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Date du document: 20.02.2008
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Document n° GEN 02

Rapport du secrétaire général

Ce qui pouvait arriver de pire au Conseil, c'est d'être considéré comme un rouage de plus dans la machinerie ecclésiastique. Mon rôle ne consistait pas à inventer des idées neuves, mais à repérer les initiatives les plus intéressantes de la vie des Eglises et à essayer de leur faire porter du fruit pour toute la famille oecuménique.… Il fallait encore et toujours, par la qualité du travail du travail, prouver aux Eglises qu'il valait la peine de soutenir pleinement le Conseil.

W. A. Visser 't Hooft : Le temps du rassemblement ― Mémoires,

Le Seuil, Paris 1975, page 428

I.  Le rôle du COE dans un contexte ecclésial en mutation rapide

A.  Espoirs et inquiétudes

1. Quels sont vos espoirs pour votre Eglise ? Quelles sont vos craintes, vos inquiétudes ?

Tout ce que nous faisons au Conseil oecuménique des Eglises doit partir de la réalité des Eglises membres, des inquiétudes que peuvent vous inspirer la situation actuelle et l'avenir de votre Eglise. Le COE joue un rôle essentiel et pertinent dans la mesure où c'est un lieu de rencontre où les Eglises membres peuvent se faire mutuellement part de leurs espoirs et de leurs inquiétudes et, dans la communauté qu'elles constituent, croître vers l'unité visible. Alors que nous célébrons le 60e anniversaire du Conseil oecuménique des Eglises, nous avons de bonnes raisons de nous rappeler cet objectif premier du COE.

2. En ma qualité de secrétaire général, l'une de mes responsabilités consiste à entretenir des contacts étroits avec les Eglises, par correspondance mais aussi, plus efficacement, par des visites. Au cours de ces quatre dernières années, j'ai visité des Eglises dans toutes les régions. Je considère que le temps que je passe avec des dirigeants d'Eglise mais aussi, tout aussi bien, avec des chrétiens ordinaires sont autant d'occasions de les écouter exprimer leurs préoccupations, leurs joies et leurs craintes, les problèmes auxquels ils sont confrontés et les possibilités qu'ils peuvent avoir de les résoudre. Mais c'est aussi pour moi l'occasion de ranimer l'enthousiasme des dirigeants d'Eglise pour ce que font le COE et le mouvement oecuménique en général, et de propager l'amitié oecuménique aux Eglises et entre elles.

3. Au cours de ces visites, j'ai constaté des signes encourageants pour l'avenir de l'Eglise, par exemple en Inde où je suis allé en février 2007. Il se trouvait qu'à ce moment-là les Eglises s'associaient aux autres communautés pour célébrer le 60e anniversaire de l'indépendance politique de l'Inde, et il s'agissait de savoir comment être l'Eglise dans un pays qui a connu une évolution profonde et complexe. Malgré les obstacles que constituent la pauvreté et la violence, le système des castes et le fondamentalisme sous de multiples formes, l'Inde est devenue un acteur de premier plan sur la scène mondiale, une démocratie visible et vibrante, dont la diversité s'exprime sous de multiples formes. Et pourtant, la majorité des Indiens continuent à être dépourvus de pouvoir et à vivre dans la misère. Les Eglises considèrent qu'elles ont le devoir d'instiller une certaine espérance en présentant l'oikoumene comme un autre type de communauté possible. Au Rassemblement de Maramon (Maramon Convention) de l'Eglise syrienne Mar Thoma de Malabar, j'ai vécu ce qu'est la koinonia, la communauté de l'Esprit Saint. Ce Rassemblement, qui a lieu chaque année, est extrêmement intéressant : en effet, il fait penser à la fois à une réunion revivaliste, à une réunion de famille, à un séminaire d'enseignement, à une retraite spirituelle et à une plateforme pour lancer de nouvelles initiatives dans les domaines de la mission et du témoignage de l'Eglise. Un engagement sincère tel que celui que nous constatons au Rassemblement de Maramon est le moyen biblique de progresser vers la réalisation d'une communauté juste et compatissante.

4. J'ai également vu des Eglises souffrir, et leur espérance en Christ mise à l'épreuve, dans d'autres genres de situations, confrontées à des conflits et à des guerres, à la pauvreté, à la maladie et au désespoir.

Lorsque je suis allé aux Philippines en novembre dernier, j'ai participé à un service organisé par l'Iglesia Filipina Independiente (Eglise philippine indépendante, membre du COE) en souvenir du regretté évêque Alberto Ramento, au cours duquel j'ai fait un sermon sur le thème : « N'ayez pas peur ! » L'évêque Ramento fut odieusement assassiné en octobre 2006; il s'agissait de l'un de ces meurtres extrajudiciaires qui sont devenus monnaie courante aux Philippines. Considéré comme un pasteur prophétique, l'évêque Ramento était respecté dans la mesure où il incarnait cette vision oecuménique qu'est la recherche de la paix et de la justice, de la réconciliation et de la guérison. Il était l'exemple même d'un authentique enseignant et défenseur de la foi chrétienne - une foi qui le poussait à élever courageusement la voix pour dénoncer la misère, témoigner de l'espérance qui est en Christ et appeler les gens à défendre la dignité humaine et à préserver l'intégrité de la création de Dieu. Avec le Conseil national des Eglises aux Philippines et quelques autres Eglises, l'Iglesia Filipina Independiente s'est montrée digne de l'appel que nous lance l'Evangile du Christ. Sa volonté de lutter pour la justice et pour la paix a sa source dans la tradition associée à la foi biblique : selon cette tradition, Dieu s'est rangé aux côtés des victimes du pouvoir, les prophètes ont condamné l'injustice et Jésus a dénoncé les abus de pouvoir. Mais cela n'est qu'une dimension de l'Eglise qui est aux Philippines : malheureusement, il y a aussi des dirigeants d'Eglise et des chrétiens qui se sont compromis avec le pouvoir en place et qui ont trahi à la fois l'Evangile et le peuple. Plutôt que de prendre le parti de la justice et d'exiger que tout le peuple puisse vivre dans la dignité, ils se sont laissé exploiter au point de légitimer les pratiques de ceux qui abusent du pouvoir et le détournent à leur profit, au détriment du peuple même qu'ils prétendent représenter.

5. Le monde étant ce qu'il est, nous sommes appelés à accompagner les Eglises et les personnes qui vivent dans la détresse et l'affliction. Au moment même où j'écris ce rapport, mon propre pays, le Kenya, se trouve plongé dans une situation de ce genre. A la suite des élections présidentielles du 27 décembre 2007, dont les résultats ont été farouchement contestés, on a vu se déchaîner une violence qui, si elle n'est pas étouffée à temps, pourrait menacer de déchirer le pays; elle pourrait même dégénérer en guerre civile. Dans deux déclarations publiques, le COE s'est associé aux appels lancés tant dans le pays qu'au niveau international demandant que soit mis fin à la violence et exigeant une solution politique qui commencerait par le dialogue entre les principaux protagonistes. Nous avons adressé notre message aux Eglises du Kenya, les assurant de notre soutien et de nos prières. Pour traduire nos prières en expression concrète de solidarité, nous avons envoyé une délégation de « lettres vivantes », forte de 12 personnes -  frères et soeurs de différentes parties du monde. Les Eglises ont besoin d'être encouragées et même interpellées par la communauté oecuménique. A un moment où le pays a sérieusement besoin d'un ministère de réconciliation et de guérison, de nombreux dirigeants d'Eglise kenyans se trouvent divisés selon des lignes de fracture ethniques et politiques, aussi sont-ils moins crédibles, et cela limite leur capacité à affirmer se tenir moralement au-dessus des partis. Mme Agnes Abuom, elle-même kenyane et membre de notre Comité central, se dépense sans compter pour essayer de mettre en place des plateformes qui permettront aux dirigeants d'Eglise de parler et de tenter de s'élever au-dessus des points de vues ethniques et politiques partisans. Consultante en matière de développement et de ressources humaines, Mme Abuom a aussi accompagné beaucoup de gens que ces événements ont traumatisés et choqués.

6. Ce qui se passe au Kenya se produit dans bien d'autres pays encore, et cela met sérieusement à l'épreuve l'idée que les élections sont une panacée pour la démocratie et une bonne gouvernance. Dans le cas du Kenya, il y a des problèmes qui sont longtemps restés sous-jacents mais qui étaient prêts à exploser à la moindre provocation. Il y a des problèmes historiques, politiques, constitutionnels, électoraux, ethniques et fonciers qui ont tendance à ressurgir tous les cinq ans, au moment des élections. Jusqu'à présent, les hommes politiques ont réussi à conclure un certain nombre d'accords politiques acceptables, mais qui ne résolvent pas les problèmes. Pour pouvoir trouver une solution durable, il faut que le problème soit clairement énoncé. Les Eglises doivent se montrer à la hauteur de la situation et dépasser leurs propres préjugés pour aider le pays à parvenir à une solution globale, juste et durable. Le chemin sera long, et le COE doit être prêt à y accompagner les Eglises kenyanes et le peuple kenyan.

7. En décembre 2007, j'ai participé à une retraite de trois jours organisée pour les responsables des Eglises membres des Etats-Unis; ce fut pour moi une expérience spirituellement enrichissante et dynamisante - une situation exceptionnelle, en fait, dans la mesure où il ne s'agissait pas de faire des discours, de prêcher ni de discuter. Ce fut véritablement une retraite, trois jours en retrait du rythme activiste qui caractérise la vie des hauts responsables. Passer toute une journée en silence m'a aidé à redécouvrir à quel point, si chaque individu est unique en son genre, il est aussi, de ce fait, seul. Être seuls nous fait découvrir la solitude; cette retraite m'a rappelé avec force que la solitude est essentielle à notre vie spirituelle. Savoir et sentir que les autres aussi étaient seuls, vivaient ces trois jours dans la solitude, ce fut pour chacun de nous une occasion d'approfondir notre communion et de renforcer notre communauté. C'est là une richesse que seules les Eglises et les communautés oecuméniques peuvent offrir - un don précieux pour notre cheminement spirituel, quelque chose dont on chérira toujours le souvenir.

