Le septième rapport du Groupe Mixte de Travail ECR/COE


Avant-propos des S. E. le Métropolite Elias Audi et S. E. Mario Conti


Au nom du Groupe Mixte de Travail entre l'Église catholique romaine et le Conseil œcuménique des Églises, nous sommes heureux de présenter son Septième Rapport aux organismes qui en sont les mandataires et nous en recommandons l'étude.

Ce rapport est le fruit de sept ans de travail de la part d'un groupe de personnes dévouées du Conseil œcuménique des Églises et de l'Église catholique.

Ce document est volontairement à caractère éducatif. Le groupe a estimé qu'ainsi il servirait au mieux l'intérêt de tous ceux qui désirent non seulement connaître l'agenda du Groupe Mixte de Travail mais être informés des relations croissantes entre le Conseil œcuménique des Églises et l'Église catholique dans la plus vaste perspective de l'unique mouvement œcuménique que ce groupe, dans une certaine mesure, a assisté et dont il porte le témoigngage.

Ce faisant, nous sommes allés au-delà — tant dans notre rapport que dans notre tâche — de la stricte interprétation de notre mandat. Néanmoins, nous croyons que cette liberté sera acceptée comme étant la mesure du profond engagement du groupe dans la cause de l'unité chrétienne.

En remerciant tous nos membres pour leur généreuse contribution à ce travail commun, nous aimerions mentionner en particulier ceux qui nous ont accompagnés pour un temps dans cette tâche et ne sont plus membres du Groupe Mixte de Travail. Notre affectueux souvenir va au Professeur Todor Sabev, au Dr Wesley Ariarajah, à Sœur Monica Cooney et à S. E. l'Archevêque Ivan Marin.

Nous avons conscience que ce Rapport est publié au seuil du troisième millénaire — un temps où nous tourner vers Dieu et nous réjouir dans l'espérance. Ce document contient différentes suggestions pour notre tâche future afin de renforcer encore davantage les relations entre le Conseil œcuménique des Églises et l'Église catholique dans notre service commun de notre Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit. Qu'il soit loué à tout jamais.

 

Son Eminence Elias Audi, Métropolite de Beirut
Son Excellence Mario Conti, Evêque d'Aberdeen
Comodérateurs du Groupe Mixte de Travail

I. Introduction


C'est avec reconnaissance que le Groupe Mixte de Travail (GMT) a accepté la responsabilité qui lui a été confiée d'être un instrument qui aide l'Église catholique romaine (ECR) et le Conseil œcuménique des Églises (COE) à réaliser la vocation œcuménique des Eglises. L'expérience des membres actuels confirme la conviction exprimée par nos prédécesseurs dans le Sixième rapport (1991) : « Le mouvement œcuménique est plus que jamais nécessaire si les Églises et les Communautés chrétiennes doivent être un signe et la semence d'unité, de paix et d'espérance dont a besoin la famille humaine ».

Le GMT attend avec joie la célébration en 1998 du cinquantième anniversaire du Conseil œcuménique des Églises. La huitième Assemblée du COE (Harare, 3-14 décembre 1998) aura pour thème « Tournez-vous vers Dieu - Réjouissez-vous dans l'espérance ». Au seuil du troisième millénaire, le peuple de Dieu, peuple de pèlerins, se tourne à nouveau vers le Dieu unique et Trine avec une foi renouvelée et le ferme espoir d'une restauration de cette unité entre tous les chrétiens que veut le Christ. Cet objectif sacré, qui transcende le pouvoir et les talents des hommes, nous conduit à redoubler d'efforts dans la recherche d'une réconciliation, tout en nous ouvrant aux inspirations futures de l'Esprit Saint.

Depuis 1966, le GMT a présenté six rapports. Dans celui-ci, le septième, il présente à ses mandants un compte-rendu de son travail depuis l'Assemblée du COE à Canberra en 1991. Ce rapport entend aussi informer les lecteurs qui ne sont peut-être pas au courant de l'histoire du GMT et de ce qui existe concrètement comme structures de relations entre l'ECR et le COE. On trouvera un bref historique du GMT en Appendice A.

II. La collaboration entre l'ECR et le COE et ses Églises membres


1. Le COE et l'ECR

En 1965, le Comité central du COE et les autorités de l'ECR prirent l'engagement d'une collaboration à l'avenir entre le COE et l'ECR, par le moyen de cette expression visible qu'est le GMT. Les deux partenaires se rendirent compte alors des différences qui existaient entre eux. Alors que les efforts de collaboration augmentaient, le GMT en est venu à respecter de plus en plus les manières dont le COE et l'ECR diffèrent, dans leur nature, leur structure d'ensemble, l'exercice de l'autorité et les manières d'opérer.

1. Le COE est une « communauté » composée d'Églises-membres. Les Églises qui sont d'accord avec la Déclaration de base du COE - c'est-à-dire qui « confessent le Seigneur Jésus Christ comme Dieu et Sauveur selon les Écritures, et s'efforcent de répondre ensemble à leur commune vocation pour la gloire du Seul Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit » - peuvent demander d'être membres du COE, ce qui leur est accordé si au moins les deux tiers des Églises-membres donnent leur accord.

Les documents constitutionnels du COE ne disent pas ce que l'on entend par « Église » (et la Déclaration de Toronto du Comité central, en 1950, déclare que le COE « ne peut ni ne doit se fonder sur aucune conception particulière de l'Église »);toutefois, la Constitution du COE énonce certains critères auquels les Églises-membres doivent correspondre, parmi lesquels « une organisation et une vie indépendantes d'une certaine durée », la pratique de « relations œcuméniques constructives » et un nombre d'au moins 25.000 fidèles (10.000 pour les Églises-membres associées). En fait, presque toutes les Églises-membres sont exclusivement nationales. La Constitution spécifie également certaines « responsabilités des Églises-membres », comme de participer aux structures de direction et aux activités du COE, d'encourager l'engagement œcuménique et d'apporter leur contribution financière annuelle selon leurs moyens.

La Constitution du COE spécifie qu'il n'a aucune autorité législative sur ses Églises-membres. Ayant pour rôle « de fournir des conseils et de susciter des occasions d'action concertée sur des questions d'intérêt commun » (Constitution, Art. IV), il ne peut agir au nom d'une Eglise-membre ou de plusieurs que si cette Eglise ou ces Eglises le demandent ; et l'autorité de toutes les déclarations publiques qu'il peut faire n'est que celle du « poids que leur confèrent leur vérité et leur sagesse intrinsèques» (Règlement, X,2). La politique générale du COE est définie par l'Assemblée des délégués officiels élus par toutes les Églises-membres qui se réunit tous les sept ans. La mise en oeuvre de cette politique par des actions spécifiques est soumise à la supervision du Comité central de 150 membres élus par chaque Assemblée et en place jusqu'à l'Assemblée suivante.

2. L'ECR est une communion d'Églises locales ou diocèses, chacun confié au soin d'un évêque. C'est une Église avec une mission mondiale et une structure de sanctification, d'enseignement et de gouvernement par le « Collège des Évêques », avec et sous l'Évêque de Rome, Pasteur de toute l'Église Catholique et ayant la charge d'assurer la communion de toutes les Églises (cf. Code de Droit Canonique, canons 331, 375). « Le souci de réaliser l'union concerne l'Eglise tout entière, fidèles autant que pasteurs » (Décret sur l'oecuménisme, 5). « Il appartient en premier lieu au Collège des Évêques tout entier et au Siège Apostolique d'encourager et de diriger chez les catholiques le mouvement œcuménique . . . que l'Église est tenue de promouvoir de par la volonté du Christ » (canon 755; Code Canonique des Églises Orientales, canon 902). Les Conférences Épiscopales sont des institutions juridiques d'une nation ou d'un territoire, avec des devoirs spécifiques et des responsabilités définis par les lois canoniques et autres décrets; ainsi, c'est la conférence nationale qui décide de devenir ou non membre à part entière du Conseil d'Églises, national ou régional. Aucun diocèse, aucune conférence n'est autonome. Cette « communion hiérarchique avec le chef et les membres du Collège » (canon 375), qui favorise l'unité dans la diversité, est un élément essentiel de l'identité de l'ECR et de son engagement œcuménique.

2. Le Conseil Pontifical pour la promotion de l'unité des chrétiens et le COE

Le Pape se sert habituellement de la Curie Romaine pour traiter les affaires de l'Église tout entière... pour le bien et le service des Églises [locales ou particulières]" (canon 360). Au sein de la Curie Romaine, le Conseil Pontifical pour la Promotion de l'Unité des Chrétiens (CPPUC) « a la compétence et la charge de promouvoir l'unité des chrétiens ». Le CPPUC a la responsabilité de l'interprétation correcte des principes catholiques de l'œcuménisme et de leur application; il organise, encourage et coordonne les efforts œcuméniques au niveau national, régional ou universel. Le CPPUC est responsable des relations avec le COE, ainsi que des relations bilatérales. Le CPPUC facilite les relations du COE avec les autres dicastères de la Curie Romaine, tels que la Congrégation pour l'Évangélisation des Peuples, , le Conseil Pontifical pour le dialogue interreligieux, le Conseil Pontifical Justice et Paix, le Conseil Pontifical "Cor unum", le Conseil Pontifical pour les laïcs et la Congrégation pour l'Éducation Catholique.

Les membres du CPPUC proviennent des Conférences Épiscopales nationales et des différents dicastères de la Curie Romaine: plus de 30 cardinaux, archevêques et évêques, ainsi que 25 consulteurs officiels. Ils se réunissent en session plénière tous les 18-24 mois. 23 personnes travaillent à plein temps au CPPUC.

3. Fonctions, activités et structure du GMT

Le GMT fonctionne selon les principaux points de son mandat d'origine (1966) et les modifications qu'y a apportées l'Assemblée du COE en 1975.

1. Le GMT est un organe consultatif. Il ne dispose pas d'autorité propre, mais en réfère aux instances dont il est le mandataire et qui approuvent sa politique et ses programmes - à savoir l'Assemblée et le Comité central du COE, et le CPPUC.

Il entreprend ses tâches spirituelles et pastorales dans un esprit de prière et avec la conviction que Dieu guide l'unique mouvement œcuménique par le Christ et dans l'Esprit. Le Groupe s'efforce de discerner la volonté de Dieu dans les situations contemporaines et de stimuler la recherche de l'unité visible et du témoignage commun, en particulier par la collaboration - au niveau mondial, régional, national et local - entre l'ECR, le COE et ses Églises-membres. Il doit encourager par un soutien attentif tout ce qui peut contribuer au progrès œcuménique.

Le GMT suscite, évalue et soutient les formes de collaboration entre le COE et l'ECR, spécialement entre leurs divers organes et programmes. Son style et ses formes de collaboration ont la souplesse qu'appellent les ressemblances et les différences qui favorisent ou handicapent les relations COE/ECR. En se concentrant sur les initiatives adaptées, il s'efforce de réduire au minimum les structures nouvelles lorsque de nouvelles avancées ou de nouveaux programmes sont proposés, fixant avec soin les priorités et ménageant ses ressources limitées en personnel, en temps et en moyens financiers.

2. Actuellement, le GMT compte 17 membres et deux co-modérateurs. Ses co-secrétaires sont un membre du CPPUC et le secrétaire général adjoint du COE, responsable des relations avec les Églises non-membres. La majorité des membres exercent un ministère pastoral ou œcuménique en diverses régions. Certains font partie de dicastères de la Curie Romaine et de services du COE. Le GMT fait appel aussi à des consulteurs pour des tâches particulières. Les co-modérateurs, co-secrétaires et quatre autres personnes forment le Comité exécutif qui représente le GMT entre ses réunions plénières et en prépare l'ordre du jour et la matière.

Entre 1991 et 1997, le GMT s'est réuni six fois en session plénière: à Wenningsen, Allemagne, en 1992; à Venise en 1993; en Crète en 1994; à Bose, Italie, en 1995; à Chambésy, Suisse, en 1996; à Venise en 1997.

4. Les relations entre l'ECR et le COE (1991-1998)

Parmi les nombreux contacts à divers niveaux, l'on compte ceux entre les responsables ou les représentants du COE (à Genève) et ceux de l'ECR (à Rome), qui illustrent les liens étroits entre les partenaires.

