Document n°  GEN 8   

GEN 8 Rapport d'évaluation des programmes Prealable À L'assemblee

TABLE DES MATIERES

 

Introduction  

 

1e partie    Evaluation des programmes généraux dans cinq domaines d’enquete

1.1        Réalisation des objectifs généraux des programmes

1.2        Portée, pertinence et importance des programmes

1.3        Identification aux programmes et impact de ceux-ci

1.4        Effets des programmes sur le renforcement de la communauté

1.5        Méthodes de travail du COE en rapport avec les programmes

 

2e partie    Principales remarques et conclusions relatives aux divers programmes

2.1    Renforcer le seul mouvement oecuménique

2.2    Institut ocuménique de Bossey

2.3    Dialogue avec les autres religions          

2.4    Décennie «vaincre la violence»

 2.5   Unité de l'Eglise

2.6    Défense ocuménique des droits et reglement pacifique des conflits

2.7    Accompagnement spécial de l’Afrique

2.8    Mission et évangélisation: promouvoir le ministere de réconciliation

2.9    Le défi de la formation ocuménique

2.10  Ethique de la vie et solutions de rechange a la mondialisation

2.11  Diaconie et solidarité

2.12  Faire partager la communauté – Transmettre la vision de l’ocuménisme

2.13    Programme ocuménique d’accompagnement en Palestine et en Israël (EAPPI)

2.14  Initiative ocuménique de lutte contre le VIH/sida en Afrique (EHAIA)

 

3e partie    Evaluation générale des programmes et recommandations  

3.1    Evaluation générale des activités de programme

3.2    Recommandations a l’Assemblée concernant l’orientation du programme

3.3    Proposition de cadre de définition des priorités futures du COE

 

Annexe 1: Comment les informations ont été rassemblées

Annexe 2: Glossaire

 

 


Introduction

 

“Nous ne savons pas comment interpréter le silence” [1]

 

Le contexte dans lequel le Conseil ocuménique des Eglises opere a sensiblement changé depuis la derniere Assemblée, tenue a Harare fin 98. Le processus de mondialisation s’est accéléré et a des implications majeures, y compris au niveau des plus petites communautés locales. Des changements significatifs sont intervenus dans les structures économiques, les défis a relever en matiere de préservation durable de l’environnement, la mobilité des personnes et la propagation de maladies, la plus connue étant la pandémie du VIH/sida. La pauvreté demeure un scandale pour l’humanité. Apres les attentats du 11 septembre, certaines questions relatives a la violence et a la sécurité ont été soulevées avec plus d’acuité. Un grand nombre de ces événements illustrent par ailleurs l'évolution des paradigmes ayant présidé au travail du COE et du mouvement oecuménique dans son ensemble. L’un d’eux est la sécularisation et l’abandon de la religion, remis en cause ces dernieres années lorsqu’un accent particulier a été mis sur le le rôle de la religion dans la société a l’occasion de divers événements. Un autre est l’opposition entre le rôle pastoral et le rôle prophétique de l’Eglise. Les paradigmes qui gouvernent actuellement le travail doivent etre réévalués a la lumiere de notre monde tel qu’il est aujourd’hui.

 

Tous ces développements interviennent sur une scene mondiale ou, d’un côté, l’acces a certains types de médias se trouve facilité et ou, d’un autre côté, on  assiste a une concentration de réseaux de médias qui résulte dans la création d’une vision du monde globale, perçue a travers un petit nombre de filtres.

 

Le mouvement ocuménique au 21e siecle expérimente également un profond processus de transformation. La face du christianisme mondial est en train de changer sous l'effet d'une croissance rapide des Eglises pentecôtistes et indépendantes dans l’hémisphere Sud, dont la plupart n’ont que tres peu de contacts avec l’oecuménisme structurel. La réalité vécue par les communautés ecclésiales du Sud ou dans le cadre du renouveau expérimenté par un grand nombre d’Eglises en Europe de l’Est souleve une nouvelle fois la question des anciennes divisions entre les domaines de la mission, de foi et constitution et du christianisme pratique, perçues comme un héritage des débuts du mouvement oecuménique en Europe. Parallelement, le besoin de spécialisation a entraîné la création de nouveaux instruments permettant de gérer une réponse rapide (Action commune des Eglises, ACT), de souligner les préoccupations de défense des causes inscrites a l’ordre du jour des Eglises (Alliance ocuménique “agir ensemble”, EAA), et de mettre en place une entreprise de communication conjointe pour couvrir les nouvelles en relation avec les affaires religieuses, oecuméniques et humanitaires internationales (Nouvelles ocuméniques internationales, ENI). Un projet d’établissement d’une nouvelle Coalition oecuménique mondiale dans le domaine du développement et service est a l’étude. Si l’on garde présent a l’esprit que cette coalition devrait regrouper une partie des partenaires spécialisés qui représentent tous ensemble 80 % du financement des programmes du COE, cette nouvelle coalition aura des implications majeures, meme s’il est prévu d’établir des liens avec le COE. Les structures régionales et sous-régionales se sont également développées dans la période récente.

 

Confronté a de tels défis, le COE ces dernieres années a répondu en lançant des processus paralleles mais complémentaires. Le processus de reconfiguration[2] s’est attaché a évaluer certains des défis généraux mentionnés ci-dessus. Par ailleurs, pour la premiere fois de son histoire, le Conseil a entrepris une évaluation majeure de ses programmes avec la communauté mondiale et pour elle.  Le présent rapport d’évaluation des programmes préalable a l’Assemblée offre une perspective d’approche de ces débats fondamentaux. Il s’inscrit dans un processus qui a débuté fin 2001 - début 2002 avec l’évaluation a mi-période réclamée par le Comité du programme lors de sa réunion de janvier 2001. A cette époque, l’évaluation se concentrait sur de nombreuses préoccupations institutionnelles et reposait essentiellement sur une évaluation interne menée par le personnel. L’une des recommandations formulées a été d'entreprendre une évaluation plus complete avant l’Assemblée, en mettant davantage l’accent  sur le contenu des programmes et leur évaluation du point de vue des mandants[3]. Le Comité exécutif a fixé le mandat correspondant en février 2004 et nommé quatre personnes: Marion Best, William Ogara, Sylvia Raulo et Georges Tsetsis, pour mener a bien ce processus d’évaluation.

 

Ce mandat inclut quatre domaines majeurs de préoccupation: la réalisation des objectifs définis par l’Assemblée de Harare; la pertinence et l’importance des programmes; leur impact et le degré d'identification qu'ils inspirent; ainsi que leur contribution au renforcement de la communauté. L’équipe d’évaluation a en outre été sollicitée pour faire des commentaires sur les méthodologies utilisées par le Conseil et fournir au bout du compte une breve évaluation de chaque programme individuel. Le résultat devrait mettre a disposition des lignes directrices claires pour les programmes, a l’attention du Comité d’orientation du programme au moment de l’Assemblée de Porto Alegre.

