La nature et le but de l'Eglise : Vers une déclaration commune
Introduction
Historique
1. Depuis ses débuts, et en particulier à sa Première Conférence mondiale, tenue à Lausanne (Suisse) en 1927, le mouvement de Foi et constitution s'est donné pour raison d'être l'unité de l'Eglise. Ainsi, selon ses statuts, la Commission de Foi et constitution a pour but:
de proclamer l'unité de l'Eglise de Jésus Christ et d'appeler les Eglises à tendre vers l'unité visible en une seule foi et en une seule communauté eucharistique, exprimée dans le culte et dans la vie commune en Christ, afin que le monde croie.
Depuis l'Assemblée d'Amsterdam (1948), ce but a été au coeur de la vocation commune du Conseil oecuménique des Eglises (COE) lui-même. De plus, dans toutes les assemblées du COE, l'apport de Foi et constitution a consisté à approfondir la conception commune de ce but et des moyens de l'atteindre. Sa dernière contribution se trouve contenue dans la déclaration de l'Assemblée de Canberra, "L'unité de l'Eglise en tant que koinonia: don et vocation". Celle-ci montre que la koinonia est à la fois le fondement d'une vie commune dans l'unité visible et la façon de la vivre. Le thème de la Cinquième Conférence de Foi et constitution, "Vers une koinonia dans la foi, la vie et le témoignage", y fait écho. Le processus engagé actuellement - Vers une conception et une vision communes du COE - souligne à nouveau que la vocation commune des Eglises est de rechercher l'unité visible.
2. Tous les documents importants produits par Foi et constitution contribuent d'une manière ou d'une autre à mieux faire comprendre la nature et le but de l'Eglise. De plus, les documents Baptême, eucharistie, ministère, Confesser la foi commune et Eglise et monde, envoyés aux Eglises pour commentaire et réception, sont autant de façons de leur rappeler le caractère impérieux de l'appel du Christ à l'unité visible et les caractéristiques essentielles de cette unité. Au cours de la dernière décennie, les travaux sur l'ecclésiologie et l'éthique, qui étaient le prolongement des études sur le racisme et la communauté des femmes et des hommes dans l'Eglise, par exemple, ont contribué à faire comprendre la vocation commune des chrétiens au service de l'humanité et de la création. De son côté, Foi et constitution reçoit sans cesse des éclairages nouveaux sur l'unité à laquelle Dieu nous appelle, qui proviennent des réactions des Eglises à ses études, des résultats des dialogues bilatéraux, des travaux accomplis ailleurs au sein du Conseil oecuménique des Eglises et de sa réflexion sur l'expérience des Eglises unies et en voie d'union.
La présente étude
3. La Cinquième Conférence mondiale de Foi et constitution, qui s'est tenue à Saint-Jacques-de-Compostelle en Espagne (1993), a préconisé une étude sur la nature et le but de l'Eglise. Pour bien des raisons, cette recommandation arrivait en temps utile :
- Il est temps que Foi et constitution réfléchisse sur les différents éléments que ses études apportent à une conception de la nature et du but de l'Eglise.
- Foi et constitution a la possibilité de tirer profit des travaux accomplis par d'autres sections du COE et des accords théologiques bilatéraux.
- Au niveaux local, national et mondial, des chrétiens font l'expérience d'une plus grande communion, en particulier dans les Eglises unies et en voie d'union.
- L'existence de problèmes particuliers dans bien des régions incite les chrétiens à réfléchir ensemble au sens de l'Eglise là où ils sont.
- La situation du monde exige et mérite que les chrétiens rendent un témoignage crédible de l'unité dans la diversité qui est le don de Dieu à toute l'humanité.
But et méthode
4. Cette étude a essentiellement pour objet de rendre compte de ce que les Eglises peuvent dire ensemble de la nature et du but de l'Eglise aujourd'hui et, dans cette perspective, d'indiquer les sujets sur lesquels elles sont toujours en désaccord. Ainsi la finalité de ce document serait de devenir un texte de convergence dans le style du BEM. Le texte, sous sa forme actuelle, n'est qu'un premier essai, un premier énoncé de cette convergence. Il est soumis à l'attention et au jugement des Eglises.
5. Le corps du texte expose des points de vue communs dont on peut dire qu'ils résultent pour une large part des discussions bilatérales et multilatérales des cinquante dernières années. Les encadrés touchent à des sujets qui font encore l'objet de divergences, tant dans les Eglises qu'entre elles. Certaines de ces divergences peuvent apparaître comme l'expression d'une légitime diversité, d'autres comme des facteurs de division entre Eglises. Si le corps du texte invite les Eglises à découvrir ou à redécouvrir ce qu'il y a de commun dans leur conception de l'Eglise, les encadrés leur offrent l'occasion de réfléchir à la mesure dans laquelle leurs divergences les divisent. Espérant que les convergences seront de plus en plus marquées, nous souhaitons que ces textes aident chaque Eglise à reconnaître dans les autres l'Eglise de Jésus Christ et les encouragent toutes à avancer sur la voie de l'unité visible.
6. Tout document oecuménique soulève la question de l'utilisation des Ecritures. Les perspectives communes contenues dans ce texte sont fondées sur une conception commune de la révélation unique et normative des Ecritures et, partant, de la nécessité de fonder notre accord sur le témoignage des saintes Ecritures. Cependant, les Eglises reconnaissent qu'il n'y a pas d'ecclésiologie systématique dans les saintes Ecritures. La présentation du thème de l'Eglise passe le plus souvent par diverses images qui se complètent et sont en interaction. La méthode appliquée dans ce texte consiste à prendre les Ecritures dans leur globalité, de telle manière qu'un passage des Ecritures en interprète un autre et soit éclairé par les autres.s interpreted by the others.*
* Response to a preliminary distibution of the present text has indicated dissatisfaction with the approach to Scripture described in this paragraph. More work is clearly required in the next stages towards a convergence text, in the way in which Scripture is cited and interpreted.
L'invitation
7. La Commission de Foi et constitution invite Eglises, commissions, collèges, instituts et particuliers à réfléchir sur le texte à la lumière des questions suivantes:
- Dans quelle mesure reconnaissez-vous dans ce texte un début de convergence sur la nature et le but de l'Eglise?
- Quels domaines en particulier nécessitent à votre avis un travail plus approfondi, et quels éclairages pouvez-vous apporter pour faire avancer ce travail?
- Quels autres points faut-il traiter dans un document de convergence sur la nature et le but de l'Eglise?
- Si vous discernez dans ce texte un début de convergence sur la nature et le but de l'Eglise, quelles en sont les conséquences pour vos relations avec d'autres Eglises qui discerneraient cette même convergence? Quelles initiatives vos Eglises peuvent-elles prendre dès maintenant en vue d'une reconnaissance mutuelle?
Foi et constitution aura absolument besoin de ces réponses pour poursuivre son travail et parvenir à un texte d'accord sur la nature et le but de l'Eglise.
8. Dans le dessein de Dieu, l'Eglise existe, non pas pour elle-même, mais pour servir l'oeuvre divine de réconciliation et pour louer et glorifier Dieu. Plus l'Eglise comprend sa véritable nature, mieux elle cerne sa vocation. D'où l'importance cruciale de cette étude sur la nature et le but de l'Eglise.
I. L'Église du Dieu-Trinité
A. La nature de l'Eglise
(i) L'Eglise, création de la Parole et de l'Esprit Saint (creatura Verbi et creatura Spiritus))
9. L'Eglise appartient à Dieu. Elle est la création de la Parole de Dieu et de l'Esprit Saint. Elle ne peut exister par et pour elle-même.
10. L'Eglise a pour centre et fondement l'Evangile, la Parole de Dieu. Elle est la communion de ceux et celles qui vivent dans une relation personnelle avec Dieu qui leur parle et suscite de leur part une réponse confiante - la communion des fidèles. L'Eglise est donc la créature de la Parole de Dieu, voix vivante qui la crée et la nourrit de siècle en siècle. Cette parole divine se fait entendre à travers les Ecritures qui lui rendent témoignage. L'Eglise, à son tour, témoigne de cette Parole qui s'est incarnée en Jésus Christ et qui est proclamée dans la prédication, les sacrements et le service.
11. La foi suscitée par la Parole de Dieu résulte de l'action de l'Esprit Saint. La Parole de Dieu et l'Esprit Saint sont inséparables dans les Ecritures. En tant que communion des fidèles, l'Eglise est donc aussi la création de l'Esprit Saint (creatura Spiritus). De même que dans la vie du Christ, l'Esprit Saint a été agissant de la conception à la résurrection, de même dans la vie l'Eglise, ce même Esprit de Dieu façonne le visage du Christ en chacun des croyants et en leur communauté. L'Esprit incorpore les êtres humains au corps du Christ par la foi et le baptême, leur donne vie et force comme le corps du Christ a nourri et fortifié les apôtres à la Cène du Seigneur, et les guide jusqu'au plein accomplissement de leur vocation.
12. Création de la Parole et de l'Esprit de Dieu, l'Eglise de Dieu est une, sainte, catholique et apostolique. Ces attributs essentiels de l'Eglise ne sont pas ses qualités propres mais viennent de ce qu'elle dépend de Dieu par la Parole et par l'Esprit. Elle est une parce que le Dieu qui la lie à lui par la Parole et l'Esprit, est l'unique créateur et rédempteur, qui fait de l'Eglise l'avant-goût et l'instrument de la rédemption de toute la création. Elle est sainte< parce que Dieu est le Saint qui en Jésus Christ a vaincu toute impiété, sanctifiant l'Eglise par sa parole de pardon en l'Esprit Saint et la faisant sienne en faisant d'elle le corps du Christ. Elle est catholique parce que Dieu est la vie en abondance, celui qui, par la Parole et l'Esprit, fait de l'Eglise, où qu'elle soit, le lieu et l'instrument de sa présence qui sauve, vivifie et comble, offrant ainsi la plénitude de la Parole révélée, tous les moyens de salut aux êtres humains de toute nation, race, classe, sexe et culture. Elle est apostolique parce que la Parole de Dieu qui crée et fait vivre l'Eglise est l'Evangile, auquel les apôtres ont rendu témoignage de façon prioritaire et normative, faisant de la communion des fidèles une communauté qui vit dans la succession de la vérité apostolique et assume la responsabilité de sa transmission à travers les siècles.
13. L'Eglise n'est pas la somme des différents croyants en communion avec Dieu. Elle n'est pas avant tout une assemblée de croyants en communion les uns avec les autres. Elle est la part commune qu'ils prennent à la vie de Dieu dont l'être le plus profond est communion. C'est donc une réalité à la fois divine et humaine.
La dimension institutionnelle de l'Eglise et l'oeuvre de l'Esprit Saint Toutes les Eglises sont unanimes à penser que Dieu crée l'Eglise et la lie à lui par l'Esprit Saint au moyen de l'Evangile, voix vivante, proclamé dans la prédication et dans les sacrements. Toutefois, leurs opinions diffèrent sur: (1) le point de savoir si la prédication et les sacrements sont les moyens dont se sert l'Esprit pour agir par la Parole divine et pour toucher immédiatement le coeur des croyants, ou s'ils témoignent simplement de l'activité de l'Esprit; (2) les présupposés et les conséquences institutionnels de l'être de l'Eglise, creatura Verbi : pour certains, le ministère ordonné, en particulier l'épiscopat, est le moyen efficace, pour d'aucuns même, le gage de la présence de la vérité et de la puissance de la Parole et de l'Esprit de Dieu dans l'Eglise; pour d'autres, le fait que le ministère ordonné, comme le témoignage de tous les croyants, ne soit pas à l'abri de l'erreur et du péché, exclut un tel jugement, la puissance et la constance de la vérité de Dieu reposant sur la souveraineté de sa Parole et de son Esprit qui agissent au travers des structures institutionnelles de l'Eglise mais peuvent aussi, si nécessaire, aller à leur encontre; (3) l'importance théologique de la continuité institutionnelle, en particulier de la continuité dans l'épiscopat: si, pour certaines Eglises, cette continuité institutionnelle est le moyen nécessaire et le gage de la continuité de l'Eglise dans la foi apostolique, pour d'autres, la continuité de la foi apostolique est, dans certaines circonstances, maintenue en dépit, voire même au travers de la rupture de la continuité institutionnelle. Au travail théologique de déterminer à l'avenir si ces différences sont de vrais désaccords ou de simples différences d'accent qui ne sont pas inconciliables. |
(ii) Images de l'Eglise
14. Le Dieu tout-puissant, qui appelle l'Eglise à être et l'unit à lui par sa Parole et son Esprit Saint, est le Dieu-Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit. Dans sa relation à Dieu, l'Eglise est liée à chacune de ces "personnes" divines de manière particulière. Ces liens particuliers mettent en évidence des dimensions différentes de la vie de l'Eglise.