8. L'une des richesses potentielles du Conseil oecuménique des Eglises tient à ce qu'il est le lieu où nous pouvons nous faire mutuellement part de nos espoirs et de nos craintes, où nous pouvons nous accompagner et nous soutenir mutuellement dans le témoignage commun que nous donnons au monde, et où les Eglises vivent concrètement cette communauté fraternelle à laquelle elles sont appelées par notre Seigneur Jésus-Christ.

En faisant cela ensemble, les Eglises membres progressent vers l'unité qui est déjà donnée en Christ. En cette année où nous célébrons le 60e anniversaire du COE, nous célébrons aussi le centième anniversaire de la Semaine de Prière pour l'unité des chrétiens, ce qui est une coïncidence remarquable. Le Christ veut que nous soyons un. La quête de l'unité visible nous rapproche les uns des autres et donne un sens - une orientation - au témoignage que nous donnons en commun au monde. Cela nous incite à serrer les rangs et à prier Dieu que, dans sa grâce, il nous transforme et transforme ce monde afin que son dessein se réalise.

B.  Défis communs

9. Par le moyen de la communauté fraternelle qu'elles constituent à l'échelle du monde, les Eglises membres du COE peuvent relever ensemble les défis auxquels elles sont toutes confrontées - qu'il s'agisse des problèmes que pose le monde ou de l'évolution du paysage ecclésial.

Dans mes rapports à l'Assemblée et au Comité central, j'ai fréquemment évoqué les répercussions de la mondialisation sur tous les domaines de la vie. J'ai dit que la pauvreté, la destruction de l'environnement, l'augmentation de la violence et la pandémie du VIH/sida étaient des menaces contre la vie de tous - et qui, en fait, concernent l'ensemble de l'humanité. En certains lieux, les tensions religieuses en sont venues à menacer gravement la survie des gens et la paix. Il s'agit maintenant non seulement de renforcer notre témoignage commun mais encore de développer notre capacité à vivre des relations de bon voisinage - en tant que prochains - dans le contexte du pluralisme religieux. J'ai personnellement veillé à ce que le Secrétariat du COE apporte son soutien aux Eglises confrontées à ces défis communs qui affectent l'ensemble de l'humanité et l'avenir de la vie sur notre planète.

10. A différentes occasions, j'ai également souligné une évidence : à l'échelle du monde, le christianisme est en train de se déplacer vers le Sud et vers l'Est. On commence déjà à constater les retombées de cette évolution sur le mouvement oecuménique et les organisations qui lui sont associées. Cela dit, l'augmentation du nombre de chrétiens dans le Sud et en Orient n'implique en aucune manière que la vie ecclésiale serait stagnante ou en déclin dans les centres traditionnels du christianisme : on constate aussi des signes encourageants de renouveau en Amérique du Nord et en Europe. Entre Noël et le nouvel an, Genève a accueilli une quarantaine de milliers de jeunes venus de toute l'Europe, rassemblés par la communauté de Taizé. Il s'agissait de jeunes chrétiens engagés qui, de retour chez eux, auront transmis à leurs familles, à leurs amis et à leurs communautés l'expérience spirituelle qu'ils ont vécue au cours de cette semaine passée dans la ville de Calvin et qui, ainsi, propageront la bonne nouvelle de l'Evangile sur tout le continent.

11. Une autre force de renouveau qu'il faut mentionner, ce sont les multiples communautés et paroisses de migrants : en bien des lieux du monde, la migration est en train de modifier le visage du christianisme. J'ai traité plus en détail de cette question dans le rapport que j'ai présenté au précédent Comité central. Presque partout dans le monde, il nous faut réfléchir à nouveau sur ce que signifie le fait d'être l'Eglise locale et l'Eglise mondiale dans le contexte actuel.

C.  La « reconfiguration » du christianisme

12. Aujourd'hui, je voudrais me concentrer sur un autre aspect, étroitement lié au précédent, de ce paysage ecclésial en mutation. Un bon nombre d'Eglises membres sont confrontées à la croissance rapide et massive des communautés évangéliques, pentecôtistes et charismatiques ainsi que de communautés et méga-Eglises ne relevant d'aucune confession particulière. On constate que le contexte dans lequel vivent les Eglises évolue, tout comme évoluent les modes d'organisation sociale et les manières dont la foi s'exprime et s'incarne dans la vie quotidienne.

13. Il est intéressant de noter que « toutes les confessions et para-Eglises chrétiennes qui se sont multipliées depuis la Deuxième Guerre mondiale présentent des similarités frappantes avec les sociétés transnationales ».[1] Je tire cette citation d'un livre qui présente une étude très globale et fouillée de ce processus d'évolution, lequel est présent jusque dans le titre : « Restructurer le christianisme dans le contexte de la mondialisation ». C'est une étude très documentée sur la situation des Eglises dans le Pacifique, réalisée et publiée sous la direction du Professeur Manfred Ernst, du Pacific Theological College, à Suva (Fidji); celui-ci y voit « une sorte de microcosme dans lequel on peut rencontrer toutes les tendances et évolutions des affiliations religieuses que l'on constate dans le monde entier ».[2]

14. Cet ouvrage se fonde sur des études de cas analysant la situation dans tous les pays insulaires de la région du Pacifique; il va dans le sens de l'argument de Peter L. Berger, selon qui « le protestantisme évangélique, en particulier dans sa version pentecôtiste, est le mouvement le plus populaire servant de véhicule à la mondialisation culturelle ».[3] Ce mouvement est soutenu par le champ de diffusion des médias mondiaux et par le recours intensif à des programmes de télévision et de radio.

15. Les chiffres présentés dans cette étude vont dans le sens des ouvrages de David Martin, Harvey Cox et Karla Poewe,[4] qui ont montré comment de nouveaux groupes religieux déclenchent un profond processus de changement culturel et social. Manfred Ernst souligne que « les statistiques présentées dans nos études de cas détaillées par pays… confirment l'hypothèse que la conversion à un certain type de christianisme transforme l'attitude des gens à l'égard de la famille, du comportement sexuel, de l'éducation des enfants, du travail et de l'économie domestique. On peut dire que ce type émergent de religion, dans ses formes pentecôtistes, néo-pentecôtistes, évangéliques-fondamentalistes, encourage… un comportement et une morale qui conviennent particulièrement bien à des gens qui cherchent à progresser dans le contexte florissant et dominant du capitalisme mondial actuel ».[5] Tel est le contexte dans lequel ces nouveaux mouvements naissent et se multiplient dans le monde entier, même dans les pays dont la population est en majorité orthodoxe ou catholique romaine.

16. La croissance de ces nouvelles expressions de la foi chrétienne se fait, dans une large mesure, aux dépens des Eglises traditionnelles; en fait, elle ne doit pas grand-chose à de nouvelles conversions. Le prosélytisme est une question qu'il faut aborder de front. On voit même certains mouvements néo-pentecôtistes, pour trouver de nouveaux membres, cibler des Eglises pentecôtistes missionnaires plus anciennes telles que les Assemblées de Dieu. Les pratiques de ce genre nous permettent de penser qu'il y a des limites aux impressionnants chiffres de croissance que nous avons constatés jusqu'à maintenant. Les statistiques fournies dans l'étude sur le Pacifique font apparaître qu'il convient de considérer d'un oeil plus critique les chiffres le plus souvent cités par David Barrett, George T. Kurian et Todd M. Johnson pour décrire les tendances globales du christianisme : ils tendent à être nettement inférieurs aux statistiques officielles concernant les grandes Eglises historiques et seraient exagérés pour les multiples dénominations pentecôtistes-charismatiques.[6]

17. Cette évolution n'est pas linéaire : elle est tout aussi dynamique, complexe et interactive que toutes les grandes mutations culturelles que nous avons connues par le passé : se développant parallèlement à la mondialisation, ce processus semble favoriser une américanisation du christianisme mondial dans la mesure où les chants, la structure des cultes et les comportements des communautés évangéliques et pentecôtistes s'inspirent d'un modèle fondamentalement américain (Etats-Unis). Mais on constate aussi que cette domination nord-américaine provoque de plus en plus des réactions de mécontentement chez les évangéliques et les pentecôtistes d'Amérique latine, d'Asie et d'Afrique. Des pentecôtistes des deuxième et troisième générations se rendent compte qu'ils doivent s'enraciner beaucoup plus dans les réalités sociales et culturelles de leurs régions et pays respectifs. Par ailleurs, parallèlement à l'homogénéisation des tendances culturelles mondiales, la spiritualité charismatique ou pentecôtiste influence de plus en plus les grandes Eglises traditionnelles dans de nombreux pays du Sud. Si certaines d'entre elles y voient une menace, on constate aussi un processus très intéressant d'adaptation et d'ajustement de ces grandes Eglises, au point que cela pourrait même freiner la croissance des nouveaux mouvements. Les chiffres sont plus stables dans les Eglises qui se sont ouvertes au mouvement charismatique et aux cultes à la mode pentecôtiste.[7] On constate aussi dans les Eglises une évolution parallèle qui favorise une nouvelle politique identitaire en réaction contre les forces de mondialisation qui, aujourd'hui, marquent de leur empreinte le contexte culturel, social et politique de bien des pays. Il y a d'une part fragmentation des communautés et, d'autre part, par-delà les frontières culturelles et religieuses traditionnelles, formation de nouvelles coalitions autour de problèmes éthiques, et cela s'explique dans une large mesure par les effets de ce double visage du processus historique de mondialisation. Les sociétés et groupes fondés sur des valeurs communautaires traditionnelles sont soumis à de fortes pressions. Le débat diviseur sur les valeurs morales est l'expression d'une réaction contre la poussée de l'individualisme, de l'indifférence ou de la mentalité du « tout se vaut » qui caractérise le postmodernisme associé à l'économie de marché ainsi que contre l'hégémonie de valeurs néolibérales occidentales, lesquelles sont soutenues par la puissance économique, politique, médiatique et militaire de l'Amérique du Nord et de l'Union européenne. Dans le même sens, la communauté des Eglises est dans une large mesure affectée par la croissance du fondamentalisme, par la divergence des conceptions du monde et par de profondes différences d'interprétation des signes des temps. On voit émerger de nouvelles alliances entre Eglises à propos des valeurs morales. Dans ce contexte, certaines profondes divergences ecclésiologiques qui, par le passé, furent suffisamment graves pour freiner la coopération oecuménique semblent n'être plus pertinentes. Cette situation est clairement résumée par ceux qui disent qu'il nous faut choisir entre « vérité » et « unité ». Mais cette alternative est-elle vraiment fondée ? Par le passé, nous nous sommes efforcés de ne pas séparer ces deux aspects de l'Evangile et nous avons insisté sur la tension créatrice entre ecclésiologie et éthique, unité et vérité.

