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Date du document: 16.02.2011
Rapport du secrétaire général

I.                   L’identité et le but du COE

a.      Une communauté fraternelle d’Églises responsables les unes envers les autres

Mesdames et messieurs les présidentes et présidents, chers membres du Comité central, honorables invité(e)s, frères et sœurs en Christ.

1. La citation de l’évangile de Jean, chapitre 17, que nous lisons sur la tapisserie suspendue au mur de cette salle nous rappelle en permanence qui nous sommes et pourquoi nous sommes ici ensemble – aujourd’hui en qualité de Comité central du COE et, chaque jour, en tant que membres du personnel au service de la communauté d’Églises du COE. « Que tous soient un » – telle fut, est encore et sera toujours la raison d’être de toutes nos activités en tant que Conseil œcuménique des Églises, et pas uniquement lorsque nous sommes dans cette salle. C’était d’ailleurs le point focal de ma précédente intervention et c’est toujours dans cette perspective que je considère le mandat qui m’a été confié. En conséquence, la question que je me pose en vous présentant mon premier rapport est celle-ci : Comment répondons-nous à cet appel à être un dans tout ce que nous faisons en tant que Conseil œcuménique des Églises ? (La première partie de mon rapport portera sur ce que nous sommes en tant que COE et sur les raisons pour lesquelles nous faisons ce que nous faisons ; la seconde partie sera consacrée à la manière dont nous répondons à cet appel dans nos structures et dans le travail que je fais ; dans la troisième partie, je traiterai de ce que nous faisons plus particulièrement en ce moment.)

2. Le thème fixé pour la présente réunion du Comité central est très large. Nous devons étudier spécifiquement ce que signifie « être un » dans la perspective de la « paix juste », alors que nous nous préparons au Rassemblement œcuménique international pour la paix qui aura lieu en mai prochain à la Jamaïque. Nous devons aussi étudier plus particulièrement comment cette paix juste est quelque chose qui doit croître sur le terrain des relations les plus fondamentales entre les gens, dans les enceintes de discussion et à tous les niveaux, partout où nous vivons dans des communautés d’hommes et de femmes. Je crois que, cette année, il nous est donné une occasion exceptionnelle de montrer comment cet appel à être un comporte de multiples dimensions dans nos activités en faveur de la justice et de la paix, et que l’importance prioritaire donnée par le COE à cette question peut changer les choses. Nous sommes appelés à être un afin que le monde croie – que la paix est possible.

3. « Le Conseil œcuménique des Églises est une communauté fraternelle d'Églises qui confessent le Seigneur Jésus Christ comme Dieu et Sauveur selon les Écritures et s'efforcent de répondre ensemble à leur commune vocation pour la gloire du seul Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit. » Cela fait maintenant un an que j’exerce ici mon ministère et je suis plus que jamais convaincu que cette Base et cet objectif très clairs et forts donnés à nos travaux constituent un précieux atout. Même si nous ne sommes pas encore en pleine communion – ce qui nous permettrait de participer ensemble à la Cène du Seigneur, signe ultime de notre unité dans la diversité –, il existe néanmoins de multiples autres manières d’exprimer et de manifester cet « être un ». La prière de Christ est notre prière. Cette année, j’ai participé à la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens, ici à Genève dans notre chapelle mais aussi à Rome, au Centro Pro Unione, qui s’occupe tout particulièrement de transmettre l’héritage de cette Semaine de prière dont les racines sont antérieures à la réunion d’Édimbourg de 1910.

 

4. Nous avons décidé que nos principales décisions devraient s’appuyer sur des processus de consensus appropriés. Nous avons démontré qu’il était possible de travailler de cette façon, et nous en ferons une nouvelle démonstration au cours de la présente réunion. J’ai constaté que cela donne un cadre bien clair au travail que je dois diriger au jour le jour. Cela nous aide à savoir quels sont les points pour lesquels notre consensus se fonde sur notre foi commune et notre vocation. Ainsi, nous pouvons nous concentrer sur notre manière de répondre à la vie des Églises et aux questions que se posent les gens de la rue en ce monde, sans renoncer pour autant à affronter les défis et différends auxquels nous sommes actuellement confrontés au sein du mouvement œcuménique. Au COE, nous nous offrons mutuellement un lieu où se pratique le consensus, ce qui exige que nous nous écoutions plus profondément les uns les autres.

5. Nous nous offrons mutuellement un espace de sécurité fondé sur un consensus différencié. Cela implique qu’il nous faut faire de sérieux efforts pour mieux préciser comment nous parvenons à des consensus nonobstant notre diversité, sachant que nous ne parviendrons pas à des accords sur tout – et que, de ce fait, ce n’est pas vers cela que nous devons tendre. Nous nous offrons les uns aux autres un espace dans lequel nous pouvons élaborer ce que j’appellerais un consensus stratégique. Nous pouvons nous aider mutuellement à nous concentrer de façon adéquate sur les domaines dans lesquels les Églises et le monde plus particulièrement ont besoin que nous leurs présentions maintenant un témoignage prophétique commun. Nous nous offrons les uns aux autres un consensus impliquant une responsabilité mutuelle. Nous nous asseyons à la même table pour nous rendre mutuellement des comptes, pour faire connaître nos conceptions et préoccupations respectives et pour définir ce à quoi nous sommes confrontés ensemble et les dons que nous avons en commun. Nos consensus doivent porter sur les besoins et la réalité du monde tel qu’il est. En tant qu’Églises membres, nous manifestons notre responsabilité les unes à l’égard des autres à propos de ce que nous avons constaté ensemble ; pourtant, le COE ne décide pas de ce que chaque Église devrait faire. Je crois que ce modèle de consensus est un don pour le mouvement œcuménique et pour les Églises – une manière d'être un aujourd'hui.

6. Ce qui nous unit, c’est le fait que, par les dons de Dieu, nous avons tous reçu le même appel. L’appel à être un nous vient de notre Seigneur Jésus-Christ. Mais il est aussi lancé et reçu par chacune des Églises, et il nous est lancé par l’ensemble de l’humanité, qui a besoin de voir que les Églises donnent un témoignage commun sur Jésus-Christ afin d’apporter la paix et la réconciliation que Christ a données au monde. L’appel à être un nous est aussi lancé par la création, qui a besoin que nous soyons un. Nous devons vivre en solidarité avec la création, les uns avec les autres mais aussi avec les générations qui nous suivront. Ce n’est pas parce que cela nous est plus difficile aujourd’hui ou parce que nous disposons de moins de ressources qu’auparavant que cet appel est aboli. Lorsque nous constatons que nous ne sommes pas unis sur toutes les questions que nous abordons et que des divergences subsistent entre nous, Dieu ne revient pas pour autant sur cet appel. Si bien d’autres questions encore requièrent notre attention, cela ne remet pas en cause cet appel, auquel il nous faut répondre dans tous les domaines où nous décidons d’agir.

7. La préoccupation que Jésus exprime à propos de ses disciples en Jean 17 est déterminée par ce qu’il dit de leurs relations avec le « monde » et donc de leurs relations au sein de la communion du Dieu Trinité. En toutes choses, ils sont dans le monde de Dieu. L’Église ne peut en aucune manière s’isoler dans un monde ecclésial. Il n’est aucune réflexion théologique qui ne se déroule dans le monde vulnérable de Dieu, qui ne baigne dans la joie et de la souffrance des gens de la rue. Au cours de l’année écoulée, j’ai plus que jamais été témoin de cette réalité, et je suis d’autant plus fier d’appartenir à une communauté fraternelle d’Églises maintenant que je vous ai vus secourir tant de gens dans vos situations respectives. Dans nos prières les uns pour les autres et les uns avec les autres, cela devient, pour nous tous, une réalité qui nous est commune à tous. Devoir rendre compte à Dieu implique que nous devons aussi rendre compte au monde des conséquences de notre expression commune – ou fragmentée – de la foi, de la vie et du témoignage. Dans les critiques qui, au cours des décennies, ont été adressées au COE, certains ont prétendu que nous nous occupions trop de la manière dont nous devons répondre aux besoins du monde. Mais je suis reconnaissant de ce qui a été fait dans ce sens : je constate qu’aujourd’hui cet héritage est largement reconnu et respecté par de nombreux acteurs du mouvement œcuménique. Nos Églises se sont mutuellement aidées à voir plus clairement ce que cela signifie que d’être Église dans ce monde où, avec tous les autres, nous vivons. Compte tenu de ce qu’a fait le COE, il est désormais difficile sinon même impossible qu’une Église ou un mouvement – quels qu’ils soient – soient pris au sérieux s’ils ne s’attaquent pas sérieusement aux problèmes fondamentaux auxquels sont confrontées l’humanité et la création de Dieu : le besoin de nourriture, de justice, de paix, de dignité, d’espérance et d’amour. Tout cela relève du témoignage commun que nous rendons à Jésus-Christ, qui peut amener le monde à croire en Christ.

