De la réflexion à la réception: Les exigences de la collaboration entre l'Église catholique romaine et le COE
Aram Ier
Catholicos de Cilicie
Présentation à la célébration du 40e anniversaire du Groupe mixte de travail (GMT) de l'Eglise catholique romaine et du COE
Au moment où nous, représentants du Conseil œcuménique des Eglises (COE) et de l'Eglise catholique romaine, engageons une réflexion commune sur l'avenir de l'œcuménisme, le Groupe mixte de travail (GMT), qui fête actuellement son 40e anniversaire, a, à mon sens, un rôle essentiel à jouer en étudiant les perspectives qui semblent s’ouvrir à l’œcuménisme et en en établissant les priorités. Mon discours a un double objectif : d'abord dresser un bilan critique des relations et de la collaboration entre l'Eglise catholique romaine et le COE, en particulier dans le cadre du GMT ; et, ensuite, recenser dans un esprit réaliste et prospectif les domaines spécifiques dans lesquels une collaboration plus profonde est possible et nécessaire.
1) UN VOYAGE D’APPRENTISSAGE DE LA CONFIANCE
Les relations et la collaboration entre l'Eglise catholique romaine et le COE après Vatican II peuvent être décrites à juste titre comme un voyage d’apprentissage de la confiance. Après une longue période de tension et d’éloignement, le GMT a fait naître un esprit de rapprochement et de compréhension mutuelle avec les Eglises orthodoxes et protestantes. Vatican II a ouvert un nouveau chapitre dans l’histoire du mouvement œcuménique. Cet esprit s’est manifesté dans des déclarations communes, des dialogues bilatéraux, des textes d’accord et des échanges de visites. La création du GMT a été un signe concret de l’aggiornamento et de l’ouverture de Vatican II à l’œcuménisme. Toutefois, le voyage œcuménique qui a commencé avec Vatican II n’a pas été de tout repos. Il n’était pas facile de changer d’attitude après tant d’années de controverses doctrinales. Pourtant, malgré les nombreux obstacles et difficultés rencontrés aux niveaux mondial, régional et local, le GMT a poursuivi sa marche, lentement certes, mais en restant fidèle à sa mission.
En qualité de membre et, depuis 1991, de président du Comité central, j’ai suivi de près ce voyage. J’ai fait de nombreuses suggestions, émis des critiques et dit ce que j’attendais de ce haut lieu de la collaboration œcuménique. Je considère les relations et la collaboration entre l'Eglise catholique romaine et le COE comme un domaine spécial d’intérêt vital. Nous avons encore un long chemin à parcourir ensemble. Nous sommes confrontés à de nombreuses questions essentielles et à des sujets d’intérêt commun qui méritent la plus grande attention de notre part. Nous sommes appelés à élargir notre compréhension mutuelle, à approfondir l’esprit de la communion fraternelle et à travailler ensemble avec une volonté plus déterminée encore. Nous sommes donc appelés à poursuivre, avec un engagement renouvelé, notre voyage commun d’apprentissage de la confiance.
2) LE GMT : UNE STRUCTURE DE DIALOGUE
C’est peut-être en donnant aux grandes traditions du christianisme l’occasion d’entamer un dialogue multilatéral que le GMT a apporté le plus au mouvement œcuménique. Bien qu’avec la multiplication des entretiens bilatéraux, la volonté des Eglises de participer à un dialogue multilatéral se soit affaiblie, le GMT continue, encore que dans un domaine de compétence limité, à inciter les partenaires œcuméniques à traiter de problèmes communs, à se faire part de leurs expériences, à échanger leurs points de vue et à dissiper les malentendus qui subsistent encore. En fait, en nous écoutant les uns les autres avec attention, nous avons compris bien des choses :
a) Bien que le mouvement œcuménique soit un, nous avons de l’œcuménisme des conceptions différentes. Au COE et dans l’Eglise catholique romaine, nous avons souligné à maintes reprises « l’unité » du mouvement œcuménique et nous nous sommes efforcés de défendre la même cause œcuménique. Pourtant, nous avons des manières différentes de faire de l’œcuménisme. Nous avons en la matière des priorités différentes, et des attentes différentes à l’égard du mouvement œcuménique. Mais nous sommes partenaires, et fermement engagés sur la voie de l’œcuménisme. Nous sommes appelés à renforcer et à exprimer « l’unité » du mouvement œcuménique. Mais comment ? Dans quelle mesure les différences sont-elles légitimes ou facteurs de division ? Est-il possible de parvenir à une vision commune de l’œcuménisme dans laquelle la rencontre des différences serait féconde et formerait un tout cohérent ?