18. Je suis convaincu que d'autres signes encore nous ouvrent de nouvelles perspectives de coopération, nonobstant les tensions et conflits existants. En bien des lieux du monde actuel, des Eglises évangéliques et pentecôtistes manifestent de plus en plus d'intérêt pour les problèmes sociaux et écologiques et s'y impliquent plus que beaucoup ne s'y attendaient. Si, à l'origine, les évangéliques et les pentecôtistes ont eu une réaction de rejet contre le mouvement oecuménique, c'est qu'ils en critiquaient « l'Evangile social ». Aujourd'hui, des évangéliques et de nouvelles Eglises émergentes aux Etats-Unis se sont lancés dans la bataille contre la pauvreté, en particulier en participant au « Défi Michée »*, et un certain nombre de responsables évangéliques des Etats-Unis contestent la position du gouvernement de ce pays sur le problème du changement climatique. De nouveaux ponts sont jetés sur d'anciens fossés.

19. Dans certains cas, on ne distingue plus très clairement les frontières que nous traçons généralement entre l'oecuménisme conciliaire, qui est une forme d'engagement collectif, et les formes de coopération entre Eglises fondées sur des intérêts communs pour un nombre limité de thèmes et la participation à des activités en relation avec ces thèmes. Aux Etats-Unis, cette distinction continue à poser des problèmes aux Churches of Christ Together; en même temps, d'autres modèles se mettent en place en Norvège, en Suède ou encore en Malaisie. En bien des lieux, de nouvelles formes de coopération s'établissent entre Eglises membres du COE et d'autres Eglises et communautés chrétiennes qui n'appartiennent pas à notre communauté fraternelle.

20. L'une des choses les plus intéressantes faites par le COE ces dernières années a été de contribuer à la mise en place, pour l'ensemble de la communauté, de lieux de rencontre, d'échanges et de cheminement commun, quoique l'objectif de ce cheminement ne soit pas encore clairement défini et n'ait pas fait l'objet d'un accord. Par le passé, le COE a déjà su jouer ce rôle avec d'autres organismes relevant de l'oecuménisme conciliaire (par exemple des organisations oecuméniques régionales et des conseils nationaux d'Eglises), l'Eglise catholique romaine et les communions chrétiennes mondiales. Plus récemment, le processus Le COE et le mouvement oecuménique au 21e siècle et le Forum chrétien mondial ont ajouté de nouvelles dimensions à ce service offert par le COE au mouvement oecuménique dans son ensemble. Nombre de nos Eglises membres et partenaires oecuméniques considèrent à la fois avec satisfaction et appréhension ces nouveaux rôles qu'assume le COE. Certaines indications font penser, par exemple, que l'Eglise catholique romaine reconnaît le rôle constructif que le COE a joué pour ouvrir de tels lieux de rencontre au mouvement oecuménique global, par-delà le cercle de ses Eglises membres. Mais, en même temps, il nous est clairement fait savoir que ces initiatives ne devraient pas remettre en question ou menacer les acquis. Je vois s'exprimer ces préoccupations, par exemple, dans les discussions relatives à la prochaine Assemblée du COE, qui est également à notre ordre du jour.

D.  Le rôle du COE

21. Ce dernier commentaire m'amène à parler de tout ce que cela implique pour le rôle du COE. Dans la première phrase de la Section III, intitulée : Fonctions et buts du COE, la Constitution du COE dit expressément et clairement : « Le Conseil oecuménique des Eglises est constitué par les Eglises pour servir le seul mouvement oecuménique. » La tâche n'est pas simple mais il est indispensable que le COE montre la voie à suivre pour ce qui est du développement actuel et futur du mouvement oecuménique.

22. La déclaration d'orientation générale intitulée Vers une conception et une vision communes du COE (CVC) dit très clairement que « le mouvement oecuménique est plus large que ses expressions institutionnelles » (§ 21). Ce document souligne aussi que « si le COE est avant tout la communauté que forment ses Eglises membres, il est en même temps un instrument et une expression essentiels du mouvement oecuménique ». (Ibidem)

23. Si sa tâche première est effectivement, comme je l'ai souligné au début de cette partie de mon rapport, d'approfondir la communauté entre les Eglises membres, le COE a aussi la responsabilité d'élargir la participation au mouvement oecuménique et de veiller à sa cohérence. Selon notre Constitution, l'identité du COE consiste à être une communauté fraternelle d'Eglises profondément résolues à tendre vers ce triple objectif : unité visible, témoignage commun et service au monde. Dans son allocution, le président attire notre attention sur cette triple dimension du mandat du COE : unité, témoignage commun et service sont en quelque sorte les trois éléments constitutifs fondamentaux de l'ADN du COE.

24. Approfondir la communauté fraternelle, cela signifie intensifier les efforts que nous faisons en commun pour l'unité visible de l'Eglise, pour la mission et pour le service au monde. Cependant, si l'on veut décrire le rôle actuel du COE à l'égard du mouvement oecuménique en général et du christianisme dans son ensemble, il faut y ajouter une autre dimension : le COE a la responsabilité d'oeuvrer à l'élargissement de la participation au mouvement oecuménique et d'en assurer une plus grande cohérence.

25. Approfondir la communauté fraternelle, élargir la participation au mouvement oecuménique et assurer une plus grande cohérence - ces trois dimensions exigent que l'on maintienne un équilibre entre ce qui a été fait par le passé et ce qui doit être fait à l'avenir, entre la communauté qui existe déjà au COE et la nécessité de la dépasser en rassemblant véritablement toutes les « Eglises qui confessent le Seigneur Jésus Christ comme Dieu et Sauveur selon les Ecritures et s'efforcent de répondre ensemble à leur commune vocation pour la gloire du seul Dieu, Père, Fils et Saint Esprit » (Base du COE).

26. Théologiquement, ces trois dimensions reflètent la réalité relationnelle essentielle du Dieu trinitaire, la koinonia qui est au coeur de la communauté que constituent les Eglises membres. Cette koinonia n'est pas quelque chose qui nous appartient : c'est un don de Dieu qui veut que les Eglises participent à la mission divine de réconciliation et de guérison. Nous ne pouvons jamais limiter cette koinonia à nous seuls : elle nous oblige toujours à nous dépasser et à établir de nouvelles relations; et si nous en sommes capables, c'est que nous sommes convaincus de ce mystère : Dieu est aussi présent chez l'autre.

27. Si l'approfondissement de la communauté des Eglises membres du COE, l'élargissement de la participation au mouvement oecuménique et la nécessité d'en assurer la cohérence sont trois tâches fondamentales, celles-ci ne vont cependant pas sans tensions. Nous le constatons dans trois domaines que j'évoquerai dans la seconde partie de mon rapport : le Forum chrétien mondial, la formation de l'Alliance ACT par fusion d'ACT International (Action commune des Eglises) et d'ACT Développement, et la discussion sur le nouveau style à donner à l'Assemblée du COE pour accorder plus de place aux communions chrétiennes mondiales (CMC), aux organismes oecuméniques régionaux et à d'autres partenaires oecuméniques.

28. Dans chacun de ces trois domaines, il nous faut suivre l'orientation qui nous est donnée par la Constitution du COE, par sa base et les buts qui y sont énoncés; cela signifie qu'il nous faut toujours prendre pour point de départ la communauté fraternelle que constituent les Eglises membres. Le principal point faible du COE et des autres organisations oecuméniques a été que les Eglises membres ne se les ont pas suffisamment appropriés. La seule manière viable d'assurer une plus grande cohérence entre les différentes organisations créées par les Eglises membres pour les soutenir dans leur mission et dépasser leurs rivalités, c'est que ces Eglises s'approprient véritablement le COE. Cela est également indispensable si l'on veut élargir, d'une manière ou d'une autre, la participation au mouvement oecuménique. Manifestement, pour élargir le cercle, il nous faut nous appuyer sur ce qui a déjà été réalisé.

II.  Trois champs d'action spécifiques

A.  Le Forum chrétien mondial

29. Si, aujourd'hui, j'ai beaucoup parlé de l'évolution de la réalité ecclésiale, c'est que l'un des événements les plus importants depuis la précédente réunion du Comité central a été le Forum chrétien mondial (FCM), qui a eu lieu en novembre 2007 à Limuru, ville de mon pays - le Kenya - qui m'est particulièrement chère. Le FCM est l'instrument le plus important qui nous permettra d'aller vers une plus large participation au mouvement oecuménique, instrument qui n'est pas une simple dimension du christianisme actuel mais qui en reflète le visage actuel. C'est la première fois que s'est réuni, au niveau mondial, un aussi large éventail d'Eglises et de communautés chrétiennes, par-delà toutes les frontières qui continuent à séparer les chrétiens. Le simple fait que ce Forum a eu lieu est à ce jour le principal acquis du processus lancé par le COE lors de l'Assemblée de Harare en 1998. Le Forum chrétien mondial a offert aux participants une occasion de dépasser les sentiments d'hostilité qui prévalaient par le passé et leur a offert une possibilité de corriger certains préjugés profondément ancrés qui existent entre « oecuméniques » et « évangéliques », ou encore entre « pentecôtistes » et Eglises traditionnelles.

30. Nonobstant la portée de cet événement, notre enthousiasme doit rester mesuré pendant que nous continuons à réfléchir. Si ce Forum favorise des échanges en profondeur, il n'implique pas la reconnaissance d'une responsabilité mutuelle. Si de nombreuses traditions ecclésiales y étaient représentées, la participation orthodoxe, surtout celle des Eglises orthodoxes d'expression grecque, fut moindre que ce qu'on espérait.