 

Ecouter les milieux intéressés - les voix qui s’exprimaient mais aussi le silence - aura été la premiere étape. La collecte d’informations a donc été le point de départ crucial de la démarche d'évaluation. Des questionnaires et des interviews, a la fois d’individus et de groupes, ont été les méthodes utilisées. D’une maniere ou d’une autre, des données ont été reçues de la moitié environ des Eglises membres représentant chaque région. (Pour les détails concernant le processus de collecte des données, priere de se reporter a l’annexe 1). Par ailleurs, l’équipe a eu l’avantage de pouvoir utiliser le matériel et le plan du processus de reconfiguration, certaines évaluations individuelles de programmes, l’auto-évaluation  des commissions/organes consultatifs[4], ainsi qu’un certain nombre de documents relatifs aux programmes. L’équipe tient également a souligner la participation active et autocritique du Groupe de direction du personnel (SLG)[5] et des membres des équipes de programme interviewés a deux reprises au cours du processus.

 

Notre équipe se doit, cependant, de reconnaître les limites de l’évaluation réalisée. Alors que l’idée originale était la conduite d’une évaluation externe, le processus a été mené par une équipe qui ne peut etre qualifiée d’externe. A une exception pres, les membres de l’équipe avaient tous un lien étroit avec le COE, que ce soit en tant que membre d’un organe directeur, membre du personnel ou partenaire de financement/membre intérimaire du personnel. D’un autre côté, étant donné la complexité de la tâche et les nombreux changements intervenus au cours de ces dernieres années au niveau de la structure des programmes, cet état de fait présentait l’avantage d’accélérer la compréhension des enjeux.

 

Une autre limite est imputable a l’absence d’un mécanisme efficace de planification, de suivi et d’évaluation des programmes.L’évaluation a mi-période avait déja identifié ce point comme posant probleme. De ce fait, l’équipe a du se fier a une estimation globale de la part des milieux intéressés, reposant sur une compréhension générale des programmes. Nous n'avons pas eu la possibilité de vérifier les conclusions ou de les comparer a une fixation des objectifs, une évaluation et un suivi continus et dument documentés.

 

Un autre aspect limitatif, plus important encore, a été le silence observé par tant d’Eglises membres durant le processus. Néanmoins, malgré ces limites, nous avons été surpris de constater que les conclusions en général présentaient une forte convergence, confirmée d'ailleurs par la discussion parallele en cours sur la reconfiguration. C’est pourquoi nous sommes confiants par rapport a la justesse de l’évaluation générale proposée ci-dessous, au sens ou elle reflete l’image des programmes réalisés par le Conseil tels que perçus par ses membres.

 

Le présent rapport est divisé en trois parties. La premiere répond aux principales questions inhérentes au mandat adopté par le Comité exécutif en 2004, et présente des résultats et conclusions majeurs. La seconde partie traite de chaque programme en particulier et de deux initiatives oecuméniques internationales, en fournissant des résultats et conclusions majeurs. La troisieme partie donne une évaluation globale du travail et formule des recommandations de lignes directrices sur les programmes, a l’attention du Comité d’orientation du programme de l’Assemblée.

1e  partie - Evaluation des programmes généraux dans cinq domaines d’enquete

 

1.1              Réalisation des objectifs généraux des programmes

Dans quelle mesure les programmes mis en oeuvre durant la période sur laquelle porte l’évaluation ont-ils atteint les objectifs généraux fixés par la derniere Assemblée et le cadre d’orientation des programmes défini ensuite par le Comité central et les commissions/organes consultatifs?

 

“Il est difficile de cerner ce que sont les objectifs généraux; il semble qu’il y ait différents niveaux.”

 

Principales remarques

L’équipe d’évaluation était partie de l’hypothese que l’exercice porterait sur des objectifs clairement identifiés. Or, au début de notre entreprise, nous avons été confrontés a une réalité bien différente: en effet, nous avons eu des difficultés a trouver des objectifs de programme clairement articulés depuis Harare, sur lesquels baser notre évaluation des programmes individuels. La plupart de nos interlocuteurs se trouvaient dans une position similaire et précisaient qu’ils n’étaient pas familiarisés avec les objectifs des programmes généraux et spécifiques. Un grand nombre d’entre eux ont également affirmé que la vision du COE était ‘floue’ et que cette absence d’une vision clairement articulée était l’une des raisons de l'incapacité a fixer des objectifs généraux clairs pour le travail programmatique.

 

S’ils n’étaient pas a meme de citer des objectifs de programme spécifiques, la plupart de nos interlocuteurs avaient cependant une connaissance générale des problemes identifiés par l’Assemblée de Harare et ayant retenu l’attention du Conseil. Les domaines les plus cités étaient les suivants: la Décennie “vaincre la violence”, la Commission spéciale, le VIH/sida, la mondialisation, le débat sur la mondialisation/justice économique et l’Accompagnement spécial de l’Afrique. Autant de sujets de discussion de la 8e Assemblée toujours considérés d'actualité. Certes, la plupart des personnes intéressées étaient incapables de dire dans quelle mesure les objectifs généraux avaient été atteints, mais leur façon de répondre a cette question revenait a préciser si un programme ou une activité avait été repris et utilisé ou revendiqué par leurs propres membres. Souvent cela correspondait a des priorités programmatiques adoptées dans leur propre Eglise ou milieu et/ou a leurs propres sujets d’actualité.

 

C’est le rôle du Comité central de lancer et de mener a bien des programmes, et ce, sur la recommandation de son Comité du programme qui fonde lui-meme ses recommandations sur les conseils reçus des commissions et groupes consultatifs en relation directe avec les différents domaines d’activité. Il régnait chez nos interlocuteurs dans ces groupes une certaine confusion sur le lien existant entre la politique générale des programmes telle que définie par le Comité central en 1999 apres Harare (Etre l’Eglise; Servir la vie; Accomplir un ministere de réconciliation; Rendre un témoignage et un service communs dans le contexte de la mondialisation) et la structure actuelle des treize programmes et deux initiatives oecuméniques qui font l’objet de la présente évaluation.[6] Ces quinze programmes incluent par ailleurs soixante activités et nos interlocuteurs n’avaient pas souvent une idée précise de la différence existant entre un programme et une activité.[7] L’évaluation a mi-période avait déja attiré l’attention sur la nécessité d’améliorer la qualité des mécanismes de planification des programmes et de renforcer la connaissance des programmes qu’ont les membres des organes directeurs et consultatifs.[8]

 

Les orientations de programme de Harare étaient généralement estimées comme étant trop vastes, en particulier depuis que le COE n’est plus en mesure d’accomplir autant de choses que par le passé en raison de la diminution des ressources humaines et financieres. En meme temps, certains ont affirmé que le COE était capable de comptabiliser autant de réalisations que par le passé, et ce en dépit des contraintes financieres et de la compression du personnel qui ont marqué les deux dernieres années notamment. A plusieurs reprises nous avons entendu la remarque suivante: le Conseil doit faire moins et le faire bien. Il importe de fixer des priorités sur la base d’une vision clairement articulée, en déterminant ce qu’une instance mondiale est susceptible de faire le mieux, dans les limites des réalités financieres.