1. La visite à Rome du Secrétaire Général du COE, le Dr. Emilio Castro (1991) ,a permis d'éclaircir des malentendus dus à l'impression de certains que l'Assemblée de Canberra mettait sur le même plan le mouvement œcuménique et le COE, et aux discussions concernant la nature ecclésiale de la relation COE-ECR. Le Pape Jean-Paul II et le Dr. Castro échangèrent leurs vues sur le rôle des Églises pendant la crise en Yougoslavie, sur le 500e anniversaire de la colonisation et de l'évangélisation de l'Amérique Latine et sur la nouvelle évangélisation de l'Europe. Les discussions avec le personnel du CPPUC convergèrent sur une collaboration spécifique et régulière avec le COE.

2. La réunion des responsables des Commissions pour l'œcuménisme des Conférences Épiscopales nationales (Rome, 1993), convoquée par le CPPUC, se pencha avant tout sur la formation œcuménique et sur les activités de ces Commissions. En plus des représentants de 78 Conférences Épiscopales étaient également présents un représentant du COE, membre du GMT, et des délégués de neuf Églises et Communions chrétiennes mondiales, engagés avec l'ECR dans un dialogue bilatéral.

3. La rencontre à Genève entre les responsables du COE et ceux du CPPUC (Novembre 1993) mit à jour des questions clefs sur le rôle du GMT: son impact sur l'œcuménisme local, sa contribution spécifique pour conjuguer le travail des Conseils nationaux d'Églises (CNE), et la manière dont le GMT peut contribuer au processus de réception des divers dialogues. Avec réalisme de part et d'autre, les participants s'écoutèrent mutuellement présenter les différences d'ordre pratique concernant la manière dont chacun opère. On souligna l'importance de la Commission Foi et Constitution dans le dialogue œcuménique.

4. Une session plénière du Comité Central du COE (Johannesburg, janvier 1994) examina les relations entre l'ECR et le COE sur la base d'une intervention de Mgr John Mutiso-Mbinda du CPPUC, qui décrivit les expériences de ce Conseil ainsi que les expériences de la participation catholique en tant que membre dans des Conseils d'Église au niveau national et régional, tels que le Conseil des Églises de Grande-Bretagne et d'Irlande et la Conférence des Églises des Caraïbes. Le Directoire pour l'application des principes et des normes sur l'œcuménisme (1993) du CPPUC a été remis à chaque membre du Comité Central avec recommandation d'en lire le premier chapitre sur les principes qui engagent l'ECR dans l'œcuménisme. La discussion porta sur trois questions: le potentiel de l'œcuménisme local, surtout à la lumière du Directoire; les nouveaux défis provenant de la participation de l'ECR aux Conseils ou Conférences, nationaux et régionaux, d'Églises; le modèle double de relations selon lequel il est possible d'une part de parvenir à un accord sur des questions théologiques, - et parfois aussi sur des questions de nature socio-politique, telles que l'attitude des Églises envers la guerre - sans pouvoir cependant dialoguer sur d'autres questions d'ordre moral (cf. Procès-verbal du Comité Central du COE, Johannesburg, 20-28 janvier 1995, pp. 26-27.

5. La visite à Rome du Secrétaire Général, le Dr. Raiser, et des dirigeants du COE (avril 1995), confirma que le GMT jouit d'un climat de confiance car il facilite les relations et la collaboration entre les deux groupes mandataires. Certaines questions émergèrent : comment mieux coopérer en répondant aux problèmes que doivent affronter tant les Églises-membres du COE que l'ECR, concernant par exemple la liberté religieuse au plan politique, le témoignage chrétien et le prosélytisme; comment mieux mettre à profit les liens existant déjà et les résultats de bien des années de collaboration dans des situations locales où naissent la plupart des attentes œcuméniques; comment le GMT pourrait-il se servir de son expérience et de son rôle d'instrument, non seulement pour stimuler une pensée commune, mais également pour inciter à l'action commune dans des situations urgentes concernant la vie quotidienne et le témoignage des Églises locales? Lors des échanges entre le Pape Jean-Paul II et le Dr Raiser, le Secrétaire Général souligna l'engagement profond du COE pour une « culture de la vie » et le témoignage en faveur de la paix - thème majeur de l'Encyclique du Pape Evangelium vitae (1995). On souligna également l'importance cruciale dans la coopération œcuménique du principe de responsabilité réciproque et de solidarité entre les Églises sur les questions théologiques, sociales et éthiques.

6. Réunion mixte à Rome (décembre 1997). Après consultation réciproque et considérant que des modifications de la structure actuelle du COE (cf. ci-après, III.A.5, «Vers une compréhension et une vision communes du COE») pourraient avoir des conséquences sur les relations entre l'ECR et le COE, le Dr Raiser et le Cardinal Cassidy convinrent d'une réunion entre le CPPUC et le COE pour un échange d'informations, exprimer des préoccupations mutuelles et rechercher les moyens de renforcer leur collaboration.

5. Le Sixième Rapport du GMT - les réactions du CPPUC et de l'Assemblée de Canberra

1. Dans sa lettre adressée au Dr. Emilio Castro avant l'Assemblée de Canberra, le Cardinal Edward I. Cassidy, Président du CPPUC, donna son approbation au Sixième Rapport. Il souligna le rôle du GMT comme instrument de collaboration entre les deux groupes mandataires dans leur recherche commune de l'unité des chrétiens. En réaffirmant la conviction de l'ECR de l'importance fondamentale de l'unité de foi pour le progrès de l'unité des chrétiens, le Cardinal Cassidy assura fermement son soutien au travail de Foi et Constitution; mais il souligna également la nécessité de bases théologiques dans les études et les activités d'autres programmes du COE et suggéra qu'en élargissant cette dimension on faciliterait la collaboration de l'ECR à ces programmes. La lettre rappelait le désir du Pape Jean-Paul II de voir ce témoignage commun des chrétiens se réaliser partout et au plus tôt. Cela est particulièrement nécessaire dans la réflexion commune sur les problèmes qui tendent à diviser les Églises, comme ceux concernant l'éthique pour lesquels les Églises devraient s'entendre pour assumer une position d'autorité morale.

2. L'Assemblée de Canberra a exprimé son appréciation pour le Sixième Rapport. Le compte-rendu impressionnant des activités communes de l'ECR et du COE depuis l'Assemblée de Vancouver en 1983 ne cachait toutefois pas les difficultés qui restaient à surmonter et les échecs. L'Assemblée se référa à la dissolution du Groupe Mixte Consultatif sur la Pensée et l'Action sociale comme illustrant les difficultés particulières d'une collaboration dans un domaine qui réclame une action urgente. Elle recommanda que le GMT soit libéré en partie de la tâche de contrôler le travail technique entre Genève et Rome, afin de se concentrer sur un examen d'ensemble des relations ECR-COE et de voir comment on pourrait leur donner une expression visible plus substantielle.

6. Priorités fixées au GMT pour 1991-1998

L'Assemblée de Canberra ainsi que le CPPUC ont approuvé et encouragé les priorités que le Sixième Rapport avait recommandé de fixer au GMT :

  • Unité de l'Église: but, étapes et implications ecclésiologiques;
  • Formation et éducation œcuméniques;
  • Questions éthiques comme sources nouvelles de division;
  • Témoignage commun dans les activités missionnaires;
  • Pensée et action sociales.

Lors de la rencontre en novembre 1993 entre les dirigeants du COE et ceux du CPPUC, il fut souligné que le GMT devrait maintenant porter son attention sur sa façon d'opérer et sur l'identification des domaines où la collaboration était à la fois nécessaire et possible. Les participants de cette rencontre ont reconnu que pour encourager et faciliter la réception de son travail, le GMT faisait l'expérience de défis analogues à ceux que doivent affronter les dialogues bilatéraux.

Le Septième Rapport montre que le GMT a fourni des résultats concrets dans l'accomplissement des priorités qui lui ont été fixées, à l'exception de celle concernant "Pensée et action sociales". Toutefois, même en ce cas, il y a eu progrès vers une meilleure compréhension des difficultés du passé, ouvrant ainsi la voie à de nouvelles perspectives, et à des initiatives positives possibles pour une future collaboration.

III. Activités du GMT (1991-1998)


A. L'unité de l'Église - le but et les moyens

1. L'unité de l'Église comme koinônia

1. Le fait de se concentrer de manière spécifique sur l'ecclésiologie de la koinônia (communion) et sur l'unité que nous recherchons permet une continuité en ce qui concerne la préoccupation centrale et permanente du GMT pour « l'unité de l'Église - but et moyens ». Cette même préoccupation fait partie du mandat de la Commission Foi et Constitution. Cette Commission choisit quelques-uns de ses experts dans des Églises non-membres du COE, et depuis 1968 des théologiens catholiques dont la nomination est approuvée par le CPPUC en sont membres à part entière. Par l'intermédiaire de Foi et Constitution, l'ECR continue de participer directement et activement au COE.  

2. Entre 1983 et 1990, le GMT a lui-même fait faire et adopté un document de travail sur «Église locale et universelle » (1990), publié en appendice à son Sixième Rapport. Ce document aborde les aspects fondamentaux du mystère de l'Église comme icône de la Trinité, l'ecclésiologie de koinônia et la relation entre l'Église locale et l'Église universelle, en examinant le sujet selon les perspectives orthodoxe, catholique et protestante, et en indiquant les éléments ecclésiaux nécessaires pour parvenir à la pleine communion au sein de l'Église visiblement unie.

3. Depuis 1990, ce même thème a été plus largement approfondi dans les documents suivants:

  1. la déclaration de l'Assemblée de Canberra, "L'unité de l'Église en tant que Koinônia : don et vocation";

  2. le document réalisé à l'initiative du GMT sous la forme d'une série de réflexions par des experts orthodoxes, catholiques et protestants: Ecumenical Perspectives on the 1991 Canberra Statement (La Déclaration de Canberra, 1991 : perspectives œcuméniques (Foi et Constituion, Document n° 163);

  3. le rapport de la Cinquième Conférence Mondiale de Foi et Constitution (Saint-Jacques de Compostelle, 1993);

  4. les divers dialogues internationaux bilatéraux;

  5. l'étude en cours de Foi et Constitution sur" Koinonia : the Nature and Purpose of the Church (Koinônia: nature et but de l'Église)";

  6. l'Encyclique du Pape Jean-Paul II Ut unum sint (1995) sur l'engagement œcuménique;

  7. le processus d'étude et de consultation "Vers une compréhension et une vision communes du COE";

  8. la réponse du CPPUC (avril 1997) à ce projet de document (novembre 1996).

4. La Déclaration de Canberra s'employa à approfondir le sens de 'koinônia', thème central du document du GMT, Église locale et universelle. La nature et le but de l'Église, en tant que communauté qui reflète la réalité de la Trinité, est « d'unir les fidèles au Christ dans la puissance de l'Esprit, de manifester leur communion dans la prière et l'action, pour en arriver ainsi à la pleine communion avec Dieu, avec l'humanité et avec toute la création dans la gloire du royaume » (L'unité de l'Église en tant que koinônia : don et vocation - Déclaration de l'Assemblée de Canberra, n. 1.1.). Malgré ce qui divise encore les Églises, « celles-ci reconnaissent maintenant qu'existe déjà entre elles un certain degré de communion », et elles aspirent à rendre cette communion plus visible en recherchant un consensus sur la confession commune de la foi apostolique, sur une vie sacramentelle commune, sur une mission commune et en s'orientant vers un ministère commun et des structures communes de responsabilité. Ces éléments ne font que traduire les quatre propriétés ou attributs classiques et visibles de l'Église - une, sainte, catholique et apostolique.

5. A la suite de Canberra, la Commission Foi et Constitution a commencé à examiner l'effet produit par son document de 1982, Baptême, Eucharistie, Ministère (BEM) et les réponses des Églises, y compris celle largement développée de l'ECR. L'ecclésiologie implicite du BEM nécessite des éclaircissements ultérieurs sur la nature des sacrements et la relation d'une nécessaire surveillance à exercer dans l'Église dans une fonction qui est à la fois personnelle, collégiale et communautaire. Le projet d'étude final, Confesser la foi commune, examine la foi apostolique commune découlant du Credo de Nicée, et invite les Églises à reconnaître, dans leur propre vie, la foi de l'Église à travers les âges, et à reconnaître cette même foi dans d'autres communautés chrétiennes (Foi et Constitution, Document N° 153 ; cf. le projet d'étude de 1996, "Vers le partage de la foi commune, Foi et Constitution, Document N° 173).