31. Entre autres résultats importants de ce Forum, nous pouvons d'ores et déjà noter les éléments suivants :

La question de l'unité a été mise à l'ordre du jour des Eglises pentecôtistes et évangéliques; cela est important dans la mesure où cela constitue un encouragement pour la Communauté pentecôtiste mondiale, qui a signé la lettre finale du Forum adressée aux Eglises et qui a accepté d'officialiser sa participation à la réunion annuelle des secrétaires généraux des communions chrétiennes mondiales.

Ce Forum présente et propose aux Eglises à la fois une nouvelle configuration de l'oecuménisme et une nouvelle forme de relations. L'importante participation à ce Forum, la méthodologie qu'il a employée et son caractère non institutionnel semblent attrayants pour de nombreux dirigeants d'Eglise. Cependant, les participants ont eux-mêmes souligné qu'il était nécessaire d'approfondir le dialogue et d'aller au-delà d'un simple échange de témoignages personnels et de récits.

Ce Forum constitue un tournant dans la conception oecuménique du monde : alors qu'on s'inspirait auparavant d'une perspective majoritairement originaire des pays de l'Atlantique Nord, on en vient à une perspective plus globale, qui tient plus pleinement compte de l'impact sur l'Eglise, dans le monde entier, des mouvements revivalistes évangéliques et pentecôtistes. Mais, d'un autre point de vue, on pourrait y voir une américanisation de l'espace commun en raison du poids omniprésent de l'influence culturelle de la base américaine des évangéliques et pentecôtistes du monde entier. Par ailleurs, le Forum chrétien mondial a donné aux pentecôtistes et évangéliques d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine l'occasion de mieux faire entendre leur voix et d'énoncer, pour eux-mêmes, un programme plus ouvert au social et à l'écologique.

32. Les formes traditionnelles de l'oecuménisme devraient considérer ce Forum non pas comme une menace mais plutôt comme un défi à relever. Dans la mesure où il donne de la légitimité à un éventail plus large d'acteurs oecuméniques, à savoir l'Alliance évangélique mondiale, il appelle le COE à se repositionner en fonction des valeurs que sont la communauté fraternelle, l'unité visible, le témoignage commun et le service.

B.  L'Alliance ACT

33. J'ai dit précédemment que l'unité, le témoignage commun et le service étaient les trois éléments constitutifs fondamentaux de l'ADN du COE. Les relations entre ces trois éléments nous donnent un point de départ tout à fait pertinent pour considérer l'évolution récente des activités diaconales du Conseil.

34. J'avais la ferme conviction que le Conseil doit jouer un rôle d'intermédiaire actif pour inciter les partenaires spécialisés à collaborer, au niveau mondial, dans le domaine du développement. Il apparaissait nécessaire d'intensifier la coordination de ces activités, de donner une plus grande visibilité aux actions du mouvement oecuménique dans le domaine du développement et d'améliorer l'accès aux sources de financement. Les discussions ont mené à la création d'une nouvelle alliance mondiale pour le développement : c'est ainsi qu'ACT Développement a été officiellement constitué lors de sa première assemblée, tenue en février 2007 à Nairobi, au bout de deux années de consultations et de planification.

Au cours du processus qui a mené à la formation d'act Développement, il a été bien souligné par ailleurs que l'idéal serait de rapprocher sous un « nom de marque » commun les activités relatives aux interventions d'urgence, aux interventions et campagnes publiques et au développement; la préférence allait à l'appellation : Action commune des Eglises (Action by Churches Together - ACT). Et c'est la raison pour laquelle ACT Développement et ACT International ont décidé de fusionner pour donner naissance à une organisation unique : l'Alliance ACT.

35. Cette volonté concrètement manifestée par les partenaires oecuméniques de collaborer dans les domaines des interventions d'urgence et du développement constitue un important progrès vers une amélioration de la coopération et une intensification de la cohérence du mouvement oecuménique. C'est la raison pour laquelle je soutiens ce processus de mise en place de nouveaux modes de coopération. Il est vrai par ailleurs que certains ont exprimé des doutes sur ce processus devant mener à un renforcement de l'Alliance ACT, craignant que le COE n'en vienne à perdre sa dimension diaconale, laquelle constitue un élément essentiel de sa mission. D'autres se sont inquiétés des relations entre les Eglises et ce nouvel organisme qu'est l'Alliance ACT. Toutes ces questions sont très pertinentes et elles devront être étudiées à fond dans les discussions entre ACT, les partenaires spécialisés et le Conseil oecuménique sur la complémentarité et la responsabilité mutuelle.

36. A propos de ces préoccupations, il est bon de rappeler la logique qui a présidé à la restructuration de l'activité diaconale du Conseil après l'Assemblée de Porto Alegre. Il a été reconnu que l'activité diaconale et la lutte pour la justice sont inséparables dans tout ce que font les Eglises pour accompagner les pauvres et les personnes vulnérables. Cette approche intégrée forme également la base de notre activité en matière d'interventions et campagnes publiques. Lors de la réunion de la table ronde organisée en 2007 par le COE avec les partenaires spécialisés, j'ai souligné la dimension théologique des interventions et campagnes publiques : se tenir devant Dieu, face au monde, prendre le parti de ceux qui souffrent et de la création souffrante et parler en leur nom. C'est donc dans ce sens que la lutte pour la justice - qu'elle s'exprime dans la diaconie ou dans les interventions et campagnes publiques - constitue une dimension indissociable de la mission des Eglises et du Conseil.

37. Cela est admis par les partenaires spécialisés. Au cours de cette même table ronde, il a été dit que le COE occupe une position stratégique[8] qui lui permet d'avoir une vue générale des problèmes qui se posent à l'échelle du monde et requièrent des interventions et campagnes publiques; de coordonner et de convoquer, en renforçant les réseaux existants ou en en créant de nouveaux; d'atteindre un « public » - les membres des Eglises - exceptionnellement important; de soutenir le développement des capacités des acteurs locaux de façon à ce que se créent entre eux des liens dans le monde entier; de répercuter, au niveau des institutions des Nations Unies et d'autres organismes de dimension mondiale, les interventions et campagnes publiques provenant du niveau local et de la base; et de jeter les bases d'une spiritualité et d'une théologie communes en matière d'interventions et campagnes publiques.

38. La contribution que peut apporter le COE en matière d'interventions et campagnes publiques n'a pas d'équivalent : elle repose sur ses Eglises membres et, à travers elles, sur leurs propres membres. Communauté fraternelle d'Eglises, le COE est un instrument des Eglises permettant de faire entendre les problèmes de tous ceux qui souffrent, et qui sont très souvent leurs propres membres. Dans la plupart des cas, les personnes affectées sont les meilleurs avocats de leur propre cause. La structure oecuménique peut les aider à faire connaître leurs problèmes. Ce sont ces considérations qui nous guident dans notre recherche de structures efficaces de coopération entre les Eglises et les partenaires spécialisés et la formations d'un nouvel ACT.

C.  La prochaine Assemblée du COE : vers un élargissement

39. Ce sont certainement les défis représentés par l'évolution rapide du contexte mondial et celle, tout aussi rapide, du paysage ecclésial qui ont incité l'Assemblée de Porto Alegre à demander un nouveau style pour les assemblées du COE. Mais il y avait une autre raison encore : il s'agissait de dépasser la fragmentation apparente du mouvement oecuménique et d'assurer une plus grande cohérence; ces deux motivations se retrouvent dans le rapport du Comité d'examen des directives (CED) de l'Assemblée, qui envisage une

 « assemblée oecuménique qui réunirait toutes les Eglises pour célébrer leur communauté en Jésus Christ et pour relever ensemble les défis qui attendent l'Eglise et l'humanité », en espérant tout particulièrement que cela constituerait une étape importante - « sur la voie de l'unité visible et du partage de l'eucharistie. » (CED § 5)

Et le CED précise cette directive par la recommandation suivante :

« Examiner la possibilité de créer pour les assemblées du COE une structure accordant davantage d'espace aux communions chrétiennes mondiales et aux familles confessionnelles pour se rencontrer afin de délibérer et/ou de traiter des questions générales. </strong»>. (CED § 25 d)

40. On s'est efforcé d'intégrer deux souhaits qui se sont à nouveau exprimés au cours d'un processus d'écoute portant sur la proposition d'un élargissement de l'assemblée, processus auquel ont participé des Eglises membres, des organismes oecuméniques et d'autres partenaires. Un certain nombre d'Eglises membres veulent poursuivre le processus fructueux qui a débuté avec la Conception et vision communes (CVC) et la Commission spéciale sur la participation des orthodoxes au COE, et ce en approfondissant plus encore la communauté fraternelle existante et en s'attaquant à des problèmes communs. Certains craignent sérieusement que cela n'ait des répercussions négatives sur l'esprit de consensus, l'éthique de communion, l'accord sur la prière commune et l'eucharistie confessionnelle, qui sont autant de fruits des travaux de la Commission spéciale. Certaines communions chrétiennes mondiales ainsi que certaines de leurs Eglises membres qui sont membres à la fois du COE et de leurs organisations confessionnelles respectives aimeraient que la prochaine Assemblée devienne un carrefour qui leur permettrait, par la même occasion, de traiter des affaires de leurs assemblées confessionnelles respectives.

41. Un autre document, que vous avez reçu pour information, contient le rapport de ce processus d'écoute; vous y trouverez une synthèse de ce qui a été dit. Il montre que ce processus a permis de décanter la longue liste des attentes des Eglises et d'identifier un certain nombre de points fondamentaux qui devront être repris dans le processus de discernement destiné à suivre le processus d'écoute. Inutile de répéter ce qui y est dit. Il est en tout cas certain que nous avons dépassé les premiers stades, au cours desquels il nous est apparu très difficile de concilier ces deux souhaits. On se rend de mieux en mieux compte que la prochaine Assemblée devra conforter la cohérence du mouvement oecuménique tout en gardant pour objectif fondamental d'approfondir la communauté fraternelle déjà existante. Le processus d'écoute a permis de découvrir un certain nombre de pistes nouvelles, par exemple concernant les perspectives communes aux communions chrétiennes mondiales et la nécessité d'appliquer à tous les aspects de l'assemblée le principe du consensus ainsi que les autres principes que nous avons introduits suite aux recommandations faites par la Commission spéciale.

