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21.03.05 09:20

L?objection de conscience peut-elle mettre fin à l?occupation ?

 

Par Martin Smedjeback(*)

Photos disponibles gratuitement, voir ci-après

Le mouvement d’objection de conscience s’est rapidement étendu en Israël ces dernières années. La société israélienne accepte mieux le refus de servir dans les territoires occupés, de la part de ceux que l'on appelle les «refuzniks». Selon l’avis très optimiste d'Arik Diamant, directeur de l'action "Le courage de refuser", le mouvement pourrait permettre d'aboutir à ce que baeucoup considèrent comme impensable. «Nous recevons des signaux très positifs», dit-il, «nous nous donnons cinq ans pour mettre un terme à l'occupation». Un membre du programme d'accompagnement oecuménique en Israël et Palestine (EAPPI) nous décrit ce phénomème nouveau.

Dès la création de l’Etat d’Israël en 1948, l’armée a joué un rôle majeur dans la société israélienne. Parmi les politiciens les plus marquants du pays, beaucoup y ont fait carrière. L’armée emploie des dizaines de milliers de personnes et la plupart des citoyens ont accompli deux ou trois ans de service militaire, sans compter de nombreuses années comme réservistes.

«Dans les années 80, les objecteurs de conscience passaient pour des traîtres; tout le monde nous méprisait», déclare Eyal Hareuveni, objecteur lui-même et membre actif de l’organisation Yesh Gvul. « Aujourd’hui, des scientifiques, pilotes et membres de troupes spéciales refusent d’accomplir le service militaire. Ne pas servir dans les territoires occupés est maintenant même considéré comme respectable. » Selon de récents sondages, 25 pour cent de la population juive adulte estiment qu’un soldat a le droit de refuser de servir dans les territoires occupés. Parmi les adolescents, la proportion est de 43 pour cent. «L’idée fait son chemin, dit Arik Diamant, ancien parachutiste, nous recevons un feed-back très favorable. »

> Un choc pour l’armée

Il y a toujours eu en Israël des objecteurs de conscience, mais ils étaient très peu nombreux et dispersés. Dès que la guerre du Liban a commencé en 1982, davantage de gens ont remis en question les pratiques de l’armée. Par la controverse qu’elle a suscitée à l’arrière, cette guerre a été comparée à l’intervention américaine au Viet Nam. Les lourdes pertes ont déclenché un débat acharné dans les médias et parmi les civils. La guerre continuant, certains réservistes se sont organisés, déclarant collectivement qu’ils refuseraient, pour des raisons politiques, de servir au Liban.

« L’armée était sous le choc, se souvient Eyal Hareuveni. C’était la première fois qu’on refusait pour des raisons politiques. » Elle a réagi en faisant incarcérer les objecteurs, mais cette tactique n’a pas arrêté le mouvement. Quelque 3'000 soldats ont signé une pétition où ils annonçaient leur refus de servir au Liban. En 1985, l'armée a cessé d’y envoyer des réservistes, craignant de nourrir le mouvement et de susciter un soulèvement dans ses rangs: le premier courant d’objection était né. Il a été appelé Yesh Gvul, ce qui en hébreu signifie « Il y a une limite ».

> Les Intifadas entraînent de nouvelles vagues d’objections

La première Intifada, qui a commencé en 1987, a provoqué une nouvelle vague d’objections et la deuxième, en cours actuellement, s’est accompagnée d’un foisonnement de nouvelles organisations d’objecteurs. En 2001 a commencé un premier mouvement pour les conscrits – nouvelles recrues engagées par l’armée à la fin des études secondaires. Les fondateurs, âgés de 18 ans, ont appelé leur mouvement «Shministim», qui signifie «école secondaire». Ils ont ensemble écrit une lettre au Premier ministre Ariel Sharon, déclarant qu’ils «refusent de participer aux actes d’oppression à l’encontre du peuple palestinien, actes qu’il conviendrait de qualifier de terroristes». A ce jour, la lettre a été signée par plus de 300 conscrits potentiels. Nombre d’entre eux ont fait de la prison pour avoir refusé le recrutement et cinq ont été récemment condamnés à un an d’emprisonnement, peine la plus longue jamais infligée en Israël pour ce type d’acte.