15. Il n'y a pas d'ecclésiologie systématique dans les saintes Ecritures. Elles se servent surtout d'images pour traiter du thème de l'Eglise. Certaines sont des images de stabilité et de localité, d'autres de mobilité, certaines sont plus organiques, tandis que d'autres enfin mettent en avant le caractère relationnel de l'Eglise. Elles ne sont pas incompatibles. Elles sont en interaction et très souvent les unes viennent confirmer et commenter les forces et les faiblesses des autres et réciproquement. L'approche qui sera choisie ici dans l'étude de ces images consistera à prendre les Ecritures dans leur globalité, de telle manière qu'aucune image ne soit prise comme une référence isolée, mais que chacune interprète l'autre et soit éclairée par les autres (cf. note du paragraphe 6 ci-dessus).
16. Parmi les images de l'Eglise dans les Ecritures, certaines ont pris un relief spécial et renvoient aux dimensions trinitaires de l'Eglise. Parmi elles, celles du "peuple de Dieu" et du "corps du Christ" revêtent une importance particulière et s'accompagnent des images du "temple" ou de la "maison" de l'Esprit. Il est à noter, cependant, qu'aucune de ces images n'est exclusive mais que toutes englobent, implicitement ou explicitement, les autres dimensions trinitaires.
(a) L'Eglise, peuple de Dieu
17. En appelant Abraham, Dieu s'est choisi un peuple saint. Les prophètes rappellent fréquemment cette élection et cette vocation : "Je serai leur Dieu et ils seront mon peuple" (Jr 31,33; Ez 37,27; Os 2, 23, paroles auxquelles font écho 2 Co 6,16, He 8,10). Par sa Parole (dabhar) et son Esprit (rû'ah), Dieu a choisi une nation entre toutes et l'a formée pour apporter le salut à toutes. L'élection d'Israël a marqué un moment décisif dans la réalisation du plan de salut. Cette alliance comporte bien des choses, y compris un appel à la justice et à la vérité. Mais c'est aussi un don gratuit de la koinonia, une impulsion dynamique à la communion qui est évidente dans toute l'histoire du peuple d'Israël, même lorsque la communauté rompt cette koinonia. A la lumière du ministère, de l'enseignement et surtout de la mort et de la résurrection de Jésus et de l'envoi de l'Esprit Saint à la Pentecôte, la communauté chrétienne croit que Dieu a envoyé son Fils pour que chacun(e) puisse communier avec les autres et avec Dieu, et manifester ainsi le don de Dieu au monde entier.
18. Dans l'Ancien Testament, le peuple d'Israël est un peuple pèlerin qui chemine vers l'accomplissement de la promesse faite à Abraham, selon laquelle en lui toutes les nations de la terre seront bénies. Cette promesse s'accomplit en Christ lorsqu'il détruit, sur la croix, le mur de séparation entre juifs et païens (Ep 2,14). Ainsi l'Eglise, qui rassemble juifs et païens, est "la race élue, la communauté sacerdotale du roi, la nation sainte", "le peuple que Dieu s'est acquis" (1, Pierre 2,9-10). L'Eglise de Dieu poursuit son pèlerinage vers le repos éternel préparé pour elle (He 4, 9-11). C'est un signe prophétique de l'accomplissement que Dieu apportera en Christ par la puissance de l'Esprit.
(b) L'Eglise, corps du Christ
19. Par le sang du Christ, le dessein de Dieu était de réconcilier, par le sang du Christ, l'humanité en un seul corps au moyen de la croix (Ep, 2, 11-22). Ce corps est le corps du Christ, l'Eglise (Ep 1, 23). Le Christ en est la tête éternelle, en même temps qu'il lui donne vie par la présence de l'Esprit. De cette manière, le Christ qui est la tête de son corps, l'investit de pouvoirs, le guide et le juge (Ep 5,23; Col 1,18) tout en ne faisant qu'un avec lui (1 Co 12,12; Rm 12,5). L'image néo-testamentaire du corps du Christ réunit ces deux dimensions, l'une exprimée dans 1 Corinthiens et Romains, l'autre développée dans Ephésiens.
20. C'est par la foi et le baptême que les êtres humains deviennent membres du corps du Christ (1 Co 12,13). Par la sainte Communion, leur participation et leur communion à ce corps sont constamment renouvelées (1 Co 10,16). Etant ainsi membres de son corps, les chrétiens s'identifient au sacerdoce unique du Christ (He 9) et sont appelés à vivre en membres fidèles: "Vous êtes la communauté sacerdotale du roi" (1 Pierre 2,9). En Christ, qui s'est immolé, les chrétiens offrent tout leur être "en sacrifice vivant" (Rm 12,1). Chacun des membres participe au sacerdoce de l'Eglise tout entière. Nul n'exerce ce sacerdoce en dehors du sacerdoce unique du Christ, ou coupé des autres membres du corps.
21. Tous les membres du Christ reçoivent des dons pour l'édification du corps (Rm 12, 4-8; 1 Co 12, 4-30), dont la diversité et la nature spécifique sont utiles à la vie de l'Eglise et à sa vocation de servante, et servent à faire avancer le Royaume de Dieu dans le monde.
22. Selon le Nouveau Testament, c'est par l'Esprit Saint que les êtres humains sont baptisés dans le corps du Christ (1 Co 12,13). C'est ce même Esprit Saint qui confère les dons les plus divers aux membres du corps (1 Co 12, 4. 7-11) et c'est de lui que ces derniers tiennent leur unité (1 Co, 12). Ainsi, l'image du "corps du Christ", bien que renvoyant explicitement et d'abord à la dimension christologique de l'Eglise, a en même temps de profonds prolongements pneumatologiques.
(c) L'Eglise, temple de l'Esprit Saint
23. La relation constitutive entre l'Eglise et l'Esprit Saint est présente dans tout le témoignage néo-testamentaire. Toutefois, il n'existe pas d'image explicite pour exprimer cette relation. Les images les plus proches de descriptions figuratives que l'on trouve dans le Nouveau Testament, et celles qui rendent cette relation avec le plus de justesse, sont celles du "temple" et de la "maison". C'est que l'Eglise est habitée par l'Esprit qui lui donne vie de l'intérieur.
24. Construite sur les fondations des apôtres et des prophètes, l'Eglise est la maison de Dieu, un temple saint où Dieu vit par l'Esprit. Par la puissance de l'Esprit Saint, les croyants s'élèvent "pour former un temple saint dans le Seigneur" (Ep 2,21), une "maison habitée par l'Esprit" (1 Pierre 2,5). Emplis de l'Esprit Saint, ils prient, aiment, travaillent et servent dans la puissance de l'Esprit, menant une vie digne de leur vocation, attentifs à garder l'unité de l'Esprit par le lien de la paix (Ep 4,1-3).
25. Ces trois images ont été choisies à cause de leur importance centrale dans le Nouveau Testament et de leur signification pour les dimensions trinitaires de l'Eglise. On relèvera pourtant qu'il existe d'autres images de l'Eglise dans le Nouveau Testament, christologiques pour la plupart, comme la vigne, le troupeau, les noces, l'épouse. Toutes servent à mettre en lumière certains aspects de l'être et de la vie de l'Eglise : l'image de la vigne souligne la dépendance totale de l'Eglise à l'égard du Christ, celle du troupeau insiste sur sa confiance et son obéissance, celle des noces met en avant la réalité eschatologique de l'Eglise, tandis que celle de l'épouse fait ressortir la relation intime, bien que subordonnée, de l'Eglise au Christ. En même temps, ces images, comme toutes les images, y compris celles qui sont énumérées aux paragraphes a) à c), ont leurs limites: celle de la vigne ne tient pas compte du face-à-face entre le Christ et l'Eglise; celle du troupeau fait l'impasse sur la liberté des croyants; l'image des noces ne rend pas la dimension encore inaccomplie de la vie de l'Eglise in via et l'image de l'épouse présuppose l'état de soumission des femmes de l'Antiquité.
B. Le dessein de Dieu pour l'Eglise
26. Le dessein de Dieu est de réunir toute la création sous la seigneurie du Christ (Ep 1,10) et d'amener l'humanité et la création entière à vivre en communion. Reflet de la communion dans le Dieu-Trinité, l'Eglise est appelée par lui à servir l'accomplissement de ce but. Elle est appelée à manifester la miséricorde de Dieu à l'humanité et à rendre celle-ci à sa destination naturelle, qui est de louer et de glorifier Dieu avec toute l'armée céleste. Elle n'est donc pas une fin en soi mais un don fait au monde afin que tous croient (Jean 17,21).
27. La mission fait partie de l'être même de l'Eglise. Les chrétiens, qui reconnaissent Jésus Christ comme Seigneur et Sauveur, sont appelés à proclamer l'Evangile en paroles et en actes. Ils doivent s'adresser à ceux qui ne l'ont pas entendu comme à ceux qui n'ont plus de contact vivant avec l'Evangile, la bonne nouvelle du Royaume de Dieu. Ils sont appelés à vivre ses valeurs et à être l'avant-goût de ce Royaume dans le monde.
28. Ainsi l'Eglise, incarnant dans sa vie le mystère du salut et la transfiguration de l'humanité, participe à la mission du Christ qui est de réconcilier toutes choses avec Dieu et les unes aux autres. Par son ministère de service et de proclamation et son intendance de la création, l'Eglise participe à la réalité du Royaume de Dieu et y renvoie. Dans la puissance de l'Esprit Saint, l'Eglise témoigne de la mission divine, de l'envoi par le Père de son Fils au monde pour qu'il en soit le Sauveur.
29. Dans l'exercice de cette mission, l'Eglise ne peut être l'Eglise sans rendre témoignage (martyria) de la volonté de Dieu pour le salut et la transformation du monde. C'est pourquoi elle s'est mise immédiatement à prêcher la Parole, à témoigner des hauts faits de Dieu et à inviter chacun(e) au baptême.
30. De même que la mission du Christ a consisté à la fois à prêcher la Parole de Dieu et à prendre soin de ceux qui souffrent et sont dans le besoin, l'Eglise apostolique, dans sa mission, a allié dès le début la proclamation de la Parole à l'appel au baptême et au service. L'Eglise y voit une dimension essentielle de son identité. Par là, elle est le signe de l'humanité nouvelle que Dieu veut, elle y participe, l'anticipe et sert aussi à proclamer la grâce de Dieu dans les toutes les situations humaines, en particulier les situations de détresse, jusqu'à ce que le Christ revienne dans sa gloire (Mt 25,31).
31. Parce que la souffrance fait partie de la condition de serviteur que le Christ a revêtue, il est évident, comme le disent les écrits du Nouveau Testament, que le chemin de la croix fait partie de la martyria de l'Eglise, que ce soit au niveau individuel ou communautaire.
32. L'Eglise est appelée, avec la force qu'elle reçoit, à partager les souffrances de tous en plaidant la cause des pauvres, des démunis et des exclus et en prenant soin d'eux. Elle le fait en analysant d'un regard critique les structures injustes, en les dénonçant et en travaillant à les transformer. Elle le fait par ses oeuvres de compassion et de miséricorde. L'Eglise est appelée ainsi à guérir les rapports humains mis à mal et à réconcilier. Elle doit être l'instrument dont Dieu se sert pour éradiquer l'hostilité, réconcilier là où il y a divisions et haine, principale cause des souffrances humaines. Elle est aussi appelée, avec tous les hommes et les femmes de bonne volonté, à veiller à la sauvegarde de la création en condamnant la dégradation et la destruction infligées à la création de Dieu comme étant un péché, et à prendre part à Son oeuvre réparatrice en rétablissant les liens brisés entre l'humanité et la création.
33. Dans la puissance de l'Esprit Saint, l'Eglise est appelée à proclamer fidèlement l'enseignement du Christ dans sa totalité et à partager avec tous, et dans le monde entier, l'intégralité de la foi, de la vie et du témoignage apostoliques. L'Eglise cherche ainsi à proclamer et à vivre fidèlement l'amour de Dieu pour tous et à accomplir la mission du Christ pour le salut et la transformation du monde, à la gloire de Dieu.
34. Dieu rétablit et enrichit sa communion avec l'humanité, lui donnant la vie éternelle dans l'être trinitaire de Dieu. A travers l'humanité, l'univers entier est destiné à parvenir à la restauration et au salut. Ce plan divin trouve son accomplissement dans le ciel nouveau et la terre nouvelle (Ap 21, 1), dans le Royaume de Dieu.
II. L'Église dans l'histoire
A. L'Eglise in via
35. L'Eglise est une réalité eschatologique, qui anticipe déjà le Royaume. C'est aussi une réalité historique, sujette à l'ambiguïté de toute l'histoire humaine, et elle n'est donc pas encore la communauté voulue par Dieu.
36. D'un côté, l'Eglise est cette partie de l'humanité qui a déjà part à la communion de Dieu dans la foi, l'espérance et la glorification de Son nom, et elle vit comme une communion de personnes rachetées. A cause de la présence de l'Esprit eschatologique et de la Parole de Dieu, l'Eglise, creatura Verbi et Spiritus (cf. par. 9 ss), communion de tous les croyants maintenue par Dieu lui-même dans une relation personnelle avec lui (cf. par. 10), peuple de Dieu (cf. par. 17-18), corps du Christ (cf. par. 19-22), temple de l'Esprit Saint (cf. par. 23-24), est déjà la communauté eschatologique conforme à la volonté de Dieu.