6. La cinquième Conférence Mondiale de Foi et Constitution Constitution - tenue en 1993 à Saint-Jacques de Compostelle, Espagne - attira des participants de tous les continents et de toutes les traditions ecclésiales qui s'associent aux recherches de Foi et Constitution au sein des Églises et des organisations œcuméniques. La Conférence eut la joie de constater les résultats du dialogue œcuménique, surtout depuis la dernière Conférence Mondiale de Montréal, en 1963, pendant le Concile Vatican II, et alors que l'ECR commençait à peine à prendre une part officielle et active au mouvement œcuménique. Il y avait un nombre considérable de membres de l'ECR à Compostelle, y compris le Président du CPPUC, le Cardinal Cassidy, et 23 délégués, ainsi que plus de 40 autres représentants/invités, conférenciers, jeunes théologiens, personnel coopté et consultants.

7. Avant Saint-Jacques de Compostelle, la Commission Foi et Constitution avait élaboré un processus d'étude comprenant une série de consultations régionales (des catholiques ont pris part à beaucoup d'entre elles), qui aboutirent au document préparatoire Vers la koinônia dans la foi, la vie et le témoignage. Quant au rapport officiel de la conférence mondiale, il examina la nature et le sens de la 'koinônia'. L'Église, en tant que communion ancrée dans la vie de la Trinité, doit être le signe et l'instrument de la volonté de Dieu pour l'humanité. Le Rapport reflète les vues des dialogues bilatéraux (y compris ceux auquels participe l'ECR) ; celles des Églises unies ou en voie d'unification, des Communions chrétiennnes mondiales (ECR comprise) et des Conseils régionaux et nationaux d'Églises (dont plusieurs comptent des catholiques parmi leurs membres de plein droit). Le Rapport examine également les étapes vers la 'koinônia' visible, et note les conséquences qui découlent de la compréhension de l'Église comme une, sainte, catholique et apostolique - conséquences qui restent à étudier.

8. Il est clair que dans les années 90, la koinônia ou communion ecclésiale a été au centre des discussions du GMT, des dialogues bilatéraux et de la Commission Foi et Constitution. Dans le message que le Pape Jean-Paul II adressait à Saint-Jacques de Compostelle, il déclarait que « la conscience approfondie du grand mystère que représente la communion ecclésiale incite les chrétiens à confesser que Dieu, et non l'homme, est à l'origine de l'unité de l'Église; unité qui les incite à se repentir de leurs propres péchés contre la charité fraternelle et les encourage, inspirés par la grâce de l'Esprit Saint, à agir par la prière, la parole et l'action pour parvenir à la pleine unité voulue par Jésus Christ »

Le mot 'koinônia' s'emploie aussi pour désigner des modèles différents d'unité de l'Église, peut-être exclusifs les uns des autres, comme : communion de communions, diversité réconciliée, unité visible d'Églises locales, communauté conciliaire. Il faudrait donc étudier de plus près ce qu'implique la 'koinônia' pour les modèles d'unité.

2. Principaux documents d'étude de Foi et Constitution

1. Les travaux futurs de Foi et Constitution continueront de se concentrer avant tout sur l'ecclésiologie. Un texte de convergence sur la nature et le but de l'Église, semblable par sa présentation et son style au BEM, s'appuiera sur d'autres études de Foi et Constitution - sur l'herméneutique, le culte et la morale -, en vue de progresser sur ce qui concerne le ministère de surveillance, la nature de la conciliarité et la nature de l'Église en tant que locale et universelle. En outre, un processus interdisciplinaire a été mis en œuvre sur le thème Ethnic Identity, National Identity and the Search for the Unity of the Church (Identité ethnique, Identité nationale et recherche de l'Unité de l'Église).

2. La prière et le culte en commun anticipent, expriment et préparent des expériences de communion chrétienne ou koinônia, qui reflètent à la fois et dépassent les accords et les convergences théologiques. Le document So We Believe, So We Pray (La célébration, une expression de la foi commune, Foi et Constitution, Document N° 171) examine la possibilité d'une méthode permettant d'organiser et de programmer en commun le culte chrétien dans ses éléments essentiels; le document se penche aussi sur le thème de l'inculturation et sur la façon dont le culte favorise déjà activement la recherche de l'unité de l'Église. L'étude sur le baptême est centrée sur le pèlerinage constant des chrétiens cherchant à exprimer leur incorporation au Christ, et leur consécration première en tant que chrétiens par le baptême dans le ministère du Christ et de l'Église.

3. Trois rapports ont été publiés à la suite d'un processus de réflexion commune entre Foi et Constitution et l'Unité III du COE sur la Justice, la Paix et la Création ; ces rapports étudient la relation entre ecclésiologie et éthique. Le Rapport de Ronde, Une unité qui coûte (1993), examine la koinônia en relation avec la nature éthique et le témoignage de l'Église en tant que « communauté morale », soulignant le lien essentiel entre la recherche de l'unité visible de l'Église et la vocation des Églises au témoignage prophétique et au service. Le rapport de Tantur, intitulé Costly Commitment (Un engagement qui coûte, 1995), présente une nouvelle discussion sur la relation entre Eucharistie, alliance et engagement éthique. Le rapport de Johannesburg, Costly Obedience (Une obéissance qui coûte, 1997), reprend le thème suivant: conséquences éthiques du culte chrétien et rôle que joue le baptême ou l'initiation chrétienne dans la formation du caractère ; le rapport s'interroge également sur les implications d'ordre éthique de la koinônia grandissante entre les Églises et sur la signification de la réflexion éthique et de l'action que les Églises entreprennent ensemble pour la koinônia déjà existante et agissante entre elles.

Durant cette même période, le GMT publia lui-même en 1966 une étude intitulée Le dialogue œcuménique sur les questions morales : sources potentielles de témoignage commun ou de divisions (cf. ci-dessous III, B, 5 et Appendice III).

3. Dialogues bilatéraux et multilatéraux

1. L'ECR coopère avec le COE en tant que membre à part entière de la Commission Foi et Constitution. En outre, beaucoup d'Églises-membres du COE sont engagées dans un dialogue bilatéral avec l'ECR: par exemple, les Églises orthodoxes et les anciennes Églises orientales. D'autres Églises-membres du COE sont également engagées dans ces dialogues à travers leurs Communions chrétiennes mondiales(CCM), tant au niveau national qu'international, comme par exemble les luthéRiens, les méthodistes, les réformés, les anglicans, les baptistes et les disciples du Christ. Ces dialogues multilatéraux et bilatéraux ont des buts complémentaires et offrent par là des possibilités de cohérence au service de l'unique mouvement œcuménique.

2. La conférence des secrétaires généraux des CCM, instrument informel d'information, d'échange, de réflexion et d'orientation, organise des forums périodiques sur les conversations bilatérales. Le secrétariat de Foi et Constitution est au service de ces forums et Monseigneur Duprey du CPPUC y représente l'ECR.

Le cinquième forum bilatéral (1990) a mis en lumière les thèmes communs et leurs approches communes par rapport à l'Eglise qui émerge dans et par les différents dialogues (cf. The Understanding of the Church Emerging in the Bilateral Dialogues - Coherence or Divergence ? (La compréhension de l'Église qui se dégage des dialogues bilatéraux - Cohérence ou divergence?, Foi et Constitution, Document N° 156, 1991). Le sixième forum (1994) a examiné les processus divers au moyen desquels les Églises cherchent à recevoir les résultats des dialogues, et suggéré comment elles pourraient les faire leurs par un processus de reconnaissance et de réception. Cela suppose aussi un effort pour surmonter les problèmes "non-doctrinaux" qui font obstacle au mouvement vers la communion, par exemple le souvenir d'événements historiques qui ont polarisé des communautés, les relations entre les Églises orthodoxes et les Églises orientales catholiques, et la relation entre Églises majoritaires et minoritaires en bien des régions. Le rapport de ce forum (Foi et Constitution, Document N° 168, 1994) souleva aussi la question de la relation entre l'Église locale et l'Eglise universelle - en particulier celle de savoir si l'Église locale est en mesure de prendre des initiatives pour le progrès des relations œcuméniques.

Le septième forum bilatéral (1997) a étudié d'une part The Emerging Visions of Unity (Visions naissantes de l'unité) dans les Églises au travers de leur participation aux dialogues bilatéraux et aux dialogues interreligieux ; d'autre part leur témoignage commun sur les questions ayant trait à la justice et à la paix. Ces « Visions naissantes» ont été discutées à la lumière de la Déclaration de Canberra, L'Unité de l'Église en tant que koinônia: don et vocation . Le rapport réaffirme les défis que cette déclaration pose aux Églises dans le processus dynamique vers une « unité conciliaire" (tout en reconnaissant l'ambiguïté du terme 'concile'). Enracinées dans des milieux culturels et géographiques différents, les Églises locales sont interdépendantes dans leur légitime diversité. Et les forts courants actuels de globalisation incitent à de nouvelles vues concernant l'unité de l'Église et des communautés humaines (cf. The Seventh Forum on Bilateral Dialogues : Emerging Visions of Visible Unity in the Canberra Statement and Bilateral Dialogues [Septième Forum sur les dialogues bilatéraux : visions naissantes de l'unité visible dans la Déclaration de Canberra et les dialogues bilatéreaux], Genève, publications du COE, Foi et Constitution, Document N° 179).

4. Le Directoire œcuménique et l'Encyclique Ut Unum Sint

Pendant cette période, deux documents faisant autorité ont clairement exprimé les fondements théologiques et les directives pastorales pour la vie et les structures œcuméniques au sein de l'ECR, ainsi que pour les relations de celle-ci avec d'autres Églises et organisations œcuméniques : à savoir le Directoire pour l'application des principes et des normes sur l'œcuménisme (1993) du CPPUC, et l'Encyclique du Pape Jean-Paul II, Ut unum sint, « sur l'engagement œcuménique » (1995).

1. Approuvé par le Pape, le Directoire Œcuménique (DO) « donne des normes générales d'application universelle pour guider la participation catholique à l'action œcuménique » afin de garantir que « l'activité œcuménique dans l'ECR soit conforme à l'unité de foi et de discipline qui unit les catholiques entre eux », « tout en respectant pleinement la compétence des autorités locales et territoriales », reconnaissant que « bien des jugements sont meilleurs lorsqu'ils sont formulés au niveau local ».

Le DO offre une vision globale des fondements théologiques de l'Église catholique concernant la vie et l'action œcuméniques (enseignement, attitudes ou motivations et spiritualité); la formation œcuménique de tous les fidèles - clergé et laïcs (étude de l'Écriture, prédication, catéchèse, liturgie) en des milieux divers (famille, paroisse, écoles, séminaires, facultés théologiques, universités catholiques, formation permanente des ministres engagés dans la pastorale, hôpitaux, associations et instituts laïcs); les « activités spirituelles » (prière en commun; célébrations de baptêmes ; partage de la vie sacramentelle, surtout de l'Eucharistie; mariages, y compris les mariages mixtes; funérailles); la coopération œcuménique et le témoignage commun (la vie sociale et culturelle; la paix, la justice et la sauvegarde de la création; les activités missionnaires; la traduction commune et la distribution de la Bible; la catéchèse; les activités dans le domaine de la médecine ; l'assistance sociale et le développement; les communications à travers les médias); enfin les structures ecclésiales (collège des évêques, conférences épiscopales, synodes patriarcaux, les diocèses et leurs commissions œcuméniques; communautés religieuses et organisations laïques; le CPPUC).

2. L'Encyclique Ut unum sint souligne que « l'Église catholique s'est engagée de manière irréversible à prendre la voie de la recherche œcuménique » « comme partie intégrante de sa vie et son action », nécessaire à la crédibilité de l'évangélisation.

Le chemin quotidien de l'œcuménisme passe par le repentir pour les torts mutuellement infligés, par la prière (surtout partagée), les visites réciproques, l'étude de la foi commune et des différences qui restent à surmonter, la coopération dans la mission au service des besoins de l'humanité.

Un mot clef de l'Encyclique est le « dialogue », qui « ne se limite pas à un échange d'idées » (n° 28), mais qui est aussi « un partage des dons et leur développement... pour le bénéfice et l'avantage de tous » (n° 87. Laissant présumer entre les partenaires un respect fraternel et un désir de réconciliation, le dialogue vivant suppose un examen de conscience de part et d'autre. L'Encyclique fait observer que « certains traits du mystère chrétien ont parfois été soulignés plus efficacement » par des communautés autres que l'ECR (cf. n° 14). Dans « la recherche commune de la vérité », des formulations diverses peuvent mener à des « découvertes surprenantes » qui enrichissent la connaissance de la vérité révélée.

Le Pape prévoit « un dialogue continu et approfondi » (nn° 77-79) sur la voie de « cette pleine communion dans l'Église une, sainte, catholique et apostolique qui s'exprimera dans la commune célébration de l'Eucharistie » (n° 78). La réception des résultats déjà obtenus par le dialogue exige une analyse critique et un examen pour s'assurer qu'ils sont cohérents avec la tradition apostolique.