b) Nous avons rendu notre témoignage œcuménique à partir de postulats ecclésiologiques différents. Vatican II a marqué un tournant dans l’attitude ecclésiologique de l’Eglise catholique romaine vis-à-vis des autres Eglises. Cependant, j’ai le sentiment qu’elle n’a pas complètement abandonné l’idée du « retour » dans son giron comme à la « plénitude » de la vérité et de l’unité. L’Eglise catholique romaine continue à nous rappeler le caractère « incomplet » de la communion qui existe avec les autres Eglises. Plus important cependant, elle voit dans les autres Eglises « des Eglises et des communautés ecclésiales ». Les conséquences oecuméniques de ce changement d’approche apparaissent clairement dans les études entreprises par le GMT. Ma question est celle-ci : après tant d’années de dialogue et de réflexion commune, pouvons-nous jeter ensemble les bases d’une ecclésiologie commune qui puisse nous servir de cadre ou de point de départ pour traiter de sujets controversés tels que la reconnaissance mutuelle du baptême, du ministère et de l’eucharistie, la primauté et l’autorité dans l’Eglise, etc. ?
c) Comme notre vision de l’unité dépend de la conception ecclésiologique que nous avons de nous-mêmes, nous avons des conceptions différentes de l’unité visible. Dans ce contexte, il est important de se rappeler que, premièrement, même au sein du COE, les Eglises perçoivent l’unité de manières extrêmement différentes et que, deuxièmement, grâce aux efforts continus de Foi et constitution, les Eglises, y compris l’Eglise catholique romaine, sont parvenues à un accord sur les conditions essentielles à remplir pour manifester pleinement l’unité visible de l’Eglise. Nous pouvons aborder l’unité par des voies différentes mais notre engagement envers elle est solide, parce que nous croyons que l’unité visible est la raison d’être du mouvement oecuménique. Le fait même que l’Eglise catholique romaine fasse de plus en plus souvent partie de conseils d’Eglises et la publication par le Vatican d’un nouveau Directoire pour l’application des principes et des normes sur l’oecuménisme sont des signes tangibles de « l’engagement irréversible et irrévocable » de l’Eglise catholique romaine envers le mouvement œcuménique. Je poserai alors la question suivante: Les différents modèles d’unité élaborés au fil des années par Foi et constitution nous aident-ils à parvenir à un modèle de consensus ? Le concept de « communauté conciliaire » , qui rassemble différents concepts d’unité, peut-il devenir un modèle accepté par tous ?
3) UNE collaboration avec des hauts et des bas et des INCOMPATIBILITÉS
a) Nos relations et collaborations n’ont pas toujours été sans nuage. Elles se sont parfois heurtées à de graves difficultés ; elles ont traversé des crises de nature et d’ampleur diverses. Nous avons eu des moments d’espoir et aussi des moments de frustration. J’aimerais mentionner quelques-unes de ces situations difficiles que nous avons connues au cours des 15 dernières années : la vive réaction de l’Eglise catholique romaine au colloque sur l’uniatisme (1991), organisé par le COE à la demande des Eglises orthodoxes chalcédoniennes, l’attitude critique du COE à l’égard de la Déclaration « Dominus Iesus » de la Congrégation pour la doctrine de la foi (2000) et l’Encyclique du pape Jean Paul II, « Ecclesia de Eucharistia » (2003). La participation croissante de partenaires œcuméniques à la vie du COE est demeurée un sujet de préoccupation pour l’Eglise catholique romaine, bien que le Conseil lui ait assuré que, n’étant pas des organes ecclésiaux, ils ne risquaient pas de modifier ses buts fondamentaux.
b) Le fait que l’un des partenaires du GMT soit une Eglise et l’autre une communauté d’Eglises est souvent source de problèmes et d’incohérences. Cette incompatibilité apparaît clairement lors de la prise de décision et de la mise en œuvre. Dans l’Eglise catholique romaine, les décisions sont communiquées aux Eglises locales pour qu’elles les appliquent. Comme le COE n’a aucune autorité sur ses Eglises membres, les décisions leur sont transmises sous la forme de simples recommandations.
c) La question de la réciprocité a souvent provoqué les susceptibilités. Par exemple, la réciprocité de la part de l’Eglise catholique romaine n’a pas été celle qu’attendait le COE. En tant qu’Eglise, l’Eglise catholique romaine voit probablement la chose sous un angle différent. Tout cela pour dire que le fait d’attendre trop de la collaboration entre l’Eglise catholique romaine et le COE peut causer des déceptions inutiles. Nous devons accepter les limites imposées par des ecclésiologies, des impératifs institutionnels et des styles différents. Mais en même temps, la fermeté de notre engagement commun envers l’œcuménisme nous incite à étudier les moyens, d’une part, d’étendre cette réciprocité et de la porter à un niveau supérieur et, de l’autre, d’abandonner nos attitudes réactionnaires pour une discussion franche.
