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Un nouveau souffle pour l’oecuménisme?

09.10.09

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«l’Apôtre Paul, les vents de Crête et l’oecuménisme», un oratorio créé à l’occasion de la rencontre de la commission plénière de Foi & Constitution.

 

par Martin Hoegger (*)

 

«Cent années d’engagements oecuméniques n’ont pas conduit à l’unité visible. La communion à une même coupe n’est toujours pas possible. Est-ce un naufrage complet ?» Cette question quelque peu désabusée concluait un oratorio créé à l’occasion de la rencontre de la commission plénière de Foi & Constitution, du 7 au 13 octobre à l’Académie orthodoxe de Crête. Intitulée «l’Apôtre Paul, les vents de Crête et l’oecuménisme», cette oeuvre chantée en grec relate l’épopée de l’Apôtre des nations, dont le bateau dériva de la Crête vers Malte, où il fit naufrage. Mais le dernier mot de cette oeuvre appartient à l’espérance: la vision d’un bateau – celui de l’Eglise – où tous, responsables et peuple de Dieu dans sa diversité partagent ensemble le pain et le vin.

 

Les vents de Crête soufflent à décoiffer les quelques 150 délégués venant de toutes les familles ecclésiales. La commission plénière de Foi et Constitution du Conseil OEcuménique des Eglises (COE) représente en effet le forum théologique le plus représentatif de la chrétienté et se réunit à intervalles réguliers, pour faire entendre aux Eglises ce puissant appel à l’unité, qui vient de Jésus-Christ lui-même : «Que tous soient un!» Les rencontres de Foi et Constitution ont relayé ce même appel, depuis celle de Lausanne en 1927: «Dieu désire l’unité… Notre désir est de conformer nos volontés à la sienne… L’Esprit de Dieu a résidé parmi nous… Il nous a découverts les uns aux autres… Nous ne pourrons plus jamais être les mêmes».

 

Comment cet appel est-il reçu aujourd’hui ? Olav Fykse-Tveit, le secrétaire général élu du Conseil oecuménique des Eglises, considère le travail de Foi et Constitution comme le «fondement du COE et la force de son avenir». L’appel à l’unité de Jésus donne «la Vision à nos différentes visions». Celle-ci doit s’exprimer non seulement dans l’étude de documents théologiques, mais dans la vie tout entière. Les chrétiens ont à donner un fort témoignage en paroles et actes. Alors que cette commission a avant tout un mandat théologique - chercher à dire ensemble la Foi qui unit les Eglises et réfléchir sur leur organisation au service de l’Evangile (leur "Constitution"), Fykse estime que «ce qui est important, dans ce genre de rencontre est l’attitude que nous avons les uns avec les autres. Les relations sont une dimension fondamentale dans notre travail oecuménique. On pourrait ajouter un troisième terme au nom de la Commission: Foi, constitution et relations».

 

Cet accent sur l’importance des relations a déjà été souligné lors de la cérémonie d’ouverture, par le patriarche oecuménique Bartholomée, lequel invitait à pratiquer ces vertus oecuméniques essentielles que sont la patience, la douceur, l’humilité et la disposition à apprendre des autres. De même, le pasteur Samuel Kobia, qui termine son mandat de secrétaire général du COE à la fin de l’année, appelait à vivre une spiritualité de la fraternité, faute de quoi l'on trahit la nature et la mission de l’Eglise. Dans le même registre, Mary Taner, ex modératrice anglicane de la Commission, estime que «les dimensions personnelles et relationnelles son essentielles au travail de Foi et Constitution».

 

Tous ont souligné que la première relation qui donne sens à tout est notre union à Dieu dans la prière. Un Dieu lui-même relationnel, dont les relations trinitaires sont un modèle de l’unité et la diversité à vivre dans l’Eglise. Faisant part de sa longue expérience oecuménique, M. Tanner se réjouit de l’élargissement de Foi et Constitution à l’Eglise catholique après Vatican II, aux Eglises du Sud et aux femmes: «N’oubliez jamais de laisser s’exprimer de nouvelles voix dans les discussions, et soyez disposés à entendre les leçons de nos jeunes théologiens». Cette commission a connu, d’ailleurs, une cure de jouvence: 80% des délégués y participent pour la première fois, avec une moyenne d’âge de 48 ans.

 

«Appelés à être l’Eglise une»

 

C’est le thème de la rencontre. Si la commission Foi et Constitution a réalisé un remarquable travail dans le domaine théologique, soit en organisant d’importantes réunions qui ont conduit les Eglises à se rapprocher, soit en proposant de nouvelles méthodes pour l’oecuménisme, soit encore en publiant des documents majeurs, tel le "BEM" (Baptême-eucharistie-ministère), la question qui se pose aujourd’hui est celle de l’engagement réel des Eglises pour l’unité. Le président de Foi et Constitution, le métropolite chypriote Vasilios se demande si les Eglises veulent véritablement l’unité et si l’unité de l’Eglise est réalisable compte tenu de la diversité actuelle des manières de la concevoir. Passant en revue les différents modèles d’unité, ce dernier rompt un fer de lance en faveur du concept d’ "unité visible".

 

Pourquoi visible? Ce terme est opposé à invisible. Voir les Eglises concrètement réconciliées, posant des gestes qui remuent les consciences, telle est l’unité dont le monde a besoin. Si les Eglises n’arrivent pas à se réconcilier, comment peuvent-elles être témoins d’un Evangile qui parle de Réconciliation ? Pour que le monde croie, il doit voir ce lien de communion entre les Eglises, qui culmine dans la célébration commune du repas du Seigneur.

 

Le but de Foi et Constitution est en effet de «proclamer l’unicité de l’Eglise de Jésus-Christ et d’appeler les Eglises à l’objectif visible en une seule foi et une seule communauté eucharistique». En le rappelant, Mary Tanner voit dans la Commission la «conscience» et la «servante» du COE. Celle-ci doit annoncer en permanence aux Eglises l’objectif de l’unité et les aider à comprendre les problèmes qui continuent à être cause de divisions entre elles.

 

Pour éviter le naufrage dans les eaux méditerranéennes dont l'oratorio parlait, les délégués auront besoin de cette qualité de relations, dont les différents orateurs ont parlé et, surtout, de la douce brise de l’Esprit, dont le vent vivifiant et imprévisible de Crête est une parabole.

 

(*) Martin Hoegger est pasteur de l'Eglise évangélique réformée du canton de Vaud (Suisse), où il est responsable de l'oecuménisme. Il préside le Conseil des Eglises chrétiennes de ce canton.

 

Détails sur la rencontre en Crète

 

Texte complet du message de Mary Tanner

 

Texte complet du rapport du Président

 

Texte complet du rapport du Directeur

 

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