L'Encyclique énumère cinq domaines à approfondir pour « un véritable consensus dans la foi » :

  1. « la relation entre la sainte Écriture, autorité suprême en matière de foi, et la sainte tradition, interprétation indispensable de la Parole de Dieu » (formulation tout à fait dans la ligne de la recherche de Foi et Constitution);
  2. « l'Eucharistie, sacrement du Corps et du Sang du Christ, offrande de louange au Père, mémorial sacrificiel et présence réelle du Christ, effusion sanctificatrice de l'Esprit Saint » (vision cohérente avec la section du BEM concernant l'Eucharistie);
  3. « l'ordination, comme sacrement, au triple ministère de l'épiscopat, du presbytérat et du diaconat »;
  4. « le Magistère de l'Église, confié au Pape et aux Évêques en communion avec lui, compris comme responsabilité et autorité exercées au nom du Christ pour l'enseignement et la sauvegarde de la foi »;
  5. « la Vierge Marie, Mère de Dieu et Icône de l'Église, Mère spirituelle qui intercède pour les disciples du Christ et pour toute l'humanité » (cf. n° 79).

En déclarant que « l'Église Catholique est convaincue d'avoir conservé dans le ministère de... l'Évêque de Rome 'le principe et le fondement permanent et visible de l'unité', ... fidèle à la tradition apostolique et à la foi des Pères » (n° 88), Jean-Paul II reconnaît que « le ministère d'unité de l'Évêque de Rome représente une difficulté pour la plupart des autres chrétiens » (ibid.). Il exhorte donc « les responsables ecclésiaux et leurs théologiens à instaurer... un dialogue fraternel et patient » (n° 96) concernant « l'exercice de ce ministère ». Bon nombre d'Églises-membres du COE ont apprécié cette invitation.Toutefois, pour des motifs à la fois ecclésiologiques et historiques, beaucoup d'Églises rencontrent de grandes difficultés à discuter le primat de l'Évêque de Rome et préféreraient entamer un dialogue plus général sur la nécessité, la nature et la structure d'un ministère universel de surveillance.

L'Encyclique rappelle clairement et à plusieurs reprises l'importance de Foi et Constitution. Elle se réfère de manière positive au "patient travail de la Commission Foi et Constitution" (n. 75, note 129). A propos du renouvellement et de la conversion que l'œcuménisme exige, le Pape cite divers documents qui contribuent à encourager cette attitude, entre autres "les principaux documents de la Commission Foi et Constitution" (n. 17) et "en particulier le document dit de Lima Baptême, Eucharistie, Ministère (janvier 1982) ... et Confesser la foi commune" (note 28). La contribution de la cinquième conférence mondiale de Foi et constitution est également mentionnée plusieurs fois (n. 78, note 129 ; n. 45, note 77 ; n. 89).

En 1998, la Commission Foi et Constitution a terminé sa réponse à Ut unum sint. Celle-ci prend acte de la considération dont son travail fait l'objet et remercie en ces termes : "Les membres de la Commission Foi et Constitution remercient pour la considération exprimée dans l'Encyclique pour leur travail. La reconnaissance du travail de Foi et Constitution implique une relation avec toutes les communautés œcuméniques engagées dans la recherche de l'unité". Elle saluel'esprit d'humilité de cette Encyclique qui transparaît dans des expressions telles que "dialogue des consciences" et "dialogue de conversion". La Commission souligne également la décision contenue dans l'Encyclique sur la relation entre unité et diversité, et sur la reconnaissance des ministères. Pour ce qui est du thème de la primauté, qui a suscité des commentaires positifs quant à la manière dont la question était traitée dans l'Encyclique, à savoir en mettant l'accent sur un ministère d'unité - et non pas de puissance - et de service, la Commission a confirmé son intention d'étudier ce thème dans le cadre de la nécessité d''une primauté universelle au niveau de l'organisation de la vie de l'Église de Dieu sur terre'.

La Commission Foi et Constitution prépare actuellement une réponse à l'Encyclique Ut unum sint.

5. Compréhension et vision communes du COE

1. Au sein du Conseil œcuménique des Églises, le sens de l'engagement œcuménique et le rôle du COE dans le mouvement œcuménique ont fait l'objet d'un long processus d'étude et de consultation autour du thème « Vers une Compréhension et une vision communes du COE » (CUV). Requise en 1989 par le Comité Central du COE, cette étude a porté sur la formulation d'un document d'orientation devant être présenté à la Huitième Assemblée du COE en 1998, à l'occasion du 50e anniversaire de la fondation du COE, et à l'aube d'un nouveau siècle et d'un nouveau millénaire. Ce document devait constituer une sorte de «charte» de l'engagement œcuménique. Le texte adopté en septembre 1997 par le Comité central reflétait plus de 150 réponses à un projet antérieur, provenant d'Églises-membres du COE et de partenaires œcuméniques.

Le GMT a suivi de près ce processus en étant tenu au courant par les dirigeants du COE, par l'échange de documents et la participation aux discussions, ce qui lui a permis d'évaluer l'impact immédiat des résultats de cette étude sur les relations de travail futures entre l'ECR, d'une part, et le COE et ses Églises-membres, d'autre part.

En lançant le processus du CVC en 1989, le Comité central se référait explicitement aux relations du Conseil avec les Églises non-membres. En conséquence, dès le début on sollicita le point de vue de l'Église Catholique Romaine; un observateur du CPPUC fut présent à la consultation de décembre 1995 qui dressa une première ébauche du document. Lorsqu'en novembre 1996 une seconde version fut soumise aux Églises-membres et aux partenaires œcuméniques du COE, le Secrétaire Général, le Dr. Konrad Raiser, invita le CPPUC à donner son avis sur ce projet ; une réponse exhaustive fut ainsi envoyée à Genève en avril 1997.

Du point de vue du COE, la première ébauche (et le texte adopté par le Comité Central) déclare ce qui suit :

Nous rendons grâce à Dieu de ce que depuis le Concile Vatican II, l'Église Catholique participe activement au mouvement œcuménique et, en bien des manières, se révèle un partenaire fort apprécié du COE (surtout par l'intermédiaire du GMT et sa participation à la Commission Foi et Constitution). Les Églises-membres du COE et l'ECR s'inspirent de la même vision du plan de Dieu d'unir toutes choses dans le Christ. Il nous semble inconcevable que le COE ou l'ECR puissent poursuivre leur vocation œcuménique sans la collaboration de l'autre, et nous avons la ferme espérance que tous deux rechercheront des moyens d'approfondir et de multiplier leurs relations dans les années à venir, surtout depuis que l'ECR au cours de récentes années fait partie d'un nombre croissant d'organisations œcuméniques locales, nationales et régionales, auxquelles adhèrent aussi beaucoup d'Églises-membres du COE. Être membre du COE n'est aucunement la seule manière pour les Églises de collaborer au niveau universel; toutefois, certaines Églises-membres du COE déjà en relations bilatérales avec l'ECR estiment que la communauté fraternelle du COE est apauvrie par l'absence de l'ECR de ce groupe d'Églises.

2. Dans sa réponse, le CPPUC « reconnaît une continuité de croissance » dans la « réception » par l'ECR « d'une nouvelle tradition œcuménique d'expérience de la réflection... avec d'autres chrétiens et d'autres communions aux niveaux local, national et mondial, et en conséquence de sa participation active au COE », lequel à son tour a aussi fait l'expérience du « développement continu de sa vocation œcuménique au cours de ces cinquante années de vie commune ».

En particulier, c'est à la lumière de Ut unum sint que la réponse du CPPUC réfléchit sur le terrain commun ou base commune de l'œcuménisme et sur « l'unique mouvement œcuménique »; également sur la vision commune qui cherche à tenir ensemble les dimensions en corrélation entre elles de la foi, de la vie et du témoignage des Églises ; enfin, sur leur vocation commune fondée sur la réalité, bien qu'imparfaite, de la koinônia déjà existante entre les Églises.

En conclusion, le CPPUC déclare dans sa réponse que « la compréhension et l'engagement œcuméniques de l'ECR sont en général cohérents avec les affirmations actuelles des Églises-membres du COE et du COE lui-même telles qu'elles figurent dans la proposition de Vision Statement (Notre vision œcuménique : Déclaration)».

Le CPPUC a également répondu aux propositions contenues dans le projet du CVC quant à la révision des structures actuelles du COE, et à la possibilité de structures neuves, à la lumière de ce que celles-ci pourraient impliquer pour la collaboration future de l'ECR à la vie et à l'action du COE, et pour sa solidarité avec celui-ci et ses Églises-membres.

B. Le témoignage commun

1. Les Conseils d'Eglises nationaux et régionaux

En février 1993 le COE et le CPPUC ont patronné conjointement la troisième consultation internationale des Conseils d'Églises nationaux (CNE) qui s'est tenue à Hong Kong. Le thème était le suivant: « Les CNE serviteurs et avocats de l'Unité ». Il y a 88 CNE répartis à travers le monde; l'ECR est membre actif de 55 d'entre eux par l'intermédiaire de ses Conférences Épiscopales. Également grâce à celles-ci, l'ECR est membre actif des Conseils régionaux des Églises aux Caraïbes, de celles du Pacifique et du Moyen Orient. Au sein de ces Conseils nationaux et régionaux, l'ECR est en contact direct avec beaucoup d'Églises-membres du COE. Parmi les 120 participants à Hong Kong, 17 étaient Catholiques Romains, dont six évêques qui représentaient leurs Conférences épiscopales nationales.

La consultation reconnut les CNE comme instruments d'expression de la communion (koinônia) entre les Églises et du témoignage commun; on fit également remarquer que l'action réconciliatrice des CNE en fait souvent des avocats nationaux en temps de crise socio-politique. On a aussi reconnu les problèmes auxquels s'affrontent bien des CNE - entre autres, comment trouver des personnes compétentes auxquelles avoir recours pour la réflexion théologique et socio-éthique; les moyens financiers limités; comment favriser les relations des Conseils régionaux des Églises avec le COE. Beaucoup de CNE doivent jouer leur rôle sur une scène œcuménique où les acteurs abondent de plus en plus, avec des buts qui se chevauchent, et qui se concurrencent pour des resources de moins en moins abondantes, qu'il s'agisse de personnel ou d'argent. La consultation a toutefois admis que la préoccupation concernant la répartition des ressources financières et les projets de développement fait trop souvent ombrage à la tâche essentielle des CNE, à savoir la recherche de l'unité chrétienne.

Dans un message écrit à l'Assemblée de Hong Kong, le Cardinal Edward Cassidy, Président du CPPUC, fit observer que la collaboration de l'ECR comme membre à part entière d'un CNE peut causer des difficultés, si l'on oublie les implications ecclésialologiques du fait que les Églises catholiques locales « font partie de la communion de foi et de la discipline de toute l'Église Catholique ». De plus, étant donné qu'un CNE doit être gouverné par les normes établies par les Églises-membres et n'a d'autorité que celle que lui accordent celles-ci, la constitution d'un CNE doit « s'efforcer de prévoir comment l'exercice satisfaisant d'une préoccupation commune peut encore permettre aux Églises membres d'être en désaccord avec une telle action, lorsqu'en conscience elles ne peuvent y prendre part » .

Les CNE participent souvent à une action mixte ou font paraître des déclarations sur de difficiles questions d'éthique et de morale. « Il est important », note le Cardinal Cassidy, « que de tels problèmes soient étudiés avec le respect dû à l'enseignement propre des Églises-membres, avant tout en tenant compte du contenu objectif de leurs positions éthiques ». Concernant ce dernier point, le GMT recommande que les CNE se réfèrent à son document de travail, "Le dialogue œcuménique sur les questions morales" (1996; cf. Annexe B)."

Toutefois, comme proposé par le document préparatoire de la Conférence de Hong Kong, l'insistance des Églises qu'un CNE «dépende d'elles plus étroitement», risque de faire perdre au CNE en question « sa vocation œcuménique de pionnier capable de traiter les problèmes et d'explorer de nouvelles avenues, alors que les Églises elles-mêmes hésitent encore à le faire » ; en fait, il se peut que les Églises ne regrettent pas de se retrouver ainsi « un pas en arrière » de cet engagement.