42. Le présent Comité central offre aux représentants des Eglises membres la première occasion de discuter entre eux de cette question. Malheureusement, trop peu nombreuses sont les Eglises membres qui ont répondu directement à la lettre dans laquelle je leur demandais leurs réactions à la proposition faite par l'Assemblée. Il est donc urgent que maintenant vous participiez tous à cette discussion. Une séance plénière nous donnera l'occasion de procéder à un échange de vues et de préciser la direction dans laquelle nous devons aller.

43. Pour l'instant, la principale question est la suivante : comment passer de la phase d'écoute à un processus de discernement en vue de préparer la décision relative à la forme que devrait prendre l'Assemblée, décision que nous devrons prendre au prochain Comité central ? Il a été demandé au Comité exécutif de faire un certain nombre de propositions concrètes pour le processus de discernement et pour quelques autres initiatives, afin que le prochain Comité central puisse se prononcer aussi sur le thème et le lieu de l'Assemblée. Le Comité d'examen des directives étudiera à la fois la proposition faite par le Comité exécutif et la discussion en plénière; c'est sur cette base que dans son rapport le CED soumettra des recommandations à la plénière du Comité central. Que Dieu, dans sa sagesse, nous guide dans ce processus - pour le bien de la communauté fraternelle que constituent le COE et le mouvement oecuménique dans son ensemb

III.  Mise en oeuvre des programmes

44. Dans cette seconde partie de mon rapport, je parlerai plus particulièrement des activités des programmes du Conseil. Je n'ai pas l'intention d'en faire un rapport détaillé; le Comité du programme recevra et étudiera des rapports complets pour chacun de ces programmes. Je voudrais simplement noter ici quelques éléments particuliers de chaque programme, afin de souligner les principales orientations adoptées, les principales leçons tirées, quelques résultats préliminaires et un certain nombre de mesures envisagées pour l'avenir.

45. Pour ce qui est des réalisations, cette année a vu le lancement d'un certain nombre de processus très importants (par exemple le Comité de continuation sur l'oecuménisme au 21e siècle et la Plateforme mondiale de théologie et d'analyse), le lancement de nouvelles activités (par exemple le séminaire interreligieux et le Code de bonne conduite sur la conversion), l'établissement de nouveaux partenariats oecuméniques (avec par exemple le Réseau oecuménique de l'eau), l'adoption de nouvelles dispositions en vue d'énoncer des orientations stratégiques pour l'ensemble du Conseil (par exemple dans les domaines de la mobilisation des fonds et des communications, deux points qui sont à l'ordre du jour de ce Comité central).

46. Pour ce qui est de la gestion des programmes, cette année a également vu, pour renforcer quasiment tous les programmes et tous les postes, l'arrivée de nouveaux collègues amenant des idées neuves et ranimant notre engagement et notre enthousiasme. Au cours de cette année aussi, nous avons appris à mieux gérer les activités de nos programmes et nous avons tiré des leçons pour l'avenir. Pour la première fois, le Comité du Programme recevra, entre autres rapports, un compte rendu de la manière dont ont été mises en oeuvre toutes les recommandations faites par le Comité central lors de sa réunion de 2006.

47. Si nous nous réjouissons de ces résultats positifs, il nous faut aussi admettre que nous avons été confrontés à de sérieux problèmes et que nous avons dû faire face à de nombreuses difficultés. A la vérité, la transition réalisée dans les structures et les programmes, avec tout ce que cela implique, a constitué un pénible fardeau. D'une part, la charge de travail a été très lourde et, d'autre part, nous avons dû travailler d'une manière assez différente : nos collègues étaient censés travailler pour plus d'un programme ou projet, et cela a été une source permanente de tension. Vers la fin de l'année 2006, le moral était plutôt bas chez certains mais, à la mi-2007, le moral des membres du personnel en général avait très nettement remonté. La plupart d'entre eux ont été soumis à une pression permanente du fait que, selon les instructions des organes directeurs, ils devaient s'efforcer de « faire moins » alors que, par ailleurs, des Eglises membres et la communauté oecuménique en général leur demandaient d'en « faire plus ». Grâce à leur engagement sans défaut, nous avons réussi à traverser toutes ces tempêtes et, vers la fin de l'année, nous avons commencé à naviguer sur des eaux plus calmes et paisibles.

48. Tout en assurant l'expédition des affaires courantes exigées par notre organisation (par exemple les réunions des organes directeurs, les questions relatives aux membres, etc.), le programme « Le COE et le mouvement oecuménique au 21e siècle » (P1) a vu son champ de travail élargi et apparaît de plus en plus comme un précieux outil qui permet de mieux repositionner le COE en tant qu'instrument privilégié du mouvement oecuménique en général. Un certain nombre d'initiatives importantes ont déjà été prises avec :

  • le Comité de continuation sur l'oecuménisme au 21e siècle;
  • des travaux détaillés sur les premières dispositions que devraient prendre certains conseils nationaux d'Eglises, les organismes oecuméniques régionaux, les communions chrétiennes mondiales et les représentants pentecôtistes, notamment pour essayer de réagir ensemble à l'évolution des contextes ecclésial et oecuménique dont j'ai parlé dans la première partie de mon rapport;
  • l'élaboration d'une nouvelle approche pour la Plateforme mondiale de théologie et d'analyse;
  • des réunions communes du Réseau des responsables des questions oecuméniques et de la Commission des jeunes du mouvement oecuménique (ECHOS) ainsi qu'avec des représentants de jeunes et de femmes des organismes oecuméniques régionaux.

49. La moisson de ces premières expériences de collaboration oecuménique confirme que le COE ne pourra continuer à être un instrument privilégié du mouvement oecuménique global que :

  • si les Eglises membres participent plus à ces programmes et les considèrent plus comme leur appartenant, et si on leur offre une analyse et une interprétation convaincantes de ce contexte en mutation;
  • s'il manifeste qu'il est disposé à évoluer, et
  • si l'on prend des mesures concrètes pour mieux clarifier les rôles et pour améliorer la coopération entre différents acteurs du mouvement oecuménique.

50. Dans ce sens, le COE est en train d'avancer, lentement mais sûrement, vers la mise en place d'un espace commun qui ne sera pas la propriété exclusive du Conseil ni sous son contrôle exclusif, mais qui sera délibérément créé pour le bien du mouvement oecuménique dans son ensemble (voir le Comité de continuation sur l'oecuménisme au 21e siècle, la discussion sur la possibilité que les Assemblées du COE soient élargies ainsi que le Forum chrétien mondial). Le succès d'importantes étapes telles que la première réunion du Forum chrétien mondial et la première réunion du Groupe mixte consultatif des Eglises pentecôtistes et du COE ont été des expériences très encourageantes. Il n'en reste pas moins que le chemin à parcourir encore peut comporter de sérieux risques pour le COE. Par ailleurs, l'accroissement de la diversité suscite également la crainte que ne soient remis en cause un certain nombre d'acquis, et il risque de renforcer encore la juxtaposition entre « vérité » et « unité », équivalent ecclésial de la nouvelle politique d'identité face à la mondialisation actuelle, dont j'ai parlé précédemment.

51. Ce domaine d'activité n'a pas négligé la coopération interne entre les programmes : avec le programme « Justice et diaconie » (P4), des progrès ont été réalisés pour reformuler l'approche à l'égard des relations régionales et de la coopération avec les organismes oecuméniques régionaux. Avec le Programme « Formation oecuménique et initiation à la foi » (P5), ce Programme poursuivra la mise en place de la Plateforme mondiale de théologie et d'analyse.

52. Pour le programme « Unité, mission, et spiritualité » (P2), on pourrait dire que 2007 fut une année de transition, tant pour le personnel que pour les organes consultatifs : des deux côtés, on s'est efforcé de trouver sa place et son rôle dans la nouvelle configuration du COE et d'intégrer les différentes traditions du mouvement oecuménique qui sont désormais combinées en un seul programme, tout en conservant l'originalité et la spécificité de chacun.

53. La Commission de mission et d'évangélisation (CME) a insisté sur l'importance de se recentrer sur l'évangélisation dans une perspective holistique de la mission, et elle a considéré qu'établir un lien entre l'activité missionnaire et l'unité, la spiritualité et la recherche de communautés inclusives ouvrait des perspectives prometteuses. Elle a demandé que le COE apporte au centenaire de la Conférence d'Edimbourg, en 2010, une contribution importante, qui lui permettra notamment de préciser la conception et la pratique propres de la mission du COE. Suite à la recommandation faite par le Comité exécutif du COE, il a fallu modifier la décision prise par cette commission de proposer une Conférence mondiale de la mission qui aurait été organisée par le COE en 2011, et une nouvelle proposition est maintenant soumise à l'examen du Comité central.

54. Le Secrétariat de Foi et constitution et le Bureau de sa Commission permanente ont défini leur rôle dans la nouvelle structure du COE et ont demandé avec insistance que l'on fasse mieux connaître les travaux de la Commission. Des préparatifs ont commencé pour une réunion de la Commission plénière en 2009, dont le thème principal sera l'unité de l'Eglise, laquelle doit faire l'objet d'une nouvelle réflexion compte tenu des changements passés et actuels qui ont marqué et marquent le monde et les contextes religieux et oecuméniques. Des dispositions ont été prises pour établir le lien avec les travaux sur la mission effectués dans la perspective de la conférence de 2010. Deux nouvelles études théologiques combinent des travaux antérieurs avec de nouvelles perspectives : les processus de prise de décision en matière éthique dans les Eglises, et le mode de relation, dans chaque tradition, avec les sources d'autorités.