 

Conclusions de l’équipe

  • Il y a lieu de se féliciter de tout ce qui a pu etre réalisé en dépit des restrictions financieres et des réductions du personnel. Cela étant, lorsque la connaissance générale des objectifs était faible, leur réalisation était interprétée par nos interlocuteurs comme équivalant au degré d'identification: le fait que les programmes soient utilisés et/ou revendiqués par leurs propres membres.
  • Nos interlocuteurs ont été a meme d’identifier un certain nombre de problemes mis en évidence lors de la 8e Assemblée et encore considérés d’actualité; il régnait parmi eux une satisfaction générale de constater que le COE travaillait sur ces points, meme s’ils ne savaient pas comment ce dernier procede.
  • L’absence d’une vision globale claire a compliqué la fixation d’objectifs généraux compréhensibles en ce qui concerne les programmes et la définition de priorités.
  • Les organes directeurs[9] ont de la difficulté a assumer leur rôle en matiere de lancement, de suivi et de conclusion des programmes; il est donc nécessaire de disposer d’un cadre de programme plus flexible et plus transparent
  • Etant donné que l’Assemblée de Harare et le Comité central n’ont pas été en mesure d’articuler clairement des objectifs de programmes généraux et de fixer des priorités, le fait est que le COE s’efforce de faire plus que ce qu’il peut réellement maîtriser avec ses ressources financieres et humaines. Dans ce contexte, un bon travail de préparation revet toute son importance pour aider le Comité d’orientation du programme qui, lors de la 9e Assemblée, devra présenter une série de projets de programmes appropriés et réalisables dans la période suivant la 9e Assemblée.

 

1.2              Portée, pertinence et importance des programmes

Dans quelle mesure les programmes sont-ils appropriés, pertinents et essentiels par rapport aux besoins prioritaires des mandants, et dans quelle mesure ont-ils pu s’ajuster aux contextes mondiaux changeants et aux besoins émergents?

 

“La pertinence des programmes et le degré d'identification qu'ils suscitent sont affaiblis des l'instant ou ils sont perçus comme un ordre du jour séparé de la vie normale des Eglises."

 

Principales conclusions

Les questions de portée, de pertinence et d'importance ont été le plus souvent interprétées par nos interlocuteurs en relation avec l'importance que revet une question particuliere pour les milieux intéressés, les méthodes créatrices utilisées par un programme particulier du COE et leur combinaison éventuelle donnant un programme par lequel les Eglises peuvent facilement se sentir concernées, en étant désireuses de l'utiliser, de s'en inspirer et d'y puiser des idées pour leur propre réalité, en lien avec d'autres Eglises et acteurs partout dans le monde.

 

La plupart des personnes interviewées ont mis un accent particulier sur la Décennie “vaincre la violence”. A une époque ou le monde est confronté a une aggravation de la violence, le “succes” de ce programme est lié au fait qu'il traite une question d'intéret majeur partout dans le monde et qu'il se  base sur le travail déja entrepris par de nombreuses Eglises dans toutes les régions du globe, au lieu de nécessiter le lancement d'un nouveau programme par le COE. En outre, il a réussi a encourager les Eglises a inscrire les questions relatives a la violence en bonne place sur leur ordre du jour, passant de la violence au foyer aux questions de guerre et de paix. L'accent spécial placé sur une région particuliere chaque année a renforcé ce phénomene. Les Eglises s'identifient largement aux programmes du COE. Le rôle de ce dernier consiste a soutenir, encourager et faciliter les entretiens et les échanges d'informations entre ses membres, fournir un guide d'étude simple et efficace disponible en plusieurs langues, ainsi qu'un site web mis régulierement a jour - autant de facilités de coopération et coordination avec des instances oecuméniques régionales qui renforcent la portée et l'efficacité du programme. Celui-ci est sous-tendu par une théologie de la paix et de la non-violence, les Eglises bénéficiant d'une autorité morale dans la promotion de la paix et de la non-violence.

 

Un autre probleme important, considéré par beaucoup comme crucial, est la formation ocuménique. Ce domaine fait l'objet d'un programme majeur du COE: le travail réalisé par l'Institut ocuménique de Bossey. En tant que communauté vivante prodiguant un enseignement reposant sur l'expérience, cet Institut est capable de répondre a des besoins émergents en générant un débat sur des sujets a risques (dialogue interreligieux, sexualité humaine) en plus des programmes réguliers. Bossey jouit d'une réputation solide, et est perçu comme ayant un concept et une direction clairs, tout en sachant s'adapter aux nouveaux besoins, y compris celui d'aller a la rencontre des Eglises. Cette tendance a nourri une certaine attente de voir les régions devenir plus actives afin de permettre a davantage de personnes de participer, dans la mesure ou la langue de travail (a Bossey, l'anglais uniquement) reste un probleme. Un autre outil de formation ocuménique mentionné a été le systeme des bourses gérées dans le cadre du programme “Formation ocuménique” du COE, meme si a ce jour il semble qu'il y ait différentes appréciations de la direction que prend aujourd'hui cette activité.

 

Le programme “Unité de l’Eglise/Foi et constitution” a souvent été cité comme un programme important, mais on a aussi fait  remarquer que le travail F&C était plus pertinent et plus utile lorsque ses études étaient intégrées a d'autres programmes en tant que cadre théologique de travail, plutôt que lorsqu'elles constituaient des études "pour elles-memes". Un autre sujet de préoccupation qui entrave la pertinence et la portée finale du programme actuel est le manque de diffusion des résultats et la faible capacité relationnelle.

 

Un grand nombre des personnes interviewées a estimé que le dialogue interreligieux était l'un des sujets les plus pertinents dont s'occupe a l'heure actuelle le COE et l'ont cité comme une activité importante du Conseil. Toutefois, il est apparu clairement que la mise en oeuvre actuelle du programme est assurée par de petits groupes universitaires ne s'attachant pas aux problemes existentiels des communautés sur le terrain, ce qui affaiblit la pertinence du programme. Il a également été noté que le probleme en tant que tel concerne beaucoup d'autres programmes et devrait pouvoir bénéficier de la participation active d'un plus grand nombre de femmes.

 

Un élément tout aussi important du COE est le programme qui s'intéresse a l’éthique de la vie et aux solutions de rechange a la mondialisation, en relation notamment avec des questions comme la justice économique. Cette activité est parvenue a sensibiliser les Eglises a ce sujet de préoccupation. Au dela du probleme identifié, le fait que ce programme parvienne a entretenir des relations avec d'autres régions a été tres apprécié. Le COE semble etre considéré comme une référence en ce domaine. Le programme du Réseau ocuménique de défense des personnes handicapées et celui des Peuples autochtones sont deux exemples d'un travail réalisé en dehors de Geneve et considéré comme important. Ces programmes mettent en évidence la nécessité d'évaluer avec soin le potentiel de ce type de réseau.