4) DE LA RÉFLEXION À LA RÉCEPTION ET DE LA DIVERGENCE À LA CONVERGENCE
a) Ces préoccupations et difficultés doivent nous amener à passer peu à peu, en faisant preuve de la prudence nécessaire, de la réflexion à la réception, et de la divergence à la convergence. Le GMT a entrepris plus de dix études sur des sujets controversés et des questions présentant un caractère d’actualité, touchant essentiellement à la christologie, à la pneumatologie, à l’ecclésiologie et aux domaines de l’éthique et de la pastorale. Ces études solides et plutôt exhaustives, menées dans un esprit œcuménique, gardent toute leur validité théologique et leur pertinence œcuménique. Malheureusement, elles restent sur les étagères du COE et du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens (CPPUC). Combien d’Eglises, de membres du clergé ou de théologiens ont entendu parler des travaux du GMT? Ceux-ci ne sont connus que d’un cercle restreint d’œcuménistes. Pour qu’il en soit autrement, il faut qu’ils se rapportent à la vie de l’Eglise locale et que les Eglises se les approprient par un processus d’éducation œcuménique. Toucher les Eglises locales : c’est à mon avis l’une des tâches essentielles du mouvement œcuménique pour les années à venir.
b) Les travaux du GMT n’ont pas touché non plus le Conseil œcuménique. Dans quelle mesure les études du GMT ont-elles marqué la pensée et les programmes du COE ? Les organes directeurs du COE, ceux des conseils régionaux et nationaux et les organisations œcuméniques se sont peu intéressés au GMT. Il est urgent et prioritaire que les travaux du GMT et la collaboration avec l’Eglise catholique romaine fassent partie de la vie et du témoignage œcuméniques.
c) Les divergences actuelles doivent finalement céder le pas à un mouvement de convergence. Les différences font partie intégrante de la vie œcuménique ; elles sont la projection des différentes trajectoires historiques suivies par les Eglises, des environnements différents dans lesquels elles vivent et de la diversité de leurs positions doctrinales et de leur enseignement théologique. Ces divergences ne doivent pas cependant créer des tensions et des antagonismes. Elles ne doivent pas aboutir à l’éloignement et au repli sur soi. Au contact les unes des autres, elles doivent se compléter et s’enrichir mutuellement en nous permettant de nous remettre en cause de manière constructive. Il faut y voir les composantes d’un tout. Cette conviction, cet engagement, nous devons l’exprimer clairement. Comment transformer les divergences en un mouvement de convergence ? C’est là l’une des tâches majeures du GMT.
5) LE GMT DOIT RESTER UNE VRAIE STRUCTURE DE COLLABORATION ET DE COMMUNICATION
a) Le GMT est devenu essentiellement un groupe d’étude mixte. Sans vouloir minimiser l’importance de l’étude, je crois que celle des grandes questions théologiques, doctrinales et œcuméniques doit être réservée à Foi et constitution. Vu la composition et l’expérience de cette dernière, je crois qu’elle peut remplir une fonction vitale en entreprenant de grandes études et en assurant une diversité et une participation plus larges. Le rôle du GMT peut consister à rappeler, à faciliter et à remettre en question.
b) De son côté, le GMT peut traiter de questions et de préoccupations qui présentent un caractère d’actualité et un intérêt direct pour la vie et le témoignage des Eglises. Dans ce contexte, il pourrait être particulièrement intéressant de tenter de rassembler en un tout cohérent et sous une forme consensuelle les conclusions et recommandations des dialogues théologiques bilatéraux. De plus, la participation à la semaine de prière pour l’unité des chrétiens, une participation catholique plus substantielle aux programmes du COE, la préparation de grandes conférences œcuméniques, des visites bilatérales et des échanges d’invitations aux principales manifestations organisées par l’une et l’autre des parties auraient certainement pour effet d’étendre et d’approfondir la collaboration entre l’Eglise catholique romaine et le COE.
