Quiconque s'intéresse à ce que les Eglises considèrent comme leur mission dans le monde et à la manière dont elles arrivent à des décisions sur les questions théologiques, œcuméniques ou morales devrait attendre avec une certaine impatience la réunion de la Commission plénière de Foi et constitution qui se déroulera du 7 au 13 octobre 2009. Le chanoine John Gibaut, théologien anglican du Canada, directeur de Foi et constitution (COE), explique pourquoi.
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Les réunions de la Commission plénière de Foi et constitution font généralement date dans l'histoire des dialogues œcuméniques, et celle-ci ne sera pas une exception. La Commission plénière de Foi et constitution est le plus large forum de dialogue théologique dans le monde, au niveau multilatéral. Cette session réunira des théologiennes et théologiens du monde entier, appartenant à toutes les grandes traditions chrétiennes représentées à Foi et constitution, y compris les traditions catholique romaine, pentecôtiste et évangélique, et les tâches qui nous attendent sont très importantes pour les Eglises d'aujourd'hui.
Nous nous pencherons sur trois grands secteurs de notre travail. Le premier est notre travail sur l'ecclésiologie. Le thème "La nature et la mission de l'Eglise" est à l'ordre du jour des Eglises depuis 2005, et nous demanderons aux membres de la Commission plénière des suggestions et des conseils sur l'orientation que devrait prendre cette déclaration ecclésiologique dans l'avenir. Même si beaucoup de gens n'ont pas encore entendu parler de "La nature et la mission de l'Eglise", je suis d'avis que ce texte, une fois terminé, changera le paysage œcuménique autant que l'a fait le document "Baptême, eucharistie, ministère" (BEM) en 1982, une génération plus tôt.
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Deux autres projets de la Commission de foi et constitution en sont aux premiers stades de réalisation: le premier, sur le thème "Sources d'autorité", veut répondre à la question de savoir sur quelle autorité se basent les Eglises quand elles prennent, disons, une décision théologique ou une décision œcuménique, ou qu'elles abordent une question morale. Les Eglises ne se réfèrent pas toutes aux mêmes sources d'autorité, et ce projet doit permettre d'explorer ce genre de questions. Il est entrepris en liaison avec l'étude sur "Le discernement moral dans les Eglises".
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Oui. L'étude sur "Le discernement moral dans les Eglises" cherche à savoir comment les Eglises prennent des décisions sur les questions éthiques ou morales. L'approche de ces questions est différente de celle des questions théologiques, par exemple, comme en témoigne le comportement des Eglises les unes à l'égard des autres, au niveau interne et entre elles, quand elles sont en désaccord sur des questions morales.
Nous fonderons notre réflexion sur cinq études de cas dans le contexte de la prise de décisions morales. A partir de ces études, nous essaierons de voir quel type de méthodologie œcuménique se dégage et de le faire connaître aux Eglises afin de les guider dans la prise de décisions sur des questions morales. Les cinq études porteront sur les sujets suivants:
La première examinera la mondialisation en tant que question morale. Nous voulons examiner comment l'Alliance réformée mondiale a abordé cette question – qui constituait un problème important pour ses membres.
Le deuxième thème que nous voulons aborder est celui du racisme, et l'étude de cas choisie pour cela sera la décision prise par le Conseil œcuménique dans les années 1970 de s'engager dans la lutte contre le racisme, au nom de la population d'Afrique du Sud. Comment en est-il arrivé à cette décision?
Le troisième sujet qui retiendra notre attention est un thème plus contemporain, à savoir la question de la sexualité humaine, ou plus spécifiquement de l'homosexualité, telle qu'elle a été abordée dans les Eglises membres de la Communion anglicane. La question que nous nous poserons est celle-ci: "Comment les anglicans en sont-ils arrivés où ils sont dans leur décision morale sur cette question?"
La quatrième question à laquelle nous nous intéresserons est celle de la recherche sur les cellules souches, en particulier dans la mesure où elle fait actuellement l'objet de discussions en Allemagne entre l'Eglise évangélique d'Allemagne (EKD) et la Conférence épiscopale catholique d'Allemagne et suscite des désaccords importants.
Le dernier sujet que nous examinerons est le phénomène du prosélytisme, qui s'est manifesté en particulier après la chute de l'Union soviétique, quand certaines Eglises d'Amérique du Nord ont considéré comme un impératif moral d'envoyer des missionnaires en Russie et dans d'autres pays de l'ex-Union soviétique. D'autres Eglises au contraire ont jugé cette démarche immorale: selon elles, l'option morale aurait été de soutenir les Eglises orthodoxes. Nous voulons donc examiner quelles sources ont été utilisées dans cette situation, comment elles l'ont été, quelles instances ou personnes ont été consultées, et comment les Eglises sont arrivées à cette décision.
Ainsi, à partir de ces cinq exemples très différents de prise de décisions morales, nous espérons pouvoir proposer aux Eglises une liste de contrôle ou une méthodologie qui leur soient utiles quand elles sont appelées à prendre de telles décisions.
Dans cette perspective, notre espérance est double. En premier lieu, nous aimerions aider les Eglises à se mettre d'accord sur une vision commune des questions morales – nous croyons que c'est possible. Et si ce n'est pas possible, nous voulons essayer de savoir s'il y a une possibilité que les Eglises puissent se dire l'une à l'autre, ou que les chrétiens puissent se dire les uns aux autres: "Je ne suis pas d'accord avec votre conclusion, mais je respecte la manière dont vous avez procédé pour y arriver."
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Toutes les Eglises membres du COE sont représentées à la Commission, mais le cercle des membres est en fait plus large que le Conseil œcuménique des Eglises. Par exemple, l'Eglise catholique romaine est membre à part entière de Foi et constitution depuis 1968. Sa participation a exercé des effets très importants dans le cas de manifestations telles que la Semaine de prière pour l'unité des chrétiens, dans le cadre de laquelle elle collabore avec nous en tant que partenaire et partie prenante.
Nous accueillons aussi des représentants des traditions pentecôtiste et évangélique, qui ne font pas non plus partie du COE mais qui viennent s'asseoir à la table de Foi et constitution.
Même si un rassemblement tel que le Forum chrétien mondial peut faire état d'un éventail de membres aussi large, la différence est que notre Commission est un lieu de dialogue théologique. Ce sont ces deux éléments – la qualité de forum de dialogue théologique et l'ampleur du cercle des membres – qui nous donnent un caractère tout à fait unique dans le monde œcuménique d'aujourd'hui.