 

La Commission spéciale sur la participation des orthodoxes au COE a été estimée importante et appropriée en tant qu'exemple d'activité répondant a une situation particuliere et a un besoin donné du Conseil et de ses membres. Les réactions aux conclusions de la Commission spéciale sont apparues diverses. Beaucoup pensent qu'elle a contribué a approfondir le sentiment de faire partie d'une seule communauté, et renouvelé l'engagement des Eglises orthodoxes apres la crise de 1998. En tout état de cause, elle illustre le fait que le Conseil peut trouver un moyen de discuter et de formuler de nouvelles méthodes de travail a partir de problemes difficiles, source de divisions. Meme si cette initiative a démarré essentiellement sous la forme d'une préoccupation en ce qui concernait les régions a forte présence de membres orthodoxes, les résultats présentent un potentiel pour refaçonner les relations entre tous les milieux intéressés.

 

 

 

L’Accompagnement spécial de l’Afrique a été jugé opportun et significatif. La façon dont le COE a accompagné la Conférence des Eglises de toute l’Afrique et contribué a son renforcement en détachant un membre du personnel a été grandement appréciée par les personnes originaires d'Afrique. Voici un exemple de l'aptitude du COE a jouer un rôle de développement du potentiel local. De meme, le travail sur le VIH/sida fourni a la fois par le secrétariat “Santé et guérison” de l’équipe “Mission et évangélisation” et l’Initiative ocuménique sur le VIH/sida en Afrique (EHAIA) a été considéré comme important et approprié pour réagir face a cette pandémie, sur la base du travail réalisé par les Eglises, le COE se concentrant sur le fait de lancer, de faciliter et de coordonner les efforts.

 

Le déracinement, que ce soit en relation avec la migration ou en tant que probleme lié aux réfugiés et aux déplacés internes est une question jugée importante partout dans le monde. En ce qui concerne l'activité programmatique du COE en la matiere, des éléments de travail en réseau et d'action commune ont été mentionnés comme significatifs pour les Eglises confrontées a ce type de problemes.

 

L'action de défense des causes au niveau mondial en relation avec un certain nombre de problemes d'ordre général a été vue comme répondant a une fonction fondamentale importante du COE.

 

Conclusions de l'équipe

  • Les programmes identifiés le plus souvent comme appropriés et significatifs par nos interlocuteurs sont ceux qui concernent des problemes urgents et d'actualité dans leur propre contexte ou sont considérés comme fondamentaux pour la mission du Conseil.
  • Certaines caractéristiques des programmes ont été citées tres souvent: en plus de traiter un probleme donné, le travail est réalisé en coopération avec les Eglises des différentes régions concernées, qui peuvent s'identifier clairement au sujet, tandis que le rôle du COE consiste a faciliter, coordonner, accompagner, mettre en réseau, connecter et favoriser le développement du potentiel local.
  • De solides cadres théologiques sont nécessaires au moment d'entreprendre le travail.
  • Les programmes considérés comme tres importants sont ceux qui affichent une direction et une envergure claires et qui bénéficient d'une bonne communication. 

1.3              Identification aux programmes et impact de ceux-ci

Dans quelle mesure les programmes ont-ils été revendiqués et utilisés par les membres du Conseil, et ont-ils produit un impact durable et significatif (positif ou négatif, voulu ou non) dans la vie des Eglises et des personnes qu'elles servent?

 

"Si l'on veut etre positif, il convient de préciser qu'au cours de ces dernieres années le Conseil s'est montré plus conscient de la nécessité de produire un impact et plus soucieux de faire la différence".

 

Principales remarques

Les interlocuteurs n'étaient en mesure de faire des commentaires sur l'impact que d'un point de vue personnel, puisque, malgré les recommandations formulées par l’évaluation a mi-période, le COE manque toujours d'un mécanisme efficace de planification, de suivi et d'évaluation (PME). Un tel mécanisme devrait inclure des plans axés sur les buts a atteindre a partir d'objectifs et d'indicateurs précis en ce qui concerne l'impact, un contrôle de l'avancement, une analyse et une évaluation solidement documentées, ainsi qu'un suivi et un processus de feed-back. L'absence de suivi, en particulier, est importante puisqu'il est pratiquement impossible de mesurer l'impact au dela des résultats immédiats, souvent limités au degré de participation. Les buts et objectifs tres généraux compliquent en outre les possibilités d'évaluation des effets d'un programme donné. Tous les programmes ont sans aucun doute des effets non intentionnels et dans certains cas non voulus, mais il est impossible de le vérifier, et l'occasion d'apprendre a la fois des succes et des erreurs est ainsi perdue. Certains ont cependant fait remarquer que, depuis quelques années, le Conseil semble davantage sensible a la nécessité de faire vraiment la différence et de viser un impact délibéré.

 

Une autre limitation était dictée par le laps de temps sur lequel portait cette évaluation. L'impact n'est pas facilement mesurable sur une telle période (de 1999 a 2003) puisque, par nature, il releve du long terme. A cet égard, il était intéressant de noter qu'en apportant leur réponse quant a l'impact, les personnes interviewées faisaient référence a des programmes ou activités passés du COE tels que la Décennie ocuménique “Les Eglises solidaires des femmes”, le document “Bapteme, eucharistie, ministere”, le travail a long terme en matiere de droits de la personne en Amérique latine, le Programme de lutte contre le racisme - autant de programmes qui exercent encore un impact sur la vie des Eglises par les profonds changements qu'ils ont apportés dans leur mise au défi des pratiques traditionnelles, de la théologie et du rôle des Eglises au sein de la société, entre autres.

 

L'analyse de l'impact a donc été limitée a trois angles: l'identification aux programmes de la part des milieux intéressés, l'utilisation des programmes/l'engagement des membres et/ou la mesure dans laquelle les programmes ont pu introduire de nouveaux sujets/défis dans la vie et l'ordre du jour des Eglises.

 

 

 

Des programmes mentionnés comme étant repris a leur compte et utilisés par les Eglises - comme la DVV ou l'EHAIA – ont également été crédités d'un impact majeur a partir d'éléments clairs. Il importe que les Eglises jouent un rôle bien défini, soit comme initiatrices (pour les problemes graves auxquels elles se trouvent confrontées), soit au niveau de la mise en oeuvre (en faisant partie intégrante de l'exécution d'un programme ou en s'associant a l'effort d'action commune de soutien), soit en remettant en question leurs propres manieres de travailler afin d'etre capables de répondre a un besoin urgent comme la pandémie du VIH/sida. Les programmes doivent etre proches des réalités du terrain et favoriser l'aide a l'autodétermination.

 

On a distingué parmi les principaux facteurs favorisant un impact réussi des programmes du COE le caractere opportun de l'initiative, la durabilité de la réponse, le fait de communiquer clairement aux milieux intéressés les buts poursuivis et les grands axes du travail, ce qui a pour effet de favoriser leur engagement. Le langage utilisé et une approche accessible des problemes ont été mentionnés en tant qu'éléments importants pour la diffusion de l'information sur les programmes. La prédominance de l'anglais impose certaines limites quant aux personnes touchées. En regle générale, l'aspect communication a été jugé assez faible au niveau de la réalisation, mais d'une importance extreme.