c) Dans un monde d’incertitude et de tension, on attend de plus en plus des Eglises qu’elles parlent d’une même voix. Le GMT peut être le lieu où le COE et l’Eglise catholique romaine peuvent se pencher ensemble, au niveau mondial, sur des sujets de préoccupation communs. Et les occasions et les préoccupations ne manquent pas! Le fait d’agir ensemble changerait bien des choses : cela ferait progresser dans la recherche de l’unité visible ; la communauté œcuménique s’en trouverait renforcée aux niveaux national, régional et mondial ; les Eglises locales auraient ainsi un point de référence et celles qui vivent dans des pays où elles sont minoritaires puiseraient dans cet exemple une force spirituelle nouvelle.
d) Enfin, le GMT doit faire office de structure de communication et d’échange d’information. Une telle fonction est d’une importance capitale à une époque où l’information et la communication contribuent tellement à forger les relations, à approfondir la collaboration, à souder les communautés, à prévenir les crises et à orienter les sociétés. C’est pourquoi je propose que, dans la période à venir, le GMT donne la priorité aux échanges d’information plutôt qu’à l’étude. Des informations tronquées et une communication partiale peuvent nous amener à tirer des conclusions erronées. L’écoute mutuelle et la communication directe doivent retenir toute notre attention.
6) LES DÉFIS LANCÉS AU GMT
Au moment où le mouvement œcuménique entre dans une période nouvelle, pleine de risques et d’incertitudes mais aussi d’espoirs et de perspectives nouvelles, je crois que le COE et l’Eglise catholique romaine doivent être prêts à relever les défis suivants :
a) L'Eglise catholique romaine est membre de nombreux conseils régionaux et nationaux d’Eglises, ce qui est un progrès sensible. Rappelons-nous en outre que la collaboration entre catholiques romains et protestants dans les conseils nationaux et régionaux dépasse de loin celle qui a lieu au sein du GMT ou même du COE. Cette réalité doit faire l’objet d’un débat sérieux et il importe d’en tirer clairement les conséquences. Le GMT doit demeurer un organe consultatif, il ne doit pas devenir un « organisme opérationnel »; cependant, il est nécessaire d’instaurer une collaboration plus organisée et plus performante avec les conseils régionaux et nationaux. Le GMT est chargé de veiller aux relations et à la collaboration entre l’Eglise catholique romaine et le COE et de les favoriser. Cette collaboration doit-elle se limiter aux deux « sièges » ? J’en doute. A mon avis, le mandat donné au GMT suppose un contexte et un champ d’action plus larges.
b) Il est temps que nous révisions l’ordre du jour de notre collaboration œcuménique. Les grandes questions doctrinales et ecclésiologiques ont déjà été traitées à la fois par le GMT, Foi et constitution et les dialogues théologiques bilatéraux. De plus, nos Eglises sont plus divisées aujourd’hui sur des questions morales, éthiques et pastorales que sur des questions doctrinales. Elles ont besoin d’aide et de conseils pour surmonter les divisions existant entre elles et en leur sein sur ces questions. Il est donc grand temps que nous reportions notre attention sur des domaines et des préoccupations se rapportant à la vie quotidienne des Eglises et des chrétiens.
c) Au moment où nous nous réjouissons de ce qui a été accompli et où nous faisons le point sur nos relations et notre collaboration de ces 40 dernières années, il importe aussi de rechercher de nouvelles manières de travailler ensemble. Face à un monde en plein bouleversement, il est impératif de revoir le mandat du GMT, qui a été établi initialement en 1966 et modifié en 1975. Il faut revoir la structure, le style et l’ordre du jour du Groupe. Nous devons tendre vers de nouveaux modes de relation et une collaboration d’une qualité nouvelle.
d) L’Eglise catholique romaine a signifié à plusieurs occasions que « le temps n’était pas encore venu » de rejoindre le COE. Elle semble rester sur cette position. Au COE, nous ne devons donc pas trop attendre d’elle. Nous devons être réalistes et patients. « Inspirés par la même vision » (CVC, 4:1 et titre d’une étude du GMT), nous devons réaffirmer notre détermination commune à porter un témoignage uni de l’Evangile du Christ et de son appel à l’unité visible, en nous souvenant que lorsque l’Eglise catholique romaine y participera pleinement, le COE sera plus complet, plus universel et progressera plus sûrement sur la voie de l’unité visible.
e) En lançant le processus de reconfiguration, le COE a fait clairement savoir qu’il s’agissait d’une préoccupation et d’un processus pan-œcuméniques et pas d’une préoccupation liée à sa qualité de conseil. J’espère donc que l’Eglise catholique romaine prendra au sérieux la reconfiguration. L’œcuménisme et ses impératifs étaient différents il y a 40 ans. Le paysage œcuménique qui se déploie aujourd’hui sous nos yeux est tout autre. Le christianisme change de visage, s’organise autour de nouveaux centres ; de nouveaux défis et réalités œcuméniques se font jour, et tout cela a de nettes implications pour les relations et la collaboration entre l’Eglise catholique romaine et le COE. Au moment d’entrer dans une nouvelle période de son histoire, le GMT ne doit pas les négliger.