37. En même temps, l'Eglise, dans sa dimension humaine, dans la mesure où elle est composée d'êtres humains qui, bien que membres du corps du Christ, sont encore soumis aux conditions de ce monde, subit elle aussi ces conditions. Elle est exposée au changement, ce qui veut dire qu'elle peut évoluer dans un sens positif et grandir ou décliner et se déformer. Elle est soumise au conditionnement individuel, culturel et historique qui peut contribuer à la richesse des perceptions et des expressions de la foi, mais aussi à la relativisation de certaines tendances ou à l'absolutisation de points de vue particuliers. Elle est soumise à l'Esprit Saint qui fait librement usage de sa puissance (Jn 3,8) pour éclairer les coeurs et lier les consciences. Elle est exposée au pouvoir du péché.
38. L'unité qui fait partie de l'essence de l'Eglise et lui est déjà donnée en Jésus Christ contraste avec les divisions bien réelles qui existent entre les Eglises. Ces divisions, qui sont en partie dues au péché, mais aussi au dilemme inhérent à l'histoire qui fait que, dans certaines situations, l'intégrité de la vérité ne peut être proclamée qu'en contradiction avec d'autres positions, sont une anomalie. Les Eglises doivent s'employer à les surmonter. Pourtant, malgré toutes les divisions, l'unité donnée à l'Eglise est déjà manifeste dans l'Evangile présent dans toutes les Eglises et elle apparaît dans de nombreux traits de leur vie. Travailler pour l'unité de l'Eglise, c'est travailler pour qu'elle incarne plus complètement et de manière visible l'unité qui lui est déjà donnée.
39. La sainteté qui fait partie de l'essence de l'Eglise contraste avec le péché, individuel et collectif qui, dans l'histoire de cette Eglise, a maintes fois défiguré son témoignage et va à l'encontre de sa vraie nature et de sa vocation. C'est pourquoi l'offre de pardon que Dieu ne cesse de lui faire s'accompagne dans l'Eglise de l'appel à la repentance, au renouveau et à la réforme. Répondre à cet appel, c'est incarner plus complètement et de manière visible la sainteté qui fait partie de sa nature et qui lui est déjà donnée.
40. La catholicité qui fait partie de l'essence de l'Eglise est confrontée à la fragmentation de sa vie, qui transmet un message contraire à la vérité. Il en résulte que l'intégrité de l'Evangile n'est pas bien prêchée à tous; que tous ne disposent pas de la totalité des moyens divins de salut, que tous ne se voient pas offrir la totalité de la communion; et que l'Evangile n'est pas reçu de la même manière dans "toutes les nations". Néanmoins, l'Esprit qu'elle reçoit au baptême est l'Esprit de la Seigneurie du Christ sur toute la création et tous les temps. L'Eglise est appelée à lever tous les obstacles au plein accomplissement de ce qui est déjà par la puissance de l'Esprit Saint.
41. L'apostolicité qui fait partie de l'essence de l'Eglise contraste avec les manquements des Eglises et les erreurs qu'elles commettent dans leur proclamation de la Parole de Dieu. Les Eglises sont donc appelées à revenir constamment à la vérité apostolique et à leur origine apostolique. Ce faisant, elles manifestent l'Evangile apostolique qui leur est déjà donné, qui est à l'oeuvre en elles dans l'Esprit et fait d'elles l'Eglise, et elles lui rendent justice.
L'Eglise et le péché Pour certains, il est impossible de dire "l'Eglise pèche" parce qu'ils voient en l'Eglise un don de Dieu, et donc la marque de sa sainteté. L'Eglise est l'épouse sans tache du Christ (Ep 5,25-27), les enfants de Dieu qui ont reçu par la foi la Parole incarnée de Dieu; elle est le peuple saint de Dieu, "justifié par la foi du Christ"; en tant que telle, l'Eglise ne peut pécher car "Christ serait-il ministre du péché?" (Ga 2,17). Ce don de Dieu, ce sont de fragiles êtres humains vulnérables au péché qui le vivent, mais les péchés des membres de l'Eglise ne sont pas ceux de l'Eglise. L'Eglise est plutôt le lieu du salut et de la guérison, et non pas le sujet du péché. D'autres, tout en reconnaissant que l'Eglise, création de la Parole et de l'Esprit de Dieu, corps du Christ, etc., est sainte et sans péché, disent qu'elle pèche pourtant, parce qu'ils définissent l'Eglise comme la communion de ses membres qui, tout en étant des croyants créés par l'Esprit et formant le corps du Christ, restent des pécheurs ici-bas. Ainsi, certains soutiennent que si l'on ne peut pas parler du péché de l'Eglise, on peut et on doit parler du péché des membres et des groupes qui en font partie, situation décrite par la parabole du froment et de la paille et par la formule augustinienne de corpus permixtum. Pour d'autres, le péché dans l'Eglise peut devenir systémique et toucher aussi l'institution. D'aucuns enseignent qu'il est impossible de discerner les points et les éléments de la vie de l'Eglise susceptibles d'être affectés par le péché de ceux qui ne le sont pas, mais que ce problème ne peut être abordé que de façon dialectique: l'Eglise elle-même est pécheresse dans la mesure où elle est la communion de ceux qui, bien que sanctifiés par Dieu, ne sont jamais sans péché; et elle est sainte dans la mesure où elle est appelée à être et à rester en communion avec Dieu par sa Parole et son Esprit Saint. Toutes les Eglises s'accordent à reconnaître l'existence du péché, individuel et collectif, dans l'histoire de l'Eglise. Elles s'accordent aussi à penser que, si le péché ne peut affecter l'Eglise comme réalité divine, il en affecte la réalité humaine et les structures. Pourtant, elles diffèrent sur le point de savoir où elles voient la réalité divine de l'Eglise et, partant, dans leur conception de la façon dont le péché affecte l'Eglise. |
B. Signe et instrument du dessein de Dieu
42. L'Eglise une, sainte, catholique et apostolique est le signe et l'instrument du dessein de Dieu pour le monde entier. Etant cette partie de l'humanité qui a déjà part à l'amour et à la communion de Dieu, l'Eglise est un signe prophétique qui renvoie, par-delà elle-même, au but de toute la création, l'avènement du Royaume de Dieu.
43. Consciente de la présence salvatrice de Dieu dans le monde, l'Eglise loue et glorifie déjà le Dieu-Trinité par la célébration et une vie d'obéissance, et elle est l'instrument qui sert Son dessein. Mais elle ne le fait pas uniquement pour elle-même; elle loue Dieu au nom de toutes les créatures, le remerciant de sa grâce et de son pardon des péchés, et elle sert son dessein pour le bien de toute la création.
44. Dire de l'Eglise qu'elle est un signe, renvoie aussi à la dimension de "mysterion", indiquant la transcendance de sa réalité donnée par Dieu comme Eglise une, sainte, catholique et apostolique, transcendance que l'on ne pourra jamais saisir de façon claire et univoque dans son apparence visible. Aussi faut-il toujours voir les structures institutionnelles visibles de l'Eglise à la lumière des dons divins de salut en Christ.
45. Etant cette partie de l'humanité qui a déjà part à l'amour et à la communion de Dieu, l'Eglise est en même temps l'instrument par lequel Dieu veut réaliser ce à quoi elle renvoie : le salut du monde entier, le renouveau de la communauté humaine par la Parole et l'Esprit Saint, la communion de l'humanité avec Dieu et entre ses membres.
46. En tant qu'instrument du dessein de Dieu, l'Eglise est la communauté de ceux et celles qui sont appelés par Dieu et envoyés comme disciples du Christ pour proclamer la bonne nouvelle en paroles et en actes, afin que le monde croie. Elle rend donc présente la miséricorde de Dieu tout au long de l'histoire.
47. Envoyés comme ses disciples, les membres du peuple de Dieu doivent témoigner de son oeuvre de réconciliation, de guérison et de transformation de sa création, et y participer. La relation de l'Eglise au Christ est telle que la foi et la vie communautaire exigent l'obéissance. C'est donc l'intégrité de la mission de l'Eglise, celle de sa nature même d'instrument de Dieu qui est en jeu dans le témoignage que nous rendons par la proclamation et par l'action concrète menée au service de la justice, de la paix et de la sauvegarde de la création, avec tous les hommes et les femmes de bonne volonté.
Eglise et "sacrement" Celles qui emploient cette formule le font parce qu'elles voient avant tout en l'Eglise l'indication de ce que Dieu veut pour le monde, à savoir la communion de tous les êtres humains entre eux et avec lui, ce bonheur pour lequel il a créé le monde. D'autres Eglises n'appliquent pas la notion de sacrement à l'Eglise, et ce pour deux raisons: a) il faut faire une distinction nette entre l'Eglise et les sacrements. Ces derniers sont les moyens du salut par lesquels le Christ nourrit l'Eglise, et non pas des actes par lesquels l'Eglise se réalise ou s'actualise; et b) l'emploi du terme de "sacrement" appliqué à l'Eglise pourrait occulter le fait que, pour elles, l'Eglise comme communion des chrétiens est le signe et l'instrument du dessein de Dieu mais que ces chrétiens, tous croyants rachetés qu'ils soient, sont toujours enclins au péché. Si la formule "l'Eglise en tant que sacrement" est abordée de diverses manières, les vues diffèrent aussi sur ce que sont les sacrements. Pour certaines Eglises, les sacrements sont le "signe visible de la grâce invisible de Dieu". Ce sont des "signes efficaces" qui signifient et transmettent la grâce de Dieu. Ce sont les signes de sa promesse. Pour d'autres, les "sacrements" sont le véhicule de la grâce de Dieu, l'occasion dont il se sert pour répandre sa grâce. L'expression "l'Eglise en tant que sacrement" résume bien, pour plusieurs Eglises, la réalité de l'Eglise comme signe et instrument du dessein de Dieu. |
III. L'Église en tant que koinonia (communion)
A. La communion, réelle mais non encore pleinement réalisée
48. La notion de koinonia (communion) est devenue fondamentale pour la relance d'une conception commune de la nature de l'Eglise et de son unité visible. Le terme koinonia (communion, participation) est employé dans le Nouveau Testament, chez les Pères de l'Eglise et dans les écrits de la Réforme à propos de l'Eglise. Bien que le terme soit resté par la suite en usage, il est remis à l'honneur aujourd'hui dans le mouvement oecuménique et considéré comme décisif pour comprendre la nature et le but de l'Eglise. Sa richesse sémantique en fait aussi une notion pratique lorsqu'il s'agit d'évaluer le degré de communion atteint, sous des formes diverses, par les chrétiens dans le mouvement oecuménique.
49. La relation de Dieu avec l'humanité et l'ensemble de la création est un thème fondamental des saintes Ecritures. Dans le récit de la création, l'homme et la femme sont créés à l'image de Dieu, avec en eux une aspiration profonde à la communion avec Dieu, l'un avec l'autre et avec la création dont ils sont les intendants, et la capacité d'y accéder. Ainsi, toute la création trouve son intégrité dans la koinonia avec Dieu. La communion est enracinée dans l'ordre même de la création et se réalise en partie dans les rapports naturels qui se nouent dans la famille, la parenté, la tribu et le peuple. L'Ancien Testament fait état de la relation spéciale, l'alliance, que Dieu établit avec le peuple élu (cf. Ex 19,4-6; Os 2,18-23).
50. Le dessein de Dieu dans la création est faussé par le péché humain, l'échec, la désobéissance à la volonté de Dieu, et par la révolte contre lui. Le péché altère la relation entre Dieu et l'humanité, entre les êtres humains, et entre l'humanité et l'ordre créé. Mais Dieu demeure fidèle malgré le péché et les errements de son peuple. L'histoire dynamique de la koinonia avec la création que Dieu rétablit et enrichit atteint son point culminant et trouve son accomplissement dans la communion parfaite d'un ciel nouveau et d'une terre nouvelle (Ap 21).
51. La Bible se sert de diverses images pour décrire la nature et la qualité de la relation entre Dieu et son peuple, entre les membres de ce peuple, et entre eux et l'ordre créé : "le peuple de Dieu" (1 Pierre 2, 9-10), "le troupeau" (Jn 10,14), "la vigne" (Es 5, Jn 15), "le temple du Seigneur" (1 Co 3, 16-17); "l'épouse du Christ" (Ap 21,2; Ep 5,25-32); le "corps du Christ" (1 Co 12,27), "la maison de Dieu" (He 3,1-6), la "communauté de la nouvelle alliance" (He 8,8-10), "la cité sainte, la Jérusalem nouvelle" (Es 61; Ap 21). Le terme koinonia exprime la réalité à laquelle renvoient ces images. Elles évoquent la profondeur, l'intimité et la qualité de la relation. Dans l'Ancien Testament, le terme de shalôm rend une partie du sens de koinonia.
52. La racine verbale d'où vient le terme koinonia signifie "avoir quelque chose en commun", "partager", "participer", "avoir part à", "agir ensemble" ou "être liés par un contrat impliquant de part et d'autre l'obligation de se rendre des comptes". Le terme de koinonia apparaît dans des situations clés, la réconciliation de Paul avec Pierre, Jacques et Jean (Ga 2,9), par exemple, ou la collecte pour les pauvres (Rm 15, 26 et 2 Co 8,4), ou pour décrire la vie et le témoignage de l'Eglise (Actes 2,42-45).