8. Tout en gardant à l’esprit la distinction qu’établit le quatrième évangile, pour qui « le monde » est à la fois l’univers créé de Dieu et l’humanité pécheresse et déchue, il nous faut examiner humblement et solidairement ce que signifie notre appartenance au monde. Nous ne sommes pas hors du monde : nous représentons Christ et nous sommes appelés à être quelque chose et quelqu’un, ensemble en ce monde, et à renverser les barrières du péché et de l’injustice. Nous sommes appelés à ne pas être de ce monde, à ne pas continuer à légitimer ce péché qui consiste à refuser – en attitude et en acte – de faire la volonté de Dieu, notre créateur. Voilà pourquoi nous appelons à une communauté de paix juste pour les femmes et les hommes. Nous appartenons à cette réalité qu’est le monde pécheur, mais nous ne sommes pas de ce monde en tant que, par notre baptême et notre foi en Jésus-Christ, nous appartenons aussi à la création nouvelle et à l’humanité nouvelle, signe et avant-goût de la nouvelle réalité en Christ. C’est pourquoi, reconnaître le baptême les uns des autres (ainsi que nous y appelle un document qui nous est présenté par Foi et constitution), c’est aussi reconnaître cette œuvre de création et d’espérance nouvelles qui est l’œuvre propre du Dieu Trine.

9. Nous sommes une communauté fraternelle mondiale d’Églises et, au travers de cette communauté, nous avons tous pris conscience du fait que l’Église est une réalité globale et qu’elle a une identité globale. Cette réalité et cette identité me sont apparues plus clairement encore au cours de ces derniers mois lorsque, à l’occasion de mes visites, j’ai rencontré des gens du monde entier et prié avec eux et pour eux. Nos Églises constituent une communauté fraternelle dans laquelle elles s’appellent et s’interpellent les unes les autres et se soutiennent mutuellement. Nous ne devons pas non plus devenir une communauté inconsistante d’individus ayant certaines convictions, préférences et résolutions : nous sommes une communauté d’Églises. Nous sommes une communauté qui doit continuer à se sustenter en proposant des occasions ciblées de formation œcuménique au niveau mondial, sans négliger de favoriser une participation pleine et significative des jeunes à tous les niveaux.

b.      Une seule organisation – de multiples engagements

10. Quelle est la valeur ajoutée spécifique du COE ? Je pose cette question à mes collègues chaque fois que nous établissons nos plans et chaque fois que, dans différents contextes, je discute, avec vous et avec nos partenaires, du rôle du COE et de ses structures de gouvernance. Qu’est-ce que nous apportons de plus lorsque nous nous organisons, ainsi que nous le faisons, en une communauté fraternelle d’Églises, avec nos organes directeurs, nos commissions, le Secrétariat, le personnel administratif, les programmes, les réunions, les communications et les publications ? En posant cette question, je poursuis la réflexion entreprise dans des processus tels que Vers une conception et une vision communes du COE, La reconfiguration du mouvement œcuménique, les travaux de la Commission spéciale sur la participation des orthodoxes au COE ainsi que L’œcuménisme au 21e siècle, comme indiqué lors de la dernière Assemblée et des réunions du Comité central qui l’on suivie. Nous sommes appelés à être une communauté fraternelle œcuménique mondiale d’Églises engagées et responsables les unes vis-à-vis des autres. Et notre vocation est d’être une organisation établie et entretenue pour amener ses Églises membres à nouer des relations de conciliarité et à agir ensemble. C’est cette dynamique entre les deux qui fait notre force et notre caractère unique. Nous pouvons évoquer ces réalités que sont les 349 Églises membres, les 560 millions de fidèles, la vie quotidienne faite de joies et de luttes – et nous souvenir du poids de ces réalités en tout ce que nous faisons, dans tout ce dont nous discutons. Pourtant, nous ne sommes pas une structure hiérarchique, avec des décisions pleuvant depuis Genève pour dire aux Églises ce qu’elles devraient faire. Ensemble, avec nos partenaires et organisations œcuméniques, nous servons, nous enrichissons, nous renforçons et nous améliorons les relations qui existent entre nous et avec d’autres Églises – ainsi qu’avec les croyants d’autres religions. Pour ce faire, nous visons à obtenir des résultats en améliorant nos relations ; et nous le faisons en restant ensemble afin de pouvoir agir ensemble.

11. Après avoir présenté le COE comme « l’instrument privilégié du mouvement œcuménique », j’ai également été porté à me concentrer sur la manière dont le COE est appelé à donner une direction stratégique au mouvement œcuménique en considérant la façon dont nous faisons notre travail, avec qui nous le faisons mais aussi ce sur quoi nous portons notre attention et axons nos efforts. Depuis un an, c’est une dimension que j’ai ressentie en discutant de ce qu’on attend du COE – avec des Églises membres, des partenaires œcuméniques et des organisations avec lesquelles nous coopérons et d’autres encore qui connaissent bien le mouvement œcuménique. Nous pouvons jouer ce rôle – et nous le ferons – en gardant bien notre vocation à l’esprit et avec l’humilité que requièrent mes réflexions antérieures. Ce rôle stratégique ne doit pas se limiter à assurer la coordination des initiatives prises par des dirigeants d’Églises. J’ai été particulièrement frappé de voir à quel point le COE peut continuer à jouer et renforcer ce rôle qui consiste à faire entendre la voix des gens qui ont particulièrement besoin qu’une communauté mondiale d’Églises s’occupe d’eux. Nous sommes appelés à dire aux détenteurs du pouvoir d’écouter le cri de celles et ceux qui réclament la justice et la promesse d’un avenir commun meilleur. Par exemple, j’ai eu le privilège de voir comment, ensemble, nous pouvons contribuer à édifier des Églises et des instituts théologiques ayant compétence pour lutter contre le VIH et le sida dans les rues de Nairobi, au Kenya ; j’ai pris note des déclarations publiques faites par deux Églises membres d’Éthiopie ; et j’ai eu l’occasion de discuter de ce rôle avec des dirigeants religieux du monde entier lors des sommets mondiaux d’Utrecht et de Vienne.

12. Il est important de réfléchir à ce qui constitue notre identité propre. Mais l’appel à être un est toujours suivi d’une référence au but de notre existence ; notre attention est alors orientée vers quelqu’un d’autre, quelqu’un pour qui nous sommes ici. Cette année, le personnel, industrieux et loyal, a fait un énorme travail et ne cesse de nous rappeler notre Base et ce qui constitue notre vocation ; il a renforcé notre coopération avec nos partenaires, se concentrant sur les problèmes auxquels sont confrontées les Églises membres et sur ce que nous faisons chaque jour, en tant qu’Églises, dans le monde entier. Alors que le mouvement œcuménique subit une diminution de ses capacités financières, nous sommes contraints, en permanence, de nous demander : comment faire cela avec les Églises membres, avec les partenaires œcuméniques et d’autres, avec leurs (vos) capacités, leurs (vos) ressources humaines, financières et spirituelles ? Nous tentons de nous concentrer sur le développement de nos capacités à vous faire participer – vous, les Églises, ainsi que nos partenaires – à nos activités et à renforcer nos compétences propres et celles des Églises. C’est pourquoi nous devons continuer d’à mettre particulièrement en lumière ce qui se fait à l’Institut de Bossey et d’autres activités de formation. Il s’agit aussi de voir comment mieux organiser nos activités de programme et en assurer le suivi, afin de pouvoir le faire en coopération étroite avec les Églises et nos bailleurs de fonds, sans pour autant ne considérer que le transfert de ressources financières. Lorsque ce que nous faisons sera concrètement perçu comme étant réalisé par les Églises, comme quelque chose de solidement ancré dans l’institutionnel et le local, peut-être alors le COE pourra-t-il s’en trouver renforcé, sans compter que cela communiquera des dimensions très importantes, pour ne pas dire cruciales, que les Églises ne peuvent transmettre à elles seules, du fait que notre identité de communauté fraternelle mondiale et œcuménique d’Églises s’en trouvera elle aussi renforcée.

13. Depuis la dernière réunion du Comité central, nous avons fait de sérieux efforts pour rendre nos activités financièrement plus viables et pour établir des plans et des budgets responsables pour les années à venir. Avec le personnel et le Comité exécutif, nous avons très soigneusement étudié les conséquences de l’évolution financière négative dont nous avons souffert ces dernières années. Pour nous, en Suisse, l’un des plus graves problèmes a été la force relative du franc suisse. La moitié des contributions aux programmes du COE et une bonne partie des contributions des membres sont versées en euros. En 2010, la valeur des contributions en euros a diminué, en francs suisses, de 10% par rapport à 2009. C’est l’un des facteurs qui nous ont contraints à prendre des décisions difficiles, à réduire les budgets de nos activités et qui nous obligent aujourd’hui à envisager des réductions de personnel supplémentaires en 2011. Cela a été particulièrement difficile pour les personnes qui ont dû prendre une retraite anticipée ou qui n’ont pas vu leur contrat de travail renouvelé.