f) Il est clair que l’ecclésiologie dominera l’ordre du jour oecuménique des années à venir. C’est pourquoi le GMT doit revisiter le concept de « communio », que j’ai développé dans mon rapport au Comité central en 1999 et dont le cardinal Kasper a traité en 2001 lors d’une réunion plénière du CPPUC. L’ecclésiologie de la « communio », qui était au cœur de l’Eglise primitive, comporte des aspects stimulants qui méritent une étude plus approfondie. Il faudrait, dans ce contexte, prêter une attention particulière à la conciliarité, à la primauté et à l’autorité. Certaines des études et déclarations antérieures de Foi et constitution et du GMT pourraient être extrêmement utiles à cet égard.
g) Selon son mandat, le GMT doit traiter de questions et de domaines qui « favorisent ou handicapent les relations COE/ECR ». Jusqu’ici, nous avons surtout mis l’accent sur les questions susceptibles de « favoriser » la collaboration, et avons évité d’aborder les questions ou domaines au contenu explosif ou susceptibles de nous diviser. J’estime que 40 années de collaboration doivent nous avoir donné l’expérience, le courage et l’espoir d’approfondir et d’étendre notre terrain d’entente, d’énoncer clairement notre vision œcuménique commune et, par prévoyance, de débattre de questions controversées, en les considérant comme des défis. Pour ce faire, il faut non seulement revoir les priorités de notre ordre du jour, mais aussi changer d’approche et de méthodologie.
h) Il y a quelques années, lorsque l’idée d’un Forum global chrétien a été lancée, j’avais des doutes et des réserves à ce sujet. Vu la rapidité avec laquelle se développent les formes charismatiques, pentecôtistes et évangéliques du christianisme, je me demande si le COE et l’Eglise catholique romaine, qui ont largement contribué à donner forme à l’idée de forum, ne devraient pas assumer la responsabilité de rassembler les diverses expressions du christianisme dans le cadre d’un forum global ? De plus, vu le fossé qui se creuse entre les Eglises et l’œcuménisme institutionnel, je me demande si le Forum global chrétien ne pourrait pas renforcer l’esprit œcuménique chez les Eglises qui sont actuellement inaccessibles à la vie œcuménique et répandre plus largement les valeurs et objectifs œcuméniques.
i) Sans une solide spiritualité, la réflexion et l’action, les relations et la collaboration perdront beaucoup de leur intérêt et de leur crédibilité. L’œcuménisme, dans toutes ses formes et manifestations, doit se nourrir d’une spiritualité assez forte pour qu’il puisse irriguer jusqu’aux racines de la foi chrétienne. Je me réjouis de l’insistance avec laquelle l’Eglise catholique romaine souligne l’importance de l’œcuménisme spirituel. Il est prioritaire pour nous tous de renforcer l’œcuménisme spirituel, et cet effort doit être pris très au sérieux.
j) Depuis le début du mouvement œcuménique moderne, la question du local et de l’universel est un sujet de préoccupation majeure. Avec la mondialisation et l’intensification du dialogue et des contacts interreligieux, elle est devenue plus pertinente encore dans ses diverses dimensions et manifestations. Il est impératif que les interactions entre le local et l’universel se multiplient. C’est pourquoi il importe que cette question œcuménique, avec ses nouveaux défis et ce qu’elle implique aujourd’hui pour la conception ecclésiologique et missiologique que l’Eglise a d’elle-même, soit revisitée au XXIe siècle.
Nous sommes au seuil d’une nouvelle période de l’histoire œcuménique. Certains parlent d’ambiguïté, de stagnation et d’incertitude pour décrire la situation actuelle de l’œcuménisme. D’autres croient que le mouvement œcuménique est en train de revêtir des formes nouvelles et appelle un style et un ordre du jour nouveaux. Je serais plutôt de ceux-là.
Nous pouvons avoir des façons différentes d’appréhender l’évolution du panorama œcuménique et d’y réagir. Nous pouvons même avoir des priorités différentes. Mais notre vocation commune nous pousse à poursuivre, avec un élan nouveau et un engagement toujours plus ferme, notre collaboration œcuménique pour l’unité visible de l’Eglise.
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