53. En s'identifiant à la mort et à la résurrection du Christ par la puissance de l'Esprit Saint, les chrétiens entrent en communion (koinonia) avec Dieu et les uns avec les autres dans la vie et l'amour de Dieu: " Ce que nous avons vu et entendu, nous vous l'annonçons, à vous aussi, afin que vous aussi, vous soyez en communion avec nous. Et notre communion est communion avec le Père et avec son Fils Jésus Christ" (1 Jn 1,3).
54. La bonne nouvelle, c'est l'offre qui est faite à tous du don gratuit de la naissance à une vie de communion avec Dieu et, ainsi, les uns avec les autres. Pour parler de la relation des croyants à leur Seigneur, saint Paul dit qu'ils sont "en Christ" (2 Co 5,17); et du Christ, il dit qu'il vit dans le croyant parce que l'Esprit Saint habite en lui. La communion est le don par lequel Dieu attire l'humanité dans l'orbite de l'amour divin, généreux, oublieux de soi-même qui circule entre les personnes de la sainte Trinité.
55. Ce n'est que par le moyen du don divin de la grâce par Jésus Christ qu'une communion profonde, durable, est possible; par la foi et le baptême, les personnes participent au mystère de la mort, de la mise au tombeau et de la résurrection du Christ. Unies en Christ par l'Esprit Saint, elles se joignent ainsi à tous ceux qui sont "en Christ": elles font partie de la communion nouvelle - de la communauté nouvelle - du Seigneur ressuscité. La koinonia étant aussi participation au Christ crucifié, le partage des souffrances et des luttes de l'humanité fait aussi partie de la nature et de la mission de l'Eglise.
56. Cette vie nouvelle de communion s'exprime par des signes visibles et tangibles : la réception et le partage de la foi des apôtres, le pain eucharistique rompu et partagé, l'intercession et la prière communes les uns pour les autres et pour le monde, le service réciproque dans l'amour, le partage des joies et des peines, l'entraide matérielle, la proclamation et le témoignage de la bonne nouvelle dans la mission, les efforts communs entrepris pour instaurer la justice et la paix. La communion de l'Eglise se compose de personnes en communauté, et non pas d'individus indépendants. Toutes contribuent à l'épanouissement de la communion.
57. Dieu veut que toute la création, non seulement l'Eglise mais tous, parviennent à la communion en Christ (Ep 1,10; 4,1-16). L'Eglise, en tant que communion, sert le but ultime de Dieu. Elle existe pour la gloire de Dieu, pour servir dans l'obéissance à la mission du Christ, qui est de réconcilier l'humanité.
58. Les divisions entre les Eglises et l'incapacité de leurs membres de vivre véritablement et pleinement en koinonia affectent la mission de l'Eglise et lui font obstacle. La mission a pour but ultime la koinonia de tous. Elle fait partie de la nature et de l'être même de l'Eglise en tant que koinonia. C'est pourquoi il est urgent de rétablir l'unité des chrétiens et d'apporter un renouveau dans leur vie.
59. Par la puissance de l'Esprit Saint, l'Eglise vit en communion avec le Christ Jésus, en qui tout ce qui est dans les cieux et sur la terre est réuni dans la communion du Dieu très saint: c'est la communion des saints. L'Eglise, à la fin des temps, est destinée à être englobée dans la relation intime du Père, du Fils et du Saint Esprit, à louer Dieu et à jouir de sa présence pour toujours.
60. Il reste un lien naturel entre les êtres humains, et entre eux et la création, par le simple fait qu'ils ont été créés. La vie nouvelle de communion se construit à partir de la communion donnée dans la création, elle la transforme mais ne la remplace jamais totalement. De plus, elle ne surmonte jamais complètement dans l'histoire les distorsions des rapports humains qu'entraîne le péché. Les vieilles difficultés réapparaissent. Le don de la communion en Christ est souvent diminué ou seulement partiellement réalisé. La vie nouvelle implique un besoin constant de repentance, de pardon mutuel et de réparation. La confession assidue des péchés (1 Jn 1,7-9) fait partie de l'essence de la communion avec Dieu, ce qui n'empêche pas de jouir sincèrement de la vie nouvelle ici et maintenant et d'anticiper en toute confiance le moment où l'on aura pleinement part à la communion dans la vie à venir.
La koinonia La notion de koinonia permet à des chrétiens séparés de reconnaître qu'ils sont déjà parvenus assez loin dans la communion entre eux par le fait qu'ils ont part ensemble à la vie et à l'amour de Dieu, Père, Fils et Saint Esprit. La voie de l'unité consiste à rendre cette communion encore plus visible. Lorsqu'ils parlent de communion visible, de "communion plus totale", de "pleine communion", de "parfaite communion", etc. entendent-ils la même chose? Et quel sens faut-il donner aux notions de "communion réduite", de "communion partielle", de "communion altérée"? Tant que les chrétiens auront des conceptions différentes de ce qui constitue l'unité visible, la koinonia (communion) ne pourra se réaliser pleinement et ils devront persévérer dans leurs efforts pour parvenir à une conception commune. Le concept de koinonia est employé aujourd'hui par bien des Eglises et dans les textes oecuméniques comme une notion majeure sur la voie d'une conception commune de la nature et du but de l'Eglise. Mais n'est-on pas amené à donner à cette notion plus de poids qu'elle n'en peut porter? |
B. Communion et diversité
61. La vie et le témoignage des chrétiens présentent une étonnante diversité qui vient de la diversité des contextes culturels et historiques dans lesquels ils se situent. Il doit y avoir incarnation authentique de l'Evangile en chaque lieu et en tous lieux. Les chrétiens doivent proclamer leur foi dans une langue, des symboles et des images qui soient en prise avec leur époque et leur contexte, et qui aient un sens là où ils se trouvent. La communion de l'Eglise exige une interaction constante des expressions culturelles de l'Evangile si l'on veut que le peuple de Dieu tout entier apprécie ses richesses.
62. La vie et le témoignage des chrétiens présentent une étonnante diversité qui vient de la diversité des contextes culturels et historiques dans lesquels ils se situent. Il doit y avoir incarnation authentique de l'Evangile en chaque lieu et en tous lieux. Les chrétiens doivent proclamer leur foi dans une langue, des symboles et des images qui soient en prise avec leur époque et leur contexte, et qui aient un sens là où ils se trouvent. La communion de l'Eglise exige une interaction constante des expressions culturelles de l'Evangile si l'on veut que le peuple de Dieu tout entier apprécie ses richesses.
63. Il ne faut pas étouffer ce qui est diversité authentique dans la vie de la communion; mais il ne faut pas non plus renoncer à une unité authentique pour une diversité illégitime. Toute Eglise locale doit être le lieu où sont garanties simultanément deux choses: la sauvegarde de l'unité et l'épanouissement d'une légitime diversité. Il y a des limites dans lesquelles la diversité est un enrichissement et hors desquelles elle n'est pas seulement inacceptable mais nuit au don de l'unité. De même, l'unité, en particulier lorsqu'elle tend à se confondre avec l'"uniformité", peut être préjudiciable à la vraie diversité et devient alors inacceptable. Par la foi partagée en Christ, exprimée dans la proclamation de la Parole, la célébration des sacrements, et une vie de service et de témoignage, toute communauté chrétienne locale participe à la vie et au témoignage de toutes les communautés chrétiennes de tous lieux et de tous temps. Un ministère pastoral au service de l'unité et du maintien de la diversité est l'un des nombreux charismes donnés à l'Eglise. Il contribue à veiller à ce que les membres dont les dons et les points de vue sont différents se rendent mutuellement des comptes au sein de la communion.
64. Il ne faut pas confondre diversité et division. Les divisions au sein de l'Eglise (hérésies, schismes, conflits politiques, expressions de haine, etc.) menacent le don divin de communion. Les chrétiens sont appelés à travailler inlassablement pour surmonter les divisions, pour empêcher les diversités légitimes de devenir des causes de division et pour vivre dans une diversité réconciliée.
La diversité La relation entre Evangile et culture pose un certain nombre de problèmes:
La diversité dans la façon d'exprimer l'Evangile, en paroles et en actes, enrichit la vie commune. Les Eglises mettent l'accent sur des aspects différents de leur vie et de leur témoignage: les méthodistes, par exemple, sur la tradition de la sainteté, les luthériens sur la doctrine de la justification par la foi seule par le moyen de la grâce, les pentecôtistes sur la vie dans l'Esprit Saint, l'Eglise catholique romaine sur le ministère de la primauté au service de l'unité, la communion anglicane sur la valeur de l'ouverture à de nombreuses tendances, les orthodoxes sur la doctrine de la déification associée à celle de la "synergie" etc. Dans quelle mesure ces accents différents sont-ils des positions conflictuelles ou l'expression d'une légitime diversité? L'importance qui leur est donnée empêche-t-elle de voir le message évangélique dans sa totalité? Quelle valeur les chrétiens accordent-ils à l'identité ecclésiale et confessionnelle? Pour certains, le maintien de cette identité, du moins pour l'avenir prévisible, et même dans une vie de koinonia, est nécessaire à la sauvegarde de vérités particulières et d'une diversité riche et légitime qui fait partie d'une vie de communion. Pour d'autres, le but de la communion visible se situe au-delà des identités ecclésiales ou confessionnelles particulières: c'est une communion dans laquelle les richesses préservées par les traditions confessionnelles sont réunies dans le témoignage et l'expérience d'une foi et d'une vie communes. Pour d'autres, le modèle de la "diversité réconciliée" reste incontournable. D'autres encore craignent un certain modèle de "fusion structurelle", dans lequel une uniformité rigide tue la diversité apportée par les différentes traditions. Cependant, la plupart s'accordent à penser que l'unité à laquelle Dieu nous appelle exige une certaine ouverture et qu'à mesure que nous avancerons sous la conduite de l'Esprit Saint (cf. Jn 16,13), l'unité visible apparaîtra sous des traits plus nets. Les Eglises ont différentes façons de concevoir leur relation à l'Eglise une, sainte, catholique et apostolique. Ces différences ont une incidence sur leurs rapports avec les autres Eglises et leur conception du cheminement vers l'unité visible. Comment, à ce stade du mouvement oecuménique, les Eglises peuvent-elles se rendre des comptes de manière à pouvoir se soutenir mutuellement dans l'unité et une légitime diversité, et empêcher de nouveaux problèmes de devenir des causes de division dans leurs rangs et entre elles? C'est là l'une des questions pressantes de l'oecuménisme. Si tous reconnaissent la diversité des dons répandus sur l'Eglise pour lui permettre d'exercer son ministère, on a souvent tendance, consciemment ou inconsciemment, à accorder plus de valeur à certains dons qu'à d'autres. Cela a un effet néfaste: le ministère ordonné est considéré comme ayant plus de valeur que les dons des ministères laïcs, les dons exercés dans l'Eglise plus de valeur que ceux qui se manifestent dans des contextes laïcs, le ministère de supervision (episkopé) plus de valeur que d'autres, etc. |
C. L'Eglise, communion d'Eglises locales
65. Dès le début, le contact a été maintenu entre les Eglises locales par des collectes, des échanges de lettres, des visites et des témoignages tangibles de solidarité (1 Co 16; 2 Co 8,1-9; Ga 2,9 ss., etc.). Au cours des premiers siècles de l'ère commune, les Eglises locales se sont réunies de temps à autre pour délibérer ensemble. C'étaient là autant de moyens d'entretenir l'interdépendance et de maintenir la communion.
66. La communion ecclésiale s'exprime dans la communion entre les Eglises locales, l'Eglise pleine et entière étant présente en chacune d'elles. La communion ecclésiale embrasse les Eglises locales de chaque lieu, de tous lieux et de tous les temps. Les Eglises locales sont maintenues dans la communion ecclésiale par le seul Evangile, le seul baptême et la seule sainte Communion, au service desquels il y a un ministère commun. Cette communion s'exprime dans le service et le témoignage au monde.
67. La communion des Eglises locales se nourrit de la cohérence et de l'harmonie fondamentales qui règnent entre les éléments vivants de l'apostolicité et de la catholicité: les Ecritures, le baptême, l'eucharistie et le service d'un ministère commun. En tant que "liens de la communion", ces dons sont le garant de la continuité authentique dans la vie de toute l'Eglise et aident à maintenir les Eglises locales dans une communion de vérité et d'amour. Ils sont donnés pour maintenir l'intégrité de l'Eglise, en tant qu'Eglise une de Jésus Christ, la même hier, aujourd'hui et demain. La recherche de la pleine communion a atteint son but lorsque chaque Eglise peut reconnaître en toutes les autres l'Eglise une, sainte, catholique et apostolique dans toute sa plénitude. Cette pleine communion s'exprimera aux niveaux local et universel par des formes conciliaires de vie et d'action. Dans une telle communion, les Eglises unies mais authentiquement diverses sont liées dans tous les aspects de leur vie et à tous les niveaux, dans la confession de la foi commune, dans le culte et le témoignage, les délibérations et l'action.