14. D’un autre côté, je tiens à souligner certains signes d’espoir très importants. Au cours de cette même période, nous avons réussi à réviser et maîtriser le budget 2010 et, à la fin de l’année, nous avons constaté une augmentation des fonds non affectés, au-delà de l’objectif fixé. La préparation du budget 2011 a présenté de nombreuses difficultés ; la solution et l’approche retenues seront présentées au Comité des finances et soumises à votre approbation à la fin de la semaine. Nous constatons maintenant que, confrontés à de sévères réductions de leurs (vos) recettes, plusieurs de nos bailleurs de fonds ont dû modifier leur contribution au COE. Je note cependant qu’ils restent décidés à continuer à financer les activités du COE. Mais il nous faut affronter cette situation ensemble. Au cours de cette période, les Églises membres ont répondu à notre campagne sur les cotisations : nous avons constaté une augmentation d’environ 35% du nombre d’Églises qui versent des cotisations. Nous avons également constaté que des Églises et partenaires, pour manifester leur engagement, font des contributions en nature en accueillant des réunions, en proposant du personnel et en payant des frais de voyage. Certains d’entre vous ont trouvé ou nous ont aidés à trouver d’autres bailleurs de fonds disposés à apporter une contribution. Je tiens à vous en remercier chaleureusement, vous qui représentez nos Églises membres et vous aussi qui représentez, au COE, d’autres partenaires financiers. Votre soutien et votre engagement nous sont très précieux.

II.                Notre réponse à l’appel à l’unité – Activités de l’an dernier jusqu’à la présente réunion

15. Depuis que je suis entré en fonction, le rôle du COE a fait l’objet de nombreuses discussions et de diverses concrétisations. Dans nos séances plénières et dans les réunions des comités, nous discuterons de la manière dont nous pouvons réaliser le concept de l’« être un » – dans notre être, dans notre agir, dans nos structures, dans l’image que nous donnons de nous et dans l’appui que nous nous accordons mutuellement. En même temps, nous savons que le travail que nous faisons ensemble au COE se trouve enrichi du fait que nous sommes différents et que chacun vient à la table commune avec des expériences, des traditions, des opinions et des capacités variées. Le document sur l'essentiel des programmes présente certaines de nos réalisations au cours de cette période. Ce sont nos collègues qui ont dirigé les activités présentées dans ce document, en collaboration avec bon nombre d’entre vous – représentants d’Églises membres, de partenaires œcuméniques, de ministères spécialisés, etc. Je me permettrai d’évoquer un certain nombre des questions et domaines dont j’ai eu à m’occuper et dans lesquels nous allons nous lancer ensemble dans les prochains jours, dans le cadre de notre volonté de réaffirmer le mandat du COE : l’appel à être un.

 

16. Le rapport du Groupe de suivi sur la gouvernance va maintenant nous présenter la suite des travaux effectués sur la structure, les tâches et le mandat de nos organes directeurs. Je suis convaincu que, ensemble, nous trouverons un moyen de mieux nous organiser et nous équiper pour les tâches et les réalités auxquelles nous serons confrontés dans les prochaines années. Ce rapport a été soigneusement préparé sur la base de nombreuses questions qui, depuis de nombreuses années, ont été soulevées et discutées au sein du COE. Il a pris en considération des indications données soit par vous-mêmes, soit par le Comité exécutif au cours de deux de ses réunions, ainsi que les réponses données par les Églises et nos partenaires aux questions qui leur ont été posées sur la gouvernance et le rôle du COE. Au cours de l’année écoulée, lors de diverses réunions œcuméniques j’ai eu l’occasion de participer à de nombreuses séances consacrées particulièrement à ces thèmes et à notre future orientation. Beaucoup de gens m’ont dit qu’ils comprenaient bien pourquoi nous devions faire tout cela, et je constate que bon nombre de nos partenaires écoutent attentivement et se demandent s’ils ne devraient pas eux aussi aller dans la même direction. Je suis convaincu qu’il est toujours possible de considérer que le COE propose l’enceinte œcuménique la plus importante, que nous pouvons trouver une manière plus claire et plus efficace de gérer notre travail et que nous pouvons mettre en place des structures qui renforceront notre transparence ainsi que notre confiance dans le COE, à tous les niveaux.

 

17. Afin d’exprimer plus pleinement ce qu’est notre communauté fraternelle et pour répondre à un environnement œcuménique dynamique en pleine mutation, il importe que nos structures soient en mesure d’affronter cette réalité. Il s’agit de prendre au sérieux notre volonté d’être de bons intendants, de trouver un équilibre entre le « vivre la communauté fraternelle » et l’administration proprement dite de l’organisation, entre la gouvernance et la gestion – autant de discussions que j’ai eues avec des Églises et des partenaires œcuméniques du monde entier. Dans ce sens, les propositions présentées dans le rapport sur la gouvernance revêtent une importance décisive pour assurer la viabilité à long terme du Conseil et je dirais même de tout ce que nous faisons dans le cadre du mouvement œcuménique en général. J’espère bien que, au cours de la présente réunion, nous allons pouvoir, ensemble, discerner un moyen d’avancer qui rendra plus claire la façon dont nous accomplissons notre travail et qui intensifiera notre responsabilité les uns vis-à-vis des autres.

 

18. Selon les plans élaborés en vue de la Dixième Assemblée du COE, qui se tiendra à Busan, en Corée, en octobre 2013, la nouvelle assemblée devrait assumer une plus grande participation et un rôle plus important dans le mouvement œcuménique. Nous allons maintenant aborder la phase de préparation proprement dite, en adoptant le thème de cette assemblée. Je suis convaincu que nous trouverons un moyen d’avoir cette discussion et d’arriver à une conception commune de ce sur quoi devrait se concentrer l’Assemblée. Je pense que les deux propositions présentées par le Comité de planification de l’Assemblée (CPA) peuvent nous donner des indications sur la future orientation de nos travaux ; cependant, comme vous le constaterez à la lecture de ce rapport, le COE devra doit, d'une manière ou d'une autre, savoir et préciser la manière dont, dans tout ce que nous faisons, nous répondons à l’appel à être un lorsque nous assumons le rôle qui nous est propre : être des artisans de paix et de réconciliation dans tous les contextes. Tant dans les travaux du CPA, très largement représentatif, que dans tous nos programmes, nous continuons à développer notre fonction : être un dans de multiples dimensions. Je pense que cette assemblée nous permettra d’apporter quelque chose de nouveau au mouvement œcuménique. Comment cette valeur ajoutée très spécifique qu’apporte le COE peut-elle transparaître dans la manière dont nous mettons en œuvre ce processus ? Après cette réunion du Comité central, je me rendrai en Corée et j’attends avec intérêt les discussions que j’aurai avec les Églises de ce pays pour envisager comment l’Assemblée pourra contribuer à la réconciliation et à l’unité de la péninsule coréenne.

 

19. Dans les réunions avec nos nombreux partenaires œcuméniques, j’ai pris note de ce qu’ils attendent du COE et des questions qu’ils ont posées à propos de son rôle. J’ai eu ces discussions avec les conseils régionaux et nationaux, les communions chrétiennes mondiales qui entretiennent des liens avec le COE, les partenaires spécialisés – du fait en particulier que beaucoup d’entre eux se sont maintenant regroupés dans l’Alliance ACT –, l’Église catholique romaine, l’Alliance évangélique mondiale et le Mouvement de Lausanne, certains de nos partenaires dans la mission et l’évangélisation, des organisations de jeunesse telles que la FUACE, les UCJG et les UCF, les institutions avec lesquelles nous voisinons ici à Genève, et d’autres encore. Bien souvent, dans ces conversations, nous nous sommes retrouvés sur le terrain commun de l’« être un » et avons discuté de nos contributions respectives. Dans bien des cas, on m’a confirmé que le COE avait un rôle unique à jouer : convoquer et organiser des rencontres dans des lieux œcuméniques communs, et rapprocher les perspectives et intérêts des partenaires œcuméniques.

20. Pour certains partenaires, le COE est « l’Autre significatif » et distinct, avec lequel ils ne s’identifient pas – pas encore. Mais, à mon avis, le rôle du COE peut dépasser largement celui de notre communauté d’Églises membres en devenant l’Autre incluant au lieu d’être l’Autre excluant. Je ne crois pas que le concept d’« ennemi » soit un modèle utile pour comprendre les relations qu’entretiennent les Églises et groupes chrétiens entre eux. Je sais fort bien qu’il existe des divergences et des divisions mais je ne pense pas que le concept d’ennemi nous aide à définir le chemin que nous devons suivre pour répondre à l’appel que Dieu nous lance ici. Il s’agit de quelque chose de plus que de la diplomatie. Il s’agit aussi de posséder à un degré élevé les capacités de rapprocher, de bien écouter et de trouver des terrains d’entente ainsi que les tâches communes auxquelles nous pouvons et devrions nous attaquer ensemble.