 

Les programmes peuvent également avoir un impact négatif quand ils traitent de questions politiques et que leur préparation n'est pas adéquate: le COE risque alors d'etre perçu comme s'occupant de questions politiques sans s’appuyer sur un travail historique de fond. Ceci est particulierement important pour les questions soulevant un intéret particulier dans le public. D'un autre côté, il est également apparu qu’on avait appris a tirer la leçon des événements et que des themes controversés avaient, dans un deuxieme temps, été acceptés. Un solide travail d’information et de documentation s'est avéré décisif.

 

Le plus difficile est le manque d'identification aux programmes du COE. De nombreuses personnes au sein des Eglises font preuve d'esprit autocritique quant a leur manque d'engagement. Tres peu de gens avaient le sentiment que les milieux intéressés reprennent a leur compte les programmes actuels et les utilisent. Il se dégageait plutôt une impression générale selon laquelle "le COE devait probablement agir ainsi". L'engagement des Eglises au niveau du lancement, de la planification concertée et de la participation active a la mise en oeuvre fait défaut dans la plupart des programmes actuels, qui sont perçus comme autant d'initiatives du personnel du COE auxquelles les Eglises sont invitées a réagir ou qu'elles sont priées de concrétiser.

 

Il y a également eu des exemples d’effets inattendus ou le simple fait de s'investir dans le travail ocuménique mondial a modifié la maniere dont les individus et leurs Eglises entretiennent des relations et interagissent, conférant ainsi une nouvelle dimension a leur identité qui se fait plus globale et plus ouverte. Ce type d'impact est un effet secondaire de nombreux programmes, mais il n'est ni documenté ni analysé, ce qui fait qu'une dimension importante du travail est souvent perdue.

 

Conclusions de l'équipe

  • Une planification sur un laps de temps de plusieurs années est essentielle si l'on veut obtenir un impact durable.
  • Il y a un besoin urgent de développer plus avant le mécanisme de gestion des programmes existant et de mettre en place un mécanisme de planification, suivi et évaluation (sigle anglais PME) et divers indicateurs pour procéder a une estimation de tout impact mesurable du travail actuel (voire meme de résultats pouvant avoir un impact a l'avenir). Ceci est également indispensable pour détecter tout impact non voulu ou inattendu des programmes.
  • La communication sur les programmes, leurs buts et objectifs est la clé permettant d'élargir l'impact au dela des personnes directement concernées par les programmes et, dans la majorité des cas, il y a lieu de renforcer cette communication.
  • Un autre défi consiste a résoudre le dilemme qui existe entre l'engagement de principe et le manque d'intéret et d'identification aux programmes de la part d'un grand nombre d'Eglises (y compris le manque d'engagement financier). Il convient de déterminer comment libérer chez les Eglises membres leur potentiel d'engagement.
  • Plus grand est le rôle joué par les Eglises locales, plus important sera l'impact. Si le COE veut vraiment faire la différence, il importe de revoir la conception des programmes.

 

1.4              Effets des programmes sur le renforcement de la communauté

Dans quelle mesure chaque programme individuel a-t-il servi le processus CVC en facilitant la coopération parmi les Eglises et en proposant aux milieux intéressés de s'investir et de s'engager? Dans quelle mesure leur impact global a-t-il renforcé la communauté?

 

“Le sentiment d'appartenance a une communauté doit aller au dela de vivre et laisser vivre. Il implique davantage que de se motiver. Il doit nous permettre de changer ce qu'il y a a changer lorsque cela est essentiel pour l'accomplissement de notre mission."

 

Principales remarques

Le document “Vers une conception et une vision communes du COE” (CVC)[10] propose une orientation générale sur laquelle le COE fonde sa mission et sa vie programmatique. Il déclare que le COE est une communauté d'Eglises aspirant a une unité visible et soucieuses de répondre a leur vocation commune par le témoignage et le service dans le monde. Etant donné le caractere fondamental de la déclaration CVC, il a été surprenant, dans le cadre de l'évaluation, de découvrir que pour la plupart de nos interlocuteurs le processus CVC était soit totalement inconnu, soit n'avait que la valeur d'un document historique. Il est donc difficile d'estimer dans quelle mesure le texte CVC aura servi de cadre a la définition des programmes et contribué a une coopération parmi les Eglises membres susceptible de se traduire par un renforcement de la communauté. Un autre défi que le COE doit relever consiste a articuler l'esprit de la déclaration CVC dans un nouveau contexte soumis a une évolution rapide.

 

La majorité des personnes interviewées ont déclaré que la Commission spéciale avait contribué a renforcer la communauté. Un certain nombre de rencontres en cours, de visites officielles et d'actions de suivi ont rassuré de nombreux orthodoxes sur le fait que leurs voix étaient entendues et prises au sérieux. Par la création de cet 'espace oecuménique', de nouvelles tentatives ont été faites pour améliorer la compréhension entre Eglises orthodoxes, anglicanes et protestantes en matiere de doctrines, de pratiques et de traditions différentes. Beaucoup esperent d’ores et déja que l'option du COE en faveur d'une prise de décisions par consensus augmentera la compréhension mutuelle, installera un climat de confiance et approfondira les relations au sein de la communauté. D'un autre côté, certains ont fait part de leur préoccupation quant a la sauvegarde du rôle prophétique du Conseil a la lumiere de ce changement. Un autre souci a été évoqué: celui de constater que la vision plus large du processus CVC a été réduite a un processus de négociation d'une coexistence commune. Sans une vision globale claire, l'existence du COE n'est pas durable.

 

Parmi les autres façons d'approfondir et de renforcer la communauté qui ont été mentionnées citons les visites d'équipes, les ‘lettres vivantes’ – mettant l'accent sur les visites d'Eglise a Eglise –, les visites effectuées par le secrétaire général et celles de membres du personnel du COE. Le sentiment d'appartenir a une communauté a progressé en Afrique, en partie grâce a l'EHAIA, a l'Accompagnement spécial de l'Afrique et aux efforts déployés pour renforcer la CETA. Des réseaux visibles comme le réseau EDAN ou les réseaux de femmes et de jeunes ont un effet de consolidation.

 

Le processus CVC place également l’accent sur l'élargissement de la communauté, et un certain nombre d'initiatives prises en ce domaine depuis la 8e Assemblée ont été appréciées par de nombreuses personnes. Citons notamment la création du Forum chrétien mondial et du Groupe mixte consultatif du COE et des pentecôtistes. A noter toutefois l'existence d'une tension créatrice a un moment ou le COE s'efforce a la fois d'approfondir et d'élargir la communauté. Certains craignent que le fait d'allouer des ressources a l'élargissement de la communauté se traduise par une réduction de celles vouées a son approfondissement. En réponse aux défis posés par la prolifération des organisations ocuméniques, deux colloques sur le theme de la reconfiguration du mouvement ocuménique, rassemblant divers partenaires ocuméniques, ont été organisées.[11]

 

L'engagement du COE sur ces questions dans certaines régions a entraîné des réactions diverses. Pour certains, en l'absence d'une stratégie claire et cohérente, le rôle du COE est considéré comme une ingérence. Parfois, il régnait une certaine confusion quant aux rôles respectifs du COE et des organisations ocuméniques régionales (OOR). Il arrive que des Eglises de petite taille soient négligées au bénéfice d'Eglises plus importantes. Il importe de mettre en place une planification plus déterminée, fondée sur une stratégie claire, tant avec les organisations ocuméniques régionales qu’avec les communions chrétiennes mondiales. Le programme de travail doit faire l'objet d'une évaluation non pas isolée mais collective, et suivre une orientation allant vers une coordination des programmes des différents acteurs.