2. La Semaine de Prière pour l'Unité des Chrétiens

La Semaine de Prière est une des expressions les plus anciennes et les plus répandues de cet « œcuménisme spirituel » qui est au cœur et à la source du mouvement œcuménique. La préparation, chaque année, des textes destinés à la Semaine de Prière a créé une collaboration stable et durable entre l'ECR (par le CPPUC) et le COE (par la Commission Foi et Constitution).

Pour beaucoup, la Semaine de Prière annuelle est leur principale, sinon leur unique expérience œcuménique. Compte tenu de ce qui se dit souvent à propos des difficultés actuelles et des lenteurs du mouvement œcuménique, cette Semaine est un moyen pour les Églises d'affirmer fermement qu'elles restent parties prenantes de la recherche de l'unité visible, et elle fournit en même temps une expérience locale de la catholicité de l'Église universelle.

Le premier jet du texte annuel est l'oeuvre des groupes œcuméniques d'un pays donné ou d'une région - ces dernières années en Allemagne, en Belgique, au Zaïre, en Irlande, en Angleterre, au Portugal, en Suède et en France. Le texte fourni par le pays responsable est ensuite développé par le groupe international chargé de la préparation et proposé à toutes les Églises pour l'adaptation indispensable aux besoins locaux. Cette tâche porte souvent à une fructueuse collaboration entre les Églises au sein des CNE et d'autres organismes œcuméniques. Les thèmes récents révèlent le souci de la préparation de l'An 2000; mais la grande variété des contextes œcuméniques et sociaux où l'on célèbre la Semaine de Prière exige une sensibilité et une discrétion quant au lien avec l'An 2000.

Le GMT note plusieurs problèmes que les Églises ont encore à affronter lorsqu'elles célèbrent la Semaine de Prière pour l'Unité des Chrétiens: comment inspirer la prière et l'action pour l'unité, non seulement pendant une seule semaine mais durant toute l'année; comment encourager la créativité dans l'adaptation du matériel au niveau local; comment attirer d'autres chrétiens comme partenaires dans le partage et l'expérience commune de prière pour l'unité. On a prêté attention au désir d'une collaboration plus étendue dans la célébration de la Semaine de Prière, également au fait qu'il existe déjà plusieurs formes très répandues de prière commune au cours de l'année. Ainsi le livret pour 1996, "Voici, je me tiens à la porte et je frappe" (Ap. 3,14-22), a été préparé avec la participation de représentants officiels des organismes mondiaux de la YWCA et de la YMCA.

Le GMT souligne que la Semaine de Prière est une des expériences œcuméniques les plus durables et les plus répandues, et insiste pour que toutes les Églises y prennent part activement par son adaptation à leur niveau local, en distribuant le texte et en encourageant l'usage.

3. Collaboration entre le CPPUC (Rome) et le «Programme sur les Églises en mission : santé, éducation, témoignage (Unité II)» du COE

Le CPPUC continue de faciliter une collaboration plus intense de l'ECR au travail du COE, au 'Programme sur les Églises en Mission: Santé, Éducation, Témoignage (Unité II)', en mettant à sa disposition comme consultants des experts catholiques de la mission, et depuis 1984 par un consultant catholique qui réside au COE à Genève, comme membre du personnel à plein temps du programme de l'Unité II. Ce poste est occupé par une religieuse missionnaire catholique, actuellement Soeur Elisabeth Moran, des Sœurs Missionnaires de St Columban. Cette personne est en contact avec les autres consultants catholiques nommés par le CPPUC; en outre, elle est en relation avec les responsables des instituts missionnaires catholiques et les professeurs de missiologie des université romaines et d'ailleurs. Depuis 1989, quatre représentants des Unions internationales des Supérieures Générales et des Supérieurs Généraux sont membres de plein droit de la Conférence du COE sur la Mission Mondiale et l'Évangélisation.

Ces relations de collaboration avec l'équipe du COE se sont accrues grâce à un échange de visites.Une délégation de huit personnes, membres du personnel de la Curie Romaine et de communautés missionnaires, ainsi qu'un professeur de missiologie, sont allés à Genève en 1995 pour connaître le travail du COE, en particulier celui de l'Unité II; à leur tour, les membres du personnel du COE dont la tâche est d'étudier le rôle de l'Église dans l'éducation au sein des sociétés pluralistes, se sont rendus à Rome en 1996 et en 1997. Le CPPUC et le groupe Unité II sur l'éducation ont patronné ensemble à Rome en 1996 une consultation, durant laquelle des membres du personnel du COE ont rencontré des représentants de congrégations religieuses catholiques, hommes et femmes, dont le ministère principal est l'éducation scolaire. Les participants se sont raconté réciproquement leurs expériences des défis auxquels les Eglises doivent faire face en matière d'éducation dans des sociétés de plus en plus pluralistes.

L'invitation faite à dix consultants catholiques officiels de prendre part à la Conférence de 1996 sur la mission universelle et l'évangélisation (Salvador de Bahia, Brésil), ne faisait que continuer cet important développement des relations entre le COE et l'ECR. Le thème de la Conférence, « Appelés à une unique espérance - l'Évangile dans les diverses cultures », indique encore un domaine où les chrétiens pourraient offrir leur témoignage commun, pour faire retrouver l'espoir dont a tellement besoin un monde complexe, brisé et de diverses cultures.

4. L'An 2000

1. Dans son Sixième rapport, le GMT a souligné que la fin de ce millénaire pourrait être pour tous les chrétiens l'occasion de réfléchir à l'état de leurs relations œcuméniques, de se réengager eux-mêmes au service de l'unité, et de renforcer leur témoignage commun. Au seuil du nouveau millénaire, les Églises pourraient offrir ensemble au monde une vision chrétienne d'unité et de renouveau de la vie sociale, économique et spirituelle, pouvant contribuer à la construction d'un monde stable et juste.

2. Le GMT a envisagé la célébration de l'An 2000, surtout à la lumière de la Lettre apostolique du Pape Jean-Paul, Tertio millennio adveniente (1995) dans l'intention de promouvoir les projets œcuméniques des chrétiens, « pour se tourner ensemble vers le Christ, l'unique Seigneur, et renforcer leur témoignage commun; célébrer l'Esprit comme source d'espérance et d'unité; et collaborer à une 'civilisation de l'amour', fondée sur les valeurs universelles de paix, de solidarité, de justice et de liberté, qui trouvent leur plénitude dans le Christ ».

Un représentant du COE a été invité à participer au Comité Central de l'ECR pour la célébration de l'année Jubilaire (février 1996). Des représentants de l'ECR ont été invités à des réunions non-officielless organisées par le COE (juin 1996, mai 1997), avec des secrétaires des CNE et des partenaires œcuméniques qui préparent des célébrations pour marquer l'An 2000.

3. Le GMT recommande à ses mandataires de proposer aux Églises locales des études œcuméniques sur ce que signifie le baptême commun, ce qui pourrait conduire à la reconnaissance réciproque du baptême en chaque endroit - également sur une commune profession de foi comme proposée par Tertio millennio adveniente et par l'étude de Foi et Constitution, Confesser la foi commune (1991). Le GMT se demande aussi si l'on ne pourrait pas organiser des manifestations locales en vue de réconcilier les traditions chrétiennes là où il y a eu des tensions.

4. Le GMT a également souligné ce que représenterait pour l'œcuménisme « une célébration commune » du nouveau millénnaire au niveau mondial, faisant remarquer qu'il faudrait que tous les partenaires œcuméniques s'en occupent attentivement. Une telle célébration, propose le GMT, pourrait converger sur la possibilité pour tous les chrétiens de confesser ensemble la foi apostolique; cela offrirait ainsi un témoignage social commun en affirmant les principes du Jubilé, tels que la réconciliation, les droits à la terre et la responsabilité qui en découle, la rémission des dettes et autres principes du même genre.

5. Le dialogue œcuménique sur les questions de morale

1. Comme déjà noté ci-dessus, les 35 dernières années ont vu le développement soutenu des dialogues bilatéraux et multilatéraux sur les différences doctrinales qui ont contribué à causer et à perpétuer les divisions entre les Églises. Ces dialogues, dont l'ECR a très souvent été un partenaire actif avec les Églises-membres du COE, révèlent des convergences et développent des affirmations communes sur des sujets classiques de division comme l'Écriture et la tradition, le baptême, l'Eucharistie et le ministère (BEM); également sur la notion de l'Église locale et universelle, sur l'unité des chrétiens et sur la mission. 2. Mais au cours de ces mêmes décennies, les réponses chrétiennes à des problèmes urgents de morale personnelle et sociale ont été causes de discorde, menaçant même les Églises de nouvelles divisions en leur sein propre et entre elles. Et dire que ces mêmes problèmes pourraient se transformer en un témoignage commun de réconciliation entre les Églises! Le défi est urgent, et cela pour trois raisons: 1) l'écroulement de la structure morale en bien des sociétés qui mettent en question les valeurs et les positions morales et où surgissent de nouveaux problèmes d'ordre moral complexe, problèmes qui pèsent sur les psychologies et les consciences ; 2) l'attente sincère, au-dedans et au dehors des Églises, qu'elles puissent servir de guides à leurs propres membres et à l'ensemble de la société; 3) la nécessité pour les Églises, comme famille d'une communauté morale unique au sein d'une société pluraliste, de dialoguer avec d'autres et d'évaluer leurs idées et leurs jugements concernant la morale, étant donné que le discernement moral n'est pas le domaine exclusif des chrétiens.

3. Au cours de son présent mandat, le GMT a offert lui aussi un document d'étude, Le dialogue œcuménique sur les questions morales : sources potentielles de témoignage commun ou de divisions (1996). Ce document contient dix directives pour le dialogue œcuménique sur les problèmes de morale.

4. Le document du GMT n'offre pas d'analyse de controverses morales spécifiques comme telles pour parvenir à des normes éthiques; il suggère de préférence des méthodes de dialogue. Il décrit les sources communes et les manières diverses reconnues comme telles de réflexion d'ordre moral et de délibération, ainsi que les divers moyens officiels de discernement moral dont se servent les Églises pour en arriver aux décisions éthiques et en faire part à leurs membres. Ce document est destiné avant tout aux dialogues aux niveaux local, national et régional avec des partenaires de l'ECR; il peut toutefois être utile aussi à d'autres discussions bilatérales et multilatérales.

6. Témoignage commun, liberté religieuse et prosélytisme

1. Déjà au cours de son premier mandat de cinq ans, le GMT reconnut le besoin urgent d'étudier ensemble le témoignage chrétien, le témoignage commun, la liberté religieuse et le prosélytisme.

2. Le document d'étude du GMT de 1970, 'Témoignage commun et Prosélytisme', a éclairé le sens de certains thèmes clefs de la discussion; il faut tenir présentes ces descriptions en lisant les deux documents d'étude du GMT qui ont suivi le premier, Témoignage commun (1982) et Le défi du prosélytisme et l'appel au témoignage commun" (1996):

  • Témoignage commun signifie le témoignage que les Églises, tout en étant séparées, offrent ensemble, surtout par leurs efforts commun, en manifestant devant les hommes et les femmes, les dons divins de vérité et de vie auxquels elles ont déjà part et dont elles font ensemble l'expérience.

  • Par liberté religieuse civile, on entend le droit de chaque personne ou communauté d'être libre de toute coercition de la part de groupes sociaux ou d'un pouvoir humain quel qu'il soit ; ainsi on ne peut forcer aucun individu ou aucune communauté à agir contre sa conscience, ou les empêcher d'exprimer leur croyance par l'enseignement, le culte ou l'action sociale.

  • Par prosélytisme, on entend tout ce qui viole le droit de la personne humaine, chrétienne ou non-chrétienne, à être libre de toute coercition en ce qui concerne la religion, ou de tout ce qui dans la proclamation de l'Évangile contredit la manière dont Dieu attire les hommes et les femmes libres à répondre à l'appel de Dieu de le servir en esprit et en vérité.

3. Ce nouveau document s'explique du fait que de nouvelles situations surgissent qui tendent à rendre les personnes plus ou moins vulnérables ; diverses allégations circulent au sujet du prosélytisme, ou concurrence antagoniste dans la mission. Ainsi par exemple, des personnes se livrant à des tâches d'évangélisation semblent ignorer la réalité chrétienne d'autres Églises, ou leur approche pastorale. Certaines stratégies missionnaires ont parfois pour but de re-évangéliser des baptisés d'autres Églises. Il se peut encore que dans le nouveau climat de liberté religieuse civile dans certains pays, il y ait des Églises qui considèrent que d'autres font pression sur leurs membres pour les faire passer sous une autre autorité.