En 2002, 50 officiers et soldats ont signé une « lettre des combattants ». Les signataires s’y engagent à ne plus continuer à combattre au delà des frontières de 1967 pour dominer, expulser, affamer et humilier tout un peuple. Dans la même lettre, ils déclarent croire encore au rêve sioniste et se disent désireux de continuer à servir dans l’armée en toute occasion qui sert la défense de l’Etat israélien. La lettre marque les débuts du mouvement Le courage de refuser, qui aujourd’hui compte 623 soldats ayant refusé de servir dans les territoires occupés.

L'épisode le plus étonnant dans le mouvement des refuzniks aura peut-être été une lettre écrite en 2003 par certains pilotes des forces aériennes israéliennes, qui déclaraient qu’ils refuseraient de participer aux attaques visant des objectifs civils et que l’occupation actuelle corrompait toute la société israélienne. Les pilotes militaires sont généralement considérés comme les plus grands héros nationaux.

> Pouvons-nous espérer la fin de l’occupation ?

Arik Diamant semble persuadé que la méthode non violente de résistance politique – qui consiste, en l’occurrence, à ne pas coopérer à l’occupation – est la plus efficace pour mettre fin à l'occupation. «Il est totalement inutile de manifester.. et on ne peut pas vraiment manifester dans les territoires occupés », dit-il. «J’ai essayé des dizaines de fois. Une fois, j’ai tenté de le faire dans une colonie de peuplement qui s’agrandissait et on nous en a refusé l'accès. Dès l’instant où vous traversez la ‘Ligne verte’, il n’y a plus du tout de démocratie. Le seul moyen de lutte efficace consiste à refuser de s’engager dans l’armée – et ça marche.»

D’après Arik Diamant, il faudra cinq ans pour mettre fin à l’occupation. D’autres membres de mouvements en faveur de l’objection et de la paix ne sont pas aussi optimistes. Hareuveni constate une évolution favorable de la mentalité israélienne, mais souligne que le mouvement pacifiste est encore assez restreint. «Dans le mouvement radical pour la paix, nous sommes quelque milliers de membres. C’est une petite minorité.»

A ce jour, 1'362 soldats ont officiellement refusé de servir d’une façon ou d’une autre – nombre infime par rapport aux millions d’Israéliens qui ont servi dans les forces armées. Certes, beaucoup d’autres, plutôt que de risquer l’opprobre en devenant objecteurs, se libèrent du service, soit dans les territoires occupés, soit complètement, en trouvant un moyen de se faire déclarer inaptes. En général, l’armée accepte cela pour ne pas voir augmenter le nombre d’objecteurs et devoir admettre que ce mouvement existe.

Arik Diamant observe une nette évolution dans la mentalité du simple soldat. «Nombre de mes camarades dans l’armée disent qu’ils ne savent pas s’ils auront le courage d’objecter et d’aller en prison pour cela, mais ils ne retourneront pas dans les territoires occupés», déclare-t-il. «Les gens servent par crainte mais tout commence à s'effondrer.» [1079 mots]

(*) Martin Smedjeback est secrétaire chargé de la non-violence à l’Association suédoise de réconciliation. Lors d’une visite précédente en Israël et en Palestine, il a recueilli des informations destinées à un ouvrage intitulé « Nonviolence in Israel and Palestine » (Non-violence en Israël et en Palestine). Il a travaillé jusqu’à la fin de 2004 à Jérusalem dans le cadre du programme d'accompagnement oecuménique en Palestine et Israël (EAPPI).

Pour obtenir des renseignements complémentaires sur le mouvement d’objection de conscience, on peut consulter :

www.refusersolidarity.net

ainsi que l’ouvrage ‘’Refusenik! Israel’s Soldiers of Conscience’’ établi et publié sous la direction de Peretz Kidron.

Des photos gratuites de haute définition sont disponibles, à l’appui de ce récit, au site :

www.wcc-coe.org/wcc/what/international/palestine/refusniks.html

Le Programme œcuménique d’accompagnement en Palestine et en Israël (EAPPI) a été lancé en août 2002. Les accompagnateurs œcuméniques surveillent et signalent les violations des droits de la personne et du droit international humanitaire, soutiennent les actions de résistance non violente aux côtés de pacifistes palestiniens, chrétiens et musulmans, ainsi que de pacifistes israéliens, apportent une protection par leur seule présence, s’engagent dans une campagne d’intérêt public et sont solidaires des Eglises et de tous ceux qui luttent contre l’occupation. Le programme est coordonné par le Conseil œcuménique des Eglises (COE). Site Internet : www.eappi.org