 

Conclusions de l'équipe

·        Si la déclaration CVC doit rester la déclaration de vision du COE, elle doit etre clairement ré-articulée et interprétée, son langage simplifié et le document largement diffusé.

  • La majorité de nos interlocuteurs ont déclaré que la Commission spéciale avait contribué au renforcement de la communauté.
  • Les processus et les méthodes contribuant au renforcement de la communauté incluent la création d'un 'espace oecuménique', des visites d'Eglise a Eglise, des visites effectuées par le personnel du COE, le développement du potentiel local et l'établissement et le maintien de réseaux, soulignant ainsi que la dimension relationnelle ainsi qu'un certain nombre de nouvelles initiatives favorisent l'élargissement de la communauté: par exemple le Groupe mixte consultatif du COE et des pentecôtistes et le Forum chrétien mondial.
  • Les ressources humaines doivent tourner a plein rendement pour s'adapter au travail d'approfondissement et d'élargissement de la communauté entrepris par le COE. Il convient d'augmenter les moyens d'utiliser le temps et les talents d'individus et d'Eglises en dehors des membres du personnel du COE.
  • Tout en confirmant le bien-fondé du processus de reconfiguration, certains ont précisé que sa relation au processus CVC devait etre clarifiée.
  • Pour renforcer la communauté, le COE doit examiner comment le travail programmatique est conçu en concertation avec d'autres acteurs. Il importe de définir une stratégie déterminée et claire en matiere d'engagement dans chacune des régions, et ce a la lumiere d'une analyse et d'une révision des rôles respectifs.
  • Le COE fait bien de maintenir la cohésion de la communauté face aux défis majeurs auxquels il se trouve confronté. Mais la bataille est loin d'etre gagnée, a en juger par les exigences formulées par les milieux intéressés, et le COE doit investir des ressources dans la création d'un espace favorisant le maintien de la communauté. Quelle que soit la situation, le fait de rester ensemble dans les moments difficiles est précieux.  

1.5              Méthodes de travail du COE en relation avec les programmes 

 

“La méthodologie du COE? La premiere chose qui me vient a l'esprit est un gentleman d’un certain âge, nous donnant lecture d'un document."

 

Principales remarques

La question de la méthodologie et des modes de travail avait déja été traitée dans l'évaluation a mi-période réalisée en 2002, qui lançait un appel en faveur d'une analyse plus systématique des succes et erreurs, et d'une utilisation plus consciente et plus diversifiée des méthodologies au niveau de la conception des programmes. Ces points ont également fait l'objet de questionnaires et d'interviews et été constamment soulevés en relation avec les buts poursuivis par les programmes, l'engagement et l'impact qu'ils suscitent. Cet aspect est celui qui a rallié la plus grande convergence d'opinion parmi nos interlocuteurs, indépendamment de la région ou du contexte.

 

La communication a l'intérieur et a l'extérieur des milieux intéressés était la source de problemes et de potentialités la plus souvent citée. Cela illustre a quel point les mandants ont besoin que le Conseil écoute, informe et connecte - autant d'activités de communication devant faire partie intégrante de son travail. D'autres aspects de cet ordre seront traités dans la 2e partie, point 2.12 du présent rapport.

 

Meme si la création de réseaux, les visites de solidarité, les dons, les publications, les sites web et diverses autres méthodes d'apprentissage horizontal font partie des méthodologies utilisées par le COE, ce sont les rencontres, colloques et conférences qui dominent le paysage. Certes, leur importance au niveau des relations personnelles et de l'interaction humaine est toujours tres appréciée, mais ces réunions sont perçues comme étant trop souvent didactiques ou archaiques et ne représentant que des événements isolés qui ne s'inscrivent pas dans un processus de préparation et de suivi. Les résultats sont souvent publiés sous une forme peu attractive, ne donnant pas une idée précise aux personnes qui n'étaient pas présentes. Si bien que ces rencontres présentent peu d'intéret pour ceux qui n'y sont pas directement associés.

 

Certes, aujourd'hui les dons sont plus modestes, mais ils gardent toujours leur importance en tant qu'outil stratégique. A ce jour, plusieurs partenaires et Eglises bénéficient de cet instrument pour différents programmes. Ceux qui ne font pas partie du systeme ne savent pas comment avoir acces a ces fonds. Cette question doit etre traitée d'un point de vue de gestion, en établissant un systeme de traitement des projets transparent, permettant d'avoir une idée globale de l'accompagnement réalisé par le Conseil en ce qui concerne différents programmes ainsi que de l'utilisation stratégique des fonds en général pour faire face aux défis émergents. Cette nécessité a été soulignée dans certaines évaluations au niveau des activités[12].

 

D'autres questions méritent d'etre notées dans le suivi stratégique des participant(e)s aux événements organisés en lien avec le COE. On a parfois le sentiment que les participants sont sélectionnés en fonction de leur ‘compatibilité’ avec l'ordre du jour du COE plutôt que pour leur valeur stratégique en ce qui concerne la diffusion des résultats au sein de leur Eglise. D'un autre côté, un grand nombre des personnes consultées ont servi ou servent en partie dans les différentes structures de décision ou de consultation du COE. Comme mentionné précédemment, elles ont souvent l'impression de ne pas recevoir suffisamment d'informations. Mais il est tout aussi vrai qu'elles ne savent pas toujours utiliser l'information dont elles disposent, ni la diffuser de maniere efficace.

 

Le manque de préparation et de suivi a non seulement été identifié comme un probleme type du COE, mais il a aussi été reconnu dans un esprit autocritique. Beaucoup de personnes ont noté que les Eglises ne sont pas dotées d'un systeme adéquat de préparation et que leurs représentant(e)s aux différentes rencontres sont souvent sélectionnés avant tout en fonction de leurs connaissances linguistiques – par conséquent, la responsabilité est partagée entre le COE et les Eglises membres.

 

Il est donc essentiel d'avoir recours a des approches pédagogiques alternatives et de veiller a une formation ocuménique  globale pour l'ensemble du travail. A cet égard, le COE est perçu comme manquant de compétences dans l'utilisation de méthodologies innovatrices.

 

L'engagement des Eglises et des mandants est le facteur décisif contribuant au succes de n'importe quel programme, au niveau non seulement de la participation mais aussi du lancement, de l'identification et de la mise en oeuvre des programmes. A l'heure actuelle, les structures de conception des programmes n'en laissent rien paraître. Dans la pratique, de nombreux programmes ont suscité l'engagement des milieux intéressés de diverses manieres: études, recherche, partage de personnel, visites aux Eglises, etc. Mais il n'y a pas d'approche systématique et le recours a de telles méthodes semble varier selon les individus.