4. La présente étude situe les problèmes concernant la liberté religieuse civile et le prosélytisme dans le contexte de l'unité de l'Église et du témoignage commun. De ce point de vue-là, il devient possible pour les Églises de dialoguer "selon la vérité et dans la charité" (Ep 4, 15) concernant les tensions résultant d'accusations de prosélytisme en certaines situations spécifiques, dialogue marqué par la confiance réciproque. En fait cette étude a fourni à l'Unité II du COE un de ses textes de base pour son propre document de 1997, Vers un témoignage commun, qui appelle à des relations responsables dans la mission et à renoncer au prosélytisme.

5. Le GMT recommande l'usage de son document d'étude (1996) pour les programmes de formation œcuménique, ainsi que pour l'éducation de missionnaires et de ceux engagés dans le ministère du diaconat. Il peut aussi servir de base pour des conversations avec des Églises et des groupes missionnaires qui ne sont pas en relations directes avec le COE ou avec les Conseils nationaux ou locaux des Églises.

C. Formation œcuménique

1. Formation œcuménique

1. Accomplissant le mandat qui lui a été confié en 1985, le GMT a complété en 1993 le document La formation œcuménique : réflexions et suggestions œcuméniques.

Les perspectives sous-jacentes à la formation œcuménique convergent sur une compréhension de l'Église comme koinônia qui comprend à la fois l'unité et la diversité. Le document du GMT décrit la formation œcuménique comme un processus d'étude au sein des diverses Églises locales et Communions mondiales ; le but est d'informer et d'offrir des directives à ceux qui font partie de ce mouvement unique qui, inspiré par l'Esprit Saint, recherche l'unité visible des chrétiens. Dans ce processus de formation, le partage et la critique réciproques présupposent l'enracinement des participants dans le Christ et dans leur propre tradition. Le document souligne l'importance à la fois des contacts informels dans la vie quotidienne et des cours suivis dans les instituts qui se concentrent sur la bibliographie se rapportant directement au mouvement œcuménique, y compris son histoire.

2. Les intérêts fondamentaux du GMT sont développés en outre dans le « Directoire œcuménique » (DO) de 1993. Examinant la nature et le contenu de la formation œcuménique de toute la communauté chrétienne, le DO souligne la formation au moyen de la prédication, de la catéchèse, de la liturgie et de la vie spirituelle. Le texte du CPPUC offre aussi des directives pour la formation de ceux qui travaillent dans le ministère pastoral. Il souligne la dimension œcuménique des disciplines théologiques, et indique quel pourrait être le contenu d'un cours spécifique sur l'œcuménisme destiné aux facultés théologiques, aux universités catholiques et aux instituts spécialisés dans l'œcuménisme.

3. Cette section du DO a été à son tour développée de façon plus détaillée dans un document de novembre 1997 que le CPPUC a adressé à chaque évêque, aux synodes des Églises catholiques orientales et aux Conférences Episcopales nationales. Le document s'intitule La dimension œcuménique dans la formation de ceux qui travaillent dans le ministère pastoral.

4. Le DO et le document sur La dimension œcuménique constituent ensemble la présentation la plus complète sur l'éducation et la formation à l'œcuménisme qu'ait jamais produite une Église ou une Communion mondiale. Le GMT encourage que partout où cela se révèle prudent et faisable, une telle formation catholique soit offerte aux chrétiens d'autres traditions, étant donné qu'il y a là l'une des manières les plus fondamentales de s'instruire. Le GMT propose aussi que le Directoire soit discuté par ceux chargés d'enseigner la religion aux niveaux locaux et nationaux.

2. L'Institut œcumémique de Bossey

1. Depuis 1946, l'Institut œcuménique du COE à Bossey, aux environs de Genève, a fourni des occasions de formation œcuménique à des milliers de pasteurs et de laïcs provenant de nombreuses parties du monde. Les participants, qui doivent être résidents, prennent part aux sessions où règne une atmosphère de compréhension mutuelle et de respect pour les diverses traditions chrétiennes, ainsi qu'un sens réaliste du mouvement œcuménique - le tout favorisé par la vie, l'étude et la prière communes. Le profit, pour la formation des étudiants, de prier ensemble le "Notre Père" ou de réciter ensemble le "credo" est évident.

Le GMT apprécie l'insistance exprimée récemment sur l'élaboration d'un curriculum de base pour Bossey, qui comprendrait une initiation aux intérêts majeurs émergeant des dialogues permanents - bilatéraux et multilatéraux -, entre autres une réflexion sur les "credos", ainsi que sur le baptême, l'Eucharistie et le ministère.

2. La collaboration COE-ECR continue à Bossey. Un professeur catholique, le P. Serapio Kisirinya (Ouganda), donne des cours à l'Institut œcuménique; et un membre du personnel du CPPUC (Mgr John Mutiso-Mbinda) siège à la direction de Bossey comme observateur. Depuis 1978, des étudiants de la Session annuelle d'études supérieures œcuméniques de Bossey ont bénéficié, en tant que faisant partie du programme, d'une semaine à Rome organisée par le CPPUC en consultation avec le corps professoral de Bossey. Les étudiants apprennent à mieux connaître l'ECR grâce à leur contact direct avec des personnes de divers dicastères de la Curie Romaine, d'institutions d'enseignement supérieur et de communautés internationales féminines et masculines, qui ont leur maison généralice à Rome. Les étudiants, typiquement, s'intéressent surtout aux activités de l'ECR en faveur de l'unité des chrétiens, aux problèmes de justice et paix, et aux questions concernant la vie familiale. Une audience privée avec le Pape forme l'un des points culminants de cette semaine riche d'expériences.

3. Formation théologique œcuménique

Le programme actuel du COE pour la formation théologique oecuménique a, ainsi que ceux qui l'ont précédé, donné lieu directement ou indirectement, depuis bien des années, à une collaboration avec l'ECR. L'exemple visible le plus récent de ce partenariat fut la participation de l'ECR à la préparation d'un processus d'étude, dont le but était de dresser l'agenda de l'ETE en vue de la consultation globale du mois d'août 1996 sur les chances de réalisation d'une éducation œcuménique théologique aujourd'hui (Oslo, Norvège).

Le processus précédant la consultation comportait des colloques régionaux qui étudiaient les moyens de promouvoir la réalisation d'une formation ministérielle et d'une éducation théologique du point de vue œcuménique. L'ETE relève non seulement des Églises, mais aussi des associations d'Écoles de théologie en diverses régions. A toutes les étapes, on remarquait la présence de catholiques. La consultation d'Oslo a réuni des responsables ecclésiaux, des professeurs de théologie, des étudiants et des représentants d'organismes de financement et de comités de formation ministérielle. Le CPPUC, pour sa part, a envoyé six délégués.

IV. Autres domaines de collaboration


1. Dialogue interreligieux

Le Bureau du COE pour les relations interreligieuses (BRI) et le Conseil Pontifical pour le dialogue interreligieux (CPDI) se rencontrent chaque année. En plus du partage d'informations, ces rencontres offrent l'occasion d'examiner les développements dans les relations interreligieuses, d'évaluer les initiatives de dialogue et de réfléchir aux orientations et aux priorités pour l'avenir. Le CPDI et le BRI s'invitent réciproquement à prendre part à leurs activités respectives, ainsi qu'aux réunions de leurs comités consultatifs. Trois projets mixtes de cette période sont à souligner :

2. Le document du BRI et du CPDI, Reflections on Interreligious Marriages (Réflexions sur les mariages interreligieux), publié en 1997, se développa à la suite d'une étude commencée en 1994 par l'envoi de questionnaires aux différentes Églises et Communautés, et à un certain nombre de couples chrétiens et non-chrétiens. Leurs réponses forment la base de la première partie du document. La seconde partie fait le point sur le matériel approprié déjà fourni par les Églises et les Communautés chrétiennes. La troisième partie contient des réflexions de nature pastorale. Bien que s'adressant avant tout aux pasteurs, le document pourra également servir à ceux qui s'occupent de la question des mariages interreligieux.

3. La prière interreligieuse est un phénomène croissant, pour lequel il faut apporter une aide pastorale aux Églises. Est-il possible de prier avec des fidèles d'autres religions qui n'ont pas le même système de symboles ? En ce cas, qu'est-ce que cela veut dire ? L'étude mixte du BRI-CPDI sur Interreligious Prayer and Worship (Prière et célébration interreligieuses) a suivi trois étapes : l'une concernant le niveau mondial du phénomène, avec l'aide des Églises locales (achevé en 1995) ; ensuite la consultation d'un groupe restreint de personnes engagées dans la pratique de la prière interreligieuse ; enfin, la formulation de conclusions par une consultation d'experts en théologie (1997). Un nombre restreint de théologiens chrétiens, y compris des catholiques, ont présenté des perspectives bibliques sur la prière interreligieuse, sur la compréhension de la prière dans les Églises et dans leur tradition, ainsi que diverses évaluations de la prière interreligieuse comme telle.

4. Le Moyen Orient reste une région majeure de conflit, où juifs, chrétiens et musulmans devraient rechercher ensemble d'urgence la réconciliation, la paix et la justice. La ville de Jérusalem en particulier aurait besoin de personnes représentant ces trois religions monothéistes pour répondre à l'appel religieux commun révélé en premier à Abraham : «Garder la voie de Yahvé en accomplissant la justice et le droit » (Gn 18, 19). C'est ce que l'on peut appeler la toile de fond d'un processus initié par la Fédération Luthérienne Mondiale et rassemblant le BRI, le CPDI et la Commission du Saint-Siège pour les relations religieuses avec le judaïsme, dans le but de patronner conjointement deux colloques sur Jérusalem.

Le premier colloque - sur la signification spirituelle de Jérusalem pour les juifs, les chrétiens et les musulmans - a eu lieu à Glion, en Suisse en 1993, avant l'accord politique d'Oslo entre Israël et l'Autorité Nationale Palestinienne. Les participants juifs, chrétiens et musulmans venaient en majorité d'Israël/Côte Ouest, Gaza. Quand s'ouvrit le second colloque à Thessalonique en Grèce, en août 1996, le processus de paix était déjà chancelant et le pessimisme commençait à régner. Les efforts de ce colloque pour chercher à prévoir quel serait l'avenir de Jérusalem furent sans succès. Le message final reconnaît Jérusalem comme « lieu de rencontre entre Dieu et l'humanité, et entre les hommes dans leur diversité ». Jérusalem « est appelée à être la Cité de la paix, mais présentement, la paix n'y règne guère. Malgré le début du processus entre israéliens et palestiniens, il reste encore bien du chemin à faire avant d'en arriver à une paix juste et durable ».

2. Service diaconal

1. Au nombre des participants à chaque session plénière du GMT se trouvaient aussi présent le Secrétaire de Cor Unum, Conseil Pontifical pour la promotion des œuvres de charité par les organisations catholiques, qui finance des projets pour les nécessiteux et facilite les relations avec d'autres organisations internationales chrétiennes diaconales et séculières. Le Secrétaire de Cor Unum a informé le GMT des activités du dicastère et suggéré des manières de bâtir des ponts entre ce Conseil et l'Unité de programme du COE pour le partage et le service.

En février 1997, le directeur de l'Unité IV et un membre de son équipe se sont rendus à Rome pour introduire l'année 1997 comme année œcuménique des Églises en solidarité avec les déracinés ; ils ont pris part à des réunions avec le Conseil Pontifical Cor Unum, le Conseil Pontifical pour les migrants et celui pour la promotion de l'unité des chrétiens, ainsi qu'avec la Caritas Internationalis. Ils ont étudié ensemble les domaines de dialogue et de coopération pratique.

2. Le GMT a reçu un long rapport sur les orientations et les activités majeures de l'Unité IV et sur sa compréhension de la diaconie partie intégrante du témoignage des Églises. Ce rapport décrivait en détail les relations établies pour le travail, en particulier avec les organismes internationaux catholiques, pour l'aide aux réfugiés, aux déracinés et aux émigrés ; le rapport identifiait aussi des soucis communs concernant le développement de la coopération aux niveaux régionaux et nationaux avec les organisations œcuméniques qui ont parmi leurs membres des Églises catholiques locales.

Le GMT fit observer que bien que l'ordre des priorités puisse différer et que leur langage puisse ne pas être le même, les deux partenaires partagent profondément les soucis de base concernant la pauvreté et les causes qui sont à sa racine. Mais on constate un manque de symétrie dans la collaboration visible entre les services chargés de la diaconie de l'Unité IV du COE et ceux du Saint-Siège (ce qui est aussi le cas entre l'Unité III du COE et le Conseil Pontifical Justice et Paix).