 

21. Dans mes nombreuses rencontres avec des Églises membres et leurs représentants dans différents contextes œcuméniques, j’ai eu le très grand privilège, en ma qualité de nouveau Secrétaire général, de m’entendre confirmer pourquoi vous être membres et comment nous partageons la Base du COE, et pourquoi vous attendez tant de moi et de mes collègues. J’apprécie beaucoup, par exemple, les franches discussions avec les organisations œcuméniques régionales telles que celles que nous avons eues lors de la réunion du Comité général de la CETA à Nairobi, lors de l’assemblée de la CCA à Kuala Lumpur et celle du NCCUSA à la Nouvelle-Orléans. J’ai aussi, plusieurs fois, eu l’occasion d’avoir ce genre de discussion avec des dirigeants et des représentants des organisations œcuméniques régionales de l’Amérique latine, des Caraïbes, d'Europe, du Moyen-Orient et du Pacifique. J’ai trouvé très encourageant que vous m’ayez invité à discuter avec vous de ce qui constitue votre vocation dans votre contexte, sans négliger, bien entendu, la manière dont nous, les Églises, nous nous aidons les unes les autres en faisant preuve d’honnêteté lorsque nous discutons ensemble en toute confiance. J’espère que nous pourrons continuer ainsi au cours des 18 mois à venir et faire se développer des relations mutuelles fructueuses entre cette organisation mondiale qu’est le COE et les organisations œcuméniques régionales. J’apprécie tout particulièrement les relations que j’entretiens avec mes collègues les secrétaires généraux des organisations œcuméniques régionales. L’an dernier, j’ai eu l’honneur de féliciter l’une des premières femmes (et la seule à l’heure actuelle) à occuper un tel poste : la pasteure Henriette Hutabarat-Lebang de la CCA.

 

22. Lors de mes visites auprès des Églises membres et dans des situations où l’impératif de solidarité et d’accompagnement œcuméniques ainsi que l’encouragement et le partage mutuels sont absolument vitaux, on m’a plusieurs fois confirmé l’importance de la présence du COE – et c’est quelque chose dont j’aimerais vous faire part. Lorsque j’ai rencontré des dirigeants orthodoxes, ils m’ont dit que j’étais dans leurs prières, ajoutant : « Nous voulons que vous preniez des initiatives ». Des dirigeants d’Églises africaines m’ont affirmé que, quoique venant de pays différents et appartenant à des races différentes, nous n’en faisons pas moins partie de leur communauté. J’aimerais souligner l’importance de la réaction des coptes, ici à Genève, après que je fus allé leur rendre visite et prier avec eux dans leur église et ici, dans notre chapelle, suite aux événements tragiques qui se sont produits à Alexandrie au début de cette année. La liste est longue, et j’ai fourni en annexe des détails sur les principales visites que j’ai faites et les principaux événements auxquels j’ai assisté. Lorsque je faisais partie d’une délégation, que je participais à une visite de Lettres vivantes et en d’autres occasions encore, une chose m’a frappé : c’est de voir à quel point il est important de savoir que l’on fait partie d’une communauté fraternelle qui s’intéresse à vous lorsque votre Église traverse l'adversité et subit des épreuves. Il nous faut veiller à ce que le COE dispose des ressources nécessaires pour continuer à assumer ce rôle à l’avenir.

 

23. Lors de mes rencontres avec des dirigeants politiques – ambassadeurs, secrétaires généraux et autres hauts responsables d’organisations mondiales, participants au Forum économique mondial et à des réunions de l'ONU et de ses organisations spécialisées, et bien d’autres –, on m’a demandé de clarifier le profil du COE et de faire comprendre qu’il s’agit d’une position commune et représentative de ce que font les Églises. Maintenant que nous allons réorganiser et développer le Bureau de liaison auprès des Nations Unies en association avec l’Alliance ACT, nous allons continuer à confier à ce Bureau le rôle de représentant stratégique de tous nos membres ainsi que des nombreux défis et du vécu qui sont les vôtres.

 

24. Dans les rencontres avec les représentants d’autres religions et avec des organisations interreligieuses, le rôle du COE a fait l’objet de discussions pour savoir comment nous pouvons leur apporter, de la part de nos Églises membres, une contribution et un témoignage communs. Ces discussions ont également porté sur la manière dont nous sommes solidaires les uns des autres au sein de notre communauté fraternelle d’Églises, en particulier en nous accompagnant mutuellement lorsque nous sommes en situation minoritaire. Il nous faut maintenant essayer de comprendre quel type de partenaire les autres institutions et groupes religieux trouvent dans le COE, et comment celui-ci peut aider les Églises à rendre un témoignage commun au Christ et à réaffirmer leur volonté d'obéir à son commandement d’aimer les autres comme nous-mêmes.

 

25. Dans des interviews, des communiqués de presse, des déclarations publiques, etc., j’ai souvent eu l’occasion d’attirer l'attention de l’opinion publique sur ce que nous avons à dire ensemble. Je crois que nous pouvons faire beaucoup plus encore pour que notre voix soit entendue et même qu’elle provoque des discussions. Du fait que nous avons été contraints de faire des coupes claires dans nos budgets de communication et dans le soutien que nous apportions à des projets communs du mouvement œcuménique, notamment à ENI, l’impératif est encore plus clair : Comment mieux faire connaître, sous de multiples formes et par divers canaux, ce que nous faisons et les positions que nous adoptons ? Que faire pour que notre message soit clair et pertinent ? Cela dit, je tiens à confirmer que le COE garde la volonté de soutenir une agence de presse œcuménique indépendante et, dans le cas d’ENI, nous restons son plus important bailleur de fonds.

 

26. Je ne suis pas le seul à assumer la responsabilité de faire connaître le COE ; lorsque vous vous exprimez, vous le faites aussi en tant que membres de cette communauté. Il n’en reste pas moins que je suis bien conscient de ma responsabilité personnelle de faire entendre notre voix, de m’appuyer sur ce que le COE a énoncé comme nos positions communes – mais je dois pouvoir le faire avec la conviction que, ensemble, nous sommes capables de saisir comment l’Esprit nous aide à répondre à l’évolution du monde et aux réalités auxquelles nous sommes confrontés.

 

27. Nous poursuivrons ces processus importants au cours de la présente réunion du Comité central. C’est pourquoi j’aimerais approfondir un certain nombre d’observations et de déclarations que j’ai déjà faites depuis un an. Vous constaterez que certaines d’entre elles s’inscrivent dans la ligne des réflexions présentées dans la documentation qui vous a été fournie par ailleurs et qui présente certains des discours et sermons que j’ai faits au cours des 14 premiers mois que j’ai passés à ce poste. Vous trouverez également en annexe à ce rapport une liste de mes principales visites et rencontres, ce qui vous donnera une idée générale des lieux où je vous ai représentés, ainsi que la communauté fraternelle que nous constituons.

III.             Être un – dans certains de nos domaines d’activité prioritaires

 

a.      Être un dans la recherche de la paix – le ROIP

 

28. Dès le lendemain de mon élection, j’ai discuté avec beaucoup d’entre vous pour essayer de voir comment organiser concrètement le Rassemblement œcuménique international pour la Paix (ROIP) qui doit se tenir en mai prochain à Kingston, à la Jamaïque – comment passer de l’idée à l’événement. Et maintenant, ensemble, nous allons chercher comment passer des discussions et manifestations qui se dérouleront à la Jamaïque à de nouvelles étapes claires sur la voie d’un engagement commun en faveur d’une « paix juste ».

 

29. Cet événement manifestera et renforcera les efforts que nous déployons ensemble pour atteindre ce but ambitieux : vaincre la violence. En 2001, à Berlin, le COE a pris la décision audacieuse et courageuse de lancer la Décennie « vaincre la violence ». Nous savons que cela a largement contribué à alimenter des discussions et à faire adopter des décisions sur les actes de violence qui traduisent un comportement inhumain, qui sont contraires à la dignité et qui constituent des péchés. Nous savons aussi qu’il y a encore tant à faire, tant d’autres choses à vaincre, dans tous nos contextes mais aussi dans nos Églises. Parvenir à une conception commune, façonner un profil et mettre au point la logistique d’une réunion de cette taille et de cette nature est une entreprise extrêmement exigeante.

 

30. La décision d’organiser une réunion de ce genre – que nous avons prise il y a quelques années au Comité central – montre bien le rôle que le COE peut jouer pour manifester notre vocation à être un. En même temps, elle révèle bien les tâches difficiles qui incombent aux acteurs du COE – à vous, en tant que membres du Comité central, et au personnel – pour faire en sorte que tout cela ne reste pas au simple stade d’une idée. Nous avons évoqué la manière dont les Églises – avec un bon nombre de nos partenaires œcuméniques de bonne volonté – sont appelées à être un dans nos multiples initiatives et efforts en vue d'une paix juste. Le COE a ici une occasion unique dans l’histoire de faire confluer, dans un nouveau programme d’action commun, l’appel à être un et l’appel à être des artisans de paix. Les Églises sont toujours appelées à faire quelque chose pour que progresse la cause de la paix juste, quoi qu’il puisse se passer et à quelque niveau que nous agissions.