L'Eglise locale Chaque Eglise locale est unie à toutes les autres dans l'Eglise universelle et recèle en elle la plénitude de ce qu'est être Eglise. Dans certaines Eglises, l'Eglise locale désigne à la fois le diocèse et la paroisse. Il y a souvent un décalage entre la description théologique de l'Eglise locale et la façon dont celle-ci est perçue par les fidèles. Les Eglises diffèrent sur le point de savoir où réside l'autorité et sur le mode de prise des décisions. Dans certaines traditions, par exemple, c'est avant tout l'Eglise locale qui est investie d'autorité; dans d'autres, c'est surtout le collège mondial des évêques placé sous la présidence d'un primat; dans d'autres encore, l'autorité revient aux Eglises autocéphales régionales et elle s'exerce, au niveau mondial, par le biais de conciles oecuméniques présidés par un primat. Certains posent une condition supplémentaire, celle d'un consensus conciliaire éclairé par l'Esprit Saint, seul critère d'autorité. Dans d'autres traditions encore, l'autorité est répartie entre divers ministères et les décisions ayant force de loi sont prises au niveau de la province ou d'une unité régionale. L'expression d'"Eglise locale" est employée dans des sens différents selon les traditions. Pour certaines, l'Eglise "locale" est la communauté locale des croyants réunis en un seul lieu pour entendre la Parole et célébrer les sacrements. Pour d'autres, l'Eglise "locale" ou "particulière" renvoie à l'évêque avec, autour de lui, les fidèles réunis pour entendre la Parole et célébrer les sacrements. A un autre niveau, "l'Eglise locale" peut désigner plusieurs diocèses, chacun avec son évêque, réunis en une structure synodale présidée par un archevêque, un métropolite ou un patriarche. C'est le sens technique que les orthodoxes en particulier donnent à "l'Eglise locale". |
IV. La vie en communion
68. Le Dieu-Trinité est la source de la vie de l'Eglise, de son unité et de sa diversité. Dieu accorde à l'Eglise tous les dons et toutes les ressources nécessaires à sa vie et à sa mission. Il lui fait don de la foi apostolique, du baptême et de l'eucharistie comme moyens de grâce en vue de créer et de fortifier la koinonia. Ces moyens se rattachent à d'autres qui servent à garder vivante et à préserver l'intégrité de la koinonia
A. La foi apostolique
69. L'Eglise est appelée en tout temps et en tout lieu à "persévérer dans l'enseignement des apôtres". "La foi de l'Eglise à travers les siècles" est la même que "la foi qui a été transmise aux saints définitivement" (Jude 3).
70. La foi apostolique est révélée de manière unique par Dieu dans l'Ecriture sainte, et énoncée dans les symboles oecuméniques. L'Eglise est appelée à proclamer la même foi de façon neuve et pertinente à chaque génération, et en tout lieu. Chaque Eglise, là où elle se trouve, est appelée dans la puissance de l'Esprit Saint à rendre cette foi pertinente et vivante dans le contexte culturel, social, politique et religieux particulier qui est le sien. La foi apostolique doit être interprétée dans le contexte d'époques et de lieux toujours en évolution : elle doit se situer dans la continuité du témoignage originel de la communauté apostolique et de l'interprétation fidèle qui a été donnée de ce témoignage à travers les siècles.
71. La foi apostolique ne se réfère pas à une formule unique et immuable ni à une période particulière de l'histoire chrétienne. Elle est confessée dans le culte, dans la vie et le service - dans la tradition vivante de l'Eglise. La foi transmise par la tradition vivante de l'Eglise est la foi suscitée par la Parole de Dieu et inspirée par l'Esprit Saint, attestée dans l'Ecriture sainte. Le contenu en est exposé dans les symboles oecuméniques de la première Eglise et attesté également sous d'autres formes. Elle est proclamée dans les nombreuses confessions de foi des Eglises. Elle est prêchée aujourd'hui dans le monde entier. Elle est nourrie et célébrée par les liturgies, et manifestée dans le service et la mission des communautés chrétiennes fidèles.
72. La tradition apostolique de l'Eglise, c'est la continuité dans les caractères permanents de l'Eglise des apôtres : le témoignage rendu à la foi apostolique, la proclamation de l'Evangile et son interprétation toujours neuve, la célébration du baptême et de la Cène du Seigneur, la transmission des responsabilités ministérielles, la communion dans la prière, l'amour, la joie et la souffrance, le service aux malades et aux personnes démunies, la communion des Eglises locales entre elles et le partage des dons que le Seigneur a accordés à chacun.
73. Au sein de la tradition apostolique, le Symbole oecuménique de Nicée-Constantinople (381) constitue une expression prééminente de la foi apostolique - foi qui est confessée partout, y compris par ceux qui n'utilisent pas ce Symbole. Ce credo symbolise la foi révélée de manière unique dans les Ecritures. Cette même foi s'exprime dans la prédication, le culte, les sacrements, les confessions de foi anciennes et plus récentes, et dans la vie et la mission de l'Eglise, dans différents contextes culturels et différentes communions ecclésiales. Le langage utilisé dans le Symbole de Nicée-Constantinople, comme celui de tous les credo, est conditionné par le temps et le contexte. C'est ce texte qui, au cours des siècles et jusqu'à ce jour, a été le plus utilisé par les chrétiens. Son usage pour la confession de foi et la louange à Dieu exprime à la fois la continuité à travers les âges et la communion, aujourd'hui, avec les chrétiens du monde entier. Le fait qu'il ne soit pas utilisé dans certaines Eglises ne doit pas donner à penser qu'elles se seraient écartées de la foi. leur manière, elles confessent aussi la même foi apostolique.
74. La foi de l'Eglise doit être vécue comme une réponse dynamique aux interpellations de chaque époque et de chaque lieu. L'Evangile traite de situations individuelles et collectives, y compris de situations d'injustice, de violations de la dignité humaine et de dégradation de la création. Par exemple, quand les chrétiens confessent que Dieu est le créateur de toutes choses, cela doit les amener à être attentifs, dans leur vie, à l'excellence de la création et à sa sauvegarde. Confesser l'Eglise une, sainte, catholique et apostolique les conduit à oeuvrer pour l'unité visible de l'Eglise. Les chrétiens sont appelés à proclamer l'Evangile en paroles et en actes afin de vivre dans leur vie le message du Christ crucifié et ressuscité. La communion de foi qu'ils expriment dans leurs paroles et leur manière de vivre comporte une dimension à la fois individuelle et collective.
La foi apostolique Il faut proclamer la foi apostolique de façon neuve à chaque génération et en chaque lieu. Les Eglises sont en désaccord sur la question des structures de communion conciliaire qui permettraient de nourrir la communion de foi dans des situations en constante évolution. Actuellement, les Eglises sont en désaccord sur les limites tolérables qu'il faut fixer à la diversité dans la confession de la foi une. Par exemple, les points suivants peuvent-ils être des facteurs de division entre les Eglises:
Certaines Eglises font régulièrement usage de confessions de foi dans le culte, d'autres non. Toutes sont invitées à reconnaître qu'elles expriment la même foi dans la prédication, le culte, les sacrements, leur vie et leur mission. |
B. Le baptême
75. Dans le Symbole oecuménique de Nicée-Constantinople, les chrétiens confessent "un seul baptême pour le pardon des péchés". Par cet unique baptême d'eau au nom du Dieu-Trinité, Père, Fils et Saint Esprit, par la puissance de l'Esprit Saint, les chrétiens sont unis au Christ, les uns aux autres et à l'Eglise de tous les temps et de tous les lieux. Notre baptême commun, qui nous unit au Christ dans la foi, est ainsi un lien fondamental d'unité.
76. Le baptême est un signe de vie nouvelle par le Christ, le moyen qui nous est donné d'avoir part à la vie, à la mort et à la résurrection de Jésus Christ. Le baptême implique la confession des péchés, la conversion du coeur, le pardon, la purification et la sanctification. Le baptême est le don de l'Esprit Saint et l'acte par lequel le chrétien est incorporé au corps du Christ : il est le signe du Royaume de Dieu et de la vie du monde à venir. Le baptême est considéré comme "l'ordination" de tous les croyants.
77. Tous les êtres humains ont en commun le fait d'avoir été créés de la main de Dieu, la sollicitude que leur manifeste la providence divine, et la part qu'ils prennent aux activités des institutions sociales, économiques et culturelles chargées de préserver la vie humaine. Lorsque quelqu'un est baptisé, il "revêt Christ" (Ga 3, 27), il entre dans la koinonia du corps du Christ (1 Co 12, 13), il a reçu cette part d'Esprit Saint qui est le privilège des enfants adoptifs de Dieu (Rm 8, 15 s), et il peut ainsi bénéficier à l'avance de cette communion avec la nature divine que Dieu promet et projette pour l'humanité (2 P 1, 4). Pour le moment, la solidarité des chrétiens avec les joies et les peines de leur prochain, leur engagement dans la lutte pour la dignité de tous ceux qui souffrent, des exclus, des pauvres, tout cela fait partie de leur vocation de baptisés. C'est la façon dont ils sont mis face à face avec le Christ s'identifiant aux victimes de l'injustice et aux exclus.
Le baptême
La reconnaissance du baptême un en Christ et du lien fondamental de communion que crée le baptême soulève des questions urgentes concernant la responsabilité mutuelle: devrait-il y avoir obligation ou non de se rendre mutuellement des comptes et comment déterminer cette obligation? Les chrétiens sont de plus en plus disposés à reconnaître leurs baptêmes respectifs. Cela remet en question la pratique du prétendu re-baptême. Le baptême est célébré au nom de la sainte Trinité et suppose la foi en celle-ci. En conséquence, il convient que toutes les confessions considèrent comme valide, et célébré une fois pour toutes, tout baptême célébré avec de l'eau, au nom de la sainte Trinité, et fondé sur la foi en elle. Il existe des communautés et des chrétiens qui ne pratiquent pas le rite du baptême mais qui partagent l'expérience spirituelle de la vie en Christ. Des divergences subsistent entre certaines traditions chrétiennes, sur les points suivants : |
C. L'eucharistie
78. Le baptême est très étroitement lié à l'eucharistie. La communion réalisée dans le baptême a son centre et trouve son expression dans l'eucharistie une. Il existe un lien dynamique entre baptême et eucharistie. La foi baptismale est réaffirmée et la grâce est donnée au fidèle qui vit de sa vocation chrétienne.
79. La sainte Communion est le repas au cours duquel les chrétiens, rassemblés autour de la table du Seigneur, reçoivent le corps et le sang du Christ. C'est une action de grâce au Père pour tout ce qui a été accompli dans la création, la rédemption et la sanctification; un mémorial (anamnesis) de la mort et de la résurrection du Christ Jésus et de tout ce qui a été accompli une fois pour toutes sur la croix; la présence réelle du Christ crucifié et ressuscité qui donne sa vie pour toute l'humanité; la communion des fidèles, et l'anticipation et l'avant-goût du Royaume à venir.
80. Confession de foi et baptême sont indissociables d'une vie de service et de témoignage. De même, la célébration eucharistique exige la réconciliation et le partage entre tous ceux et celles qui sont considérés comme frères et soeurs dans la famille une de Dieu; elle les incite en permanence à rechercher des relations appropriées dans la vie sociale, économique et politique (Mt 5, 23 ss ; 1 Co 10, 14 ; 1 Co 11, 20-22). La sainte Communion est le sacrement qui édifie la communauté; c'est pourquoi, au moment où nous participons au corps et au sang du Christ, toute forme d'injustice, de racisme, d'aliénation et de privation de liberté est mise en cause de façon radicale. Par le repas du Seigneur, la grâce de Dieu qui renouvelle toute chose pénètre la personnalité et la dignité humaines et les restaure. L'eucharistie fait participer le croyant à l'événement central de l'histoire du monde. C'est pourquoi, nous qui prenons part à l'eucharistie, nous nous montrons inconséquents si nous ne participons pas activement au rétablissement du monde et de la condition humaine. La sainte Communion nous montre que face à la présence réconciliatrice de Dieu dans l'histoire humaine, notre comportement n'est pas cohérent : nous sommes continuellement mis en jugement à cause du maintien, dans notre société, de relations injustes de toutes sortes et de multiples divisions dues à l'orgueil humain, aux intérêts matériels et à une politique de puissance mais, par-dessus tout, à cause de la persistance d'oppositions confessionnelles injustifiables au sein du corps du Christ.