Pour le GMT, il reste deux questions à résoudre : (a) comment peut-on intégrer le mieuxpossible la dimension de la diaconie pour encourager le témoignage commun, sans ignorer les possibilités de divisions à propos de ce qui est vraiment témoignage diaconal et ce qui est prosélytisme ? (b) comme le GMT peut-il en tenir compte tout en accomplissant son devoir d'encourager et de faciliter l'œcuménisme local (Conseils nationaux et régionaux des Églises) ?

3. Pensée et action sociales

1. La coopération entre l'ECR et les Églises-membres du COE concernant la pensée et l'action sociales se fait très intense à plusieurs niveaux et de diverses manières ; c'est surtout le cas là où l'ECR est membres des Conseils nationaux des Églises. Des événements tels que les deux Assemblées Œcuméniques Européennes (Bâle 1989 ; Graz 1997) démontrent bien la possibilité d'une collaboration et d'un témoignage commun plus grands au niveau régional.

2. Un certain nombre de difficultés caractérisent l'histoire de la collaboration entre les services de Genève et ceux de Rome. De 1968 à 1980, l'agence de liaison entre le Saint-Siège et le COE était le Comité Mixte sur la société, le développement et la paix (SODEPAX). Il fut remplacé en 1982 par un autre, moins actif, le Groupe Mixte consultatif sur la pensée et l'action sociales, lequel en 1989 cessa d'exister. Des tensions spécifiques surgirent concernant les efforts de collaboration pendant la rencontre convoquée en 1990 par le COE sur justice, paix et intégrité de la création (Séoul, Corée), tensions dues aux différences entre le COE et l'ECR dans leur manière de considérer les tensions idéologiques dans le monde, ainsi qu'à leurs divergences d'interprétation et de structures quant à leur rôle à jouer dans les affaires internationales. Il faut également tenir compte des multiples différences légitimes concernant les questions sociales et politiques existant à l'intérieur de chaque Église.

3. Le GMT prend note des récents efforts de l'Unité III du COE et du Conseil Pontifical Justice et Paix (CPJP) pour renforcer leurs contacts de travail en qualité d'instruments principaux et centraux pour la collaboration dans la pensée et l'action sociales. Interrompues pendant plusieurs années, les visites réciproques annuelles entre les deux institutions ont maintenant repris. Ces visites ont contribué à découvrir de nouvelles méthodes pour identifier conjointement les priorités communes à explorer, tout en reconnaissant que l'un ou l'autre organisme pourrait plus facilement s'occuper par lui-même d'un thème particulier, avec l'encouragement et l'appui de l'autre. Cela pourrait permettre d'étudier les principes moraux concernant les questions sociales, en faisant usage de méthodologies diverses, tout en maintenant le partenariat.

Parmi les problèmes autour desquels la collaboration pourrait s'intensifier, on trouve ceux de la pauvreté, de la justice économique, y compris la dette internationale, ceux de l'environnement, des droits de l'homme, de la prévention des conflits, de leur solution et de la réconciliation. On pourrait entreprendre un travail en commun, tel que de patronner conjointement une série d'études sur la pensée chrétienne aujourd'hui. L'Année Jubilaire 2000 pourrait offrir des occasions spéciales de collaboration. L'Unité III et le CPJP ont également décidé d'intensifier leur échange d'informations et d'encourager la participation réciproque à leurs rencontres en qualité d'observateurs. Un représentant du CPJP participe déjà aux réunions de la commission de l'Unité III. De part et d'autre, on échange des textes et des informations sur la liberté religieuse. Le COE a attiré l'attention sur certains aspects de la situation juridique des Églises protestantes en Amérique Latine, où l'Église catholique est majoritaire.

4. Le CPJP a encouragé les Conférences Épiscopales catholiques à prendre part avec le COE à la campagne sur le changement du climat. Le CPJP a été représenté dans la consultation du COE sur ce thème (novembre 1996) ; et des représentants du COE se sont joints à l'ECR pendant sa consultation sur la pensée et l'action sociales en faveur des pays africains de langue anglaise et portugaise (août 1996), ainsi qu'à la Conférence Européenne sur l'enseignement social de l'Église (juillet 1997).

5. Le COE et le CPPUC ont également collaboré à des projets dans lesquels d'autres partenaires étaient aussi impliqués. Citons par exemple la délégation de mars 1993 au Guatemala et au Salvador en faveur de la paix, organisée par la Fédération Luthérienne Mondiale (FLM) et dont faisaient aussi partie des représentants du COE, du CPPUC, du Conseil National des Églises du Christ aux USA, et du Conseil des Église d'Amérique Latine. La délégation rencontra des représentants de l'ECR et des Églises protestantes au Guatemala ; on organisa aussi une célébration œcuménique spéciale de prière dans la cathédrale catholique de la ville de Guatemala. Le groupe rencontra aussi le Président du Guatemala et d'autres membres du gouvernement, le médiateur pour les droits de l'homme ; il rencontra des veuves, des réfugiés et des victimes de la guerre, le président du comité de réconciliation qui facilite les négociations entre le gouvernement et l'opposition, ainsi que les représentants de secteurs civils.

En décembre 1996, après 36 ans de guerre, le gouvernement du Guatemala et les forces d'opposition ont signé un traité de paix. Le souci œcuménique qu'avait exprimé trois ans plus tôt la délégation pour la paix fut aussi un geste significatif qui révéla aux guatémaltèques, surtout dans les Églises, le soutien qu'ils reçoivent de frères chrétiens en d'autres parties du monde.

4. La Décennie de solidarité des Eglises avec les femmes

1. Le COE a inauguré la Décennie Œcuménique de Solidarité des Églises avec les Femmes (1988-1998), dont les buts sont les suivants : encourager et faciliter la réponse à donner aux femmes dans leurs efforts de se réaffirmer comme membres de plein droit et créatifs dans la vie de leurs Églises, en partageant la responsabilité et les décisions, la théologie et la spiritualité ; en faisant paraître au grand jour les points de vue et les actions des femmes au sein de la lutte pour la justice, la paix et l'intégrité de la création ; en dénonçant la violence contre les femmes sous ses diverses formes ; en considérant les effets de la crise économique globale sur les femmes et la résurgence universelle du racisme et de la xénophobie ; en permettant aux Églises de se libérer du racisme, du "sexisme" et du "classisme", ainsi que de toutes les doctrines et les pratiques de discrimination contre les femmes.

2. Cette Décennie a été l'occasion de réflexion partagée et de conscientisation concernant les expériences réelles des femmes dans leur participation à la vie des Églises et des divers milieux culturels et politiques. Bien que la Décennie ait été adoptée comme faisant partie du programme des Églises-membres du COE, l'ECR y a pris part, notamment en rencontrant et en agissant conjointement aux niveaux locaux. La participation de catholiques aux associations et aux Conseils locaux des Églises a permis de programmer ensemble, de se rencontrer et de célébrer ensemble au cours de cette Décennie. Quelques représentants de l'ECR ont pris une part active à l'inauguration et à la promotion du travail de la Décennie. Ainsi l'Évêque catholique de Khartoum a-t-il lancé la Décennie au Soudan ; et le Comité National des Femmes Catholiques a joué un rôle consultatif concernant la Décennie et ses objectifs auprès des Conférences Épiscopales d'Angleterre et du Pays de Galles.

3. A mi-chemin (1994-96), on "remit la Décennie aux mains des Églises elles-mêmes", action soulignée par l'envoi de quelques 75 équipes œcuméniques avec charge de visiter presque toutes les Églises-membres du COE. Des catholiques membres de groupes œcuméniques se réunirent pour accueillir et fêter un grand nombre de ces visites organisées par le COE et prirent une part active aux célébrations de la mi-Décennie et des événements qui la marquèrent. Au Surinam, par exemple, des travailleurs catholiques participèrent à une série de discussions sur l'exercice des responsabilités par les femmes dans l'Église. On prit ainsi plus profondément conscience des soucis communs aux différentes Églises.

Pendant cette période, certains documents pontificaux se firent l'écho de préoccupations concernant les femmes et touchant de près les objectifs du COE pour cette décennie.

4. Un bref rapport, intitulé "Lettres vivantes" et se basant sur les résultats des visites des équipes, a été publié par le COE en 1997. Parmi les impressions suscitées par les activités organisées au niveau mondial, le rapport fait observer que, bien que s'adressant aux Églises, en réalité la Décennie s'est surtout limitée aux femmes ; les Églises n'ont pas faite leur la Décennie et n'y ont pas apporté le soutien nécessaire pour qu'elle devienne prometteuse d'une transformation pour l'ensemble des Églises. Pour certaines, toutefois, la Décennie a été l'occasion de reconnaître que les problèmes de « genre » (masculin, féminin) et de communauté ne sont pas seulement des « problèmes de femmes », mais intéressent toute la communauté chrétienne, hommes et femmes, - autrement dit toute l'Église.

V. Perspectives pour l'avenir (1998-2005)


1. Pendant les sept ans de son mandat, le GMT s'est efforcé de s'en tenir aux priorités qu'on lui avait fixées. Mais son agenda trop chargé, la délicatesse de bien des problèmes dont il a dû s'occuper, la brièveté de ses réunions annuelles et l'insuffisance des ressources financières dont il disposait - tout cela ne lui a pas permis d'évaluer de manière adéquate la situation œcuménique et les développements spécifiques au niveau régional, national et local, ni de s'occuper de l'ensemble des relations entre l'ECR et le COE et ses Églises-membres.

Face à ses ressources limitées en temps et en personnel, le GMT a dû réduire l'ampleur de son agenda et rationner soigneusement le temps passé ensemble.

2. Le GMT recommande fermement que deux priorités d'ordre général ne soient pas négligées pendant la prochaine phase.  

  1. Le COE et l'ECR se sont tous deux engagés à servir une vision commune, organique de l'unique mouvement œcuménique qui s'efforce, à travers sa diversité d'expressions, d'accents et d'activités, de conserver les liens sans les laisser se dissoudre entre la foi et la vie, la mission, le témoignage et le service des Églises. Mais comme le déclare le CPPUC en réponse au document du COE sur le CVC, « l'unicité du mouvement jouit à la fois d'une authentique diversité et se voit aussi fréquemment confrontée au poids des contradictions, même des conflits, ainsi qu'avec des critères antagonistes de jugement sur ce qu'il faut considérer comme succès, comme retards et comme échecs de l'œcuménisme ».

  2. Le GMT devrait être attentif à ces tensions qui menacent la cohérence du mouvement dans sa diversité. C'est une des tâches de l'œcuménisme de s'occuper des problèmes sociaux, économiques et politiques qui influencent profondément la qualité de vie de toute la communauté humaine ; mais de tels problèmes ne doivent pas retenir toute l'attention, au détriment d'autres questions telles celles dérivant de divisions d'ordre théologique ou de celles non encore résolues concernant la foi chrétienne - ce sont tous là des problèmes qui restent des pierres d'achoppement à l'accomplissement de l'unité visible qui est le but du mouvement œcuménique ; tout comme ils le sont aussi pour les Églises dans l'accomplissement de leur tâche missionnaire et dans le maintien du dialogue avec les croyants d'autres religions universelles ainsi que les militants d'idéologies laïques.

Dans ce même contexte, le GMT devrait continuer à concentrer ses efforts sur les problèmes fondamentaux qui font obstacle à la koinônia entre l'ECR et les Églises-membres du COE, ainsi que sur les préoccupations communes au COE et à l'ECR qui, lorsqu'ils les affrontent conjointement, manifestent leur témoignage commun de l'amour réconciliateur de Dieu.

3. Le GMT recommande les priorités spécifiques suivantes pour la prochaine étape de son mandat :  

  1. Problèmes touchant à la koinônia

    Conséquences ecclésiales du baptême commun. Les implications d'une reconnaissance du baptême commun des chrétiens pour la communion ecclésiale et la pratique liturgique.

    Le rôle œcuménique des mariages mixtes. Conséquences ecclésiologiques du sacrement du mariage appliquées aux mariages mixtes et à la vie familiale.

    Les Conseil locaux, nationaux et régionaux des Églises comprenant des membres catholiques de plein droit. Conséquences pratiques et ecclésiologiques pour les membres de Conseils d'Églises - leur rôle en tant qu'instruments de croissance de la koinônia.

    L'Église et la loi de l'Église. Relation entre ecclésiologie et droit canonique/loi de l'Église/discipline ecclésiale.

  2. Problèmes communs auxquels le COE et l'ECR sont confrontés

    Positions prises par les évangéliques conservateurs et les charismatiques/pentecôtistes envers le mouvement œcuménique et ses structures actuelles. Comment entamer le dialogue.