 

Conclusions de l'équipe

  • Une analyse plus systématique des méthodes utilisées dans certains programmes suscitant l'engagement des membres sous la forme d'études, de recherches, de partage de personnel, ou encore de visites aux Eglises, est un élément important a prendre en compte lors de la révision des méthodes appliquées par le Conseil.
  • La communication des programmes doit faire partie intégrante de ceux-ci, et tout le domaine des activités de communication du Conseil ocuménique doit etre renforcé.
  • Il faut que les réunions et rencontres soient liées a des processsus clairement définis dans le cadre d'une formation ocuménique continue.
  • La conception des programmes doit reposer sur la participation active des milieux intéressés, et ce a tous les niveaux.
  • Il convient d'examiner d'un point de vue stratégique le recours a différentes méthodologies et de faire dépendre leur choix de fonctions fondamentales, comme par exemple le renforcement de la communauté.
  • Il importe d'étudier systématiquement et d'un point de vue stratégique le rôle que peuvent jouer les membres des commissions et comités, participants et membres d'organes directeurs et consultatifs dans la promotion et la communication de la communauté. Cela permettra de remédier a la situation actuelle ou les individus manquent souvent de points de référence pour remplir cette fonction. Cet aspect revet une importance particuliere dans les régions peu représentées. Des que la relation avec les structures ecclésiales fait défaut, la visibilité du COE diminue immédiatement.  

2e partie – Principales remarques et conclusions relatives aux divers programmes

 

Cette partie de notre rapport est consacrée aux points de vue des milieux concernés et des Eglises membres au sujet des programmes [13], tandis que le rapport «De Harare a Porto Alegre» comprend des informations détaillées sur chacun de ces programmes et ce qui a été accompli dans leur cadre depuis 1999. D’ici a l’Assemblée, on trouvera le moyen d’harmoniser les références aux programmes dans ces deux rapports, afin que les participants puissent se faire une idée précise des activités de programmes ainsi que de nos évaluations.

 

2.1       Renforcer le seul mouvement oecuménique

 

«Grâce au rapport de la Commission spéciale, nous avons appris a mieux nous écouter.»

 

Principales remarques

Ce programme consiste essentiellement a donner une direction aux activités du COE, a encourager les relations entre les membres, a élargir la communauté et a améliorer la cohérence du mouvement ocuménique.

 

Bien qu’elles ne se rapportent pas a un programme particulier, la grande majorité des réponses reçues mentionnent combien il importe d’instaurer et d’entretenir les relations au sein du mouvement ocuménique. Le document sur « La conception et la vision communes » (CVC) a défini le COE comme une communauté d’Eglises et a confié aux Eglises membres la responsabilité d’instaurer et d’entretenir les relations entre elles. Mais comme l’a montré le récent Colloque sur l’ocuménisme au 21e siecle, il y a, outre les Eglises, de nombreux groupes – organisations ocuméniques régionales (OOR), conseils nationaux d’Eglises (CNE), communions chrétiennes mondiales (CCM), organisations et partenaires spécialisés (PS) – avec lesquels le COE entretient des relations, et celles-ci exigent aussi une attention permanente.

 

Depuis l’Assemblée de Harare, la principale activité dans le cadre de ce programme a été celle de la Commission spéciale sur la participation des orthodoxes au COE, commission qui est mentionnée dans un grand nombre de réponses, mais qui suscite aussi des réactions mélangées. Dans l’ensemble, on se félicite que l’on ait consacré le temps et la place nécessaires a la discussion et a une meilleure compréhension des questions susceptibles de susciter des divergences. Quelques voix estiment cependant que de ce fait le Conseil, depuis Harare, a été trop tourné sur lui-meme. Si beaucoup saluent l’effort de recherche du consensus en matiere de prise de décisions, d’autres redoutent que cette procédure n’affaiblisse la voix prophétique du COE. D’autres encore sont déçus de voir disparaître le culte ocuménique, tres apprécié, en faveur d’une «priere commune». Dans leur grande majorité, les réactions orthodoxes au travail de la Commission spéciale sont positives.

 

En ce qui concerne l’approfondissement et l’élargissement de la communauté, depuis pres de 40 ans le Groupe mixte de travail du COE et de l’Eglise catholique romaine (GMT) a contribué a accomplir la mission ocuménique des Eglises, et le projet a été formé d’organiser un colloque en 2005 pour évaluer les relations entre l’Eglise catholique romaine et le COE. Parmi d’autres mesures pratiques propres a élargir la communauté, citons la proposition d’organiser en 2007 un rassemblement du Forum chrétien mondial, qui permettrait de rapprocher les Eglises membres du COE, les catholiques romains, les Eglises d’institution africaine, les pentecôtistes et les évangéliques. Des rencontres plus modestes avec des représentants de ces Eglises ont eu lieu depuis 1998 et les réactions de toutes les régions ont été positives. Un groupe consultatif chargé de poursuivre le dialogue entre le COE et les pentecôtistes a été créé a la suite de la 8e Assemblée en 1998 et s’est réuni a plusieurs reprises. Les pentecôtistes d’Amérique latine apprécient ce qu’ils appellent «l’ouverture croissante» du COE.

 

Le programme est également chargé d’optimiser la participation des instances dirigeantes et, comme on l’a mentionné au chapitre 1.1 du présent rapport, des membres du Comité central et meme certains membres du Comité du programme déclarent qu’ils ne sont pas tout a fait au clair quant aux orientations et objectifs des programmes et estiment qu’ils n’en savent pas assez pour prendre des décisions sur le lancement, la modification et/ou la conclusion des programmes.

 

Conclusions de l’équipe

  • La Commission spéciale constitue un aspect essentiel des activités du programme.
  • Toutes les réponses soulignent qu’il est crucial pour la santé et l’avenir du mouvement ocuménique d’instaurer et de maintenir des relations. A la suite de la récente modification des structures et du personnel du COE, ce rôle est réparti plus largement entre différentes équipes et pourrait perdre de sa visibilité. Dans tous les programmes, il convient de définir et de renforcer les responsabilités en matiere d’établissement et de maintien des relations.
  • Des mesures importantes ont été prises pour établir des relations avec les pentecôtistes, ce qui est clairement apprécié par toutes les parties.
  • Les colloques sur la reconfiguration (L’ocuménisme au 21e siecle) sont liés aux objectifs de ce programme et sont susceptibles de renforcer le mouvement ocuménique et de clarifier le rôle du COE au sein de celui-ci.
  • Il est nécessaire d’améliorer les mécanismes de planification des programmes et de renforcer la connaissance que les membres des instances dirigeantes et consultatives en ont.

2.2       Institut ocuménique de Bossey

 

«Quand quelqu’un a étudié a Bossey et qu’il rentre chez lui, il est transformé par cette expérience et son attitude est réellement ocuménique.»