L'eucharistie En ce qui concerne la conception et la pratique de l'eucharistie, reste la question de savoir s'il s'agit en premier lieu d'un repas au cours duquel les chrétiens reçoivent le corps et le sang du Christ, ou si c'est essentiellement un service d'action de grâce. Chez ceux pour qui l'eucharistie est d'abord un service d'action de grâce, il y a un accord de plus en plus large au sujet de son caractère sacrificiel. Les points de désaccord qui demeurent concernent principalement la façon dont le sacrifice de Jésus Christ au Calvaire est rendu présent dans l'acte eucharistique. Le recours aux biblistes et aux spécialistes de la patristique a permis d'explorer plus avant la signification du terme biblique Les Eglises continuent de ne pas être d'accord sur la nature et le mode de présence du Christ dans l'eucharistie. D'importantes divergences subsistent quant au rôle de l'Esprit Saint dans l'ensemble de la célébration eucharistique. La communion dans la foi et le baptême a son centre dans l'eucharistie une. Pour tous les chrétiens, c'est un sujet de préoccupation permanente que de ne pas partager tous ensemble la sainte Communion. Il y a ceux qui, en raison d'une profonde conviction et sur la base de leur baptême commun, invitent tous ceux qui croient en Christ à recevoir la communion, convaincus que le partage eucharistique est à la fois un moyen de créer l'unité visible et le but de cette unité. Certaines Eglises pratiquent l'hospitalité eucharistique avec les personnes baptisées et en règle dans leur propre Eglise. D'autres offrent cette hospitalité dans des circonstances très limitées. Dans d'autres Eglises encore, la communion eucharistique est perçue comme l'ultime expression d'un accord dans la foi et d'une communion de vie. Ceux qui sont de cet avis considèrent que le fait de partager le repas du Seigneur avec ceux qui se situent en dehors de leur propre tradition serait une anomalie. En conséquence, selon certaines Eglises, la pratique de "l'hospitalité eucharistique" constitue l'antithèse d'un engagement en faveur d'une pleine unité visible. En dépit d'un vaste éventail de conceptions et de pratiques, on rencontre une volonté croissante de comprendre les positions des autres et un désir partagé d'exprimer la communion baptismale dans la communion eucharistique comme faisant partie d'une communion de vie. anamnesis, et cela aide à la réconciliation des différentes approches. Pourtant, certains soutiennent que dans les textes théologiques et oecuméniques, on a accordé à cette notion plus de poids qu'elle n'en peut porter réellement. |
D. Le ministère
81. C'est la vocation de l'Eglise tout entière d'être au service du dessein de Dieu. Elle est appelée à servir le monde en tout temps et en tout lieu.
82. L'Esprit Saint accorde des dons à chacun des membres du corps du Christ en vue de l'édification de la communauté de l'Eglise et de l'accomplissement fidèle de la mission du Christ. Tous ont reçu des dons et tous ont à en répondre. Ce service est offert par le peuple de Dieu tout entier: les chrétiens à titre individuel, les communautés locales, ou l'Eglise à tous les niveaux de sa vie.
83. En tant que communion des baptisés, l'Eglise est une communauté sacerdotale qui rassemble tout le peuple de Dieu (1 P 2). Jésus Christ est le seul prêtre de la nouvelle alliance (He 9, 11). La vie du Christ a été offerte en sacrifice pour tous. Par déduction, on peut dire de l'Eglise dans son ensemble qu'elle est un corps sacerdotal. Tous ses membres sont appelés à offrir leur être en sacrifice vivant et à intercéder pour l'Eglise et pour le monde.
84. Cela est vrai pour tous les membres de l'Eglise qui, en fonction de leur commun baptême, servent le monde en proclamant l'Evangile, en témoignant de leur foi par leur façon de vivre et en intercédant pour le salut du monde. Cela fait également partie de leur service au monde de nourrir ceux qui ont faim, de venir en aide aux pauvres et aux exclus, de réparer les injustices et de se soucier de la sauvegarde de la création, avec toutes les personnes de bonne volonté. En agissant ainsi, ils sont en harmonie avec la mission de l'Eglise.
85. Dès les premiers temps, il y a eu ceux qui ont été choisis par la communauté sous la conduite de l'Esprit et qui ont reçu une autorité et une responsabilité particulières. Très tôt dans l'histoire de l'Eglise, on a ressenti le besoin d'avoir un ministère ordonné qui soit au service de la communion. Les ministres ordonnés servent à édifier la communauté, à préparer les saints à leur ministère et à fortifier le témoignage de l'Eglise dans le monde. Ils ne peuvent pas se passer du soutien et de l'encouragement constants de la communauté - au nom de laquelle ils ont été choisis et pour laquelle ils agissent, par la puissance de l'Esprit Saint, en leur qualité de représentants. Les ministres ordonnés ont une responsabilité particulière à l'égard du ministère de la parole et des sacrements. Ils exercent un ministère d'accompagnement pastoral et conduisent la communauté dans la mission. De ces diverses manières, ils affermissent la communion de foi, de vie et de témoignage de l'ensemble du peuple de Dieu.
86. Dans le Nouveau Testament, il n'y a pas de modèle unique de désignation au ministère. L'Esprit, à différentes périodes, a conduit l'Eglise à adapter ses ministères aux besoins du contexte. Diverses formes de ministère ordonné ont reçu la bénédiction des dons de l'Esprit. Vers le troisième siècle, le triple ministère d'évêque, de presbytre et de diacre représentait le modèle généralement admis. Beaucoup d'Eglises l'ont conservé jusqu'à ce jour bien que, par la suite, il ait connu d'importantes modifications importantes dans la façon dont il est exercé. Aujourd'hui, ce modèle est toujours en cours d'évolution dans la plupart des Eglises.
87. La responsabilité principale du ministère ordonné consiste à rassembler et à édifier le corps du Christ en proclamant et en enseignant la Parole de Dieu, en célébrant le baptême et la Cène du Seigneur et en guidant la vie de la communauté dans l'adoration et la mission. C'est toute l'Eglise et chacun de ses membres qui, avec l'aide du ministère ordonné, participent à la transmission fidèle de l'Evangile. Ce qui est essentiel à ce témoignage de l'Eglise, ce ne sont pas seulement ses paroles mais aussi l'amour mutuel de ses membres, la qualité du service apporté aux démunis, une vie menée dans la justice et le bon ordre, ainsi qu'une façon équitable de répartir et d'exercer le pouvoir.
88. On trouve la première manifestation de la succession apostolique dans la tradition apostolique de l'Eglise dans son ensemble. Au cours de l'histoire, l'Eglise a élaboré plusieurs modes de transmission de la vérité apostolique à travers les âges, dans des circonstances et des contextes culturels différents : le canon de l'Ecriture, le dogme, l'ordre liturgique, des structures dépassant le niveau des communautés locales. Le ministère des personnes ordonnées est destiné à servir de manière spécifique la continuité apostolique de l'Eglise dans son ensemble. Dans ce cadre, la succession dans le ministère est un moyen mis au service de la continuité apostolique de l'Eglise. Elle trouve sa principale expression dans l'acte de l'ordination, lorsque l'Eglise tout entière, par l'intermédiaire de ses ministres ordonnés, participe à l'ordination de ceux qui ont été choisis pour exercer le ministère de la Parole et des sacrements.
Le ministère Bien que les dialogues multilatéraux et bilatéraux sur le ministère ordonné aient permis de parvenir à une certaine convergence, il reste encore plusieurs points à examiner : la présidence de l'eucharistie, le caractère représentatif du ministère, le triple ministère comme moyen de parvenir à l'unité et comme expression de cette unité, la nature de l'ordination, le fait que seuls des hommes soient ordonnés au ministère de la parole et des sacrements. Il y a désaccord sur la fonction principale du ministère : est-ce la présidence de l'eucharistie, la prédication de la parole, ou encore ces deux fonctions à la fois mises sur un même plan? Il y a désaccord sur l'interprétation du caractère représentatif du ministère ordonné. Tous estiment que les ministres représentent la communauté qu'ils ont vocation de servir. On s'accorde aussi sur le fait que les ministres, dans la mesure où ils proclament la Parole de Dieu et administrent les sacrements, s'adressent à la communauté au nom du Christ. Mais on n'est pas d'accord sur la question de savoir si les ministres ordonnés, en tant que tels, représentent le Christ. Le fait de reconnaître que l'apostolicité et la succession apostolique appartiennent à l'Eglise tout entière est important pour le réexamen de la question de la continuité apostolique et de sa relation avec la continuité ministérielle. (Cela a déjà aidé à instaurer la communion entre certaines Eglises). Mais les Eglises divergent au sujet de l'importance qu'elles accordent aux différents moyens de préserver la continuité apostolique. Il y a par exemple de nettes différences dans la façon dont les Eglises conçoivent les moyens de préserver la continuité apostolique, la manière dont ces moyens sont reliés entre eux, jusqu'à quel point ils participent à la continuité promise à l'Eglise, de quelle façon la continuité apostolique dépend de ces moyens (cf. encadré, chapitre I. A). L'une des raisons de ces différences réside dans la manière dont les Eglises définissent la relation entre l'initiative divine et la réponse humaine. Où le ministère ordonné se situe-t-il? dans le peuple de Dieu, avec lui ou au-dessus de lui? Cette question fait l'objet de controverses au sein des Eglises et entre elles. |
E. La supervision (episkopé) : ses dimensions communautaire, personnelle et collégiale
89. L'Eglise, corps du Christ et peuple eschatologique de Dieu, est édifiée par l'Esprit Saint au moyen de divers dons ou ministères. Parmi ces dons, un ministère d'episkopé (supervision) sert à exprimer et à promouvoir l'unité visible du corps. Toute Eglise a besoin de ce ministère d'unité sous une forme ou sous une autre.
90. La diversité des dons que Dieu fait à l'Eglise exige un ministère de coordination, de façon à ce que ces dons puissent bénéficier à toute l'Eglise, à son unité et à sa mission. Le don d'episkopé est destiné au service de toute la communauté. L'objectif en est que le troupeau du Christ soit fidèlement nourri, de manière conforme à Son commandement, tout au long des âges et dans l'unité avec les chrétiens des différents lieux. L'episkopé est une exigence de toute l'Eglise, et le fait que ce ministère s'exerce fidèlement en accord avec l'Evangile est d'une importance capitale pour sa vie et pour sa mission. Le ministère d'episkopé suppose une responsabilité réciproque entre ceux à qui cette charge a été confiée et l'ensemble de la communauté apostolique de l'Eglise. La responsabilité de ceux qui ont été appelés à exercer l'episkopéne saurait être assumée sans la collaboration, le soutien et l'accord de toute la communauté. En même temps, la fidélité et l'action efficace de la communauté sont soutenues par un ministère mis à part avec pour tâche de la conduire dans sa mission, son enseignement et sa vie commune.
91. Au cours des premiers siècles, la communion entre les communautés locales, qui avait jusque là été maintenue grâce à toute une série de liens informels tels que des visites, des lettres, des collectes, s'est de plus en plus institutionnalisée. On a vu apparaître deux structures principales d'episkopé : l'une personnelle, l'autre collégiale. Il s'agissait de garder la communion entre les communautés locales, de préserver et de transmettre la vérité apostolique, de s'apporter un soutien mutuel et de conduire les croyants dans le témoignage de l'Evangile. Le terme episkopé recouvre toutes ces fonctions.
92. L'évolution particulière des structures de l'episkopé a varié selon les différentes régions de l'Eglise : cela vaut à la fois pour l'episkopé des synodes et pour le système épiscopal. La concentration de la plupart des fonctions épiscopales entre les mains d'un seul individu (episcopos) a été plus ou moins tardive selon les lieux. Ce qui est clair dans tous les cas, c'est que l'episkopé et le système épiscopal servent à maintenir la continuité dans la vérité apostolique et l'unité de vie.
93. l'époque de la Réforme, les Eglises issues de ce mouvement en sont venues à exercer le ministère de supervision de diverses manières et l'on a vu apparaître un modèle multiforme. Les Réformateurs voulaient revenir à l'apostolicité de l'Eglise, dont ils estimaient qu'elle avait été entièrement altérée. En poursuivant cet objectif, ils se sont vu confrontés à cette alternative : demeurer dans les structures ecclésiastiques dont ils avaient hérité, ou rester fidèles à l'apostolicité de l'Eglise et, dans ce cas, accepter de rompre avec la structure globale de l'Eglise, y compris avec le ministère de primauté universelle. Néanmoins, ils ont continué à penser qu'il était nécessaire d'avoir un ministère d'episkopé, que les Eglises de la Réforme ont organisé de diverses manières. Certaines ont exercé l'episkopé sous une forme synodale. D'autres ont conservé ou ont mis en place des ministères d'episkopé personnelle sous diverses formes, en fonction des circonstances, en se rapprochant parfois des modèles du moyen âge, parfois en s'en éloignant, certaines conservant le signe de la succession épiscopale historique.
L'episkopé Les Eglises qui ont gardé la succession épiscopale sont exhortées à reconnaître que, dans les Eglises qui n'ont pas conservé ce type de succession, il y a continuité fidèle avec la foi apostolique en même temps qu'un contenu apostolique du ministère ordonné, et également qu'il existe dans ces Eglisesous diverses formes. Les Eglises qui n'ont pas la succession épiscopale et qui vivent dans une continuité fidèle avec la foi et la mission apostoliques sont invitées à considérer que la continuité avec l'Eglise des apôtres peut trouver son expression dans l'acte de l'imposition des mains accompli par les évêques de génération en génération, et que ce signe peut servir la continuité elle-même (cf. encadré, chapitre I. A.(1)). de facto, aucun exercice collégial du ministère oecuménique conduit de plus en plus à un certain degré de partage de ce ministère dans de nombreuses régions du monde. Faudrait-il accroître ce partage, et de quelle façon ? En raison de la séparation des Eglises, il n'y a, Les Eglises qui pratiquent le ministère d'episkopé principalement, voire exclusivement sous la forme synodale, et les Eglises pour lesquelles la fonction d'évêque est ceepiskopé sont invitées à reconnaître qu'il existe, dans les deux cas, un ministère d'episkopé. |
94. Un ministère de supervision suppose qu'il existe, au sein de la communion de l'Eglise, l'institution d'un ordre et d'une différenciation. Cet ordre (taxis) est appelé à refléter la qualité de l'ordre existant au sein de la communion divine, le Père, le Fils et le Saint Esprit. L'Eglise est une communion de personnes coresponsables : aucune fonction, aucun don, aucun charisme ne s'exerce en dehors de cette communion ou au-dessus d'elle. Tous, au sein du corps un, sont reliés les uns aux autres par l'unique Esprit. Cet ordre, qui reflète la communion divine, ne saurait impliquer ni domination ni subordination.