 

31. Le mois dernier, au Caire, les événements m’ont très fortement rappelé comment nous pouvons être unis dans cette entreprise. Dans son homélie de Noël, suite au massacre qui s’était produit à Alexandrie quelques jours auparavant, Sa Sainteté le pape Chénouda a parlé de paix. Ses paroles ont eu un écho dans toute l’Égypte et au-delà. Il a lancé un appel à la justice et, en même temps, il a appelé les fidèles du Christ à mettre en pratique le message de Noël – amour et paix pour tous – et à ne pas suivre la logique de la vengeance et de la haine. Ses paroles subsisteront comme un remarquable exemple du message prophétique de l’Église en faveur de la paix juste, qui invite les croyants de toutes les religions à vaincre la violence. J’ai aussi entendu dire que ce message avait eu un effet positif sur les relations entre musulmans et chrétiens en Égypte. Les Églises devraient participer aux discussions sur la manière de protéger tout le monde de la violence, de vaincre l’injustice et d’édifier une paix juste pour l’avenir. Plus particulièrement à notre époque, nous constatons à quel point il est important de nous accompagner mutuellement de nos prières et de notre soutien afin que chaque Église puisse trouver sa propre manière de contribuer à l’instauration de la justice et de la paix dans son propre environnement. Aujourd’hui, ces problèmes revêtent un caractère particulièrement urgent au Proche-Orient. Ces dernières semaines, nous avons pu voir le peuple égyptien s'acheminer d'un seul corps vers la justice et la démocratie. Pour nous tous, c'est un miracle et un signe encourageant de voir qu'on peut établir la justice et la liberté au moyen d'actions pacifiques et non violentes. La paix juste est le meilleur moyen d'aller de l'avant! Nous, communauté fraternelle d’Églises, nous avons un rôle important à y jouer : poursuivre nos réflexions sur les processus démocratiques, soutenir leur mise en œuvre et édifier une justice et une paix durables. Un autre exemple notable est le rôle joué par les Églises et les acteurs œcuméniques dans l’évolution actuelle de la situation au Soudan. Ici encore, nous percevons clairement la nécessité d’initiatives interreligieuses.

 

32. Cette réunion de la Jamaïque constituera en outre une occasion unique, pour les dirigeants d’Églises (et, ces derniers mois, nombreux ont été ceux qui ont manifesté leur intérêt et annoncé leur présence) et pour tous les gens qui œuvrent pour la paix dans de multiples organisations, de se retrouver dans une enceinte commune et de lancer un appel commun. Notre objectif étant bien établi, les nombreuses initiatives qui seront prises par les multiples partenaires gagneront en visibilité. L’approche traditionnellement adoptée par la CEAI sur les thèmes touchant à la paix – à savoir exercer une influence sur les processus politiques – se combinera à l’action des personnes engagées dans des mouvements sociaux et de celles qui se consacrent à la prière. Je n’oublie pas bien sûr la perspective des jeunes, du fait qu’un certain nombre de manifestations prévues au cours de ce Rassemblement s’intéresseront au rôle que peuvent jouer les jeunes face à différentes dimensions de la violence. Le Programme des stewards, une conférence des jeunes qui précédera le Rassemblement proprement dit, une soirée spéciale et la Veillée de l’aurore, à l’aube du Dimanche pour la paix, seront particulièrement axés sur les contributions que peuvent apporter les jeunes dans ces domaines.

 

33. Outre qu’il nous appellera à une plus grande unité pour la paix, le ROIP, avec ses quatre grands thèmes, rappellera de façon ardente au monde et aux Églises que nous sommes appelés à rechercher la paix ensemble. Ses quatre thèmes nous invitent à œuvrer pour la paix avec la justice dans la communauté locale, avec la terre, sur le marché et entre les peuples. Ces thèmes reflètent, en l’approfondissant, une conception plus profonde de ce qui constitue et crée la violence et l’injustice dans nos vies et dans nos relations avec les autres, entre nations et avec l’ensemble de la création. Une paix juste est une paix à laquelle peuvent contribuer bien des personnes, une cause qui peut mobiliser beaucoup de gens.

 

34. Dans nos relations les plus proches – dans nos familles, nos quartiers et nos Églises locales – mais aussi dans les réalités des tensions, conflits et injustices aux niveaux national et international, nous sommes présents en tant qu’Églises. Mais nous sommes également présents en tant que croyants individuels, femmes et hommes, citoyennes et citoyens avec nos devoirs et nos droits, mères et pères. Lorsque nous parlons ainsi d’une nécessaire paix juste, nous incluons les multiples dimensions de notre besoin de Salaam, Shalom, Frieden, Fred, Pace, Peace.

b.      Être un en tant que communauté de femmes et d’hommes

 

35. Le thème de la paix juste n’est pas sans rapport avec nos réflexions sur la manière dont nous coexistons, dont nous vivons en communauté dans nos villages, nos villes et nos Églises – en tant que femmes et hommes. Il nous faut discuter de l’attention particulière qu’il convient de donner, dans les communautés, aux questions de genre et à la réflexion sur les relations entre femmes et hommes dans les Églises. C’est la raison pour laquelle nous avons introduit cette perspective dans le thème, les études bibliques et les prières de cette réunion du Comité central. Je me félicite que nous puissions aborder ces questions dans le contexte de la quête de l’unité que nous recherchons lorsque nous parlons de lutter contre la violence et d’œuvrer pour la justice et la paix. Ces questions, en effet, relèvent des dimensions fondamentales des relations humaines ; et nous ne pourrons pas en traiter sérieusement si nous méconnaissons par trop la dimension du genre qui les sous-tend. Cela vaut pour les contextes locaux et pour les Églises mais aussi aux niveaux national et international, partout où nous œuvrons, sans oublier bien sûr le mouvement œcuménique. L’une des choses qui me préoccupe, c’est de savoir comment, par l’intermédiaire du COE, nous pouvons apporter une contribution valable – par nos activités et nos pratiques – à la communauté ouverte et juste d’hommes et de femmes.

 

36. Je crains que le temps et les moyens ne nous manquent pour traiter de ces questions comme nous le voudrions ou le devrions au cours de la présente réunion du Comité central. Je pense néanmoins qu’il est important que nous discutions de notre conception de ce que doit être la transparence – la responsabilité mutuelle – entre Églises au sein de la communauté fraternelle que nous constituons, de notre identité en tant que COE, de notre vocation à être un, de l’évolution du paysage œcuménique, du rôle de la diaconie et de ce qu’elle doit être, des relations avec les croyants d’autres religions, de nos contributions théologiques à l’unité, de nos contributions à l’édification d’une société de paix juste – oui, de cette perspective cruciale également. La dimension du genre a un rapport avec tous ces thèmes. Un exemple important : l’an dernier, des femmes du monde entier ont participé à Bethléem à la discussion sur la signification et l’impact du document Kairos.

 

37. Je suis convaincu des avantages, pour tout le monde, d’une représentation bien équilibrée des genres tant au sein du personnel que parmi les dirigeants du COE ; c’est pourquoi j’ai voulu en faire l’un des axes de mon action, me souvenant en particulier de l’intervention des présidentes lors de la dernière réunion du Comité central en septembre 2009. Sur ce point, il nous faut travailler à la fois sur le court terme et sur le long terme, comme toujours, mais il nous faut en tout cas garder cette dimension à l’esprit dans notre politique de recrutement.

 

38. Lorsque je prépare mes voyages, j’essaie toujours d’avoir dans mon équipe à la fois des hommes et des femmes. Et, lorsque je rends visite à des Églises et à des partenaires, j’insiste pour rencontrer des représentants des deux sexes ; cela signifie que, parfois, il faut prévoir des réunions distinctes pour que je puisse rencontrer d’autres personnes que les responsables masculins de certaines Églises. J’ai aussi exprimé ma volonté de rencontrer des jeunes, qui ne manquent jamais de bonnes idées, ce qui me convainc que nous constituons véritablement un mouvement. Cela m’offre en outre des possibilités nouvelles de discuter avec des hommes et des femmes de ce que seront les Églises de demain, comme ce fut le cas notamment lors de l’Assemblée de la CCA à Kuala Lumpur.

c.      Jérusalem – source et paradigme de notre appel à être un

 

39. L’appel à être un constitue le cœur de l’héritage que nous a laissé Christ à la veille de sa Passion, dans sa prière de Jérusalem. Nous devons affirmer que Jérusalem est une cité sainte pour les chrétiens du monde entier à trois égards au moins. En premier lieu, il est temps de souligner que Jérusalem est une ville de prière, une ville que se partagent des voisins et des gens qui prient selon leurs convictions religieuses – et donc qu’ils devraient avoir libre accès à leurs sites sacrés. Cela devrait s’appliquer aux adeptes des trois religions abrahamiques : juifs, musulmans et chrétiens. Jérusalem occupe une place centrale dans la vie de Jésus-Christ et dans nos textes sacrés. C’est pourquoi, chaque fois que nous lisons ou écoutons la Parole de Dieu, nous ne pouvons manquer d’établir un rapport profond avec cette ville qui fut celle de la grande révélation de Dieu, de son action pour toute l’humanité. C’est ce que nous avons fait cette année lors de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens – dans cette ville où nous recevons les fruits de la vie, de la mort et de la résurrection de Jésus-Christ.