    Chrétiens fondamentalistes : cela constitue-t-il un défi œcuménique ? L'effet du fondamentalisme sur l'engagement œcuménique des Églises, ainsi que sur le dialogue concernant les problèmes auxquels prétendent répondre les fondamentalistes chrétiens.

    Les femmes dans l'Églises. Plus vaste reconnaissance et intégration des dons de la femme dans la vie de l'Église et dans la société et influence des résultats de la Décennie Œcuménique des Églises en solidarité avec les femmes, sur la vie, les structures et le témoignage des Églises.

    La formation à l'œcuménisme. Le développement de matériel approprié pour l'éducation œcuménique des membres des Églises, des étudiants et du clergé, sur les fondements de la vie chrétienne dans la recherche de l'unité de l'Église au sein d'une société pluraliste.

Annexe A: Histoire du GMT entre l'ECR et le COE


La première expression visible de collaboration entre l'Église catholique romaine (ECR) et le Conseil œcuménique des Églises (COE) fut l'échange d'observateurs, officiellement délégués. En 1961, le Secrétariat du Vatican pour la promotion de l'unité des chrétiens (SPUC), créé en juin 1960 par le Pape Jean XXIII, envoya cinq observateurs à la troisième Assemblée du COE à New Delhi. A son tour, le COE délégua deux observateurs, le Dr Nikos Nissiotis et le Dr Lukas Vischer, aux quatre sessions d'automne du Concile Vatican II (1962-1965).

Pendant les années de Vatican II, le SPUC invita un spécialiste catholique du Nouveau Testament, le P. Raymond Brown, à donner un des conférences principales sur l'unité de l'Église à la Conférence mondiale de 1963 de la Commission Foi et Constitution à Montréal. La même année, deux observateurs du SPUC, les PP. Jorge Mejia et Thomas Stransky, participèrent à la première Conférence mondiale de la division du COE sur la mission mondiale et l'évangélisation (DWME), à Mexico. En 1965, le SPUC co-patronna des rencontres avec la DWME et le département « Église et société » du COE, pour discuter les documents préparatoires de Vatican II sur l'activité missionnaire de l'Église et sur l'Eglise dans le monde d'aujourd'hui.

En novembre 1964, les 2200 évêques et le Pape Paul VI promulguèrent le « Décret sur l'œcuménisme » de Vatican II, charte officielle de l'engagement actif de l'ECR dans le seul et unique mouvement œcuménique, « sous l'action de l'Esprit Saint », « en vue de rétablir l'unité de tous les chrétiens » qui « invoquent le Dieu Trinité et confessent Jésus pour Seigneur et Sauveur » - comme le dit le document de base du COE.

Anticipant la promultation de ce Décret, les représentants du SPUC et du COE commencèrent en avril 1964 à envisager une future collaboration ECR-COE. Ils proposèrent de former un groupe mixte de travail (GMT) avec un mandat de cinq ans, pour commencer. En janvier 1965, le Comité central du COE, au cours d'une réunion tenue à Enugu, au Nigéria, adopta la proposition, comme le firent les autorités de l'ECR en février, par l'intermédiaire du président du SPUC, le Cardinal Augustin Bea, durant sa visite au centre du COE à Genève.

Les points principaux du mandat originel du GMT sont encore en vigueur :  

  1. Le GMT est un forum consultatif qui ne dispose pas d'autorité propre. Il initie, évalue et apporte son appui à la collaboration entre le COE et l'ECR, et rend compte aux autorités compétentes : l'Assemblée du COE et son Comité Central, et le Conseil Pontifical (autrefois Secrétariat) pour la promotion de l'unité des chrétiens (CPPUC) ; les deux organismes mandataires peuvent charger le GMT d'élaborer et de gérer les programmes qu'il aura proposés.

  2. Le GMT cherche à conserver un style flexible dans la collaboration. Il réduit au minimum les nouvelles structures, se concentrant sur les initiatives adaptées en proposant de nouvelles démarches et de nouveaux programmes, et en établissant avec soin les priorités, tout en faisant appel à ses ressources limitées en personnel et en moyens financiers.

  3. Le GMT ne s'en tient pas seulement à l'aspect administratif de la collaboration, mais s'efforce également de discerner la volonté de Dieu dans la situation actuelle de l'œcuménisme, et de proposer des études résultant de ses propres réflexions.

Avec huit membres du COE et six de l'ECR, le GMT a tenu sa première réunion en mai 1965, à l'Institut Œcuménique de Bossey, près de Genève. Il y avait deux co-présidents : le Secrétaire Général du COE, le Dr W. A. Visser't Hooft, et le Secrétaire du SPPUC, Mgr Johannes Willebrands. Vers la fin de 1967, le GMT avait publié ses deux premiers rapports (février 1966 et août 1967).

Ces deux rapports présentaient un vaste programme pour la collaboration ECR-COE concernant les études et les activité susceptibles de promouvoir le seul et unique mouvement œcuménique : nature de l'œcuménisme et méthodes de dialogue œcuménique ; prière commune au cours des réunions œcuméniques; préparation en commun des textes de la Semaine annuelle de prière pour l'unité des chrétiens ; la date commune de Pâques ; dialogues bilatéraux directs de l'ECR avec d'autres Églises ; collaboration dans les activités missionnaires, dans le contexte de la liberté religieuse, du témoignage et du prosélytisme ; la place de l'Église dans la société ; la responsabilité des chrétiens dans les affaires internationales, surtout pour la promotion de la paix et de la justice parmi les peuples et les nations ; collaboration dans le service social, ainsi que dans les cas d'aide urgente pour le développement ou la médecine ; coopération entre les hommes et les femmes dans l'Église, la famille et la société ; formation des laïcs et du clergé ; mariages mixtes entre chrétiens.

A la quatrième Assemblée du COE (Uppsala, 1968), deux catholiques ont pris la parole pendant les sessions plénières. Le Jésuite Roberto Tucci a présenté l'agenda du GMT à la lumière de ce que l'ECR voit comme étant sa mission dans le monde moderne, comme exprimé dans les seize documents de Vatican II, et au vu des développements à l'intérieur du COE et de ses Églises-membres depuis la première Assemblée à Amsterdam en 1948. Et Lady Ward Jackson exhorta au témoignage commun de toutes les Églises contre la famine dans le monde, ainsi que les autres situations de crises aux plans du développement, de la justice et de la paix.

L'Assemblée d'Uppsala et le SPUC ratifièrent le travail du GMT et ses propositions concernant la collaboration future entre l'ECR et le COE, et approuvèrent l'adhésion de douze catholiques comme membres de plein droit de la Commission de Foi et Constitution.

L'Assemblée d'Uppsala avait d'ailleurs déjà soulevé la question de l'adhésion possible de l'ECR elle-même au COE.

Un an après l'Assemblée d'Uppsala, le Secrétaire Général du COE, le Dr Eugene Carson Blake, invita le Pape Paul VI à visiter le quartier général du COE à Genève. Le Pape s'y rendit en effet le 10 juin 1969. Avant la prière commune dans la chapelle, il exprima « sans hésitation » sa « profonde appréciation» pour le travail du GMT en faveur du développement des « relations entre le Conseil œcuménique des Églises et l'Église catholique, deux organismes certes différents de par leur nature, mais dont la collaboration a fait preuve de fidélité ». Quant à l'adhésion de l'ECR comme membre du COE, le Pape estima qu'il s'agissait « encore là d'une hypothèse qui impliquait de sérieuses conséquences théologiques et pastorales. Une étude approfondie était donc encore nécessaire».

Pendant son second mandat de cinq ans, le GMT se mit à étudier précisément cette question de l'adhésion. Il comprit qu'en dépit de l'engagement partagé envers le témoignage commun au sein du mouvement œcuménique, la disparité entre les deux groupes mandataires influe sur l'étendue, le style et le contenu de la collaboration.

Le COE est une association d'Églises indépendantes, la plupart organisées au niveau national ; en outre, ses membres ne sont ni directement, ni juridiquement responsables de ses documents d'étude, de ses actions et de ses déclarations. L'ECR pour sa part est une unique Église, avec une mission universelle et une structure d'enseignement et de gouvernement qui est un élément essentiel de son identité. L'ECR se considère elle-même comme une famille d'Églises locales unies à et dépendant de l'Évêque de Rome ; ses structures concernant les décisions à prendre aux niveaux mondial et national (par les Conférences Épiscopales) diffèrent de celles des Églises-membres du COE. En outre, la représentation des Églises-membres dans les organes de gouvernement du COE doit tenir compte de leurs taille. Étant donné que le nombre des catholiques est presque le double du total des fidèles de toutes les Églises-membres du COE, les conséquences pour en arriver à une représentation équilibrée dans le cas où l'ECR deviendrait membre du COE seraient énormes, à moins d'un changement radical dans les structures du COE.

Ces obstacles, surmontables certes, furent néanmoins les raisons majeures pour lesquelles l'ECR, en évaluant l'étude du GMT sur les avantages et désavantages d'une éventuelle adhésion, décida en 1972 de ne pas demander à devenir membre du COE « dans l'immédiat ». Cette réponse réservée s'alliait à la conviction que par l'intermédiaire du GMT, « la collaboration entre l'ECR et le COE devait non seulement continuer, mais s'intensifier ». Le temps et l'énergie du GMT furent transférés de la question de l'adhésion à celle d'une meilleure collaboration.

Comme le stipulait le troisième rapport du GMT (1970), la coopération dans le cadre du GMT « ne forme qu'une section limitée de toute le champ de collaboration œcuménique et ne peut être isolée du mouvement œcuménique dans son ensemble ». Depuis Vatican II, toute une série d'activités ont eu lieu de manière conjointe entre les catholiques et les Églises-membres du COE, aux niveaux paroissiaux, locaux et nationaux ; et l'ECR a commencé à être membre de plein droit de Conseils d'Eglises au plan national. Cela devait apparaître en détail dans l'enquête publiée en 1975 par le SPUC, « La collaboration œcuménique aux niveaux régionaux, nationaux et locaux ».

La présence de membres catholiques dans la Commission de Foi et Constitution permettait dès lors au GMT de laisser au soin de cette Commission certaines questions d'importance théologique et liturgique ; le GMT continua néanmoins de rédiger ses propres études, comme par exemple Témoignage commun, liberté religieuse et prosélytisme (1970).

Des contacts du personnel du COE au Vatican avec la Congrégation pour l'Évangélisation des Peuples eurent pour effet la nomination de consultants du SEDOS, qui est un partenariat de travail entre les Ordres catholiques missionnaires d'hommes et de femmes, à la Division du COE sur la mission mondiale et l'évangélisation ».

En octobre 1974, le Synode des évêques catholiques eut pour thème « L'Évangélisation dans le monde moderne ». Un an plus tôt, l'instrumentum laboris préparatoire au Synode fut envoyé, non seulement aux Conférences Épiscopales, mais également au COE pour commentaires et suggestions. Le Synode invita le Secrétaire Général du COE, le Dr Philip Potter, à prendre la parole dans l'une de ses sessions plénières. Celui-ci fit remarquer que les problèmes et les défis les plus importants posés à l'évangélisation selon l'agenda du Synode, étaient les mêmes que ceux contenus dans l'agenda du COE, « L'Évangélisation est essentiellement une entreprise œcuménique ».

Des experts nommés par le Secrétariat du Vatican pour les non-croyants (depuis 1983 : Conseil Pontifical pour le dialogue interreligieux) se joignirent au COE pendant les consultations avec des érudits bouddhistes, chrétiens, hindous et musulmans (Liban 1970), et d'autres chrétiens également, pour délibérer ensemble des conséquences théologiques du dialogue entre les membres des religions actuelles (Zurich 1970).

Le GMT facilita les formes de collaboration ECR-COE avec la Commission Médicale Chrétienne (COE), le Conseil des Laïcs (ECR) et divers groupes internationaux de femmes.

En 1968, le COE et la Commission Pontificale Justice et Paix, fondée depuis peu (1967), patronnèrent une importante conférence interdisciplinaire sur le développement (Beyrouth). La conférence réunit des théologiens et des chefs d'Églises « de pays développés et en voie de développement », des représentants d'organisations laïques internationales et des experts de premier plan sur les questions de la politique et de l'économie mondiales. Le succès de cette conférence donna de l'élan à la proposition du GMT de former un comité mixte sur la société, le développement et la paix (SODEPAX). Avec son quartier général à Genève et l'aide généreuse provenant de fonds indépendants, le SOD