95. Ceux qui exercent un ministère d'episkopé se voient confier par l'Eglise l'exercice spécifique de l'autorité du Christ qui a été conférée à cette Eglise. Il n'est pas de véritable autorité dans l'Eglise qui ne soit conférée par l'Esprit Saint afin qu'elle soit exercée comme il convient. Le modèle à suivre pour la pratique de toute supervision dans l'Eglise est celui offert par le Christ, et par la manière dont il a lui-même exercé l'autorité, par exemple lors du lavement des pieds des disciples, ou encore dans ses paroles : "Je suis au milieu de vous à la place de celui qui sert" (Lc 22, 25-27 ; Mt 20, 25-28 ; Mc 9, 35 ; 10, 42-45).
96. L'interrelation existant entre les différents niveaux de la vie de l'Eglise est maintenue par un ministère d'episkopé qui s'exerce de façon communautaire, personnelle et collégiale. Ce ministère permet d'entretenir cette interdépendance. Par "synodalité" (ou dimension communautaire), nous entendons le fait que toutes les Eglises "cheminent ensemble"; par "collégialité", la "communion" de tous ceux qui y exercent un ministère de supervision.
97. Ces trois dimensions de la supervision trouvent leur expression au niveau local, au niveau régional et au niveau mondial de la vie des Eglises. Elles favorisent la communion de l'Eglise en préservant son unité et sa diversité.
La hiérarchie D'autres demandent si le terme "hiérarchie" n'implique pas une conception plus ontologique que fonctionnelle de la différence entre ministres et laïcs, mettant également en doute la comparaison des relations entre membres ordonnés et membres laïques de l'Eglise avec les relations intra-trinitaires. Ils rejettent aussi l'idée d'un ordre hiérarchique du ministère pour avoir fait l'expérience ambiguë de la hiérarchie. Selon le jugement porté par ces Eglises, les abus qu'entraînèrent les structures hiérarchiques, au cours de l'histoire, viennent essentiellement du fait qu'elles avaient intégré des modèles de domination et de subordination dans leur fonctionnement même. Dans la mesure où les charismes ne peuvent pas être exercés indépendamment ou au-dessus de la communion de membres coresponsables, les Eglises souhaiteront peut-être examiner à nouveau s'il convient d'utiliser le terme de "hiérarchie" pour désigner l'ordre des ministères dans l'Eglise. Certains utilisent le mot "hiérarchie" pour désigner la taxis (ou ordre) au sein de l'Eglise. Cet usage est fondé sur l'interprétation patristique de la sainte Trinité : le Père est nommé d'abord en tant que source de toute divinité, puis le Fils en tant qu'il est né du Père, et ensuite l'Esprit Saint, car il est celui en qui Dieu resplendit de toute éternité. Cette hiérarchie n'implique aucune infériorité de l'un des trois au sein de la divinité, qui - c'est le prototype d'une vie relationnelle dans laquelle il n'y a ni subordination ni domination, et dans laquelle unité et diversité sont parfaitement maintenues ensemble. Une telle approche reconnaît le mauvais usage que l'on a fait de la hiérarchie au cours de l'histoire. |
(i) Dimension communautaire (conciliaire ou synodale)
98. La vie communautaire (conciliaire ou synodale) de l'Eglise est fondée sur le sacrement du baptême. Tous les baptisés ont une responsabilité commune à l'égard de la foi et du témoignage apostoliques de toute l'Eglise. La dimension communautaire de la vie de l'Eglise renvoie au fait que le corps tout entier des fidèles participe à une consultation commune, parfois par le biais de structures représentatives et constitutionnelles, concernant le bien de l'Eglise et l'engagement commun au service de la mission de Dieu dans le monde. La vie communautaire maintient tous les baptisés dans un réseau d'appartenance, de responsabilité et de soutien mutuels. Elle suppose l'unité dans la diversité, et implique que tous s'expriment d'un seul coeur et d'un seul esprit (Ph 2, 1-2). C'est la manière dont les chrétiens sont maintenus dans l'unité et dont ils cheminent ensemble, Eglise une; et l'Eglise une se manifeste dans la vie de chaque Eglise locale.
99. L'unité et la communion de l'Eglise requièrent un ministère de discernement exercé par les fidèles. Le discernement trouve appui dans la présence du sensus fidei en chaque membre de la communauté. Ce sensus - sorte de perception spirituelle, de sens, de discernement (intuition) - est le fruit de la présence de l'Esprit Saint en chacun des croyants baptisés, présence qui les rend capables de reconnaître ce qui est, ou non, écho authentique de la voix du Christ dans l'enseignement de la communauté; ce qui est, ou non, en accord avec la vérité de l'Evangile. Le sensus fidelium - c'est-à-dire l'expression de ce sensus fidei par l'ensemble des membres - est un élément essentiel du discernement, de la réception et de l'expression de la foi chrétienne.
100. Tous les membres baptisés doivent prendre au sérieux leur capacité à exercer les dons qu'ils ont reçus de l'Esprit Saint - jamais pour eux seuls, mais pour la vie et la mission de toute la communauté. Tous doivent jouer leur rôle dans ce discernement de la vérité, en étant attentifs à ceux qui exercent un ministère particulier d'episkopé, et au moyen de la réception de la vérité. Dans Actes 15, la rencontre entre les apôtres et les anciens, qui avait été motivée par les problèmes des communautés locales dans leurs contextes païen et palestinien, a abouti à la réunion de personnes choisies et désignées par les Eglises "avec l'accord de toute l'Eglise" (Ac 15, 22). On peut voir dans cette réunion une préfiguration de la synodalité (ou conciliarité) de l'Eglise. La vie communautaire de l'Eglise implique que l'on se réunisse en concile pour rechercher et pour exprimer la volonté du Christ pour l'Eglise, dans des situations en perpétuelle évolution et face à de nouveaux défis.
(ii) Dimension personnelle
101. Grâce au discernement de la communauté et sous la conduite de l'Esprit Saint, Dieu appelle certaines personnes à exercer le ministère d'episkopé. L'episkopé doit toujours s'exercer au sein de l'ensemble de l'Eglise et en relation avec elle. L'Esprit qui donne pouvoir à ceux qui sont chargés de ce ministère est le même que celui qui anime la vie de tous les croyants. De ce fait, ceux qui exercent l'episkopé sont liés à tous les croyants par un lien indissoluble. Il ne doivent pas être élevés au-dessus de la communauté, mais doivent toujours agir dans l'esprit de celui qui est venu non pour être servi, mais pour servir.
102. Ceux qui exercent l'episkopé ont tout particulièrement le devoir de veiller sur l'unité, la sainteté, la catholicité et l'apostolicité de l'Eglise. En discernant les vocations, en ordonnant d'autres ministres chargés de partager le ministère de la parole et des sacrements, ils prennent soin de la continuité de la vie de l'Eglise. Dans la tâche particulière qui leur incombe d'assurer l'unité et la continuité de l'Eglise, ils exercent la discipline.
103. La primauté, là où elle existe, est une expression du mode "personnel" du ministère. C'est un service de présidence qui doit s'exercer dans un esprit d'amour et de vérité. La primauté est indissociable des dimensions collégiale et communautaire de la vie de l'Eglise. Elle renforce l'unité de l'Eglise et lui permet de parler d'une seule voix.
(iii) Dimension collégiale
104. Dans le Nouveau Testament, ce sont à des groupes d'apôtres en tant que tels que le Christ confie la charge de prêcher l'Evangile et de conduire l'Eglise. Grâce au rassemblement de tous ceux à qui la supervision des Eglises a été confiée, les préoccupations de l'Eglise une sont partagées dans l'ensemble de la communauté, et les perceptions de l'Eglise au sens large rapportées à l'Eglise locale. La collégialité assure le soutien et la responsabilité mutuels.
105. Mettre l'Eglise en mesure de vivre conformément à la mission du Christ est une démarche permanente qui implique toute la communauté; mais, dans ce cadre, la réunion des personnes chargées de l'episkopé joue un rôle particulier. La collégialité renvoie à l'exercice collectif de la représentation dans les domaines de la direction, de la concertation, du discernement et de la prise de décision. La collégialité suppose la nature personnelle et relationnelle de la direction et de l'autorité. Il y a collégialité chaque fois que ceux qui ont la charge de l'episkopé se réunissent, discernent, s'expriment et agissent comme une seule personne, au nom de l'ensemble de l'Eglise. Cela suppose que l'on dirige l'Eglise au moyen de la sagesse acquise par la prière, l'étude et la réflexion communes et en faisant appel à l'Ecriture, à la tradition et à la raison - au moyen de la sagesse et de l'expérience de toutes les communautés ecclésiales et du monde contemporain.
106. Pour que la collégialité puisse se développer, il faut éviter de clore prématurément le débat, veiller à faire entendre différentes opinions, écouter l'avis d'experts et recourir aux ressources de l'érudition. Une supervision collégiale devrait permettre à l'Eglise de vivre en communion en cherchant à discerner l'esprit du Christ. Cela exige que l'on fasse place à ceux qui ont des opinions différentes, que l'on préserve et que l'on prêche l'unité, et même que l'on demande une certaine retenue dans l'exercice de la direction spirituelle et morale. Le fait de s'exprimer collégialement ne signifie pas forcément que l'on soit d'accord sur toutes les questions. Cela peut être une manière de renvoyer à la communauté l'image de la légitime diversité qui existe au sein de la vie de l'Eglise à toute époque.
Les trois dimensions communautaire, personnelle et collégiale Les termes utilisés pour désigner les différentes dimensions du ministère de supervision varie d'une Eglise à l'autre, et même d'un théologien à l'autre au sein de la même Eglise, ainsi que d'un rapport oecuménique à l'autre. Cela est une source de malentendu dans la discussion sur le ministère de supervision. Les termes "communautaire", "conciliaire" et "synodal" s'appliquent à la vie de toute l'Eglise, et non pas uniquement aux structures et aux processus qui lui servent de support. Il faut maintenir ensemble ces trois dimensions. Dans plusieurs Eglises, on a exagéré l'importance de l'une d'elles au détriment des deux autres. Dans certaines Eglises, la dimension personnelle du ministère ordonné tend à amoindrir les dimensions collégiale et communautaire. Dans d'autres, la dimension collégiale ou communautaire prend tellement d'importance que le ministère ordonné en perd sa dimension personnelle. Il est nécessaire que chaque Eglise se demande de quelle manière sa façon d'exercer le ministère ordonné a souffert au cours de l'histoire. |
F. La conciliarité (dimension communautaire, synodalité) et la primauté
107. La conciliarité est un trait essentiel de la vie de l'Eglise, fondé sur le fait que ses membres ont en commun le baptême (1 P 2). Sous la conduite de l'Esprit Saint, toute l'Eglise, qu'elle soit dispersée ou rassemblée, est conciliaire. Ainsi, la conciliarité est présente à tous les niveaux de la vie de l'Eglise. Elle est déjà présente dans les relations qui existent entre les membres des plus petites communautés locales, les relations entre les personnes selon Galates 3, 28 - "vous n'êtes qu'un en Jésus Christ"- excluant toute division, toute forme de discrimination, de domination et de soumission. Dans la communauté eucharistique locale, la conciliarité est la profonde unité dans l'amour et dans la vérité entre les membres, ainsi qu'entre eux et le ministre qui préside la communauté. 108. Le caractère interrelationnel de la vie de l'Eglise s'exprime aux différents niveaux de cette vie, "tous en chaque lieu" étant liés à "tous en tout lieu". Cette interdépendance est fortifiée par un ministère au service de l'unité. Ce ministère s'exerce de façon communautaire, personnelle et collégiale.
109. Chaque fois que des personnes, des communautés locales ou des Eglises régionales se réunissent pour tenir conseil et prendre d'importantes décisions, il est nécessaire que quelqu'un convoque et préside cette rencontre pour le bon ordre des choses et pour faciliter la démarche qui consiste à promouvoir, à discerner et à exprimer un consensus. C'est ce que montrent clairement les synodes et les conciles, à toutes les époques et dans toutes les Eglises montent clairement. Celui ou celle qui préside doit toujours être au service de ceux parmi lesquels s'exerce sa présidence pour l'édification de l'Eglise de Dieu, dans l'amour et la vérité. La présidence a le devoir de respecter l'intégrité des Eglises locales, de donner la parole à ceux qui n'ont pas l'occasion de s'exprimer et de défendre l'unité dans la diversité.