55. Lors d'un colloque théologique qui s'est tenu à La Paz, Bolivie, en avril 2007, les quatre réseaux de personnes exclues se sont regroupés sous le titre : « Des communautés justes et sans exclusive » et, s'appuyant sur leur expérience de différentes formes d'exclusion, ils ont formulé des perspectives et des préoccupations communes pour apporter une contribution positive à la conception de l'Eglise et de la mission. Il s'agissait d'une entreprise véritablement oecuménique, dans la mesure où cela a permis d'inclure différentes approches dans un concept de l'unité et où cela a montré comment cette façon de faire de la théologie accroît le caractère inclusif de la communauté chrétienne. Le document de La Paz constitue une base pour l'élaboration de plans communs entre les quatre réseaux : populations autochtones, dalits, Réseau oecuménique de défense des personnes handicapées (EDAN) et victimes du racisme, et il fait apparaître les liens directs avec les travaux sur l'unité, sur la mission et sur la spiritualité.

56. La coopération occupait une place importante à l'ordre du jour de ce Programme : le colloque sur l'éthique de la propagation de l'Évangile, intitulé : « Vers un code de bonne conduite sur la conversion », qui s'est tenu à Toulouse en août 2007, a été préparé et coordonné par le Programme « Coopération et dialogue interreligieux » (P6), mais avec une participation importante, à différents stades de ce processus, de membres de Foi et constitution et de Mission et évangélisation. La principale leçon a porté sur la manière d'intégrer, sur ces questions, les contributions des participants évangéliques et pentecôtistes, sans parler de la collaboration existant déjà entre le COE et le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux. Pour l'essentiel, le travail effectué dans le domaine de la « spiritualité » s'est également accompli dans un esprit de coopération, notamment la préparation de prières communes pour les réunions des organes directeurs, pour le Rassemblement oecuménique européen qui a eu lieu à Sibiu, Roumanie, en septembre 2007, et pour le Rassemblement oecuménique international pour la paix (ROIP) qui aura lieu en 2011. Un nouveau groupe d'étude sur la mission et la guérison est en voie de constitution; il fera le lien entre les activités du Conseil dans le domaine de la mission et de la guérison et celles de l'Institut allemand pour la Mission médicale. La définition des objectifs et la distribution des tâches se sont fondées sur de sérieuses réflexions théologiques et médicales.

57. L'une des principales responsabilités du Programme : « Témoignage public : face au pouvoir, affirmer la paix » (P3) consiste à toujours rester à l'écoute du monde et être prêt à intervenir face à l'injustice, en faisant entendre la voix de l'éthique et de la morale dans les discussions et à propos des décisions prises par les responsables de la vie civique. C'est là une charge très lourde. Cependant, il est particulièrement important de témoigner publiquement de très graves violations des droits de l'homme en cette année où le monde se prépare à commémorer le 60e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme adoptée par les Nations Unies.

58. Le COE est toujours à la recherche de nouvelles manières non seulement de multiplier ses occasions d'interventions et déclarations oecuméniques publiques mais aussi de témoigner du message : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Qu'est-ce que cela signifie que d'aimer Dieu et d'aimer son prochain dans ce monde troublé ? Différentes approches se présentent à l'esprit des chrétiens, mais pour beaucoup, cela signifie oeuvrer à une « paix juste » et à la réconciliation d'entités disparates là où il ne peut exister ni paix ni réconciliation. Avec pour buts d'intensifier la mobilisation et de multiplier des réseaux axés sur l'action, le Conseil a entrepris, notamment, de se préparer au Rassemblement oecuménique international pour la paix (ROIP) qui aura lieu en mai 2011, et de rédiger une nouvelle déclaration sur la paix. L'un des principaux objectifs poursuivis est de susciter l'intérêt des établissements d'enseignement de la théologie pour ce travail : ce serait une manière de donner naissance à une nouvelle génération d'oecuménistes. Toutes ces activités sont en relation avec l'aboutissement de la Décennie  « vaincre la violence » (DVV). Par ailleurs, en continuant à organiser des visites de Lettres vivantes et en préparant la Journée internationale de prière pour la paix (21 septembre), on ouvrira plus largement la voie à la participation des chrétiens aux efforts déployés en faveur d'une paix juste.

59. Alors que le monde s'intéresse de plus en plus aux dégâts causés par l'humanité à l'environnement, le COE ne se préoccupe pas seulement de la protection de la terre : il agit aussi au nom de ceux qui peuvent ne pas avoir accès aux enceintes politiques pour y défendre leur cause - ceux que la Bible appelle « les plus petits d'entre eux ». Les activités de ce programme consistent essentiellement à oeuvrer au nom de ceux à qui la communauté oecuménique veut que soient accordés l'intégrité économique et écologique et un traitement égal dans la vie civique, à mesure que la mondialisation ne cesse de réduire les dimensions de la planète. Dans chaque réunion annuelle consacrée aux interventions et déclarations publiques du Bureau de liaison du COE auprès des Nations Unies, les représentants des Eglises s'intéresseront en priorité aux interventions à faire auprès des responsables politiques.

60. Le dernier Comité central décidé de renforcer les activités du Conseil à propos du Proche-Orient en créant le Forum oecuménique Palestine Israël (FOPI). Un large processus de consultation, auquel ont participé des dirigeants d'Eglises, des responsables de la société civile et des intellectuels de Palestine et d'Israël, a abouti à l'organisation d'une conférence internationale sur le thème : « Les Eglises ensemble en faveur de la paix et de la justice au Moyen-Orient », qui s'est tenue à Amman, Jordanie, en juin 2007. Elle s'est conclue par l'Appel d'Amman, qui définit le cadre et les objectifs fondamentaux du FOPI. Il avait été décidé que les Eglises locales occuperaient une place centrale dans ce forum, et cette méthodologie a fortement augmenté la crédibilité de cette initiative, ainsi que le prouve la contribution de l'ICAPPI (International Church Action for Peace in Palestine and Israel). Au coeur de la Semaine de l'ICAPPI, dont il était prévu qu'elle correspondrait au début de l'occupation en juin 1967, il y a une prière et un culte interconfessionnels célébrés le même dimanche à Jérusalem et dans des Eglises et paroisses du monde entier. Le thème et les documents de la Semaine de l'ICAPPI sont définis et préparés en étroite collaboration avec les Eglises locales établies en Terre Sainte, sous l'égide du FOPI. L'ICAPPI est en train de devenir un instrument oecuménique efficace pour l'éducation et la conscientisation à propos du sort de la population palestinienne et du conflit entre la Palestine et Israël. Venus du monde entier, les participants sont encouragés à intégrer cette semaine dans un effort constant pour mettre en place des groupes d'action soutenant les processus de paix au Proche-Orient.

61. A la demande de dirigeants d'Eglises de Palestine, ce forum est en train de préparer une importante réunion théologique qui aura lieu en septembre 2008 à Berne, Suisse, en coopération avec la Fédération des Eglises protestantes de Suisse; cette réunion lancera le processus devant mener à la publication d'un manuel oecuménique destiné aux pasteurs et aux prêtres des communautés de base. Ce manuel exposera les questions théologiques sous-jacentes au conflit entre la Palestine et Israël, telles que celles de la terre, de la justice, de l'occupation, de l'interprétation de textes bibliques, etc., et il en traitera à partir de différentes approches et perspectives.

62. Ce forum est une étape de plus vers la mise en place d'une entreprise oecuménique, fondée sur une large base et plus coordonnée, qui aura pour mandat de prendre publiquement position à propos du conflit entre la Palestine et Israël. Outre l'ICAPPI, le Programme oecuménique d'accompagnement en Palestine et en Israël (EAPPI) et le Centre interreligieux de Jérusalem participent activement à cette initiative. Quelque 450 anciens accompagnateurs oecuméniques, vivant dans différentes parties du monde, sont disposés et prêts à participer à cette entreprise. Il s'agit de mettre en place des mécanismes et des réseaux de communication qui leur permettront de jouer leur rôle dans leurs pays respectifs, ce qui leur permettra d'être intégrés dans une plateforme oecuménique mondiale d'intervention en faveur de la paix, de la justice, de la guérison et de la réconciliation en Palestine et en Israël.

63. Le monde dans lequel nous vivons aujourd'hui entre dans ce que l'on appelle une seconde ère nucléaire. Il se peut bien que le risque de l'emploi d'armes nucléaires soit plus élevé maintenant qu'au cours de la guerre froide. Alors qu'autrefois peu de pays possédaient un grand nombre d'armes nucléaires, aujourd'hui, si les armes nucléaires sont peut-être moins nombreuses, plus de pays en possèdent. Ce qui aggrave la situation, c'est que des puissances nucléaires et d'autres pays qui poursuivent des intérêts nationaux égoïstes ont sérieusement affaibli les accords internationaux de contrôle des armes nucléaires. Les réactions militaires à des attentats terroristes ont accru le recours à une violence sous l'égide des Etats, ce qui inclut l'éventualité de nouvelles utilisations d'armes nucléaires. A cause du réchauffement de la planète, on recommence à s'intéresser à la production d'électricité nucléaire, laquelle implique des problèmes de sécurité et d'autres risques. L'« horloge de la fin du monde », régulièrement mise à jour par un certain nombre de savants inquiets, est plus proche que jamais de minuit. Que font les Eglises pour faire reculer cette menace ?