 

40. Deuxièmement, Jérusalem est une ville sainte pour les fidèles des Églises locales : c’est en effet le lieu où ils prient et célèbrent leur culte. Malgré de nombreux épisodes tragiques au cours de l’histoire, la présence et le témoignage des chrétiens à Jérusalem et dans toute la région n’ont jamais cessé. Les chrétiens ont construit des églises, des monastères, des institutions, etc. à Jérusalem et dans ses environs, et c’est à Jérusalem que se trouvent leurs lieux les plus saints. Il est extrêmement important d’entretenir ces bâtiments hautement représentatifs pour l’Église d’aujourd’hui et de demain, et les Églises et leurs dirigeants qui assument cette tâche sont confrontés à nombre de difficultés. Aux chrétiens locaux ne cessent de se joindre des pèlerins venus de différentes parties du monde, en particulier lors des grandes fêtes chrétiennes. Les pèlerins devraient eux aussi être des témoins de la réalité des Églises et communautés chrétiennes. Le nombre des chrétiens locaux – tant à Jérusalem qu’en Terre Sainte et dans les régions et pays environnants – ne cesse de diminuer à un point tel que cela devrait retenir l’attention des tous les chrétiens du monde.

 

41. Troisièmement, Jérusalem devrait être une cité sainte dans le sens d’une cité de justice et de paix. Jérusalem est une ville sainte pour les juifs, les chrétiens et les musulmans. Ces trois religions devraient y coexister et avoir également libre accès aux sites sacrés qui s’y trouvent. Les fidèles de ces trois religions doivent trouver les moyens de cohabiter dans la justice et la paix, afin que le berceau de nos religions puisse être signe d’espoir pour toute l’humanité. Cela devrait être une contribution et une dimension permanentes et effectives de notre conception de Jérusalem, ville sainte, dans le monde entier. Je crois que si les Églises soulignaient que Jérusalem est une ville sainte commune, cela pourrait aider les juifs et les musulmans à considérer que cette ville est une cité sainte pour les autres tout autant que pour eux-mêmes.

 

42. Génération après génération, des chrétiens sont venus à Jérusalem fascinés par l’importance et le sens profond de cette ville, à laquelle ils associaient parfois des idées eschatologiques fortes. Malheureusement, une fausse conception de Jérusalem et de son importance chez les chrétiens s’est parfois traduite par des modes de pensée destructeurs et des actes condamnables, à l’époque des croisés et même par la suite. À notre époque, certains chrétiens défendent des idées qui impliquent l’acceptation de l’occupation, ce qui fait de Jérusalem une ville d’injustice, alors qu’elle est appelée à être la cité de la paix et de la justice par excellence.

 

43. Depuis un an, différents partenaires – juifs, musulmans et chrétiens – m’ont demandé de discuter avec eux du document Kairos rédigé par des théologiens palestiniens. Des Églises en ont discuté et nombre d’entre elles ont fait progresser la discussion sur la relation à établir avec Jérusalem dans tout ce processus. Je suis convaincu que ce document est devenu un authentique rappel d’une réalité qui est parfois oubliée ou occultée. Les Palestiniens continuent à vivre sous occupation, comme ils le font depuis plus de 60 ans. Il existe une communauté chrétienne palestinienne qui prie et œuvre pour l’avenir d’un peuple palestinien qui cohabitera avec le peuple d’Israël dans la paix et la réconciliation. J’invite donc les Églises membres du COE à écouter ce que disent les chrétiens de Palestine dans ce document et à y réagir conformément à ce qu’implique, pour nous tous, l’impératif de notre coûteuse solidarité et de nos prières pour une paix juste.

 

44. Le COE a toujours reconnu le statut juridique international de l’État d’Israël tel que défini par le Conseil de Sécurité des Nations Unies. Le COE n’a jamais été et ne sera jamais une organisation anti-juive. Et je crois qu’il y a encore beaucoup de choses que nous pouvons faire avec des partenaires juifs représentatifs pour promouvoir la paix pour tous dans toute cette région. Mais les Églises affectées par l’occupation font partie de nos Églises membres. Nos frères et sœurs qui vivent là-bas appartiennent aussi à bien d’autres Églises du monde entier. Et nous comptons parmi nos amis les juifs et les musulmans vivant dans cette région qui éprouvent le besoin d’une paix durable sans occupation, sans violence d’aucune sorte – d’où qu’elle vienne –, sans crainte de destruction et sans cette culture permanente de méfiance et de désespoir. Il faut abandonner toute réflexion ou déclaration théologiques légitimant des attaques ou une discrimination à l’encontre d’un quelconque groupe ou peuple. Néanmoins, nous critiquons d’un point de vue théologique toute théologie qui défend l’occupation et l’annexion de terres et de biens immeubles dans cette région.

 

45. Les Églises de Jérusalem font partie de la communauté d’Églises et de la chrétienté du Proche-Orient. Avec les Églises de Syrie, du Liban, de Jordanie et d’Égypte, elles appartiennent à la Terre Sainte dans un sens large. Cette région est confrontée à de nombreux défis qui viennent s’ajouter à la tension israélo-palestinienne et qui se sont manifestés de façon encore plus prononcée dans les crises politiques qui se sont accélérées ces dernières semaines. Cette région est confrontée à de nombreux problèmes : économiques, politiques et géopolitiques, mais aussi problèmes posés par les relations entre religions et entre groupes au sein d’une même religion, par des tensions entre différents groupes ethniques, etc. Les Églises de la région y sont chez elles, elles y ont leurs racines, elles y ont leur histoire et elles y ont leur mission. Ces temps-ci, la situation de bon nombre d’entre elles est sérieusement remise en question et nous constatons que beaucoup voient leurs fidèles quitter la région en grand nombre. L’Église orthodoxe copte et d’autres Églises d’Égypte traversent actuellement une période très difficile pour leur pays et pour leur peuple. Au cours de notre réunion, des dirigeants d’Église venus d’Irak nous communiqueront d’importantes informations de première main sur la réalité dans laquelle ils vivent.

 

46. Le COE est une communauté fraternelle d’Églises qui inclut de nombreuses Églises du Proche-Orient ; dans ce sens, nous sommes nous-mêmes là-bas – et nous ne nous contentons pas de parler d’elles. Le Conseil des Églises du Moyen-Orient (CEMO) est l'expression de cette réalité et un précieux instrument de l’œcuménisme dans cette région. Nous constituons une communauté mondiale appelée à manifester notre unité dans la solidarité, l'accompagnement et le soutien mutuel dans notre mission. La conception de la mission de l’Église dans cette région a mis de longues années à se développer et il est important de laisser les Églises poursuivre ce travail. Que des Églises d’autres régions du monde les soutiennent et les accompagnent, c’est un signe de notre « être un ». En tant que communauté fraternelle d’Églises, nous devons nous opposer à tout ce qui peut être considéré comme une prolongation de l’approche coloniale dans cette région. À l’heure actuelle, la priorité, c’est de travailler avec les Églises du Proche-Orient et de prier pour une paix juste dans l’avenir de tous les peuples de cette région.

d.      Être un dans des temps qui changent – ou changer le paysage œcuménique ?

 

47. L’an dernier, nous avons célébré le 100e anniversaire de la Conférence d’Édimbourg de 1910. Cette réunion historique s’est demandé très spécifiquement dans quelle mesure l’appel à être un et l’appel à faire connaître l’Évangile allaient de pair, et dans quelle mesure l’absence d’unité était un obstacle au témoignage rendu à Jésus-Christ. En septembre dernier, le Comité exécutif du COE a visité la grande salle dans laquelle s’étaient assemblés les délégués en 1910. J’ai été frappé par ses dimensions, et j’ai pensé aux problèmes qu’a dû poser l’organisation de cette réunion, à la durée des voyages accomplis par les participants, mais aussi aux nombreuses impulsions qu’ils ont données à l’œcuménisme et à la mission ! Au cours de ce Comité central, nous allons dresser un bilan des célébrations de ce centenaire et de la contribution du COE à cette réunion. Il y a d’importantes questions à traiter : Cette réunion a-t-elle donné du christianisme actuel une expression assez large ?La réunion de 2010 a-t-elle réussi à donner une idée suffisamment claire des perspectives des Églises et de notre conception de l’appel à être un ? Je suis convaincu que cet événement a été une source de bénédictions et que nous pouvons aussi en tirer des leçons lorsque nous nous demandons si la meilleure façon de faire profiter tout le monde du rôle que nous avons à jouer pour promouvoir l’unité visible dans la mission consiste à considérer que le COE doit plutôt soutenir que diriger.