 

Principales remarques

Le programme de Bossey contribue a la formation des responsables ocuméniques, tant laics qu'ordonnés. Les programmes universitaires de Bossey (diplôme d’études ocuméniques approfondies et doctorat) sont conçus avec la collaboration de l’Université de Geneve, et on s’accorde pour reconnaître que cela contribue a élever le niveau académique. Actuellement, l’offre de la bibliotheque est en train d’etre améliorée considérablement. Un grand nombre de séminaires de Bossey sont considérés comme étant «a l'avant-garde»; ils comprennent des sujets tels que le rôle des religions dans l’instauration de la paix, la sexualité humaine, comment lire la Bible en relation avec les autres religions, ou encore la bioéthique. Tous les séminaires proposés sont élaborés d’entente et en collaboration avec les équipes du personnel du COE et vont dans le sens des objectifs programmatiques généraux du COE.

 

Tous les programmes sont conçus de maniere a permettre une évaluation réguliere; grâce a ces contrôles, le corps enseignant peut procéder a des ajustements des méthodes et des contenus. On s’efforce actuellement de mieux suivre les anciens étudiants de Bossey pour déterminer l’influence et les effets durables de leurs études, notamment du troisieme cycle. Tous les programmes sont tres demandés: il y a deux fois plus de candidats au programme du cycle universitaire qu’il n’est possible d’en accepter, trois fois plus pour le diplôme d’études ocuméniques approfondies et quatre fois plus pour le programme de doctorat. Bien que les Eglises orthodoxes de Géorgie et de Bulgarie ne soient plus membres du COE, elles continuent a envoyer des étudiants a Bossey.

 

La communauté ocuménique soutient concretement Bossey, de meme que l’Eglise catholique romaine, et une organisation missionnaire finance deux postes de professeur a plein temps; chaque année, en outre, des professeurs invitée et des chargés de cours font don de leur temps. Un quatrieme poste de professeur dépend d’une fondation qui, a l’heure actuelle, ne peut pas libérer les fonds nécessaires, ce qui est un motif d’inquiétude. De nombreux étudiants du Sud ont besoin d’aides financieres; heureusement, le fonds des bourses de Bossey continue d’etre bien alimenté.

 

Grâce a la présence de chargés de cours et a l’augmentation du nombre des étudiants issus des mouvements évangéliques, les relations entre Bossey, les évangéliques et les pentecôtistes se sont intensifiées. Bossey souhaiterait accueillir davantage d’étudiantes, mais la grande majorité des Eglises recommandent des étudiants pour les programmes de longue durée, ce qui fait que 20% seulement des étudiants sont des femmes.

 

Les réponses montrent que Bossey est considéré comme un élément essentiel du COE, notamment a l'heure actuelle ou la formation ocuménique est fort nécessaire. Mais pour le moment, la portée des activités est limitée, du fait du petit nombre de personnes touchées. Les régions du Sud, notamment, souhaiteraient qu’il y ait des «succursales» de Bossey, car l’éloignement et les couts empechent bien des étudiants de venir en Suisse. On redoute aussi que l’élévation du niveau académique ne soit un obstacle, et certains regrettent que les cours ne soient donnés qu’en anglais. Certaines personnes demandent pourquoi le Programme de formation ocuménique du COE et Bossey ne sont pas plus étroitement liés.

 

Conclusions de l’équipe

  • Bossey est bien connu et apprécié par les Eglises membres, ce qui fait que l’on souhaiterait d’autres instituts du meme genre dans d’autres régions. «Faire sortir Bossey de Bossey» représente un défi considérable. Cette demande est a mettre en rapport avec les demandes pressantes au COE de renforcer la formation ocuménique et de mieux relier, voire de fusionner, le Programme de formation ocuménique et Bossey.
  • D’autres préoccupations concernent la vulnérabilité de Bossey, due au fait qu’actuellement un seul professeur est payé par le COE, ainsi que la nécessité de suivre systématiquement l’évolution des étudiants du cycle universitaire pour juger des résultats a long terme.
  • Il est tres important que Bossey continue a offrir des programmes «de pointe» et des séminaires centrés sur les initiatives du COE.

 

2.3       Dialogue avec les autres religions

 

«Le dialogue avec les autres religions est particulierement important dans la perspective de la paix et de la réconciliation.»

 

Principales remarques

Ce programme a pour objectif d’encourager le dialogue entre les chrétiens et les fideles d’autres religions dans un monde marqué par le pluralisme religieux. Les enquetes et les entretiens montrent que ce domaine d’activités est considéré comme important par une large proportion des personnes qui ont répondu, mais qu’elles sont presque aussi nombreuses a estimer qu’il doit etre intensifié et qu’il faut lui apporter des changements considérables.

 

Les commentaires expriment la satisfaction de voir le COE s’engager dans ces activités, mais d’une maniere générale, les Eglises membres ont le sentiment que la plus grande partie de ce travail est de nature universitaire, ce qui le réserve a de petits groupes choisis. Plusieurs voix demandent que l’on mette l’accent sur la maniere de vivre ensemble dans des situations de pluralisme religieux; le travail accompli au Nigéria en rapport avec le contexte particulier du pays est salué. Certains souhaitent que l’on accorde davantage d’attention aux religions asiatiques.

 

Si l’on reconnaît que le COE a accompli un travail de pionnier dans ce domaine, on demande aussi comment le programme va évoluer pour relever les nouveaux défis. Certains estiment qu’il fait du sur-place et n’affronte pas les questions difficiles, notamment certains problemes théologiques ardus rencontrés par les Eglises. Simultanément, les membres du petit groupe «Réfléchir ensemble», composé de personnes de différentes religions qui se rencontrent tous les six mois, affirment que leurs discussions ont atteint une grande profondeur sur des sujets tres délicats, tout en se demandant comment communiquer leurs expériences aux autres. Plusieurs représentants d’Eglises déclarent que leurs Eglises considerent ces activités avec une grande suspicion et demandent de la part du COE une affirmation clairement christologique par rapport aux autres religions. Pour certains, il faut également dialoguer avec les athées, les adeptes de la laicité et les humanistes.

 

On propose de faire participer davantage les femmes a ce programme, car elles ont souvent des points de vue différents. Le rapport du COE «La dignité des enfants 1995-2004» demande au COE d’adopter une approche interreligieuse des problemes concernant les enfants. On suggere que le COE rassemble les responsables du dialogue interreligieux des Eglises membres pour mieux savoir ce qui se passe chez elles. Plusieurs voix suggerent également que l’on ait des rapports plus étroits avec la Conférence mondiale sur la religion et la paix. Dans son rapport, le Groupe mixte de travail (COE/ECR) mentionne les activités interreligieuses comme un élément de son programme futur.

 

Conclusions de l’équipe

  • A en juger par la forte approbation manifestée pour l’engagement du COE dans ce domaine, ce programme est important et doit etre renforcé.
  • Tout en reconnaissant que les petits colloques permettent de faire des progres intéressants, il faut surtout se demander comment rendre ce programme plus accessible aux Eglises membres en le faisant porter sur la maniere de vivre dans des situations de pluralisme religieux et d’affronter les problemes théologiques délicats que celles-ci soulevent.
  • Les Eglises membres actives dans ce domaine souhaitent que le COE s’intéresse et participe davantage a ce qu’elles font.