64. Depuis la précédente réunion du Comité central, le COE et des Eglises membres ont tenté de s'attaquer à un certain nombre de problèmes spécifiques et de ranimer la volonté générale de désarmement. L'an dernier, le Comité exécutif a mis à jour à deux reprises la politique du COE en la matière, en particulier en adoptant une note sur l'Iran, en rapport avec l'intérêt particulier que nous portons à la situation au Proche-Orient. Il a proposé à toutes les Eglises membres son aide pour répondre à la note de l'Assemblée du COE sur les armes nucléaires. Les politiques définies par les organes directeurs se reflètent dans toute une série d'interventions : lors du débat qui a eu lieu au Royaume-Uni à propos de son arsenal nucléaire, le COE a envoyé une lettre ouverte aux Eglises membres qui participent très activement au débat public. Le désarmement nucléaire a été un point clé de la Semaine d'action du COE auprès des Nations Unies, et 24 Eglises membres, dont beaucoup établies dans des pays du Sud, ont manifesté leur intérêt pour ces interventions et déclarations publiques. Le COE a fait connaître ses positions à des Etats nucléaires tels que les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la France et la Chine, mais aussi à des Etats ne possédant pas d'armes nucléaires (en particulier l'Afrique du Sud, l'Egypte, la Corée du Sud, Vanuatu et la Suède). La campagne oecuménique en faveur de la création de zones dénucléarisées a commencé en Afrique (où cet objectif est proche) et à propos du Proche-Orient. On voit se multiplier les interventions interconfessionnelles en faveur d'objectifs spécifiques de désarmement nucléaire, en même temps que s'établissent des relations avec des acteurs clés de la société civile. Des interventions sont faites dans plusieurs enceintes relevant des Nations Unies : les réunions sur le Traité de non-prolifération nucléaire, la Conférence sur le désarmement et la Première commission de l'Assemblée générale des Nations Unies. Une coalition est en cours de formation pour demander que l'obligation de désarmer soit renvoyée à la Cour internationale de justice. Les politiques et meilleures pratiques oecuméniques en matière de désarmement ont été présentées à deux séminaires sur le désarmement auxquels participaient des représentants d'Eglises, de gouvernements et de l'industrie ; à ces occasions et en d'autres circonstances, on a fait le lien avec la Décennie « vaincre la violence ». Par nature, les interventions publiques en faveur du contrôle des armes nucléaires relèvent à la fois de la diplomatie et de la politique. Pour des raisons religieuses, éthiques, juridiques et géographiques, il faudrait que les Eglises s'engagent davantage en la matière. Cet engagement s'intensifie lentement alors que la communauté internationale se prépare à une série de conférences annuelles décisives au cours desquelles, après huit ans de recul, on peut espérer renverser la vapeur et revenir à une certaine stabilité. Dans ce domaine des affaires internationales, les responsables s'attendent à entendre la voix de la foi.

65. De nos jours, les liens entre pauvreté, richesse et écologie deviennent de plus en plus évidents. Nous continuons à vivre dans un monde marqué, d'une part, par une distribution très injuste et inégale des ressources et, d'autre part, par une destruction permanente de l'environnement au nom de la création de richesses. Ce qui préoccupe le COE, c'est que cette richesse supplémentaire n'est pas redistribuée de façon équitable dans le monde entier et qu'elle n'a pas entraîné une réduction substantielle de la pauvreté. Des indices de plus en plus nombreux tendent à démontrer que la création de richesses au niveau macroéconomique n'entraîne pas automatiquement une réduction de la pauvreté, et qu'elle n'est pas non plus une condition suffisante pour atténuer la pauvreté. Le COE collabore avec les Eglises pour discuter de la manière dont la richesse pourrait être partagée de façon à éradiquer la pauvreté. Ces derniers temps, les activités du COE dans ce domaine se sont concentrées sur des recherches effectuées au niveau régional à propos des liens entre pauvreté, richesse et écologie; les conclusions en ont été discutées dans le contexte du processus AGAPE, et d'autres voies ont été proposées. De nombreuses Eglises ont à leur tour décidé de participer à ce processus. Entre autres caractéristiques novatrices, ce travail comporte une forte dimension écologique - il porte en particulier sur le concept de la dette écologique -, il analyse la création de richesses (et pas seulement la pauvreté); dans ce sens, on a tenté de définir un « seuil de l'excessif »; par ailleurs ce processus alimente aussi, tout en le reprenant à son compte, le concept de « paix juste », qui est une partie intégrante du processus ROIP.

66. De nombreuses Eglises oeuvrent très activement dans les domaines de la satisfaction des besoins humains et des racines structurelles de l'injustice. S'occuper des besoins humains est devenu une tâche très urgente partout où l'injustice économique structurelle ou encore des conflits politiques, religieux et ethniques et des catastrophes naturelles détruisent le tissu de la vie. Les activités du Programme « Justice, diaconie et responsabilité pour la création » (P4) ont eu pour but de soutenir les Eglises qui cherchent à répondre aux besoins humains et qui luttent contre les causes structurelles.

67. Si la vie de nombreuses personnes en ce monde est menacée par des structures économiques injustes et par la distribution inéquitable du pouvoir politique, elle l'est aussi, fondamentalement, par les effets du changement climatique. Lors de sa réunion en Arménie en septembre 2007, le Comité exécutif a affirmé qu'il était nécessaire d'adopter des politiques plus globales pour soutenir et promouvoir des programmes d'adaptation et d'atténuation dans des pays gravement touchés par le changement climatique, en particulier dans les régions de l'Afrique, des Antilles-Caraïbes et du Pacifique, qui sont les plus vulnérables. Il a fermement appelé les pays industrialisés à soutenir ces programmes en raison de la responsabilité historique et actuelle qui est la leur, du fait de leurs fortes émissions de gaz à effet de serre. Une équipe oecuménique a exposé ces préoccupations au cours du Sommet sur le climat tenu à Bali en décembre 2007, demandant aux participants un engagement complet au cours de la période de Kyoto et de l'après-Kyoto.

68. Le COE, des conférences et conseils nationaux et régionaux d'Eglises et des partenaires spécialisés des Eglises qui participent à des activités de secours d'urgence et de développement ont collaboré à la création d'un Réseau oecuménique de l'eau (ROE) étant donné que l'accès à l'eau potable et à des installations sanitaires est devenu l'un des principaux domaines où se fait sentir l'influence du changement climatique.

69. La vie des gens est menacée non seulement par les catastrophes naturelles mais aussi par des conflits politiques, ethniques et religieux. Le Comité exécutif a appelé les Eglises membres à venir au secours des personnes déplacées et des Eglises d'Irak, par des prières, des interventions et déclarations publiques et des secours immédiats. Le COE s'intéresse particulièrement aussi à certaines régions d'Afrique en conflit, notamment au Soudan, au Zimbabwe et au Kenya où, en association avec la CETA, il aide les Eglises à rechercher des solutions à des conflits dont les racines remontent très loin. Employée pour résoudre des conflits, la violence a détruit trop de communautés, et elle est source de désespoir aussi bien pour les jeunes que pour les vieux. Non content de soutenir les processus d'édification de la paix, le COE s'est fortement engagé dans les processus de guérison de la mémoire. Une réunion qui s'est tenue à Dublin, Irlande, en octobre 2007 a permis de tirer des leçons et d'ouvrir de nouvelles perspectives à partir des conflits qui ravagent actuellement différentes parties du monde. Ces leçons informeront les efforts que nous déploierons pour soutenir les Eglises membres partout et chaque fois que l'Evangile les appelle à oeuvrer pour la paix, la réconciliation et la guérison.

70. Une troisième grave menace qui pèse sur la vie est la pandémie du VIH/sida. L'initiative oecuménique de lutte contre le VIH et le sida en Afrique (EHAIA) a permis d'obtenir des résultats très importants dans la mesure où elle a aidé des Eglises à mettre en place des programmes de soins et de conscientisation et de lancer des réflexions théologiques sur la stigmatisation et sur d'autres problèmes de fond tels que la violence sexuelle et la pauvreté. Les leçons apprises en Afrique grâce au travail de l'EHAIA ont également profité à d'autres régions, notamment à l'Asie. Dans plusieurs établissements d'enseignement de la théologie, la réflexion théologique sur le VIH et le sida et l'instruction des étudiants et des pasteurs dans ce domaine est devenue un élément standard du programme d'étude.

71. De plus en plus, le changement climatique est cause majeure de migration. D'ici le milieu du xxie siècle, il est probable que les personnes qui émigrent pour des raisons écologiques seront plus nombreuses que celles qui émigrent pour cause de conflits, de pandémie, de pauvreté ou de l'incapacité à s'adapter à de nouvelles réalités. Le COE a traité des problèmes liés à l'injustice au travers du Réseau oecuménique mondial sur la migration. Au cours de sa réunion annuelle, qui s'est tenue à Nairobi en juin 2007, des représentants de différentes régions ont analysé la situation actuelle et ont défini des moyens qui devraient permettre aux Eglises membres d'être plus efficaces dans ce domaine. Le COE a pu évoquer ses préoccupations lors de réunions avec le Haut-commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés. Suite aux délibérations du dernier Comité central sur les implications de la migration pour la vie des Eglises, nous avons lancé un processus qui a pour but de conscientiser les Eglises et de leur permettre d'acquérir la capacité à affronter ces phénomènes.

72. Le Programme « Formation oecuménique et initiation à la foi » (P5) est un bon exemple du succès de l'intégration et de la coopération qu'avait demandée l'Assemblée de Porto Alegre.

73. En juillet 2007 s'est réalisé le vieux rêve d'organiser un séminaire interreligieux en reprenant la forme et la méthodologie du Cycle universitaire de l'Institut oecuménique, qui met l'accent sur la rencontre, l'étude et la recherche dans le contexte d'une vie en communauté. Avec la coopération de tous les membres du personnel travaillant pour ce programme, mais aussi pour le Programme « Coopération et dialogue interreligieux » (P6), et avec des partenaires venus des communautés juives et musulmanes de Genève, l'Institut oecuménique a réussi à rendre possible, tant humainement que financièrement, une telle entreprise. La presse locale et internationale l'a présentée comme un événement exceptionnel et en a fait ressortir les résultats positifs. Tous les partenaires que nous avons mentionnés se sont engagés à reprendre ce modèle et à en faire un événement annuel de l'Institut oecuménique, en encourageant aussi d'autres partenaires intéressés à y participer.

74. Des Eglises, des universités ainsi que des associations et instituts théologiques et oecuméniques continuent à affirmer et à soutenir l'intégration, dans ce Programme, de l'Institut oecuménique, en particulier avec l'éducation théologique oecuménique, la formation des laïcs et l'enrichissement de la foi.

75. De très nombreuses Eglises membres ne cessent de demander un « programme d'élargissement de Bossey », avec des éléments apportés par tous les projets intégrés mentionnés précédemment, et cela offre des perspectives nouvelles et novatrices pour travailler différemment et plus efficacement et pour intensifier la coopération avec les régions dans les domaines de la formation oecuménique et de l'initiation à la foi.

