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5.09.06 18:16

"Nous sommes là pour servir le peuple" Interview du président du COE, le patriarche Paul d'Ethiopie

 

 

Par Yannick Provost (*)

 

Le patriarche Paul, à la tête de l'Eglise éthiopienne orthodoxe est l'un des personnages qui attirent l'attention pendant cette réunion du Comité central, avec sa longue soutane blanche et sa croix de bénédiction toujours dans sa main droite.

Comme pour tous les autres présidents élus lors de la dernière Assemblée à Porto Alegre en février 2006, c'est sa première participation à un Comité central dans cette fonction.

 

Fils de prêtre, Abune Paulos, patriarche d'Ethiopie, est à la tête de la très importante Eglise orthodoxe Tewahedo, forte de plus de 45 millions de fidèles, depuis son élection en 1992.

Encore jeune prêtre et moine, puis plus tard comme évêque, il a dirigé le département du développement et de l'aide aux réfugiés, et s'est activement impliqué dans les relations oecuméniques au niveau international.

En 1976, il a été emprisonné à cause de son engagement chrétien par le régime militaire marxiste alors au pouvoir. A la suite de cela, le patriarche Paul a passé de nombreuses années en exil aux Etats-Unis tout en poursuivant sa formation, en obtenant un doctorat à l'université de Princeton.

Il a été élu début 2006 président du Conseil oecuménique des Eglises pour les Eglises orientales orthodoxes.

 

Votre Sainteté, comment avez-vous été amené à vous impliquer dans le mouvement oecuménique et quels ont été vos premiers contacts avec le COE ?

 

Encore jeune moine, j'étais très intéressé par le travail et les actions du COE, tout particulièrement dans ses efforts à soutenir les Eglises derrière le rideau de fer et pour le rôle joué dans la lutte contre l'apartheid en Afrique du sud. Le COE me semblait être capable de témoigner et d'agir face aux problèmes cruciaux du monde. J'ai ensuite eu la chance de pouvoir m'impliquer dans la commission Mission et Evangélisation, puis, plus tard, d'accompagner la délégation de mon Eglise aux Assemblées d'Uppsal (1968) ou je fus élu pour travailler à la commission Foi et constitution, puis à Nairobi (1975). Immédiatement à mon retour de cette Assemblée, je fus arrêté et jeté en prison par les autorités communistes.

 

Comment voyez-vous la situation actuelle du mouvement oecuménique ?

 

Nous vivons aujourd'hui dans un monde troublé. Notre tâche, à l'intérieur du mouvement oecuménique, n'est pas seulement de travailler avec l'ensemble du monde chrétien, mais avec tous les hommes, créés par Dieu, et avec la création toute entière. Le COE a pour mission de proposer des réponses concrètes au monde entier, au nom de toutes les Eglises chrétiennes, et le Conseil doit ainsi manifester sa présence en tout lieu ou l'espérance, le dialogue et la réconciliation sont attendus. Ceci demeure la seule solution aux problèmes du monde. Les guerres et les conflits ne résolvent jamais rien, cela ne fait que retarder la naissance d'un monde meilleur. Nous ne pouvons pas résoudre tous les problèmes, mais je suis convaincu que, par le dialogue, nous pouvons guérir les blessures, apaiser les coeurs, et apporter des signes d'espoir.

Il y a eu des périodes pendant lesquelles j'ai été un peu déçu par les orientations du COE, mais j'ai décidé alors de garder le silence.

Je sens maintenant un certain renouveau, un souffle d'air frais, et je suis personnellement plein d'espoir dans notre capacité d'apporter à ce nouvel élan notre contribution.

 

Comment voyez-vous votre rôle en tant que président du COE ?

 

Dès que Dieu m'a appelé à ce poste, je me suis mis au service du Conseil, et je suis prêt à soutenir et accompagner tout ce que les organes directeurs du COE proposeront.

 

Pouvez vous nous dire quelques mots sur la situation actuelle de l'Ethiopie et plus particulièrement de votre Eglise ?

 

Il y a eu une présence juive puis chrétienne ininterrompue en Ethiopie depuis plus de 3000 ans, et, comme vous le savez, le premier éthiopien à suivre le Christ est mentionné dans les Actes des apôtres. Notre Eglise compte aujourd'hui plus de 45 millions de fidèles, 50.000 églises, et, même si cela semble incroyable plus de 500.000 clercs ordonnés ! L'Eglise est ancienne, mais sa vie liturgique, ses fêtes et sa tradition ont été préservés jusqu'à aujourd'hui. Malgré la période sombre des régimes communistes, la vie monastique a été maintenue, il y a aujourd'hui 1500 communautés monastiques et de nombreux jeunes viennent se ressourcer dans ces hauts lieux de vie spirituelle.

 

Comment voyez-vous le rôle de l'Eglise dans la vie politique en Ethiopie ?

 

L'Ethiopie a connu toutes sortes de régimes dans sa longue histoire, mais aucun régime démocratique avant son introduction il y a une quinzaine d'années. Pour profiter des bienfaits de la démocratie, tout notre peuple doit comprendre non seulement ses droits, mais aussi ses obligations. Cette période n'est pas facile, il y a encore de nombreux malentendus et des conflits. J'appelle tout notre peuple à apprendre à tolérer, même quand il n'est pas complètement d'accord, et je lui demande de faire preuve de patience. Je crois que l'Ethiopie fait des progrès très rapidement, et je reste confiant que les différences n'empêcheront pas les gens de travailler ensemble.

 

Comme président du COE, quel est votre message aux Eglises ?

 

Je crois que nous devons tous être de vrais représentants de nos Eglises, et que nous devons, chacun d'entre nous, apporter ce que nous pouvons pour servir le monde entier, au travers de nos propres communautés. Dans le mouvement oecuménique, nous devons être attentifs à chacun personnellement, à chacune des Eglises membres. Enfin, nous ne sommes pas là pour qu'une partie du monde devienne meilleur que l'autre, mais pour être au service de tous.

 

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(*) Yannick Provost, orthodoxe, responsable des publications du Conseil oecuménique des Eglises

 

Des photos haute résolution sont disponibles sur le site Internet du COE