 

48. La Conférence d’Édimbourg de 1910 a engendré, suscité ou inspiré plusieurs mouvements. Le mouvement œcuménique est l’un d’entre eux. Plusieurs éléments que j’ai constatés lors de la Conférence d’Édimbourg m’amènent à penser qu’il convient de parler du mouvement œcuménique un. J’ai trouvé particulièrement encourageant de constater cela à cette conférence et lors de différentes rencontres que j’ai eues avec d’importants représentants de ce qu’on appelle le mouvement évangélique ; ainsi, par exemple, j’ai été invité à la Conférence de la Mission de Lausanne qui s’est tenue au Cap, en Afrique du Sud ; je constate une convergence qui n’existait certainement pas il y a 35 ans, et on se rend compte que la distance entre Lausanne et Genève s’est réduite. On constate une convergence dans nos programmes de travail ; la plupart des thèmes qui ont inspiré nos activités pendant des décennies se retrouvent maintenant dans les programmes d’action des institutions évangéliques – par exemple les activités de défense des droits, les droits de la personne, l’édification de la paix, les problèmes écologiques et les relations avec les croyants d’autres religions. Plusieurs de nos Églises membres entretiennent de nombreuses relations ou même s’identifient dans une large mesure avec les deux mouvements. Nous savons tous que nous sommes impérativement appelés à vivre l’Évangile et à le faire connaître, et il apparaît de plus en plus clairement que c’est ce que nous faisons chaque dimanche, chaque jour.

 

49. Nous devrions être conscients, je pense, que dans ce paysage, il y a des portes ouvertes, que la situation évolue et que le COE devrait être prêt à assumer son rôle – promouvoir l’unité – dans un sens plus large qu’auparavant. Nos procédures de consensus nous aident à inviter un large éventail de personnes et d’institutions à la réflexion et à la participation à la prière et à la mission, sans pour autant renoncer à l’appel qui nous est fait à devenir un dans tout ce que nous faisons pour la justice, la paix, la dignité et les droits humains.

 

50. Une autre indication importante à cet égard est l’invitation qui m’a été faite de prendre la parole à la Conférence pentecôtiste mondiale. Au début du siècle dernier, le mouvement pentecôtiste a commencé à rassembler des gens de différentes classes et couleurs dans la prière, dans des cultes animés par l’Esprit et dans un ministère au nom du Seigneur Jésus-Christ. J’ai été très ému d’apprendre que, dans notre Groupe mixte consultatif COE/pentecôtistes (GMC), on constate que de plus en plus de dirigeants pentecôtistes considèrent désormais différemment leur place en rapport avec le mouvement œcuménique et le COE. « Les temps changent », m’a-t-on dit. Ce travail commun, dans lequel la pasteure Jennifer S. Leath dirige la représentation du COE, porte maintenant de nouveaux fruits.

 

51. J’ai plusieurs fois rencontré des représentants de l’Église catholique romaine, et leur volonté manifeste de répondre à la prière du Christ a été pour moi une source abondante de bénédictions et d’encouragement. C’est en particulier le message qui m’a été communiqué lors de ma visite officielle à Sa Sainteté le pape Benoît XVI et lors de mes deux visites officielles au président sortant et au nouveau président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens. D’autres encouragements dans ce sens m’ont été donnés lors de conversations que j’ai eues avec des représentants de mouvements catholiques romains inspirés par la vision de l’unité et qui la promeuvent, notamment la communauté Sant’ Egidio et les Focolari. J’ai aussi rencontré des hauts responsables catholiques d’Irlande, du Royaume-Uni, de Norvège, d’Allemagne, d’Israël/Palestine, de Malaisie, des États-Unis d’Amérique, du Nigeria et de plusieurs autres pays ; chaque fois, le message a été très clair : les efforts déployés en commun avec nos Églises membres aux niveaux local et national sont très importants.

 

52. Pour la présente réunion, nous avons prévu une double séance plénière, ce qui nous donnera l’occasion d’échanger et de réfléchir ensemble sur l’environnement dans lequel nous avançons. Lorsqu’on se déplace, le paysage change toujours – ou du moins la perception que nous en avons. Mais nous pouvons aussi penser qu’il est possible de modifier la forme des paysages traversés, ne serait-ce qu’en y plantant quelque chose. Nous constatons autour de nous d’importants changements, dont il nous faut discuter, mais il y a aussi des changements que nous voulons nous-mêmes susciter ou encourager. Si nous considérons que le rôle futur des réunions du Comité central doit être une expression du vécu de la communauté fraternelle, cela implique qu’il serait utile d’inscrire en permanence ce point à l’ordre du jour.

e.      Être un dans nos actions et dans la défense des causes par les Églises – le COE et l’Alliance ACT

 

53. Parler de transformation des paysages, c’est bien entendu une image dramatique, radicale et dangereuse. Des catastrophes naturelles comme les éruptions volcaniques, les tremblements de terre, l’élévation du niveau des eaux en raison des changements climatiques, les glissements de terrain, les inondations, les graves perturbations du temps et la fonte de glaciers – voilà exactement ce à quoi beaucoup d’entre vous ont été confrontés l’année dernière et ces derniers mois encore. Vous êtes nombreux à avoir participé à la gestion de ces crises dans vos régions et pays respectifs et, pour beaucoup d’entre vous, cela a consisté à apporter une aide humanitaire. Le nouvel organisme œcuménique qu’est l’Alliance ACT (Action of Churches Together – Action commune des Églises) a été fondé à l’époque où je suis moi-même entré en fonction en janvier 2010. Immédiatement, les collègues et partenaires de l’Alliance ACT se sont vus dans l’obligation (et ils ont démontré qu’ils en étaient capables) de coordonner les activités et interventions de leurs propres partenaires présents en Haïti, lorsque ce pays a été frappé par un tremblement de terre le 11 janvier. Comme j’ai pu moi-même le constater en juin lorsque je m’y suis rendu avec une délégation œcuménique, la catastrophe et les pertes ont été inimaginables, et la résilience des Haïtiens est incroyable. J’ai aussi constaté que la capacité politique de gérer la situation était très réduite et que si la communauté internationale était disposée à relever ces défis, elle n’y arrivait pas véritablement. Nous avons, je pense, constaté que l’Alliance ACT est le principal instrument dont nous disposons pour effectuer ce genre d’intervention et pour œuvrer à un développement qui devrait déboucher sur des transformations durables pour Haïti. Cependant, nous avons également constaté que les Églises elles-mêmes avaient été durement frappées, qu’elles avaient besoin de s’unir, d’être renforcées dans leurs relations les unes avec les autres et avec d’autres institutions de la société civile. L’Alliance ACT a déjà démontré qu'elle est un instrument important pour coordonner des interventions d’urgence et une aide au développement appropriée dans bien des endroits du monde. La naissance et la vie de l’Alliance ACT sont étroitement liées au COE, et ce lien devrait subsister à l’avenir, ce qui profitera à ces deux organisations et renforcera leur crédibilité.

 

54. Le fort désir de changement que nous constatons aujourd’hui dans de nombreux pays du Proche-Orient indique à quel point il est important que les droits politiques et démocratiques soient respectés et que l’on accorde une attention prioritaire au bien-être des gens, avec notamment le droit à l’alimentation et au travail et la liberté de pratiquer son culte en sécurité et sans crainte. En même temps qu’on fournit de l’aide alimentaire et qu’on encourage le développement économique et social, il s’agit d’œuvrer à améliorer la gouvernance, à rendre meilleures les relations entre des populations appartenant à différentes cultures et religions, à promouvoir les droits humains, à œuvrer pour la paix et la réconciliation, à lutter contre la violence, etc. On voit donc qu’il existe des liens importants entre les activités de l’Alliance ACT, qui relèvent plutôt de l’opérationnel, et le rôle du COE, surtout maintenant que ce dernier n'intervient plus de la même manière qu'autrefois. Cela implique qu’il faut coordonner nos activités de plaidoyer, comme nous avons déjà prévu de le faire ensemble dans notre Bureau de liaison auprès des Nations Unies à New York.