76. Comment être chrétien à une époque où l'on a plus que jamais conscience de la diversité religieuse mais aussi où, dans le monde entier, les tensions religieuses s'accroissent ? Telle a été la question clé du programme « Coopération et dialogue interreligieux » (P6), qui se concentre sur trois thèmes : réfléchir sur la conversion, faire participer les femmes et les jeunes, et accompagner les Eglises en situation de conflit.

77. « Réfléchir ensemble », groupe de réflexion rassemblant des intellectuels de plusieurs religions, propose une méthodologie novatrice pour la réflexion théologique, en particulier à propos de la conversion. Avec d'autres responsables religieux, des chrétiens commencent à reconnaître que nos théologies doivent être scrutées de près, précisées et affinées grâce à la présence d'autres intellectuels religieux. Se faisant l'écho des graves inquiétudes qui s'expriment dans le monde entier à propos de pratiques de conversion moralement inacceptables de la part de certains groupes chrétiens qui perturbent l'harmonie entre religions dans des communautés locales, ce groupe a entrepris d'étudier cette question de différents points de vue religieux.

78. Dans le même sens, un colloque, le second d'une série, a eu lieu à Toulouse, France, organisé par le COE et le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux. Il s'agissait d'un colloque entre chrétiens, dans lequel des évangéliques et des pentecôtistes se sont associés à des orthodoxes et à des protestants pour envisager un « Code de bonne conduite sur la conversion ». Il est particulièrement encourageant de constater que ce processus est maintenant appuyé par l'Alliance évangélique mondiale : en effet, cela influencera certains groupes évangéliques qui pratiquent sans discrimination des méthodes d'évangélisation qui sont parfois moralement inacceptables.

79. Des progrès importants ont été réalisés pour y faire participer les femmes et les jeunes, deux groupes démographiques qui ne sont généralement pas représentés à la table du dialogue interreligieux. Peu de dirigeants religieux qui participent à ces discussions sont des femmes ou des jeunes. En novembre dernier, une délégation de chrétiennes est allée en Iran pour discuter avec des musulmanes sur le thème : « Comment les femmes peuvent-elles influencer l'édification de la paix par la religion dans leurs professions ? ». Elles ont décidé de continuer à se réunir dans les années à venir.

80. Deux événements ont marqué les activités auprès des jeunes. L'un a eu lieu à l'ashram de Fireflies, à Bangalore, en Inde, où 15 jeunes ont passé deux semaines ensemble. Le second a eu lieu à Bossey où, décidés à faire une expérience de vie en communauté, plus de 20 jeunes musulmans, juifs et chrétiens ont passé un mois à mieux connaître la religion les uns des autres, à dialoguer à ce sujet et à vivre ensemble. Cette activité se poursuivra elle aussi à l'avenir.

81. Etant donné que de nombreux conflits actuels dans le monde sont en rapport avec la religion, le Conseil a vigoureusement affirmé sa détermination de collaborer avec des Eglises en situation de conflit pour essayer d'y trouver une solution en faisant intervenir les ressources de la communauté interreligieuse pour la résolution des conflits, la réconciliation et l'édification de la paix. En décembre 2007, une première réunion de « remue-méninges » a rassemblé quelque 25 dirigeants d'Eglise, experts en relations internationales et partenaires oecuméniques. Leurs idées contribueront à définir un cadre pour l'ensemble de ce programme.

82. En octobre 2007, une lettre signée par 138 intellectuels et clercs musulmans a été adressée à un certain nombre de dirigeants chrétiens, dont le secrétaire général du COE. Intitulée : Une parole commune entre nous et vous, cette lettre cite la Bible et le Coran pour montrer que chrétiens et musulmans ont en commun des enseignements remarquablement similaires sur l'amour de Dieu et l'amour du prochain. Mais les auteurs de cette lettre reconnaissent qu'il y a aussi des divergences de forme et de fond entre musulmans et chrétiens. Cela dit, ces divergences ne devraient pas nous empêcher de faire progresser notre dialogue en nous réunissant, non pas seulement autour d'une parole commune mais pour envisager d'éventuelles actions communes en faveur de la justice et de la paix dans le monde actuel.

83. Nous avons favorablement accueilli cette lettre, la considérant comme un signe de la volonté, du moins de la part de ses signataires, de relancer la réflexion sur les relations entre musulmans et chrétiens. C'est pourquoi nous avons pris au sérieux cette invitation et j'ai écrit aux Eglises membres du COE pour leur demander leur avis sur la meilleure manière d'y répondre. Les premières réactions nous ont encouragés à adopter une approche coordonnée. Un processus dans ce sens a été lancé, avec en particulier un colloque qui a eu lieu le mois dernier entre experts chrétiens en matière de relations entre chrétiens et musulmans. Ce colloque a rédigé un document intitulé : Learning to Explore Love Together, qui sera envoyé aux Eglises membres pour les encourager à l'utiliser dans leurs réflexions sur cette lettre ainsi que pour prendre des mesures constructives, avec leurs voisins musulmans, pour étudier des problèmes communs, chacun dans son contexte. Ce document forme également la base de discussions pour organiser un colloque avec les signataires de la lettre, qui pourrait avoir lieu dans le courant de cette année. Si le Comité central pouvait approuver cette approche, cela constituerait un sérieux encouragement.

84. Le Département des communications du COE continue à faire entendre la voix du COE et à travailler à l'amélioration de l'image de marque globale du Conseil par différents moyens : relations avec les médias, présence sur Internet, arts visuels, service des publications et service linguistique. L'objectif des communications a toujours été de présenter avec exactitude l'image du COE à des membres dispersés dans le monde entier, afin de dynamiser leur participation au mouvement oecuménique et au travail du COE.

85. La publication régulière de récits et de communiqués de presse reflète bien à quel point les activités du COE ont leur place dans le monde actuel. Au service du mouvement oecuménique, l'équipe des publications continue à publier des livres, des brochures et des dépliants qui présentent en détail des réunions de commissions et conférences, ainsi que des livres consacrés à des thèmes important pour l'Eglise dans le monde entier. L'équipe des arts visuels continue à contribuer à la présentation visuelle de la communauté oecuménique en poursuivant la production de la série Keeping the Faith et en fournissant régulièrement des images pour le site Internet et les publications.

86. La principale tâche du nouveau directeur a été d'élaborer une nouvelle stratégie; pour ce faire, il a la volonté de consulter les organes directeurs et de consolider et mettre en application cette nouvelle stratégie pour renforcer le rôle du Conseil dans le mouvement oecuménique. Cela sera l'une des principales tâches à laquelle devra s'atteler ce Comité central.

87. Pour aider ce Comité central à discuter de la proposition relative à la nouvelle stratégie des communications, nous avons suggéré qu'un petit comité travaille entre les séances et donne son avis à la plénière. Cette proposition de stratégie a des implications à long terme, aussi une ou deux séances en plénière ne suffiraient-elles pas à en traiter de façon adéquate. L'adoption de cette nouvelle stratégie par le Comité central incitera et obligera le Secrétariat à travailler plus efficacement à améliorer l'image de marque du COE, tant dans le mouvement oecuménique dans son ensemble qu'au niveau mondial.

88. En conclusion, je veux rendre grâce à Dieu qui nous a donné la capacité ainsi que les ressources nécessaires - temps, compétences, connaissances et argent - pour faire tout ce travail. Je vous remercie aussi, vous les membres du Comité central, pour vos suggestions, votre soutien et vos encouragements. Je rappelle l'esprit et la lettre de la Première Assemblée du COE il y a 60 ans : « Lorsque nous regardons le Christ, nous voyons le monde tel qu'il est - c'est Son monde, dans lequel Il est venu et pour lequel Il est mort. Ce monde abonde, à la fois, en grandes espérances mais aussi en désillusions et désespoirs. Certains pays se réjouissent de la liberté et du pouvoir qu'ils ont récemment acquis, certains sont dans l'amertume parce que la liberté leur est refusée, certains sont paralysés par la division, et, partout, la crainte est sous-jacente. » Motivé par l'esprit de nos ancêtres dans l'oecuménisme, j'ai la conviction que, lorsque nous serons unis, nous serons capables, ensemble, de changer la situation, afin qu'un plus grand nombre d'enfants de Dieu aient la vie et l'aient en plénitude. Fasse le Seigneur que nos travaux à ce 57e Comité central constituent une importante étape vers cet objectif.


[1] Cf. Manfred Ernst : The Re-shaping of Christianity in the Pacific Islands, Pacific Theological College, Suva 2007, p. 704.

[2] Ibid., p 700.

[3] Peter L. Berger, 2002, p. 8 - cf. Manfred Ernst : op. cit., p. 695.

[4] David Martin : Pentecostalism. The World their Parish, Blackwell, Oxford, 2002; Harvey Cox : Fire from Heaven. The Rise of Pentecostal Spirituality and the Reshaping of Religion in the Twenty-First Century, Da Capo Press, Cambridge (MA) 2001; Karla Poewe : Charismatic Christianity as a Global Culture, University of South Carolina, Columbia 1994.

[5] Manfred Ernst : op. cit., p. 695.

[6] Manfred Ernst : op. cit., p. 698

[7] Manfred Ernst : op. cit., p. 702.

* Le Défi Michée est une initiative de l'Alliance évangélique mondiale et d'un réseau d'oeuvres chrétiennes impliquées dans des actions de secours d'urgence, de développement et d'interventions et campagnes publiques.

[8] Le rapport de cette réunion dit : « Il a été proposé que le groupe restreint de la table ronde suive, avec le COE, les activités dans les domaines suivants : justification théologique des interventions et campagnes publiques ; interventions et campagnes publiques correctement financées et bien ciblées, au niveau mondial, au sein de la famille des Nations Unies, en mettant l'accent sur les droits humains et les questions de sécurité ; le rôle du COE et de ses Eglises membres dans le dialogue avec les institutions financières internationales ; le rôle du COE et de ses Eglises membres dans le dialogue avec le secteur privé, en particulier les sociétés transnationales ; renforcement de la volonté d'engagement et de la participation active des Eglises membres et des partenaires oecuméniques, par le développement des capacités et le dialogue critique ; recours aux différents programmes d'interventions et campagnes publiques existant dans la famille oecuménique, par le moyen soit d'une structuration, soit de la division du travail, soit des forums existant déjà. »