110. Dans les situations de crise, les synodes, aujourd'hui comme par le passé, se réunissent pour discerner la vérité apostolique face à telle menace ou tel danger particulier pour la vie de l'Eglise. Souvent (même si cela n'a pas toujours été le cas), on a reconnu leurs décisions comme étant l'expression véritable de la foi apostolique. Le processus de réception qui a lieu en permanence dans la vie de l'Eglise sous la conduite de l'Esprit Saint consiste à reconnaître le caractère véridique ou non d'une décision conciliaire.
Conciliarité et primauté La plupart des Eglises conviennent qu'il faut une présidence à la célébration de l'eucharistie. Certaines d'entre elles iraient plus loin en disant qu'il en résulte qu'un rassemblement de communautés eucharistiques au niveau régional et au niveau mondial a également besoin d'une présidence, au service de la communion. Dans cette perspective, la conciliarité implique la primauté, et la primauté suppose la conciliarité. Restent les questions relatives aux fonctions qui seraient précisément celles d'un ministre chargé de cette présidence (questions qui se posent aussi bien au sein des Eglises qu'entre elles). Il reste encore beaucoup à faire pour parvenir à quelque chose qui ressemble à un consensus entre ceux qui ne croient pas que la conciliarité ou la primauté soient nécessaires au niveau mondial et ceux qui pensent qu'il ne saurait y avoir pleine communion en dehors de ce lien entre toutes les communautés eucharistiques locales. Cette absence d'accord ne se manifeste pas seulement entre certaines familles d'Eglises, mais elle se rencontre aussi au sein de certaines Eglises. Pour avancer, il faudra parvenir à un consensus à l'intérieur de chaque Eglise et entre les Eglises. |
V. Le service dans le monde et pour le monde
111. L'une des convictions qui anime l'ensemble de ce document est que l'Eglise n'est pas une fin en soi; c'est le don que Dieu fait au monde. Le service fait partie de l'être même de l'Eglise. Aussi l'Eglise de Dieu n'existe-t-elle qu'en relation avec le destin commun de l'humanité et de toute la création.
112. L'Eglise est la communauté de ceux et celles qui ont été appelés par Dieu et qui, par l'Esprit Saint, sont unis avec Jésus Christ et envoyés comme disciples pour rendre témoignage à l'action de réconciliation, de guérison et de transformation de Dieu pour la création. La relation de l'Eglise au Christ est telle que la foi et la vie communautaire requièrent l'obéissance au sens d'engagement moral. Aussi, dans le témoignage que nous rendons par la proclamation et par nos actions concrètes en faveur de la justice, de la paix et de la sauvegarde de la création, c'est l'intégrité de la mission de l'Eglise qui est en jeu. Ces actions seront souvent entreprises avec ceux qui n'appartiennent pas à la communauté de foi. C'est là une marque distinctive de la koinonia, qui est au centre de notre conception de l'Eglise.
113. L'obéissance chrétienne se fonde sur la vie et l'enseignement de Jésus de Nazareth tels que l'Ecriture en rend témoignage. Les chrétiens sont appelés à être disciples en réponse à la Parole vivante de Dieu, en obéissant à Dieu plutôt qu'aux êtres humains, en se repentant de leurs actes pécheurs, en pardonnant aux autres, et en vivant une vie de sacrifice et de service. L'origine de la passion qu'ils éprouvent pour la transformation du monde réside dans leur communion avec Dieu en Jésus Christ. Ils croient que Dieu, qui est tout amour, miséricorde et justice, agit à travers eux par l'Esprit Saint. La communauté chrétienne vit en permanence au sein de la sphère du pardon et de la grâce de Dieu.
114. Cette grâce suscite la vie morale des croyants et la façonne. Les membres de l'Eglise, dans leur fidélité et leur infidélité, dans leur vertu et leur péché, comptent sur le pardon de Dieu et sur sa grâce qui renouvelle. L'Eglise ne repose pas sur la réussite morale mais sur la justification par la grâce, par le moyen de la foi. C'est sur cette base que l'on peut affirmer que l'engagement moral, l'action et la réflexion communes sont inhérents à la vie et à l'être de l'Eglise.
115. Pour ce qui la concerne, l'éthique chrétienne est en rapport à la fois avec l'Eglise et avec le monde. Elle s'enracine en Dieu et elle est façonnée par la communauté. À ce titre, elle ne se tient pas à l'écart des luttes morales de l'humanité. L'éthique chrétienne ne peut pleinement se définir qu'en relation avec l'Eglise et avec le monde, conformément à la nature de l'Eglise elle-même. Les questions éthiques complexes demandent donc qu'on leur accorde une attention particulière dans l'Eglise, et elles sont elles-mêmes objet de l'obéissance du disciple du Christ.
116. Il arrive que des questions éthiques mettent en cause l'intégrité de la communauté chrétienne elle-même; il devient alors nécessaire d'adopter une position commune pour préserver l'authenticité et la crédibilité de cette communauté. En ce qui concerne l'éthique et la morale, la koinonia signifie que c'est dans l'Eglise, parallèlement à la confession de foi et à la célébration des sacrements (et comme étant une démarche indissociable de celles-ci) que l'on interroge en permanence la tradition de l'Evangile pour y chercher inspiration morale et discernement. Chaque fois que des chrétiens ou des Eglises ne sont pas d'accord sur une position éthique, il faut poursuivre le dialogue pour découvrir s'il est possible d'arriver à surmonter ces divergences et, dans le cas contraire, si elles divisent réellement les Eglises.
117. Les chrétiens et leurs communautés sont appelés à se rendre compte mutuellement de leurs réflexions et de leurs décisions en matière d'éthique, en vertu de leur koinonia dans la foi, le baptême et le repas du Seigneur. Cette interrelation se manifeste dans leur engagement à un partenariat où chacun donne et reçoit (Ph 4, 15). Chaque fois que les Eglises s'engagent dans un processus de questionnement mutuel et d'affirmation les unes face aux autres, elles expriment leur koinonia réelle, mais non encore pleinement réalisée. Les chrétiens s'engagent ensemble dans ce service du monde, glorifiant et louant koinonia où la vie que Dieu veut pour toutes ses créatures et pour l'ensemble de la création trouvera son accomplissement.
Foi et éthique De plus en plus, aujourd'hui, les prises de position éthiques sont devenues des sources potentielles de division au sein des Eglises et entre elles. C'est là l'une des particularités de la situation oecuménique contemporaine. Un nombre croissant de sujets (y compris ceux qui touchent à la sexualité humaine) ont polarisé les communautés chrétiennes et risquent de porter préjudice aux liens de koinonia qui existent déjà, voire de les détruire. Plus les Eglises se rapprochent d'un accord sur l'ecclésiologie et plus elles se voient mises au défi d'examiner quelles sont les limites tolérables d'une diversité morale compatible avec la koinonia. Pour y parvenir, il est nécessaire de recourir à un dialogue oecuménique permanent, au discernement, au sens des responsabilités et à la charité chrétienne. La relation entre la foi et l'éthique a été envisagée de manières diverses au cours de l'histoire du christianisme. Certains estiment que la question du service rendu au monde fait partie intégrante de la proclamation de la foi apostolique elle-même et de la façon de la vivre. D'autres établissent une distinction entre l'éthique spécifiquement chrétienne (c'est-à-dire, le Sermon sur la montagne) et le code moral donné à tous les êtres humains, auquel les chrétiens participent eux aussi dans la mesure où ils font partie de l'humanité. Pour ceux qui soutiennent le deuxième point de vue, cette distinction apporte une libération parce qu'elle autorise les chrétiens à se joindre à d'autres personnes de bonne volonté pour aborder des problèmes de société. Cependant, également dans le deuxième groupe, il arrive que des positions éthiques soient considérées comme ayant des implications si importantes qu'elles exigent une déclaration de status confessionis. |
VI. Conformément à notre vocation: Passer d'interprétations convergentes à une reconnaissance mutuelle
118. Ces dernières années, le mouvement oecuménique a produit de nombreux textes d'accord relatifs à des interprétations convergentes sur la foi et l'organisation de l'Eglise, le plus connu étant le document Baptême, eucharistie, ministère, oeuvre de la Commission de Foi et constitution. Ces interprétations convergentes ont incité les Eglises à faire passer dans leur vie les implications contenues dans ces affirmations communes. Pratiquement dans le monde entier, des propositions significatives en vue d'avancer vers une meilleure expression de l'unité visible ont été mises en oeuvre dans les Eglises, ou sont en attente de décision. C'est une réalité oecuménique qui mérite d'être soulignée.
119. Le progrès s'est manifesté concrètement dans la manière dont les Eglises, en fonction de différents critères et à des degrés divers, ont entamé des processus de réception, avançant ainsi vers la reconnaissance mutuelle, ou tout au moins vers la reconnaissance de la foi et de la vie chrétiennes par-delà les limites préconçues qu'elles leur assignent officiellement. Certaines de ces Eglises sont même parvenues à un stade de reconnaissance mutuelle.
120. Cependant, en réaction pour une part à ces interprétations convergentes, on trouve également des exemples de non-réception et où il n'a pas été possible d'avancer vers la reconnaissance. L'un des symptômes significatifs de cette attitude est le repli sur soi oecuménique. Il y a aussi des exemples de non-réception qui proviennent soit de convictions théologiques profondément ancrées, soit d'un défaut du travail oecuménique lui-même. À tous les niveaux de leur vie, les Eglises sont toutes appelées à chercher à comprendre et à formuler ensemble une conception commune de l'identité chrétienne et de son devenir, du caractère dynamique du peuple de Dieu en marche.
121. La relation qui existe entre la réception des résultats de la convergence théologique dans des vies transformées et la reconnaissance mutuelle a été reconnue dans la Déclaration de Canberra "L'unité de l'Eglise comme koinonia : don et vocation". Il y est dit : "Le but de notre recherche d'une pleine communion sera atteint lorsque toutes les Eglises seront en mesure de reconnaître dans chacune des autres l'Eglise une, sainte, catholique et apostolique dans sa plénitude", et qu'elles l'exprimeront dans une vie commune réconciliée.
122. S'appuyant sur la convergence obtenue lors de précédents travaux, le présent document constitue une première tentative pour exprimer ce que les Eglises seraient maintenant en mesure de déclarer ensemble à propos de la nature et du but de l'Eglise, ainsi que pour énoncer, dans cette perspective, quels sont les domaines dans lesquels des difficultés et des désaccords demeurent. Nous sommes convaincus que, si les Eglises sont capables de s'accorder sur une déclaration de convergence à propos de la nature et du but de l'Eglise, cela constituera un instrument de première importance pour faire avancer le processus de reconnaissance mutuelle vers la réconciliation.
123. Tout en étant consciente que cet avant-projet ne constitue que le début d'un processus conduisant à la formulation d'une déclaration commune sur l'Eglise, la Commission de Foi et constitution invite les Eglises, les commissions, les instituts théologiques et les conseils d'Eglises à entreprendre une réflexion sur ce texte à la lumière des questions suivantes (voir également le paragraphe 7 ci-dessus) :
- dans quelle mesure reconnaissez-vous dans ce texte un début de convergence sur la nature et le but de l'Eglise ?
- quels domaines en particulier nécessitent à votre avis un travail plus approfondi, et quels éclairages pouvez-vous apporter pour faire avancer ce travail ?
- quels autres points faut-il traiter dans un document de convergence sur la nature et le but de l'Eglise ?
- si vous discernez dans ce texte un début de convergence sur la nature et le but de l'Eglise, quelles en sont les conséquences pour vos relations avec d'autres Eglises qui discerneraient cette même convergence ? Quelles initiatives vos Eglises peuvent-elles prendre dès maintenant en vue d'une reconnaissance mutuelle ?
Les réponses à ces questions seront d'une grande importance, car la Commission de Foi et constitution va s'efforcer, dans les prochaines années, de préparer une déclaration commune plus élaborée sur la nature et le but de l'Eglise.
124. Il faudra accorder une grande attention à ces questions si l'on souhaite faire avancer le mouvement qui mènera d'une déclaration commune sur l'Eglise, en passant par un accord de plus en plus large sur l'interprétation de cette déclaration, à une reconnaissance encore plus forte de la réalité ecclésiale présente dans les communautés autres que la nôtre, pour en arriver finalement à la nécessité et à la possibilité d'instaurer une communion entière et visible.
125. Les Eglises, pour parvenir au stade de la réception et de la reconnaissance mutuelle, auront besoin de temps et devront faire preuve de créativité. Elles devront accepter le fait qu'en progressant ainsi par étapes, des évolutions se feront jour qui pourront paraître incohérentes à d'autres Eglises. Et pourtant, si les Eglises veulent bien avancer sur ce chemin, elles seront, dans un monde brisé et pour ce monde, le signe et le don de cette koinonia qui, par la vie, la mort et la résurrection de Jésus Christ, est déjà réalité au milieu de nous, garantie de ce que Dieu veut réaliser en plénitude à la fin de l'histoire.