 

55. Avant la fondation du COE et celle de l’Alliance ACT, les Églises pratiquaient déjà la diaconie depuis des siècles. Dans le monde entier, un grand nombre d’établissement de santé sont gérés par des Églises ou des organisations qui leur sont liées. En tant que communauté fraternelle d’Églises, le COE peut aider l’Alliance ACT à mieux définir son rôle en association avec les Églises partout où des partenaires de l’Alliance ACT sont actifs. Il nous incombe d'offrir à l’Alliance ACT une réflexion et une définition des valeurs inspirant ce genre d’activité et des moyens permettant de développer les capacités des dirigeants d’Églises à travailler en partenaires des membres de l’Alliance ACT. Le COE peut aider celle-ci à mieux comprendre ses responsabilités vis-à-vis des Églises locales, ce qui lui permettra de mieux enraciner son travail dans la réalité nationale et locale, afin que la collaboration entre Églises locales et l’Alliance ACT ne se limite pas aux dimensions opérationnelles de ses interventions. C’est pourquoi il nous faut approfondir la conception de la diaconie des Églises, une diaconie prophétique axée sur le changement et visant à l’instauration d’un monde meilleur, mais approfondir aussi le rôle de la diaconie en tant que manifestation de notre unité.

f.        Lancer de nouveaux projets théologiques pour soutenir notre quête de l'unité

 

56. Lorsque je me suis rendu à Saint-Jacques-de-Compostelle en décembre dernier, j’ai eu l’occasion de m’interroger sur la nécessité d’avoir différentes expressions du mouvement œcuménique. Même en décembre, la cathédrale était pleine de pèlerins, dont quelques amis chers dont j’avais fait la connaissance au siège de l’Église arménienne de Jérusalem, lorsque j’avais rendu visite à leurs frères et sœurs dans un autre saint lieu de pèlerinage. Lorsque j’ai rencontré l’archevêque de Saint-Jacques-de-Compostelle en compagnie de l’évêque de l’Église épiscopale d’Espagne (qui est d’ailleurs membre de notre Comité central), nous avons évoqué le fait que le pèlerinage, à notre époque, est lui aussi devenu un mouvement œcuménique, et que les gens qui sont à Saint-Jacques-de-Compostelle sont au service de toutes les personnes qui, en chemin, cherchent la paix avec Dieu.

 

57. J'étais à Saint-Jacques-de-Compostelle pour prendre la parole dans une conférence qui devait publier une déclaration sur la nécessité de définir les droits des êtres humains à la paix. Les partenaires du COE, pour cette conférence savaient bien à quel point le mouvement œcuménique a été et est encore capable de mettre en lumière ces dimensions des droits humains fondamentaux, tant en principe que dans la réalité. C’est d’ailleurs ce que fera à nouveau le COE lors du ROIP à la Jamaïque, en mai prochain. Cette visite m’a aussi rappelé mon premier séjour à Saint-Jacques-de-Compostelle en 1993, lorsque j’ai participé, en tant que journaliste accrédité, à la Conférence mondiale de Foi et constitution. Un article avait pour titre une déclaration de l’archevêque Desmond Tutu : « Que les théologiens fassent le ménage ! » Il expliquait comment la lutte contre l’apartheid exigeait une réflexion théologique sérieuse commune sur notre foi et notre ecclésiologie, dans notre contexte ; il précisait que l'urgence de la lutte contre l’apartheid laissait peu de temps pour tenter de surmonter nos divisions entre Églises, à propos de la foi, du ministère et des sacrements, ces divisions existant par ailleurs entre des Églises unies dans leur combat pour la justice. Nous avions alors besoin (et nous avons certainement toujours besoin) de travailler plus encore dans le domaine de la théologie – un travail théologique sérieux, engagé et qualifié – tant dans le mouvement œcuménique que dans le cadre des activités propres du COE.

 

58. Des partenaires tels que l’Église catholique romaine et certains pentecôtistes participent pleinement à ce travail, et je m’intéresse particulièrement à la manière dont nous pouvons continuer à travailler comme nous l’avons fait pour les études auxquelles nous mettons la dernière main : celle sur la reconnaissance mutuelle du baptême et l’étude ecclésiologique sur la nature et la mission de l’Église. J’ai la certitude que les réflexions théologiques que nous allons lancer (par exemple à l’occasion d’un colloque de Foi et constitution qui aura lieu à Moscou cette année) au sujet de nos racines communes, telles qu'elles figurent dans les textes de l’Église primitive, s’inscriront dans la ligne des études importantes qui nous ont occupés jadis et qui ont eu un fort impact sur le mouvement œcuménique, comme cela s’est passé avant et pendant le Second Concile du Vatican. Il est nécessaire et urgent de lancer une réflexion théologique sur l’ecclésiologie et l’unité en se fondant sur les relations de coresponsabilité entre les Églises membres et sur l’intensification des relations avec d’autres Églises. Et cette réflexion devra se répercuter sur notre réponse de facto à l’appel à être un dans de multiples dimensions différentes, comme je l’ai indiqué.

g.      Être un dans notre prise de position chrétienne commune dans un monde marqué par les relations interreligieuses – et face à l’aggravation de certaines tensions

 

59. Le COE a plus de quarante ans d’expérience dans le domaine des relations interreligieuses. Cela signifie non seulement qu'il possède une expérience institutionnelle en la matière mais aussi qu’il a largement contribué à porter la réflexion sur les relations interreligieuses et leur pratique au niveau où elle se trouve aujourd’hui. Cette œuvre de défrichement a été l’une des parties les plus exigeantes de notre programme, et les discussions qui ont eu lieu au sein de nos organes directeurs au cours des années sont là pour le prouver.

 

60. Aujourd’hui, il n’y a plus grand monde pour contester que le COE et les Églises membres doivent traiter de ces questions. Il y a à cela au moins trois raisons principales. En premier lieu, la réalité des relations interreligieuses est désormais quelque chose de commun – plus ou moins – à toutes les Églises ; elle a toujours été une dimension importante de l’identité de beaucoup d’entre elles. Ce n’est un luxe facultatif pour aucune de nos Églises. En second lieu, ces réflexions ont mûri à bien des égards – théologiquement, pratiquement et politiquement. Nous n’avons pas à renoncer à notre identité chrétienne, mais il nous faut réfléchir à ce qu’elle signifie face à des représentants d’autres religions – ou à des gens qui n’en ont aucune. Nous voyons aussi à quel point ces questions revêtent de l’importance, au niveau quotidien, pour la coexistence. Les questions fondamentales de l'éthique chrétienne sont : Comment puis-je aimer mon prochain, comment pouvons-nous être les bons prochains dont a besoin l’autre ? En troisième lieu, le COE a un rôle à jouer, dans ce paysage interreligieux, au niveau international. On nous interpelle, et on attend notre contribution. Nous avons maintenant le temps de réfléchir à ce que devraient être les activités du COE au cours des prochaines années. Il existe de nombreux experts et professeurs en la matière, dans nos Églises ou proches d'elles. Il existe aussi beaucoup de gens engagés, hautement qualifiés, chargés de ces questions particulières dans les Églises et dans nos organisations partenaires. Le COE, lui, devrait être un partenaire global pour les autres. Nous représentons des valeurs et des vécus reflétant toutes sortes de cultures et de contextes, ainsi qu’une sensibilité particulière à l’égard de la manière dont les Églises elles-mêmes, chacune dans son contexte, vivent et entretiennent des relations avec des adeptes d’autres religions. Il nous incombe en particulier d’aborder ces questions dans le cadre d’une discussion œcuménique fructueuse. Nous traitons des problèmes touchant aux droits humains dans le contexte du dialogue interreligieux. Le COE devrait être particulièrement qualifié pour percevoir ces questions dans une perspective holistique et pour adopter une approche multidimensionnelle.

 

61. En conclusion, je voudrais faire quelques remarques d’ordre personnel. J’ai comparé ce rapport avec ce que j’ai dit et pensé lorsque vous m’avez demandé d’assumer la fonction de Secrétaire général du Conseil œcuménique des Églises. Je constate que, dans une large mesure, je ne me suis guère trompé lorsque j’ai tenté d’identifier les principaux thèmes et défis qui se présentaient. Je suis profondément reconnaissant de la bonne coopération qui s’est établie avec mes collègues, avec les autres membres du Bureau, avec vous qui constituez cet organe directeur ainsi qu’avec les Églises et leurs représentants. Il m'arrive parfois d'être bouleversé par tant de bonne volonté de votre part. Je suis maintenant plus que jamais convaincu que ce travail est important, qu’il est exigeant et qu’il est source de bénédictions pour les Églises et pour le monde. J’ai la conviction que Dieu nous ouvre des portes, que nous sommes appelés à suivre Christ dans des relations nouvelles. Cette année a été la plus chargée de ma vie, mais aussi celle qui m’a apporté le plus de bénédictions. Je me félicite tout particulièrement des rencontres et de la coopération avec les jeunes : ils sont l’avenir du mouvement œcuménique, ses pierres angulaires. Leur participation est toujours source d’inspiration et j'apprécie grandement les contributions qu’ils apportent à notre présent et à notre avenir.

 

62. Que Dieu continue à nous donner à tous force et joie pour ce travail et cette communauté fraternelle !

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