ nous a acceptés et accueillis sans poser de conditions, comment pouvons-nous ne pas nous accueillir les uns les autres?» Elle a affirmé en guise de conclusion: «Nous pouvons faire confiance aux autres parce que nous croyons à la présence de Dieu. En nous acceptant mutuellement dans le baptême, nous contribuons à la gloire de Dieu et nous reconnaissons la présence révélée de Dieu parmi nous.»

Le chemin à parcourir

Quels que soient les différents points de vue exprimés lors de la discussion sur le baptême par des participants venus de milieux si divers, il n’y a pas de doute que pour chacun d’entre eux ces progrès accomplis sur la voie de la compréhension ont été passionnants, tant spirituellement qu’intellectuellement. Comme le déclare le pasteur Neville Callam, baptiste jamaïcain et l’un des rédacteurs du document révisé Un seul baptême: «Pour moi, le fait de considérer l’unité de l’Eglise sous l’angle du baptême et de l’ecclésiologie a constitué une expérience libératrice.»

En ce qui concerne l’avenir, le pasteur Callam, tout en reconnaissant les progrès accomplis, voit encore d’énormes obstacles: «Aussi longtemps que certaines communions mettront en question la validité du ministère d’autres Eglises, nous ne pourrons pas surmonter ces graves divergences; mais nous devons essayer de dépasser les limites de ces problèmes.»

Le Conseil œcuménique des Eglises représente des communions chrétiennes du monde entier. S’il veut atteindre l’objectif de l’unité visible, dans laquelle chaque Eglise reconnaîtra la présence authentique du Christ et de l’Esprit chez les autres, il lui faudra continuer pendant bien des années encore à travailler sur ces questions.

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Lima – Faverges – Kuala Lumpur – Porto Alegre: des jalons sur le chemin

Pour considérer le baptême, Foi et constitution s’appuie sur le document Baptême, eucharistie, ministère, adopté à Lima, Pérou, en 1982. Bien que ce texte fasse apparaître «un degré remarquable d’accord» sur ce sujet, il était toutefois évident qu’il fallait poursuivre le travail.

Un autre document intitulé Un seul baptême: vers la reconnaissance mutuelle de l’initiation chrétienne a été rédigé en 2001 lors d’un colloque de Foi et constitution tenu à Faverges, France.

Lors de la réunion de Kuala Lumpur, on s’est penché sur une version révisée de ce document visant à clarifier ce que signifie la reconnaissance mutuelle du baptême, à en expliquer certaines conséquences et à cerner les problèmes faisant obstacle à cette reconnaissance.

Le document considère les textes bibliques, les idées relatives aux sacrements, au baptême, à l’Eglise et à la qualité de membre de l’Eglise et propose des solutions, notamment des manières pratiques d’exprimer la reconnaissance mutuelle.

Après une nouvelle révision à la lumière des réactions reçues, ce texte sera présenté lors de la Neuvième Assemblée du COE à Porto Alegre, Brésil, en 2006.

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* Mark Woods est rédacteur du "Baptist Times" et pasteur baptiste.

Une photo gratuite est disponible sous:

www.wcc-coe.org/wcc/what/faith/kuala-pix.html

Articles consacrés à Kuala Lumpur: bien que cet article soit écrit dans le respect des règles professionnelles du journalisme concernant la précision et l’impartialité, il est destiné au grand public et ne doit donc pas être considéré comme un texte savant ni théologique, de même qu’il ne constitue pas une déclaration officielle de la Commission de Foi et constitution.

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